AO LECTEUR
Tcnt, SOUS le prétexte de lembellir, la défigurent et causent, en ceux qui la voyent, plus d'aversion que d'amour, y verront cette vérité que la seule nudité rend agréable et considérable, et qu'on ne voit point de la sorte dans les livres qui ont paru sur ce sujet. En effet, si l'on prend la peine de les examiner, on remarquera que les uns ne contiennent que des éloges en faveur du peuple de Naples ou de l'Espagne, et que les autres ne sont que des pasquinades faites contre les Espagnols ou contre les Napolitains. Les uns figurent Masanielle comme un homme envoyé de Dieu afin de châtier l'orgueil et l'avarice des ministres du roi d'Espagne; et les autres le représentent sous la forme d'un scélérat, qui n'a pour but que le carnage, le pillage et l'embrasement. Il semble que tous leurs auteurs se ressentent de la chaleur de tant de grands feux dont ils traitent, et la haine ou la flatterie paraît si bien dans leurs Ouvrages, qu'il est facile de juger qu'ils ont écrit pour leur parti et non pas pour la vérité, et qu'on les peut faire passer pour partisans ou des Espagnols ou du peuple, mais non pas pour historiens. S'il s'en rencontre quelques-uns plus modestes et moins flatteurs, ils ont si peu connu les causes et même les événemens de cette Révolution, que leur ignorance n'est pas moins pernicieuse à l'histoire, que les emportemens des autres. Enfin, je puis vous assurer que personne, jusqu'à ce jour, n'a parlé de cette matière, ni avec tant de connaissance, ni avec tant de pureté que j'en fais
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voir en cet Ouvrage ; les personnages différens que j'ai faits dans les derniers actes de cette grande Tragédie où, tantôt en faisant celui de mestrede-camp général des armes du peuple, on m'a vu prendre Averse, bloquer Capoue, écarter d'alen* tour de Naples toute la noblesse assemblée contre moi, et ravitailler cette ville dans sa famine; et tantôt en faisant celui d'un infortuné prisonnier, on m'a vu, dans la Yicarie et dans le Château- ^euf , pendant vingt-six mois moins quatre jours. Ces rôles, dis-je, m'ont donné et le moyen et le loisir de m'informer non-seulement des véritables et secrètes causes de ce soulèvement; mais encore de ses plus grands et plus particuliers progrès. J'ai eu le temps d'examiner toutes les choses qu'on m'a dites de l'un et de l'autre parti, et n'ayant voulu écouter que ces esprits qui m'ont paru les plus doux et les plus sincères, et qui, dans les fureurs publiques, se sont laissé entraîner plutôt par les efforts de ces torrens que par ceux de leurs passions, j'ai mis au jour, sur leur rapport, cet Ouvrage, que je souhaite être lu de toute l'Europe avec des yeux sans passion. Gomme la sincérité m'est naturelle, et que le mensonge est l'un des péchés que j'évite et que je déteste le plus, la vérité est mon seul but, et l'affection et Testime qu'eut pour moi le peuple de Naples, dans le temps que je le servis, ni tous les mauvais traitemens que me fit le comte d'Ognatte, Vice-Roi, pendant ma prison, et dans laquelle en me traitant en tout comme un simple soldat^