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on opposait, à Vienne, l'éternelle entrave des protocoles. L'obligation de payer dès à présent cette dette, de la part de i'empereur d'Autriche, trouva place à l'article 9 du traité de Vienne, et le grand-duché était orgueilleux de posséder un souverain qui élevât les intérêts en quelque sorte domestiques de ses sujets au niveau des plus hautes déterminations de la politique. Deux grands événements, qui se produisirent coup sur coup, rétablirent au delà du Rhin l'opinion de la puissance de l'Empereur : la victoire de Wagram et la fuite de lord Ghatam de l'île de Walcheren. On s'étonnait surtout que l'Empereur eût repoussé avec tant de facilité une attaque préparée de longue main contre un point éloigné du centre de ses États, et dans un moment où lui-même avait à lutter aux bords du Danube contre toutes les forces dé la monarchie autrichienne, et en Espagne contre la péninsule entière appuyée par l'Angleterre. Quelques personnes se persuadèrent qu'il y avait pour la France, au fond du traité de Vienne , un avantage immense quoique inaperçu. L'Empereur avait donné des raisons de croire qu'il ne dépendrait pas de lui que ce traité fût le dernier. Averti par les difficultés ou plutôt les périls qu'il venait d'affronter, il paraissait disposé à ne plus jouer sur une carte les destinées de la France et les siennes. On l'avait entendu, dans un cercle de généraux, déplorer ses courses lointaines dans lesquelles il perdait toujours quelques-uns de ses compagnons des premiers jours : « En voilà assez du métier de soldat, avait-il ajouté ;
» le temps est arrivé de foire celui de roi. » Il répétait que, suivant l'ancien usage, il aurait les grands et les petits voyages : les grands voyages & Compiègne et à Fontainebleau ; les petits à Saint-Cloud et à Meu~ don. Que Dieu lui fasse cette grâce et à la France aussi, mais le temps de ces allures pacifiques n'est pas encore venu ; non pas que je pense, avec bon nombre de ceux qui approchent l'Empereur de plus près, que pour lui la guerre est un besoin naturel ajouté aux autres et non moins impérieux ; mais je crois que la paix n'est faite nulle part et avec personne, tant que l'Empereur ne l'aura pas signée avec l'Angleterre, Le fond de sa politique est d'obtenir cette paix. Il y emploie des moyens gigantesques dont chacun rendra compte à sa manière. On y découvre surtout qu'il n'est pas au pouvoir de l'Empereur de s'arrêter, tandis que c'est au contraire pour s'arrêter avec sécurité dans les bosquets de Trianon ou sur les hauteurs enchantées de Saint-Cloud qu'il court les steppes du Nord en guerroyant.
M. de Séraonville. — Los eaux d'Aix-la-Chapelle. — Madame-Mère. — Le roi de Hollande. — La princesse Ëorghèsc* ~ Retour à Dusseldorf.
Je profitai du retour de l'Empereur à Paris et de l'espèce de répit dont on jouissait alors Bur les opérations militaires pour solliciter les lois d'organisation dont j'avais besoin pour le gouvernement et l'administration du grand-duché, et je lesobtins sans trop de difficulté. Tout ce qui tenait au servage ou à la féodalité avait été supprimé ; j'en profitai pour introduire le Code civil et un ordre judiciaire analogue* Je distribuai la matière de l'administration, comme elle Test en France, en sept divisions principales : douanes, enregistrement et timbre, postes, eaux et forêts et mines, contributions directes, contributions indirectes, domaine du prince. J'appliquai à chacune de ces divisions le système français, toutefois ramené à de justes proportions avec l'objet auquel il était destiné. Je traçai les règles à suivre par le conseil d'État et les ministères ; alors
la machine avait reçu tous ses ressorts, il ne s'agissait plus que de lui imprimer le mouvement et de le soutenir. Je commençai par régler la partie sans laquelle il n'y a pas de salut en administration : celle des finances. Je présentai les comptes de Tannée 1808 et un budget régulier pour 1809. Je terminai les opérations de Tannée par une des plus urgentes et des plus difficiles qui s'offrissent devant moi, par Tintroductiondu franc comme expression monétaire dans toutes les comptabilités publiques, et par l'application, aux monnaies qui circulaient dausle grand-duché, du tarif admis pour les départements français delà rive gauche. J'avais pris la précaution de me faire demander cette mesure, et j'en avais discuté moi-même le mérite par les feuilles publiques, afin d'y préparer Topinion. Je n'en redoutais pas moins quelque émeute sur les marchés, parce que le règlement que j'avais pris réduisait gravement la valeur nominale de la monnaie de billon, qui compose le trésor toujours circulant de la classe la plus nombreuse de la société. Il n'y eut de bruit nulle part, parce qu'on avait senti partout que l'administration française ne pouvait pas laisser subsister sur la rive droite du Rhin un désordre qu'elle avait tari sur la rive gauche, à la satisfaction du commerce et même ^e toutes les classes de la société.
lies dix-huit premiers mois de mon séjour dans le grand-duché se mélangèrent ainsi d'inquiétudes parfois cuisantes, de glorieuse sécurité, de chagrin et aussi de plaisirs. Un travail assidu tempérait ce qu'auraient
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eu de trop vif ces émotions contraires ; mais ce qui* à mes yeux, faisait disparaître toutes les peines, ce qui doublait toutes les jouissances, l'Empereur avait paru satisfait de ma conduite et m'avait conféré le titre de comte *, quoique mon rang, entre ses conseillers, ne me donnât pas encore droit à cette dignité. Mon zèle à le servir ne pouvait pas s'en accroître : je ne sais môme pas si quelque chose pouvait ajouter à mon admiration et à mon dévouement.
, Je donnais tout mon temps à l'administration du grand-duché, j'y travaillais de cœur, d'abord pour accomplir un devoir envers l'Empereur, puis par mon goût particulier, et parce qu'à tout prendre, les habitants du grand-duché auxquels il fallait bien pardonner de n'être pas Français, n'en étaient pas moins les meilleures gens du monde. Les affaires marchaient donc pour tout ce qui tenait aux détails de simple exécution ; mais si j'étais obligé de demander une décision à Paris, il était impossible d'obtenir de réponse du duc de Bassano, le seul homme du monde qui pût suffire à sa besogne, le grand-duché de Berg de moins. Lui-même le reconnaît, et quoique la secrétairerie d'État du grandduché lui valût cent mille francs, il travaille à faire passer sa place à Sémonville, son ami. Je suis mis dans la confidence avec la recommandation du secret. A défaut du duc de Bassano, on ne pouvait pas me donner un correspondant qui me fût plus à point que Sémonville.