LETTRE DU DUG DE GUISE
N"* 2g. Lettre du duc de Guise au cardinal
Mazarin.
Naples, 28 férrier 1648.
Monsieur,
Si la passion qae)'ai toujours eue et que je conserve plus violente et plus fidèle que jamais pour mademoi* selle de Pons (i), n'était assez connue de Votre Émi* nence , elle pourrait s'étonner que dans Tétat où je me trouve y je me remisse sur ce qu elle pourra apprendre de M. le marquis de Fontenay (2), des affaires d'ici, et je ne Tentretlnsse que de mes malheurs. C'est en effet du désespoir où je suis , qui fait que je ne puis avoir sentiment pour quoi que ce puisse être, lui fesant une confession très-véritable que ni l'ambition ni le désir de m'immortaliser par des actions extraordinaires , ne m'a embarqué dans un dessein aussi périlleux que celui où je me trouve; mais la seule pensée , fesant quelque chose de glorieux, de mieux mériter les bonnes grâces de mademoiselle de Pons et d'obtenir, par l'importance de mes services, que la Reine considérant davantage et
prudence que la mère du dac de Gaise elle-mâme jogea mériter aa moins cette punition. Voyei les Mémoires de madame de MolIflviUe, et le duc de Guise à Naples » chap. 1 3«
(1) Cette passion n'était qu'une mite de la légèreté du due de Guise en amour , et un outrage a la comtesse de Bossu. Voyea le» Mémoires de madame de MotteviUe. Amsterdam! , 1760 , 1 , ao9, 3o3 et 393.
(a) Fonienay-Mareuîl, terre et seigneurie, avait été érigée en marquisat par lettres du mois de mai i6i3, enregistrées au Parlement le 5 mai 1627, en faveur de François DuYal. (Dictionnaire de la Noblesse , par La Chenaye-Desbois. Paris , 1773 , VI , Soc^,
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elle et nioi> je pusse après tant de périb et tant de peines, passer doucement avec elle le reste de mes jours. Mes espérances sont trompées , et je me plains avec raison de me voir abandonné de la protection de votre Éminencedansle temsoiien ayant le plusde besoin^je m'en tenais le plus assuré. J'ai hazardé ma vie dans le passage sur la mer, j^ai réduit dans le parti quasi toutes les provinces de ce royaume ; j'ai maintenu la guerre quatre mois sans poudre et sans argent, et réduit dans l'obéissance un peuple affamé , sans lui avoir pu donner en tout ce tems que deux jours de pain; j'ai cent fois évité la mort, et par le poison et par les révoltés : tout le monde m'a trahi; mes domestiques même ont été les premiers k tâcher de me détruire; l'armée n'a paru que pour m'ôter la créance parmi les peuples , et par conséquent le moyen de servir ; et parmi tous ces embarras , ne subsistant que par mon courage et par ma résolution , au lieu de m'en savoir gré et de me donner courage de continuer ce que j'ai si heureusement commencé , et où je puis dire sans vanité que tout autre que moi aurait échoué : l'on me persécute en ce qui m'est le plus sensible ; l'on tire avec violence une personne quo j'aime , d'un couvent où je l'avais priée de se retirer (i) ; et du-
(i) Gâtait un couvent irrégulier, où elle était servie par les ofHciers du duc de Guise et dëfrayëe à ses dépens , selon les Mémoires de madame de MoUeville, II , 109. Ce ne pouvait donc être le couvent de la Visitation. Sur l'emplacement de ce couvent et rétablissement de cet ordre à Paris, voyes le Tableau historique et pittoresque de cette ville (par M. de Saint-Victor ). Paris, 1809, II, 668. Un brevet du la juin i643, donné par la Reine-Régente sous le nom de Louis XIV} donnait à cet religieuses trois places entre la porte Saint- Antoine, la Bastille et leur monastère , à la charge d*y faire b&tir des maisons de mâme décoration et simétrie* Ibid. , p. 690.