‹ Mémoires du comte de Modène, sur la Révolution de Naples de 1647Chapitre 16 sur 43 · LETTRE DU DUC DE GUISE. I7I · texte numérisé non relu

LETTRE DU DUC DE GUISE. I7I

rant le tems que je hazarde ma vie, l'on m'ôte la seale récompense que je prétendais de tous mes travaux, on la renferme (i), on ]a maltraite, et Ton me donne le plus grand et le plus sensible témoignage de haine que l'on me pût donner. Ah! Monsieur! s'il reste à votre Eminence quelques sentimens de Tamitié qu'elle m'a promise et du service que je lui ai voué , remédiez k ce déplaisir ! faites-moi voir en ce point seul quelle est et son amitié et son estime pour moi ! et en tonte autre chose je lui ferai voir que jamais homme ne lui fut si véritablement acquis. Sans cela, ni fortune , ni grandeurs , ni même vie ne me sont pas considérables ; je me donne tout à fait au désespoir, et si je vois qu'il ne me reste plus d'espérance d'être heureux un jour, renonçant k tous les sentimens, et d'honneur, et d'ambition , je n'aurai <ple pensée au monde que celle de périr et de ne pas survivre à une telle affliction qui me fait perdre et le repos et la raison. J'ose me promettre que ma conservation est assez chère k votre Eminence , pour ne pas voir la perte de la personne du monde qui , malgré les justes sujets qu'elle a de se plaindre, ne laisse pas d'être le plus véritablement , Monsieur , votre , etc.

Le Duc DE Guise.

N* 3o. il/. Servien (2) à M. le duc de Guise. Monseigneur , Le gentilhomme que vous avez dépéché en cette Cour,

(i) On la fit entrer dans les Filles de Sainte-Marie , selon les Mémoires de madame de Motteville, II, ii6 et i5a, dans les premiers jours de janvier 1648. Ces Filles de Sainte-Marie étaient des religieuses de l'ordre de la Visitation.

.(2) Abel Servien négociait alors le traité de Vestph^lie , qui fut signé cette année, au nom de la France, mais plus tard, le a4 octobre.

173 LETTKE d'aBEL SER^IEN.

est Tenu bien a propos pour hite évanouir ks bruits qo €o a fait courir an désavantage de votre, conduite. Vous pouvez juger qn'ajani rkonneur de voua connaître y je n'ai pas été facile à> y donner créance, et que j*ai senti une joie très-grande d'avoir appris tout ce qui avait succédé par votre courage et par votre v^ilance»

J'avab cru charger de ma réponse M. de Taillade , qui m'a rendu celle dont vous m'avez koncnré ; mais un de vos serviteurs Tajant voulu prendre , je profite de Toccasion pour vous donner plus tôt ce témoignage de nHm respect 9 et vous assurer qu'en tout ce qui dépen* dra de moi, je servirai vos dé^rs avec d'autant jduscfe raison qu'ils se troitveni confbrmses à ceux de Leurs Majestés qui apporteront de leur part ce qu'elles ont de puissance^ pour vous assister et favoriser l'établissement du repos el de la liberté de ce peuple très-^fidèle, ainsi que vous le reconnaîtrez plus particulîèremettt par la lettre du Roi et par ce qui vous en sera dit de la bouche de ceux qui se rendront bientôt près de vo«s. Cependant j'espère que vous me ferez cette justice de croire toujours que je suis, etc*

Du i®** mars 1648, k Paris.

^""31. Du cardinal Mazarin à M. le bailli de

Valençai (1).

Paris, 18 mars 1648.

Je reçois votre lettre du 10 avant le départ du chevalier de Garnier, et j'y répondrai succinctement el h la hâte pour ne pas le retarder davantage.

(x) La mtnvte de cette lettre est d'une ëcritnre indéchi&able, de sorte qa^on ne peut répondre du sens qu'à peu prés»

LETTRE DU CARDINAL MÂZARTN. l'^j

Une faut pas qu'il parte en tout plus de six vaisseaux pour Napfes : il importe néanmoins extrêmement que voua en teniez en outre six de prêts pour être en eut de faire yoiie an prenier mandement que vous en aurez : mais ils ne doivent point partir avant qae vous n'ayez reç« de mes ietines.

Avant qœ de recevoir votre lettre^ j'avais déjà écrit en LangoedoCy k M. de Breteuil^ pour faire acheter dix mille septiers cle blé, et en Bourgogne pour en faire acheter huit mille charges; de façon que vous en aurez hieniâtau*delà de oe que vous demandiez. Mais je crois qne vous ivous abusez quand vous pensez qu'il faut trois aeptiers p<Hur faire une charge , m ayant été dit jusqu'à eetle heure qu'il n'en faut pas deux , et if n'en peut être antnement, puisque le septier nous coûtant près de 7 livres «n Languedoc , il serait plus cher que si on l'achetait en Provence; et néanmoins ^ il y a le tiers à gagner.

J'ai donné charge qu'on expédiât la conmûssion pour le frère de Rose (i), puisque vous le jugez capable et fidèle f comme j'avais déjà cette opinion de lui , il faut qne vous le chargiez d'avoir bien soin de l'argent , et de s'enpêcher de n'être pas trompé. Il sera bien aussi que Gamier et lui , chargés de tenir un contrôle exact de la pondre I plomb et généralement de tout ce qui est donné pour Naples , dont le chevalier Gamier est bien informé : il faudra encore , pour les dépenses des vaisseaux , faire un mémoire bien exact , et m'en envoyer la copie.

«Tai toujours cru que le S. . . . avait de fort bonnes

(1) Toussaint Rote éuit le secrétaire pariicalier du cardinal. Yoyn «ott éloge , par d^ Alembert.

174 LETTRE DU CARDIN Al MAZARIN*

qualités; mais j'aurais souhaité qu'il neût pas eu la mauvaise conduite de prendre part à la hardiesse et au mauvais procédé de divers oi&ciers : néanmoins, comme ils ont témoigné un grand sentiment de regret de leur faute 9 et déclaré qu'ils se soumettaient à tout ce qu on voudrait leur ordonner pour la réparer ; protestant de servir de telle manière qu'on voudrait , Sa Majesté leur a pardonné ^ et en conséquence , je n'aurai pas grande peine à assurer le S ... • par votre moyen , que je l'aimerai comme je fesais auparavant.

On doit cette justice à de ne pas croire facilement et sur de légers indices; mais si, par les diligences que VQus ferez, vous pouvez découvrir les peines qu'on a voulu vous faire, je vous prie que votre modération ne vous les fasse pas taire, et de me les mander nettement, et vous verrez par la suite si je vous aime et vous considère. De Lionne (i) m'a fait voir une lettre que vous lui avez écrite sur ce sujet , à laquelle il répondra quelque chose de plus particulier. .

Tant s'en faut que j'oublie ceux qui sont de delà, que s'il y a lieu de leur procurer quelqu'avantage plus grand qu'aux autres, je le ferai volontiers pour les récompenser. M. le chevalier de Garnier vous dira ce qu'on a voulu; j'y ajouterai sur le sujet des Cass"".

qui àont (2) qui font ,plus

de bruit de leurs misères, que je ne comprends pas comment leurs plaintes s'accommodent avec leur manière de vivre ; car il est certain qu'ils font des dépenses

(i) Hugues de Lionne, neveu et premier commis d'Abel Senrien» s^attacha au cardinal Mazarin.

(t) Il a été impossible de deviner le complément de cette phrase^

LETTBE DE lOUIS XIV. 17^

ao-delà de ce qu'on pourra , à leor retour, leur

de gratification*

Quant aux dépenses du radoub de la frégate qui

m'appartient, vous en ferez tenir un compte exact à

part, et je tous le manderai en tems et lieu; car on

derra en user.

J'ai approuvé la pensée que vous ayez d'acheter des navires dans la Corse pour faire des brûlots, comme vous avez vu par mes précédentes.

N* 32. Du Roi à M. le duc de Guise.

29 mars 164B. Paris.

Mon cousin, ayant résolu d'envoyer dans Naples mon cousin le cardinal Grimaldi (i) pour, les raisons que je repets à lui-même de vous faire connaître , je vous fais cette lettre de l'avis de la Reioe , etc., seulement pour vous dire d'ajouter entière créance à ce que vous dira mondit cousin, tant du sujet de ison voyage que de mes sentimens sur les affaires générales et sur les vôtres particulières, que vous reconnaîtrez ne m'étre pas moins à cœur. Je n'ai pas eu seulement égard, dans le cboix de mondit cousin, à l'estime que chacun en fait pour sa haute suffisance; mais j'ai considéré encore particulièrement la confiance que je sais que vous avez en lui , et la bonne intelligence que vous entretenez ensemble tous les jours par un mutuel commerce

(1) Jërôme Grimaldi, né à Gènes, en 1697, était neveu du cardinal Dominique Grimaldi, qui avait été archevêque et vice-légat d* Avignon, en i585. Jérôme fut nommé cardinal , en i643 > par le pape Urbain VIII, et il était fort attaché à la fankUle Barberini. Biogr. nniv*9 XVIII, 49^*

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