CHAPITRE PREMIER
Comme ceux qui ne lisent que pour se divertir me paraissent plus raisonnables que ceux qui n’ouvrent un livre que pour y chercher des défauts, je déclare que, sans me mettre en peine de la sévère érudition de ces derniers, je n’écris que pour l’amusement des autres.
Je déclare de plus que l’ordre des temps, ou la disposition des faits, qui coûtent plus à l’écrivain qu’ils ne divertissent le lecteur, ne m’embarrasseront guère dans l’arrangement de ces Mémoires.
Dans le dessein de donner une idée de celui pour qui j’écris, les choses qui le distinguent auront place
dans ces fragments selon qu’elles s’offriront à mot, imagination, sans égard à leur rang.
Qu’importe, après tout, par où l’on commence un portrait, pourvu que l’assemblage des parties forme un tout qui rende parfaitement l’original? Le fameux Plutarque, qui traite ses héros comme ses lecteurs, commence la vie des uns comme bon lui semble, et promène l’attention des autres sur de curieuses antiquités, ou d’agréables traités d’érudition, qui n'ont pas toujours rapport à son sujet.
Démétrius, le preneur de villes, n’était pas, à beaucoup près, si grand que son père Antigonus, à ce qu’il nous dit : en récompense, il nous apprend que son père Antigonus n’était que son oncle; mais tout cela n’est qu’après avoir commencé sa vie par un abrégé de sa mort, par un sommaire de ses divers exploits, de ses bonnes et de ses mauvaises qualités, où il fait entrer le pauvre Marc- Antoine, par compas.sion pour toutes ses faiblesses.
Dans la vie de Numa Pompilius, il entre en matière par une dissertation sur son précepteur Pylhagore ; et, comme il croit qu’on est fort en peine de savoir si c’est l’ancien philosophe, ou bien un certain Pythagore qui, après avoir gagné le prix de la course aux jeux Olympiques, vint à toute? jambes trouver INuma,