‹ Mémoires du Comte de Modène sur la revolution de Naples 1647Chapitre 9 sur 45 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Effets des résolutions prises par Gennaro Ânnésè et la Consulte. — Soins que prennent les ministres d'Espagne pour obliger le pape Innocent X à ramener le Peuple en son deyoir. — Négociations fiiites ensuite , et leur peu d'effet.

La Consulte s'étant séparée , cette multitude de peuple <pii en attendait les conclusions avec impatience dans le Marché, fut informée sommairement de celles qui concernaient les remèdes des souffrances communes, et qui tendaient à

^former une république, ce qui fut si bien reçu de tous, que la joie que chacun en eut, lui fit

'oublier pour quelques jours les misères et les travaux que Ton souffrait dans un Etat de qui tous les membres pâtissaient, et principalement les inférieurs , et qui , ne subsistant qu'à la faveur des arts et du commerce , cessaient de gagner à mesure que toutes ces choses cessaient. En effet, cette république, dont on ilatla adroitement la populace, lui persuadant qu'elle la maintiendrait dans le libertinage où elle vivait, fit reconnaître, en cette conjoncture, qu'encore que le ventre n'ait point d*oreîlles, l'espérance lui en fait naître quelquefois , et que c'est une nourriture qui

■ .i pain; que, dans un chanliiv'i:. : ;. .!i. v, . \ i[ai peuvent tout espérer, .! . I o. . - vio ioLil .^oulTrir, et que Tidée d'cQ ... juiji j.Kui >v.uiljiîcr un mal présent.

ÎMLi!; do Ui nouvelle république courant dr

...i.. . u «[Udilier, obligea toute la populace

Moiiiucr la salisiaction qu'elle avait de la cou-

:o >iL's cli(»j's, confirmée de plus en plus

• > .^uiiîs cDiàliuîîels que prit Vincenzo d'An-

.. j, Niilvaul 1 ordie de la Consulte , pour la re-

iciclio lie tous les grains qui se trouvaient dans

■ Lf, et particulièrement dans les monastères ,

,ui "N on étaient largement pourvus. Cet homme

. ..iit oxtrouiement agissant et laborieux, et si

. v«. ouiploi lui attira beaucoup d'ennemis, il lui

^v^Uit encore plus d'amis, d'autant que ceux qui

..iiOiit besoin de blé surpassaient en nombre

^uv ipii en avaient fait provision , et quoique le

..\..;aç;ouient que le Peuple reçut par cette voie

.X '.lU i)as considérable, il lui ferma pourtant la

>s'vuiio pour quelque tems, et fit cesser ces

, ,iirJ.N murmures qui semblaient menacer le

. . a dv quelque sinistre changement.

.Vu Jant que les chefs populaires faisaient tout

.s .;u ils pouvaient à Naples, pour contenir la

.N».v^iue dans leurs intérêts, le comte d'Ognatle

». sv uitros ministres du roi d'Espagne à Rome,

. ;.. .vu4u*ul rien de leur côté pour lâcher de

..,.ji», V iO l^euple, ou par la force ou par l'a-

.l).ss.' l. appui des princes Ludovisio et Giusli-

• r,uu i-vuMix du Pape, leur donnant le moyen

DE LA VILLE ET DU ROYAUiHS DE NAPLES. lo3

de faire des levées dans Rome , ils envoyaient de tems en tems au duc d*Arcos tous les soldais qu'ils pouvaient trouver; et voyant que ce Vice- Roi, à faute d'argent, était à la veille d'une révolte ou d'un débandement général de ses troupes, le comte d'Ognatte vendit toute sa vaisselle d'ar-* gent, et obligea les cardinaux, prélats et seigneurs de sa faction à se cotiser pour le secourir dans cette étrange nécessité.

Mais la chose à quoi cet adroit ministre travailla le plus, fut à gagner le Pape, pour l'obliger de «'entremettre de l'accord du Peuple avec le Roi, son maître; ce pontife avait des talens extrêmement considérables : il était grand jurisconsulte, grand politique, et possédait un esprit subtil, éclairé et hardi, surtout en ce qui concernait la manutention des privilèges et des intérêts du Saint-Siège ; et quoi qu'on l'ait soupçonné d'être plus Espagnol que Français , il s'est passé beaucoup de choses pendant son règne, qui ont pu faire juger à ceux qui les ont su examiner , que cette opinion procéda de l'attachement que ses neveux avaient avec l'Espagne, et de la mauvaise intelligence qui était entre le cardinal Panzirole et le cardinal Mazarin , laquelle étant née avant leur fortune , se nourrit dans leur ministère, et parut en plusieurs rencontres, où l'intérêt public servit de prétexte au particulier.

Le comte d'Ognatte étant donc favorisé et secondé des parens du Pape et de son confident, lui représenta plusieurs fois que la rébellion de

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Naples était un si maoTaîs exemple, et cbocpiait tellement les droits da gonfemement monarchique, que tous les souTerains deraient slntéresser en cette cause , et concourir au châtiment d'un mal qui les offensait tous ; que Sa Sainteté y était plus étroitement obligée que les autres, par l'intérêt qu'a le Saint-Siège en ce royaume, dont il est seigneur primitif, qu'il la priait de Touloir joindre son bras à celui de son Roi, et même d'employer l'effort de tous les foudres de l'Eglise pour le réduire en son devoir; qu'il la suppliait de songer aux suites d'un embrasement qui mettrait dans peu l'Italie tout en feu, si l'on ne tâchait de l'éteindre avant que la France fut en état de l'entretenir avec son argent et les forces de cette armée navale qu'elle préparait à Toulon; que cette couronne serait bien aise d'éloigner la guerre de sa frontière à peu de frais, pour la porter dans un royaume , et dans un champ propre à la soutenir fort long-tems, et au préjudice de cette paix si souhaitée de toute la chrétienté « et dont on serait éloigné plus que jamais , si les- Français mettaient le pied dans ce. pays; que l'Etat Ecclésiastique , comme le plus proche , était celui qui souffrirait le plus parmi les malheurs que la guerre cause aux lieux dont elle s'approche , aussi bien qu'en ceux où elle est ; qu'on savait que le voisinage des Français n'est pas moins à craindre que celui d'un vaste torrent, dont le cours muable et rapide change de lit à tous momens, et ronge peu à peu le bord qui

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semble lui servir de terme ; et qu'enfin cette nation fière , volage et turbulente , ne pourrait conserver, avec ses voisins, le repos qu'elle a peine à garder chez elle.

Le Pape l'ayant écouté fort paisiblement, lui répondit : qu'il avait un regret extrême de la rébellion de Naples, laquelle il ne voulait pas excuser, encore qu'il reconnût qu'elle n'était que l'effet du désespoir où les ministres d'Espagne avaient réduit le Peuple ; qu'il n'épargnerait aucun soin pour tâcher de le ramener dans son ancienne obéissance; qu'il ne voulait pas employer, dans cette occasion, les foudres de l'Eglise, puisqu'il jugeait que les effets en pourraient être plus nuisibles que profitables; qu'il avait lieu d'appréhender qu'une populace effrénée, qui ne suivait que sa fureur, ne s'effarouchât davantage par ces grands éclats, et qu'au lieu de revenir dans le bercail, elle ne s'égarât tout-à-fait, et se jetât entre les bras des Turcs, qui n'avaient qu'un trajet de cinquante milles; qu'il ne se servirait pas non plus de ses autres armes, pour ne se point attirer la France sur les bras , puisqu'il y avait grande apparence qu'elle protégerait les soulevés; que l'office de bon pasteur l'obligeait, par plusieurs raisons, à garder la neutralité, et à être plutôt arbitre que partisan des souverains, dont il devait tâcher d'accorder les différends et les querelles , au lieu de les entretenir; qu'il ne redoutait point les suites de cette guerre pour les maux que ses Etats pourraient souffrir, étant

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mesures, et qui n'avait plus de respect ni de considération pour les puissances souveraines ; qu'il valait bien mieux ne commettre qu'un envoyé qui pût reconnaître les sentimens du Peuple y et voir si son extravagance lui laissait assez d'intervalle pour pouvoir lier avec lui le trailé que l'on souhaitait.

Cette opinion fut préférée à l'autre par les ministres espagnols^ et d'autant plus que cette défiance qui leur est si naturelle , et qui est la flottante base d^. leur plus ferme politique, leur fit appréhender que le nonce, traitant en personne avec les chefs de la populace, ne les écoutât au préjudice des intérêts du roi catholique. Ensuite de cette résolution, le baron Prégnano, cavalier de la cité de Salerne, fut expédié avec une lettre de créance et d'amples instructions pour passer au quartier du Peuple, où, quoiqu'il n'eût point demandé de passe-port, il fut reçu fort civilement dès qu'il dit qu'il venait de la part du nonce pour négocier avec le Peuple. Ayant présenté sa lettre de créance dans la Consulte, il l'informa avec beaucoup de chaleur et d'adresse , de la commission que le Pape avait donnée au nonce de s'entremettre en son nom de la pacification des troubles qui divisaient tout le royaume , de la joie que sa Sainteté aurait d'y pouvoir rétablir la paix , des avantages que son intervention apporterait au Peuple, et des sûretés d'un traité, dont le Saint- Siège à l'avenir serait caution et garant. Après avoir exposé et exagéré toutes ces choses , il sortit

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afin de laisser îi chacun la liberté de dire sod avis sur cette négociation. La Consulte n'etit pas beaucoup de peine à délibérer sur ce qu'elle avait à répondre à cet envoyé , et étant entièrement persuadée que cette commission avait été demandée à Rome par l'ambassadeur d'Espagne, aûn de donner lieu au tems, et d'empêcber que le Peuple, abusé par le prétexte d'une paix, ne se servit avantage usemeot des moyens qu'il avait de faire la guerre, elle le fit rentrer aussitôt pour lui témoigner qu'après tant d'infidélités commises par les Espagnols, le Peuple ne pouvait jamais prendre aucune confiance, ni s'accommoder avec eux; qu'il était obligé au Pape de la tendresse paternelle qu'il témoignait avoir pour lui, quoique l'on fût tout assuré que l'Espagne ne recherchait son entremise en ce moment, que pour égorger les ouailles, après avoir endormi le pasteur; que si sa Sainteté Toulait lui donner une entière preuve de son amour, elle en avait le moyen, qui était de prendre ta protection d'un Peuple qui ne pouvait plus se confier à des tirans qui voulant rompre en même tems avec Dieu et avec les hommes, avaient ajouté DD parjure aussi détestable qu'impie à un orgueil insupportable, à une cruauté barbare, et à une afarice étrange et insatiable; qu'étant le seigneur primitif du royaume , il devait le retirer de leurs mains, lui donner «ne autre forme plus convenable à son repos , et souQ'rir que sous le nom de république de Kaples , il arborât les étendards de l'Église, pour montrer que l'Etat avait la protec-

tion du Saint-Siégc ; et que s'il faisait celte graco au Peuple, il le retirerait de la crainte d'ôtre foret; par son désespoir d'aller chercher des protecteurs à Constanlinople ou à Londres.

Encore que le baron Prégnano se fût figuré de grands obstacles en cette négociation , il fut extrftmement surpris d'une réponse si brusque et si forte. Il en rendit compte au nonce et ensuite i\ don Juan d'Autriche et au duc d'Arcos ; ils en furent fort surpris aussi bien que les ministres Esp.agnols , qui jugèrent , par l'obstination du Peuple, qu'il fallait qu'il eût quelque espérance d'un secours considérable. On dit que dans le môme lems que le Vice-lloi et le Conseil eurent résolu d'envoyer le baron Prégnano, l'avis en fut donné secrètement à quelques chefs du parti , qui le firent savoir à tous les autres : ainsi, l'on avait préparé la réponse avant même qu'il eût exposé sa commission.

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