LA DÉCLARATION DE GUERRE
le prince Hohenlohe les 50,000 Autrichiens et le duc de Brunswick les armées combinées.
Ratisbonne, 4 mai 1792 (*).
Votre Altesse Eminentissime aura vu dans presque tous mes précédents numéros que je lui annonçais la guerre comme inévitable et que j'établissais l'idée que les Jacobins la déclareraient aux souverains. Ce grand point est enfin décidé et le 20 avril au soir la guerre a été déclarée, par la France, au roi de Hongrie et de Bohême. Les Jacobins l'ont donc emporté pour le bonheur et le salut du royaume et leur fougue insensée a déjoué tous les projets des cours qui spéculaient sur une accalmie. Au vrai, depuis la réplique du prince Kaunitz, du 18 mars, il n'y avait plus moyen d'éviter la guerre.
La cour de Vienne avait fermé la correspondance en livrant à l'impression les articles et dépêches respectifs et réplicatifs du prince Kaunitz et de MM. de Noailles et de Lessart. Les prétentions étaient trop opposées pour qu'elles pussent se concilier et le parti jacobin occupant une fois le ministère, toute base de négociation solide était détruite.
Depuis la chute de M. de Lessart, la cour de Vienne voyait parfaitement que tout espoir de rapprochement était perdu et que des mesures rigoureuses et promptes étaient devenues les seules praticables. En conséquence, elle a songé à donner une nouvelle impulsion au concert ménagé depuis le mois de juillet dernier et l'Empereur avait, peu de jours avant sa mort, préparé un mémoire-circulaire où il proposait à toutes les puissances de lui donner l'effet que les circonstances exigeaient. Sa mort n'a retardé l'exécution de ce plan que de peu de jours, et son fils ayant absolument embrassé son système, a expédié ce mémoire aux différentes cours concertées. Il a été envoyé ici, au ministre de Prusse, le 21 du mois dernier; je l'ai lu en entier, ainsi que la dépêche du ministre Schulenburg qui roulait principalement sur les
(1) A S. A. É. Mgr. le Grand Maître de Malte.
suites que pourrait avoir, pour la Suède, la mort de Gustave.
La circulaire m'a paru fort bien faite et nettement exposée.
Il est aisé de voir, d'après ce mémoire et la correspondance imprimée des deux ministères, que la cour de Vienne en veut surtout aux Jacobins; et M. de Cobenzl, dans sa conférence avec M. de Noailles, rapportée par cet ambassadeur dans sa dépêche du 5 avril, a laissé assez entrevoir que sa cour voulait sûreté et repos pour les puissances étrangères, s'embarrassant assez peu que repos et sûreté existassent dans l'intérieur de la France. Le but de l'intervention armée est donc de donner à la France une forme de gouvernement telle que, sans menacer le repos de ses voisins par l'irruption des vices résultant de son anarchie, les deux pouvoirs pussent être tellement balancés que toute la nation, divisée en deux parties, se consumât dans ses propres efforts. Mais une telle politique est fausse à la fois dans son principe et dans son application.
Les Jacobins ont donc entraîné les cours alliées loin de leur système en les forçant d'agir hostilement et préalablement à toute proposition d'accommodement. Il est à croire que dans cette secousse le parti des propriétaires et des bons payeurs prendra le dessus et affranchira la France du joug des factieux en même temps quelle la disposera à repousser les armes étrangères. Tout se met en mouvement; quoique la guerre ait été déclarée au roi de Hongrie seul, l'Empire craint, et craint avec raison. La Prusse, qui a été exceptée de la déclaration, s'arme avec activité. Il y a longtemps que j'ai assuré à Votre Altesse Eminentissime que ce serait le duc de Brunswick qui commanderait les armées combinées; aujourd'hui, ce n'est plus un mystère. Le roi de Prusse marche lui-même, ainsi que le princeroyal et plusieurs autres princes de la maison de Brandebourg.
L'archiduc Charles insiste pour qu'on le laisse aller à l'armée. Des troupes sont déjà parties de Berlin, de Potsdam, de Magdebourg et de Halberstadt. L'armée de Bohême est en marche et tout le monde montre la meilleure volonté. Les cercles délibèrent avec activité pour les armements à faire; on fortifie Mayence.
Des nouvelles du 28 m'apprennent que les émigrés ont ordre