‹ Mémoires du Comte de Modène sur la revolution de Naples 1647Chapitre 31 sur 45 · CHAPITRE XlII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XlII

NouTelles mortifications que reçoit le baron de Modène du duc de Guise , à la suscitatîon de ses ennemis. — £ntretien particulier qu'il a avec ce Prince sur ce sujet. — Compliment que Gennaro Annésé lui fait faire. — Ayis qu'il en donne au duc— Instance que fait le baron pour son retour à Naples , dont il obtient la permission.

liA mortificatioa que le baron de Modène reçut par la grâce et par l'emploi nouveau que le duc de Guise donna au sieur de Beauregard, ne fut pas la seule que ses ennemis lui procurèrent. Agostino di Liéto s'imaginait qu'il ne se pourrait jamais dire possesseur des bonnes grâces de son maître, tandis que le baron y aurait quelque part. Agostino MoIIo et Aniello Portio prévoyaient que les Espagnols auraient bien de la peine à détruire le parti du Peuple, pendant que le baron serait à la tête de ses troupes; et les Espagnols, effrayés de l'entreprise de Capoue, pressaient le MoUo et ses partisans de leur ôfer cet ennemi , croyant que la chute du baron causerait infailli* blenient celle du duc. Il ne faut donc pas s'étonner si ensuite des faux rapports que tous ces gens fesaient au duc , et des ombrages qu'ils lui don-

4lO HISTOIRE DU S0ULEVE9IENT

n aient de la conduite de ce mestre-de-campgénéral, ce Prince si soupçonneux, et par conséquent fort aisé à surprendre, s'emportait souvent contre lui , et cherchait toutes sortes d'occasions pour le mortifier, et pour le décréditer parmi le Peuple et parmi ses troupes. Il prenait plaisir à révoquer ses sauvegardes, ses passeports, et les moindres emplois qu'il donnait , quoique expédiés avec Connaissance de cause : il blâmait publiquement sa conduite; et l)ien que le plus austère critique eût eu peine d y trouver à redire, il était ingénieux à chercher des moyens pour la censurer.

Il est malaisé de juger si le duc fesait toutes ces choses pour obliger le baron à renoncer à sou emploi, et à se retirer de Naples, ou pour faire perdre au Peuple l'estime et l'amitié que tout le monde avait pour lui. Il eut une conférence avec

ce Prince sur ce sujet , assez notable pour être remarquée ici. Le regret de se voir traité de la sorte, dans un tems où, avec tant de zèle et tant de gloire, il travaillait pour la fortune de son Prince, l'obligea de l'aller voir expressément un jour pour lui dire, la larme à l'œil, que parmi tant d'heureux succès qui lui avaient acquis Averse , et une partie de la Terre de Labour, et qui avaient rétabli l'abondance à Naples, il s'estimait trèsmalheureux, puisque la personne qui devait tirer lé plus d^avantage de ses travaux et de ses veilles, les regardait avec mépris, ou pour mieux dire avec horreur , et que la grandeur de ses services

semblait lui procurer la haine plutôt que Tamour de son maître ; qu'en examinant sa conscience , il n'y trouvait rien qui lui dût attirer tant d'affronts et tant de mépris ; qu'il jugeait bien que tous ces emportemens ne venaient que des artifices d'Âgostino di Lieto , de Girolamo Fabrani , et d'Agostino Mollo : qu'il savait que les deux premiers avaient conspiré sa disgrâce , afin d'agir impunément, et de régner^seuls dans son cœur, ou plutôt dans Naples, qui commençait à se lasser de leurs violences et de leurs concussions ; qu'il était informé que ce dernier était gagé par les Espagnols , pour perdre ses véritables serviteurs, surtout ceux qui avaient les armes à la main et qui agissaient comme lui; qu'ayant bieaucoup plus de raison d'appréhender ces ennemis qui lui fesaient la guerre dans le cabinet, que ceux auxquels il la fesait dans la campagne , il ne trouvait point d'autre remède pour tant de maux que sa retraite ou l'éloignement de ces fourbes ; que ne voyant point d'apparence à ce dernier , il conjurait ce Prince de lui permettre de se retirer chez lui, et de faire voir, en cette occasion, qu'il craignait plus la calomnie, qu'il ne redoutait les Espagnols, et, qu'après avoir fait tète assez vigoureusement à ceux-ci, il avait cru que sans lâcheté il pouvait lâcher le pied, afin d'éviter celle-là; qu'en lui remettant tous les fruits de son zèle et de ses travaux, aussi bien que les grandes sommes d'argent qu'il lui avait ^ en divers tems , prêtées ou fournies pour son ser-

4l^ HI9T0I1E DU SOUliTEMBIfT

▼ice j II ne lui demandai I autre grice que de lui donner son congé, et une seule felouque pour le transporter à Rome.

I^ duc, qui éffectiyement arait une particulière tendresse pour ce gentilhomme , fut touché de ce discours; il l'embrassa, et lui dit, arec des larmes, qu'il ne voulait point absolument qu'il le quittât A cela le baron répondit qu'il le priait donc de lui dire tout ce qui l'obligeait à le traiter comme il fesaiL Le duc répliqua qu'il n'était pas mal satisfait de sa conduite , mais qu'il était fâché de ce que le Peuple lui témoignait tant d'amitié, et qu'il craignait qu'il ne se laissât gagner à cette faveur populaire. Le baron lui répondit qull élait vrai qu'il fcbait tout son possible pour gagner le cœur des Peuples par ses services , mais qu'il n'avait jamais eu d'autre but que de les employer pour la gloire et pour l'avantage d'un Prince auquel il s'était donné tout entier ^ que par ce peu de mots il pénétrait que ses ennemis se servaient des armes de la jalousie pour le détruire dans son cœur; qu'il savait de quelle nature était cette étrange passion, et qu'il n'j avait que la fuite qui le pût mettre à couvert de ses traits. Le duc l'interrompant, lui dit : que ferai-je si vous me quittez ? Le baron lui répondit : que ferai-je si je demeure? car si je vous sers mal , ce qui pourtant ne peut jamais arriver^ votre justice me perdra; et si je vous sers bien,, c'est-à-dire , que je conserve toujours l'afiectioft du Peuple, votre jalousie me détruira: de sorte

que, de quelque façon que j'en use, je vois ma chute, et peut-être ma mort certaine.

A ces mots le duc lui protesta que rien n'était capable de le ruiner dans son esprit ; que quelque crédit qu'eussent ceux qu'il croyait ses ennemis, il n'était pas assez puissant pour lui faire perdre la place qu'il possédait dans son cœur; qu'il le priait de ne se point lasser , et de croire qu'il aurait beaucoup de part à sa gloire et à sa fortune. Ces paroles, accompagnées d'une infinité de caresses, et d'un visage qui semblait seconder son discours, obligèrent le baron à faire trêve, pour quelque tems, avec les inquiétudes dont il était continuellement agité par tant de mauvais traitemens. Mais il eut à peine tourné le dos, que ce prince retomba dans ses premières imaginations, et lui en donna un témoignage assez évident un peu après.

Gennaro Annésé ayant appris que le duc de Guise témoignait d'avoir du mépris et de l'aversion pour le baron, lui envoya un prêtre, nommé don Carmino Gastelli , pour lui dire , de sa part , que tout le Peuple du marché et des quartiers circonvoisins , étant mal satisfait du gouvernement du duc de Guise, était résolu de le déposséder de sa charge, et de l'envoyer dans une felouque à Portolongone ; de remettre Gennaro dans son premier emploi, et de donner le commandement des armes au baron , duquel chacun était très-satisfait. Le baron , avec un visage qui téoioignait. savoir peu de gré à celui qui lui ve-

4l4 HISTOIRE DU SOULÈVEMENT

nait parler de la sorte,. lui répondit qu'il était obligé au Peuple et à Gennaro de Testime et de lamitié qu'ils témoignaient avoir pour lui; mai$ qu'étant attaché depuis dix ans aux intérêts du duc de Guise , il ne pouvait ni ne voulait demeurer à Naples, si ce Prince s'en retirait; et qu'il était résolu de suivre partout la personne et la fortune de son maître. Aussitôt que ce prêtre l'eut quitté , il fit partir Pépé Caetano , son secrétaire, pour donner avis de cette visite au duc de Guise, lequel , au lieu de témoigner qu'il était très-satisfait de la conduite du baron en cette rencontre, dit à ce secrétaire, qu'il ne croyait rien de tout ce qu'il venait de lui dire, et que c'étaient des inventions du baron de Modène, pour se faire valoir auprès de lui.

Cette surprenante réponse obligea le baron de Modène de songer à s'en retourner auprès du duc de Guise, et de ne le plus quitter de vue, espérant que par ce moyen il pourrait éviter plus facilement les traits de l'envie et de la jalousie. Dans ce dessein, après lui avoir envoyé plusieurs chevaux, jumens, bœufs, vaches et bufles qu'il avait pris sur les ennemis, et qui furent estimés plus de dix mille écus, il le pria, par une lettre qu'il lui écrivit, et qui était un peu pressante, de lui permettre de retourner à IXaples , puisque après avoir perdu l'occasion de marcher au-delà du Yulturne, son séjour était inutile dans Averse et dans la campagne. Le duc différa fort long-lems à lui répondre, mais enfin il lui envoya dire par

Fra Tomaso, religieux Augustin, et par le chevalier Michelini qu'il lui permettait de retourner à INaples, ce qu'il lui confirma encore par une lettre que porta au baron , Ignatio Spagnolo ^ surintendant de la monnaie, par laquelle le duc lui ordonnait de laisser sortir trois cens tomolo de grains en faveur de ce Napolitain, et lui marquait, par apostille de sa propre main, qu'il le priait de venir à Naples, pour conférer avec lui sur le dessein qu'il avait de faire une attaque générale à tous les postes espagnols.

»ï<î nsTontc yc ^fivuszaxsr

i^t^m'^nn^M^mm^ftmm^

•lE^jiruB. îiT.

Il«»fnrir in .Mmn f^ Hniii-ne l ?fftBies. — Froid occiibK .^v{« «AotmirR fJi .Mmn. — kttaane ^futraie 'iea- postes»

M^\ ké»ffTf* qpi'Tfjnaiio .^;mnoic] r^miît an baron ri«> Af«vi«^ne .ni ioniia lieauctmp ^ie juie : il crut ']pw» ^*>n retivir a Napl«*s iainit tous ses- chagrins^ *»t qiw la pritîre rpiH à»nit a •:« Pnnce de p^c^ m^nr'», ^1 il ^*t démit <ie wa empioi eatre se» m:tiA^ , ferait C'îîWt^r la jalo*isie «^^e cette chargje lai »ti'ir;iit. Ayant donc fait a^Mexnbler les princîpwrx cb^ft d«î l'àrm«ift. il leur dit qu'il allait à .Vapi^'ty ^xï^oite d(i la permLïéloa que le dac lui pxt »vait fioAnt^^ ; qa^^ le modf de ioa roTiige était h v^ilkîtartion d^ paje:» dae^ aux troupes, et des ^ffprH% qall fatlaît pour passer le Yuiturae. Ils )r#f r/-fK>ndîr«nt qalls étalent âchés de le Toir ^\]f:r ^ Si»p]eAf où il .^rait à la merci de ses plus tsufAn ^nnfrmM ; quil ferait mieux de se tenir dans Af^.r%*'. f fWj il était maître absolu de toutes choses, que de A'expr^iier de la sorte à la fureur de tant de fourbeA et de tant d'imposteurs , qui IraTail- Iflicnt il M perte ; qu'ils le priaient de bien songer

à lui en cette occasion , et que s'il lui arrivait quelque sinistre accident , ils l'assuraient que son armée se dissiperait bientôt^ puisqu'il n'y avait que l'amitié que les troupes avaient pour lui qui la maintenait dans l'état où elle était.

Le baron , après les avoir embrassés tous , et laissé le gouvernement de la ville au sîgnor Ciccio Ferlinghieri , général de la cavalerie , suivant l'ordre du duc de Guise, partit le même jour, et arriva dans Naples sur les trois heures après midi. Quoiqu'il eût fait tout son possible pour cacher son arrivée au Peuple , il ne lui fut pas possible d'empêcher qu'une multitude de gens ne vinssent au-devant de lui, et que beaucoup d'autres ne le suivissent dans les rues , en témoignant la joie qu'ils avaient de le voir. Etant arrivé chez le duc, il le trouva accompagné d'Agostino Mollo , d'Aniello Portio , du capitaine de ses Gardes, et de quelques autres personnes de leur cabale. L'accueiL que lui fit le duc fut si froid, que tous les assistans s'en aperçurent , et après lui avoir dit seulement qu'il était le bien-venu , il se tourna vers le Mollo, qu'il prit par la maiu pour lui aller parler auprès d'une fenêtre. Le baron , jugeant qu'ils avaient des affaires ensemble où sa présence n'était pas nécessaire , sortit de la chambre du duc, pour s'aller rafraîchir dans la sienne; mais il fut bien étonné cjuand on lui dit que le duc l'avait donnée au contrôleur de sa maison , nouvellement arrivé de Rome. Cela l'obli<yea de retourner vers ce Prince , pour lui dire ,

4l8 IIISTOIItE DU SOtLÈVElIEllT

qu'ayant cru jusques alors être toujours son domestique , il était étonné de voir qu'on Teût prive de ce titre en le privant de la chambre qu'il lui avait donnée dans son palais , dans lequel il n'en avait qu'une , et Agostino di Liéto cinq ou six. Le duc parut embarrassé à ce discours , et balançant un peu sur ce qu'il avait à lui répondre, il lui dit qu'il avait donné cette chambre à son contrôleur, parce qu'il avait besoin de le loger auprès de sa personne , qu'il pouvait aller loger au couvent des Carmes y s'il voulait, et qu'il y serait plus commodément. Le baron lui repartit qu'il n'aurait pas besoin de chercher un logement si éloigné pour se retirer, et que puisqu'il n'avait plus de couvert chez son maître , il irait loger au faubourg Sant-Antonio , chez le capitaine Andréa Rama. Le duc, qui naturellement était bon, et qui avait de la tendresse pour lui, parut un peu plus embarrassé qu'auparavant, et voyant que le baron se disposait à se retirer pour ne pas interrompre davantage la conversation que ce Prince avait avec le Mollo, il le prit par la main , et le tirant à l'écart, il lui dit, avec un visage un peu plus doux , que n'ayant aucunes nouvelles de France, il jugeait qu'il était abandonné de tous les siens; qu'il n'avait plus d'autres recours qu'à Dieu et à son épée; que n'ayant ni argent ni pain , il était résolu d'altaqucr les postes occupés par les Espagnols dans les quartiers de la ville; qu'il avait fait venir neuf ou dix mille hommes de Salerne , San Sévérino , Avellino , la Cava ^

Nocera, Lauri, et d'autres lieux du parti du Peuple; qu'il les voulait employer dans cet assaut général y auquel ^ infailliblement, les Espagnols auraient peine à résister, et qu'ainsi il espérait de les chasser dans peu de Naples, ou à tout le moins de les réduire à se renfermer dans les châteaux»

Le baron , convié par la fin de ce discours à lui répondre, lui dît, qu'encore qu'il reconnût à son grand regret qu'il n'avait plus aucune part dans sa confiance ni dans son cœur, il ne laisserait pas de lui dire ses sentimens, avec la même ardeur qu'il lui avait toujours témoignée ; qu'il ne croyait pas que l'assaut général qu'il voulait entreprendre pût réussir, et qu'il craignait qu'en cette rencontre il ne perdît ses hommes et sa réputation , qui seule alors le maintenait avec le Peuple; que les raisons de sa crainte étaient le bon état des postes, le courage des ennemis, lesquels, quoiqu'en fort petit nombre, avaient la défense de leurs fortifications, et le peu d'expérience des Populaires , qui bien que hardis et résolus, n'étaient pas accoutumés à des attaques de ce genre; que si ses gens étaient repoussés, les Populaires (dont le cœur s'abaisse aussi facilement qu'il s'élève) perdraient entièrement courage , et se voyant sans espérance et sans secours , se soulèveraient contre lui , et écouteraient les propositions de paix que leur fesaient les Espagnols; qu'il vaudrait beaucoup mieux employer les bras des troupes étrangères à la poursuite du

siège de Capoue , la prise de laquelle le rendrait maître de Tune des clés du royaume, de toute la Terre de Labour, et de plus de cent mille charges de blé , qui rétabliraient dans Naples l'abondance, et son autorité pour jamais; que par cette voie il acquerrait toute la Noblesse , qui aurait une raison solide pour quitter les Espagnols, et que ce serait alors qu'il aurait un beau moyen d'emporter les quartiers tenus par les Espagnols dans Naples, mais encore de les conserver par le pain que cette prise lui donnerait, ce qu'il ne pourrait faire en ce moment, quand l'assaut général viendrait à réussir, puisque les quartiers gagnés auraient peine d'être conservés, par le manque de vivres où Naples se trouvait en ce jour.

Le duc, qui ne se défesaît pas aisément de ses premiers sentimens, lui répartit qu'il était trèsassuré qu'il emporterait les postes dans cette attaque générale; le baron voyant son obstination, changea de discours et lui dit que reconnaissant de jour en jour que l'estime et l'affection qu'il avait eues autrefois pour lui, diminuaient extrêmement, il s'imaginait que son absence en était la principale cause, puisqu'elle donnait lieu à ses ennemis d'entretenir l'esprit de ce Prince dans les ombrages qu'ils lui donnaient de Sji conduite; qu'il le priait d'agréer qu'il se démît de son emploi, et qu'il ne sortît plus de Naples, ou qu'il se retirât chez lui. Le duc, en l'interrompant, lui répondit qu'il avait plus que jamais besoin de

lui à la campagne, étant résolu de pousser l'entreprise de Capoue aussitôt que l'assaut général des postes serait fait; qu'il allât se reposer et se délasser, et que le lendemain ils s'entretiendraient plus long-tems ensemble.

Le baron de Modène prit congé du duc , et s'en alla chez le capitaine Andréa Rama, dont le père le reçut fort agréablement. Les plus honnêtes gens de son faubourg vinrent visiter le baron, pour lui témoigner la joie qu'ils avaient de ce qull était venu loger dans leur quartier.

Soit que l'air de ce faubourg fût plus froid que celui des lieux où le baron logeait ordinairement, soit que le serein qu'il avait pris , étant sorti assez tard du palais du duc de Guise , lui eût été mauvais, il fut attaqué cette même nuit d'un grand catarrhe sur la gorge, et d'une espèce d'esquinancie, laquelle l'obligea de tenir le lit Jusqu'au quatorzième du mois de février. Cette indisposition le fâcha extrêmement, d'autant qu'il eût été très-aise de servir le duc dans cette attaque générale, quoique faite contre son avis; et lui ayant envoyé le lendemain le chevalier Michelinî, Luquois, et l'un de ses lieutenans-généraux, pour hii donner avis de son indisposition, et lui dire le regret qu'il avait de ne pouvoir le servir de sa personne, ce Prince répondit au chevalier, qu'il était très-marri de son mal, et qu'il était assuré. de sa bonne volonté.

La résolution que le duc de Guise avait prise d'attaquer tous les postes des Espagnols, avait été

publiée plus d'un mois auparavant qu'on lexécutât, de sorte qu'ils avaient eu assez de tems pour s'y préparer, et pour n'être pas surpris. Quoiqu'ils eussent peu de gens, ils garnirent leurs postes le mieux qu'ils purent , et toute la Noblesse, qui était près de don Juan , se mit en devoir de lui faire connaître , en cette occasion , rattachement qu'elle avait pour lui.

Le duc de Guise , résolu à cet assaut général , en donna les ordres la veille, qui était le onzième jour du mois de février, et ordonna que trois mille hommes attaqueraient le poste 'de Donna Ëlvina; que trois mille autres, en même tems, feraient trois attaques au faubourg de Chiaia ; qu'il y en aurait cinq cens destinés pour être au fond du Citrangolo, et feindre d'attaquer la porte du lieu où l'on joue la comédie, et faire une diversion pour détacher les Espagnols des autres quartiers attaqués véritablement ; qu'il y en aurait cinq cens pour l'assaut de Santa Chiara, cinq cens pour celui de San Carlo, cinq cens pour celui du Noviciat des Jésuites, cinq cens entre les deux attaques pour rafraîchir ou soutenir celle qui en aurait besoin. Que cinq cens autres feindraient d'assaillir la redoute du château Sant-Elmo , et <][ue cinq cens autres feraient la même chose vers la Douane des Espagnols, pour les embarrasser et les contraindre à diviser leurs troupes pour faire lête à tant de gens. Qu'il y en aurait, au même instant, deux cens qui marcheraient vers la porte de la grande Douane, deux cens vers le poste de

DE LA VÎLLK ET DU KOTAtME DE NAPLES. 4^^

Porlo et de Visita Poveri, deux cens vers San- SébastiaDo , qui est proche de Porta-Alba , deux cens vers MoDte-OKvéto , trois cens vers San-Doménico de Soriano , trois cens vers la Pôrta-Medina , pour l'attaquer par escalade , et trois cens vers Santa-Maria Della-Nova. Le duc , ayant donné ces ordres, se résolut de demeurer au palais du duc de Gravina , avec un gros de quinze cens hommes, pour secourir et pour répondre au besoin que les assaillans pourraient en avoir.

La conduite et le commandement de ces attaques furent commis par le duc au Melloné , vieux soldat de longue expérience, mais Espagnol secret, comme il parut clairement peu après par les récompenses publiques qu'il reçut des ministres d'Espagne, dans la réduction de Naples.Ce Prince^ charmé par le Mollo, qui était alors le premier mobile de toutes ses actions, fit, pour cet efiet, le Melloné mestre-de-camp-général de la ville , et sépara ainsi la charge qu'avait le baron de Modène..

Le douzième jour de février, l'assaut général fut donc donné à tous les postes des ennemis , conformément à ces ordres , et , dès le malin , les troupes populaires marchèrent et commencèrent ces attaques avec de grands cris, qui semblaient faire paraître leur ardeur; mais le succès ne répondit pas à l'attente du duc de Guise. Le Peuple, après un combat qui dura jusque vers le soir, à une heure de soleil fut repoussé avec grande perte de gens tués ou prisonniers, et l'on reconnut en cette occasion que les grands et heureux succès.

/|2/f HISTOIRE DU SOLLKTE&IENT

de la guerre, n'arrivent pas par le grand nombre des soldais, et que peu de gens braves et disciplinés sont capables de résister et d'en battre un plus grand nombre , principalement quand ils combattent à couvert. Les Espagnols ont assuré qu'ils n'y perdirent que sept ou huit hommes. (Juoi qu'il en soit, leurs ministres eurent sujet d'Être conlens de ceux qui défendaient ces postes, et leur valeur acquit beaucoup de gloire dans cette importante action.

DE lA VILLE ET DU ROYAUME DE NAPLES. 4^5

Page 1