‹ Mémoires du comte de GramontChapitre 3 sur 19 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

pour lui enseigner. la philosophie et lui aider à gouverner son royaume, il se tourmente beaucoup pour éclaircir cette difficulté, qu’il laisse enfin là.

Ce que .j’en dis n’est pas pour reprocher quelque chose à l’historien de toute l'antiquité auquel on doit le plus; c’est seulement pour autoriser la manière dont l’écris une vie plus extraordinaire que toutes celles qu’il nous a laissées.

Il est question de représenter un homme dont le caractère inimitable efface des défauts qu’on ne prétend point déguiser : un homme illustré par un mélange de vices et de vertus qui semblent se soutenir dans un enchaînement nécessaire , rares dans leur parfait accord, brillantes par leur opposition.

C’est ce relief incompréhensible qui, dans la guerre, l’amour, le jeu et les divers états d’une longue vie, a rendu le comte de Gramont 1 admiration de son siècle. C’est par là qu’il a fait les délices de tous les pays où il a promené ses agréments et sor inconstance; de ceux où la vivacité de son esprit a répandu de ces mots heureux qu’une approbation universelle transmet à la postérité ; de tous les endroits enrichis des profusions de sa magnificence ; et de ceux enfin où il a conservé la liberté de son jugement dans les périls les plus pressants, tandis que le badinage de son hu-

raeur, au milieu des dangers les plus sérieux de la guerre, marquait une fermeté qui n’appartient pas à tout le monde.

Je ne ferai point son portrait. A l’égard de sa figure, Bussy et Saint-Evremond, auteurs plus agréables que fidèles, en ont écrit. Le premier a peint le chevalier de Gramont artificieux, volage, et même un peu perfide en amour, infatigable et cruel sur la jalousie. Saint-Évremond s’est servi d’autres couleurs pour exprimer le génie, et pour tracer en général les manières du comte : mais l’un et l’autre s'est fait plus d’honneur dans ces différentes peintures qu’il n’a rendu de justice à son héros.

C’est donc lui-même qu’il faut écouter dans ces récits agréables de sièges et de batailles où il s’est distingué à la suite d’un autre héros; et c’est lui qu’il faut croire dans des événements moins glorieux de sa vie, quand la sincérité dont il étale son adresse, sa vivacité, ses supercheries et les divers stratagèmes dont il s’est servi, soit en amour, soit au jeu, exprime naturellement son caractère.

C’est lui-même, dis-je, qu’il faut écouter dans cet écrit, puisque je ne fais que tenir la plume à mesure qu’il me dicte les particularités les plus singulières et les moins connues de sa vie.

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