‹ Mémoires du comte de Modéne sur la révolution de Naples de 1647 [microform]Chapitre 18 sur 100 · POUVOIR DE LOUIS XIV · texte numérisé non relu

POUVOIR DE LOUIS XIV

gnols, signer avec elle ou ses députés tels traités et articles dont il sera convenu pour le bien du royaume, tout de même que si Sa Majesté y était présente en personne; promettant Sadite Majesté eu foi et parole de Roi, d'observer et d'exécuter ponctuellemelu tout ce qui aura été ainsi conclu, arrêté et signé entre le-

dit sieur cardinal Grimaldi et ceux qui seront choisis de la part de ladite noblesse en général , ou aucuns d'eux en particulier, confirmer et ratifier le tout dans le tems qui aura été promis; et pour marque de la volonté de Sadite Majesté , elle a signé la présente , de sa propre main , fait cacheter de son sceau secret et contresigner par moi, son conseiller secrétaire d'État de ses commandemens. Fait à Paris le 3o mars 1646.

^• 02. Instructions données à Rome^ par le marquis de Fontenay, au sieur Penautier,

Le sieur Penautier, étant arrivé à Naples , ira descendre chez M. le duc de Guise, et lui présentera les lettres de Messeigneurs les cardinaux et ambassadeurs , l'assurance de la bonne volonté de Leurs Majestés, de la protection qu'ils lui veulent donner en toutes sortes ()e rencontre, et du désir qu'ils ont de faire tout ce qui sera nécessaire pour son bien et son avantage.

Il lui dira aussi le soin particulier que Monseigneur le cardinal Mazarin a pris de le servir auprès de Leurs dites Majestés , et qu'il doit attendre de Son Éminence tous les services et assistances qu'il saurait désirer, l'assurant qu'il peut recourir à lui confidemment en toutes les occasions où il en aura besoin.

Ensuite il lui dira comme tout ce qu'il y a ici de ministres du Roi , tant les cardinaux que les Arnbas- 1. 12

178 JXSTR LOTIONS.

sadeurs , ne perdront jamais nulle occasion de le servir et de procurer ses avantages en tout ce qui leur sera possible.

Et pour preuve de cela , que son capitaine des Gardes leur ayant fait entendre que la principale chose dont on aurait besoin par delà, c'était du blé, et que même y en ayant à Foggia (i), il ne se trouvait aucun marchand qui le voulût acheter pour le faire porter à Naples : ils s'étaient tout aussitôt résolus nonobstant qu'il ny eût point ici d'argent du Roi , ni d'ordre pour eu avoir, d'envoyer le sieur Penautier avec tout ce qu'ils ont pu trouver d'argent sur leur crédit, pour acheter des blés , et les faire vendre au peuple , au même prix qu'il coûtera, le suppliant de tenir la main à ce qu'il en reçoive le paiement afin qu'on en puisse continuelle commerce ;et parce que ledit sieur Penautier n'ayant ' pas connaissance des choses de par-delà, ni des adresses qu'il faut tenir pour faire ladite provision et en recevoir après le paiement, il se pourrait trouver bien empêché , il suppliera ledit sieur Duc de vouloir commander au sieur Livio Peppe de l'assister de ses conseils et lui dire les moyens qu'il devra tenir afin que cela puisse réussir, il fera connaître audit sieur Duc qu'on désire plutôt se servir dudit sieur Peppe que d'aucun autre, tant parce qu'étant père de Monseigneur Peppe qui est ami de tous ceux qui servent ici Sa Majesté , on est assuré qu'il s'y portera fidèlement, que parce que les banquiers dont on se sert, sont en correspondance avec lui.

Il représentera encore à mondit sieur de Guise, que

(i) Ville du royaume de Naples, dans la Capitanate, à 5 lieues au sud-ouest de Manfrédoniar

INSTRUCTIONS. 1 -q

Messeigneurs le cardinal Grimaldi et l'ambassadeur ayant fait trouver cet argent-là sur leur crédit, en attendant qu'il puisse être secouru des blés qu'on fait venir de Provence, pour le désir extrême qu'ils ont de contribuer à tout ce qui est de son avantage, il est bien raisonnable qu'il tienne la main à ce que cela soit si bien ménagé qu'ils aient le moyen de lui rendre une autre fois de semblables assistances quand il en aura besoin.

Ledit sieur Penautier ne fera rien pour l'achat desdits blés sans le conseil et direction dudit sieur Peppe , témoignant toutefois à mondit sieur de Guise que c'est ledit sieur Penautier qui fait tout suivant les ordres qu'il en a d'ici, afin que ledit sieur Duc ne puisse forcer ledit Peppe à faire contre ses ordres.

Il se gardera bien de découvrir à personne le fonds qu'il aura entre les mains, qui ne passera pas 12,000 écusj maisbienlaissera-t-il penser qu'il est beaucoup plus grand , et que pourvu qu'il soit bien payé , rien ne lui manquera.

Pour quelque raison ou occasion que ce soit , il ne laissera divertir tout ni partie dudit argent, pour l'employer en autre chose qu'en l'achat desdits blés, desquels il procurera soigneusement d être remboursé, ne le baillant qu'à des boulangers accrédités et solvables afiu qu'en recevant le remboursement , il puisse à l'heure même en racheter d'autres , et faire ainsii durer ce secours.

Or, combien que le motif principal de Tenvoi du sieur Penautier soit l'achat des blés et la direction d'iceux, à quoi il s'appliquera entièrement, il ne laissera néanmoins de voir M. de Guise , afin de le confirmer dans les bonnes intentions qu'il témoigne d'a-

voir 5 et ne lui donner aucun soupçon ni jalousie , l'assurant toujours de la bonne volonté de Leurs Majestés , de Son Eminence et de tous ceux qui servent ici, observant adroitement tout ce qui se passera, pour en donner avis.

Il se conduira de telle sorte avec Gennaro ( Annésé ) et autres, que M. de Guise ne puisse prendre soupçon . ni croire qu'il soit allé là pour faire aucune cabale contre lui ; afin que M. de Besançon trouve à son arrivée toutes choses en bon état.

Si toutefois il peut, sans donner d'ombrage audit sieur Duc, tenir Gennaro et ses amis avertis de la bonne volonté de Leurs Majestés, il ne manquera pas de le faire, afin qu'ils continuent à servir comme ils ont fait jusqu'ici.

Il essaiera de découvrir quelles gens ce sont qu'Augustin Mollo, Peppe Palombo et autres dont M. de Guise se sert principalement, et quelle confiance on y pourra prendre : car plusieurs disent qu'ils ont de grands attacliemens avec les Espagnols ; comme aussi s'in formera- t-il de Carlo Carola , Amillo , Pasiio , Avissano et de Matteo Scalisse, qui ont toujours montré beaucoup d'affection pour la France , et Carlo Carola principalement, mais que M. de Guise veut présentement faire croire s'entendre avec les Espagnols.

Aussitôt qu'il saura que M. de Besançon arrivera, il ira au-devant de lui pour lui donner information de toutes choses, et lui aider à prendre connaissance de ce qui se passera ; et lui montrera le présent mémoire avec le double de celui que je lui ai envoyé à Piombino, en cas qu'il ne l'eût pas reçu.

Si ledit sieur de Besançon porte des blés avec lui , il en donnera promtement avis ici, afin qu'on prenne

LETTRE DU CARDINAL MAZARIN. iSl

la résolution qu'il faudra, soit de continuer ce qu'il aura commencé , ou bien de faire revenir l'argent qu'il aura porté, ne s'en dessaisissant jamais pour quelque raison que ce puisse être, ni par ordre de qui que ce soit.

11 ne manquera en aucune occasion d'écrire ici tout ce qui se passera , et de nous tenir bien informés l'état auquel seront les affaires.

Suit une copie du pouvoir donné à M. du Plessis- Besançon , dans les mêmes termes que celui du cardinal Grimaldi , à l'effet de réunir la noblesse et le peuple.

N* 54. Du cardinal Mazarin à M, le duc de Guise,

Paris, 5o mars 1648.

Monsieur ,

La continuelle application que j'ai eue a vous donner les moyens de sortir heureusement et avec gloire et avantage de la généreuse entreprise cù vous êtes engagé , m'a fait proposer à la Reine de ne se contenter pas de vous avoir envoyé M. du Plessis-Besançon, mais de prier même M. le cardinal Grimaldi de s'embarquer sur l'escadre de vaisseaux qui va présentement sur les côtes de Naples, pour vous donner ses bons conseils dans les circonstances difficiles, et vous assister même de la part de Sa Majesté et à sou nom, où vous pourriez en avoir besoin, ce que; sa dignité lui pourra donner lieu de faire avec plus de poids et d'autorité que n'aurait fait une personne inférieure.

Mais la principale considéra lion qui m'a oblige de faire jeter les ieux sur lui plutôt que sur un autre, a été la connaissance que j'ai eue par plusieurs copies de lettres que vous lui avez écrites depuis que vous êtes a Naples, de la confiance que vous avez en lui, et de la bonne iuiellii»ence que vous entretenez ensemble ; et j'ai regardé en outre k faire que pendant que vos emplois vous appellent incessamment aux actions de guerre, il y eût une personne affectionnée et capable qui pût prendre soin de vous soulager dans les affaires , ne pouvant m'iraaginer que dans Taffluence de celles-ci et la nécessité des autres, vous puissiez, ni qui que ce soit au monde, y suffire long-tems, sans préjudicier à votre santé ou au service.

Je remets à M. le cardinal Grimaldi a vous en dire davantage, et ne doute point que vous n'ayez à me remercier bientôt du soin que j'ai eu de penser à cette mission pour les avantages que vous en tirerez indubitablement, ce que je demande, etc.

Suit le duplicata du pouvoir donné par le Roi à M. le cardinal Grimaldi, sous la date du 3o mars 1648,61 qui avait été demandé par billet du sieur Ondédéi , avec l'inscription de la qualité de plénipotentiaire de Sa Majesté.

]\' 36. Du Roi au Peuple de Naples.

Paris, 5o mars 1648.

Louis , etc.

Nos cliers et grands amis, le désir extrême que nous

avons de voir au plutôt voire liberté et vos vies en pleine sûreté, nous fait continuellement méditer les moyens les plus propies pour vous procurer ce bien, et établir solidement votre repos. Dans la discussion que nous avons faite de ces moyens, nous avons estimé qu'il ne suffirait pas de vous assister pui-^samment des Ibrces de notre armée navale qui suivra de bien près cette escadre de vaisseaux que nous vous envoyons, ni de faire embarquer sur ladite armée comme nous l'avons ordonné, bon nombre de soldatesque, aiin que vous puissiez vous en servir à terre si vous le désirez , et de la sorte que vous jugiez en avoir besoin pour chasser les Espagnols. Mais nous avons vu que le promt succès de l'entreprise où vous êtes engagés, dépend principalement de la bonne conduite que vous tiendrez entre vous-mêmes et vos résolutions bien à propos , plutôt que des actions de guerre, en sorte que la prudence et le conseil ne sont pas moins nécessaires en cette circonstance que le courage et la valeur de ceux qui y sont employés. Ce fondement posé, comme il est indubitable, nous n'avons pu nous contenter de vous avoir envoyé le sieur du Plessis- Besançon , quoique d'ailleurs très-capable de conduire à bon port une négociation épineuse, et nous avons jugé qu'en une affaire de si grand poids dont l'issue doit décider de la fortune d'un royaume entier et de la condition de tant de milliers de peuple , nous ne saurions , ni trop multiplier le nombre de ceux qui doivent avoir part k la diriger, ni les choisir de qualité trop relevée pour mieux répondre à l'importance de la chose. Nous avons donc jeté les ieux pour cela sur notre cousin le cardinal Grimaldi , comme sur le sujet qui nous a semblé le plus propre dans cette cir-e constance, soit à cause de sa dignité, de sa suffisance-

II

II

^"1 I.ETTRE DE LOLIS XIT.

01 de l'expérience consommée qu'il a acquise dans le mau.emeut des grandes affaires, soit pour son zélé extraordinaire envers celte couronne et la passion qu'il a toujours fait paraître pour vos affaires, nous ayant constamment sollicité depuis son retour a Rome, de vous envoyer toutes les assistances qui sont de notre pouvoir et enfin pour l'amitié particulière qu'il a depuis long-^ tems avec notre cousin le duc de Guise.

le sieur du Plessis-Besançon, par qui nous vous avons écrit plus particulièrement, s'unira à notredit cousin le cardmal Grimaldi à l'effet de donner, selon les evénemens , leurs bons conseils à notre cousin le duc de Guise, et à vous les moyens de rétablir promteraent votre repos, ayaut notre cousin le cardinal Grimaldi et le sieur du Plessis-Resancon en son absence, plein pouvoir de négocier et traiter à notre nom tout ce qui sera estimé plus à propos pour le bien commun de la ville de Naples et de son royaume. Nous vous prions donc d'ajouter entière créance à ce que vous dira ou vous fera dire de notre part, notredit cousin le cardinal Grimaldi , et d'être constamment assurés que nous n'avons et n'aurons jamais d'autre but, en la conduite de cette affaire , que vos avantages et votre satisfaction, de quelque façon qu'elle se rencontre, etc.

N* 3;. Du cardinal Masarin au chevalier Garnier.

Paris, 4 avril 1648.

.Fe souhaite de tout mon cœur que ce billet ne vous trouve plus en Provence, et encore plus que vous fassiez bon voyage. Je ne prends la plume que pour vous dire q" il a été résolu qu'une escadre de dix galères suivrait

lliTTRE DU CARDIKAL MAZARIX. 1 85

Je bien près celle de vaisseaux que vous menez à Naples. Et quoique je ne voie pas qu'il puisse naître aucune contestalion entre le chevalier de (.hàtelux et vous pour le commandement en cas que lesdites deux escadres se leucontrent avant l'arrivée de toute l'armée , puisque la chose est décidée depuis long-iems, outre que je sais que vous êtes fort bons amis, je l'ai jugée de telle importance que pour prévenir de semblables différends, je n'ai pu m'empécher de vous faire ces lignes pour vous prier de faciliter tout de voire part , et de ne vous attacher qu'au solide et au service, sans permettre que ces bagatelles les mettent en péril 5 car je vous avoue que s'il en mésarrivait, et qu'une semblable contestation nous causât quelque dommage, je ne serais pas consolable et je n'admettrais aucune excuse. Je suis assuré que vous m'aimez trop, pour rien appréhender après ce (jue je viens de vous dire. Je ne manquerai pas de parler aussi aux mêmes termes au chevalier de Châtelux qui sans doute aura les mêmes dispositions que vous de bien vivre ensemble, et de ne contester qu'à qui fera mieux son devoir.

Je mande beaucoup de nouvelles à M. le bailli de Valençai et a M. du Plessis-Besançon, tant sur les ennemis, que sur le départ de l'armée navale. C'est pourquoi je n'ajouterai rien 5 ils s'en entretiendront sous peu de jours , à Naples , avec vous. Tâchez de profiler des avis que je leur donne. Vous ne manquerez pas d'occasion de les employer.

Celui qui vous rendra cette lettre est un gentilhomme qui a été mon page. Je vous l'envoie pour servir et s'instruire auprès de vous. Il a peu d'habitude du métier ; mais je suis assuré qu'il l'apprendra parfaileluc'ut sous un aussi bon maître.

LITTUfi DU CARDINAL MAZARIX.

ÏV" 38. Du cardinal Mazarin à M, du Plessis-

Besançon.

Paris, 5 avril 1648.

Monsieur,

A mesure que je reçois des avis qui regardent les affaires de Naples de quelque façon que ce soit, je prends la plume pour vous instruire, ue voulant pas vous laisser manquer d'aucune des lumières que Ion pourra vous donner d'ici pour le bon succès de la négociation qui vous occupe; et ne laisse pas de souhaiter que cette lettre ne vous trouve plus en Provence.

Je commencerai par vous dire les nouvelles que j'ai de l'état des ennemis , de leurs forces à la mer , de leurs desseins pour ce qui regarde le royaume' de Naples.

Don Juan d'Autriche doit à la fin être Vice-Roi , et on lui donne pour résider auprès de sa personne et pour conseil principal le comte d'Ognate, qui doitmainlena.it s être rendu près de lui.

On fait en Espagne tous les efforts imaginables pour envoyer à Naples deux mille hommes de pié dont ils puissent se servir à terre.

Us en ont embarqué 5oo à Final, des troupes de l'État de Milan.

Ils font outre cela amasser autant qu'ils peuvent de soldatesque dans TÉtat ecclésiastique et dans celui des autres princes , par le moyen de leurs partisans.

Leur armée navale, commandée par Pimiento, sest arrêtée à Porl-Mahon sans passer à Cadix, afin de ne s éloigner pas tant de l'Italie.

Elle fait toutes les diligences possibles pour se mettre en état de sortir au plutôt 5 et pour cet effet, on envoie audit Port-Mahon à grande hâte toutes les choses nécessaires pour les radouber.

Pimiento a ordre qu'a mesure que les vaisseaux iront se radouber, il les envoie à Naples sans attendre le reste.

On croit bien qu'ils pourront en peu de tems (apprêter quelques vaisseaux ; mais avant que tous soient en état , il leur faut au moins tout le mois de mai 5 de sorte que si l'armée peut mettre a la voile à la fin de celui-ci, personne ne met en doute que les avantages ne soient infaillibles pour cette couronne. Tous ceux qui s'occupent des affaires de Naples tombent unanimement d'accord que leur décision dépend de l'armée qui arrivera la première.

Sur quoi je vous dirai en passant que , poiiir cette raison-là , on a dépêché de nouveau extraordinai rement pour hâter les levées des matelots , afin qu'ils soient tous en état pour le 20 de ce mois-ci, et qu'on n'attende pas après eux.

On a dépêché de même pour hâter les recrues et la marche des troupes qui doivent s'embarquer sur l'armée pour mettre pied à terre. On peut faire état certain que le nombre n'en sera pas moindre de 4000 hommes, infanterie et cavalerie , sans compter ce qu'on pourra tirer des vaisseaux et galères , pour servir a terre dans l'occasion.

Je vous dirai en outre que les Espagnols songent a renvoyer à Naples les cinq galères qui ont porté en Espagne le duc d'Arcos et sa famille , après les avoir raccommodées et remplies de chiourmes, dont elles manquent fort, et embarqué dessus une partie des

l88 LLTTRE DU CARDIiXAL MAZARIN.

deux mille hommes que j'ai dit cidessus qu ils ont destinés pour Naples.

On me donne avis aussi qu'ils ont mis depuis peu à la mer deux vaisseaux neufs de 800 tonneaux chacun.

Il n'est demeuré à Naples, comme je vous ai déjà marqué, que les six vaisseaux les plus petits, et ou lâchera de les raccommoder, afin qu'ils se trouvent prêts au retour des autres.

Ils y ont aussi treize à quatorze galères , mais en si mauvais état, qu'on tient pour certain qu'il y en a plus de la moitié qui ne saurait tenir a la mer.

Toutes les lettres que nous recevons d'Italie portent qu'il n'y a rien de plus nécessaire présentement à Naples, que votre arrivée. Je vous prie de le dire à M. le cardinal Grimaldi, et de ne pas perdre un seul moment.

L'escadre des vaisseaux sera suivie de près d'une escadre de dix galères, commandée par le chevalier de Châtelux. Je ne pense pas que si elles se rencontrent , qu'il arrive contestation entre eux pour le commandement, qui me semble être décidé pour le plus ancien; et je sais d'ailleurs que les deux chevaliers sont bons amis de longue main. En tout cas , je prie M. le cardinal Grimaldi d y interposer son autorité , en sorte que le service du Roi n'en puisse recevoir aucun préjudice jusqu'à l'arrivée de toute l'armée, que tous les différends cesseraient. J'écris un mot à toutes fins au chevalier Garnier, pour ne s'amuser point à se disputer, et à n'aller qu'au solide , et que s'il mésarrivait pour de pareilles bagatelles, je n'admettrais aucune excuse.

Quand on a pris la résolution d'envoyer dix galères, ça été dans la croyance qu'il n'y en avait pas un plus grand nombre a Naples en état de les combattre; c'est

pourquoi si vous croyez qu'elles puissent avoir quelque crainte (ce que je ne crois pas , pariiculièremertt étant bien armées et ayant vos vaisseaux, à l'abri desquels elles pourront se mettre au besoin ) , il faudra leur mander ce qu'elles auront à faire, et quelles précautions elles doivent prendre pour leur sûreté.

On se remet à M. le cardinal Grimaldi et k vous, en son absence , de retenir les vaisseaux et les galères autant que vous le jugerez à propos, ou de les renvoyer joindre le corps de l'armée pour revenir ensemble , ainsi que vous estimerez pour le mieux. Les deux chevaliers ont ordre d'exécuter tt)ut ce qui leur sera dit par M. le cardinal Grimaldi ou par vous.

Quand nous travaillons k faire perdre aux peuples de Naples les pensées qu'ils ont de république, ce n'rst pas , comme vous savez , pour nous opposer à leur liberté, que nous souhaiterions passionément de voir établie chez eux, par quelque moyen que ce puisse être, mais seulement parce que nous ne voyons pas que ce dessein puisse réussir, et cependant l'application que Ton y a peut donner lieu aux ennemis de remettre leurs affaires. Néanmoins si vous reconnaissez (jue ces peuples soient absolument résolus à cela, et qu'il y ait péril de nous perdre nous-mêmes auprès d'eux en voulant les en détourner, il vaudra bien mieux seconder leur fantaisie que de la choquer directement, et il faudra , en ce cas , s'appliquer a faire le mieux qu'il se pourra dans cette méchante affaire , essayant de conserver au Roi quelque qualité supérieure et qui montre que la république est dans sa dépendance et sous sa protection.

Nous ne pouvons d'ici que vous donner les avi? que nous recevons ; c'est k vous de les examiner de nou-

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veau, et de prendre sur les lieus les résolulions qui vous paraîtront les meilleures ^ la Cour étant trop éloignée pour la pouvoir consulter sans courir risque de perdre les affaires par Tattente, en perdant les occasions qui se présentent et ne reviennent plus.

S'il Y a des choses dont lexécuiion dépende de M. le Lailli de Valencai , il faudra que M. le cardinal Grimaldi se donne la peine de lui en écrire; car sans perdre de tems à le mander ici , ledit bailli fera tout ce qui se trouvera être en son pouvoir, et présentement ou lui en envoie Tordre.

Vous communiquerez, s'il vous plaît, ce mémoire, et tous les autres , a M. le cardinal Grimaldi, à votre arrivée à Piombino , où je ne doute pas que Son Eminence ne soit arrivée avant vous , à moins de quelque indisposition , ou de quelque autre chose extraordinaire que je ne puis prévoir. Mais dans ce cas , il vous y aura sans doute dépêché quelqu'un pour vous donner de ses nouvelles; et s'il vous mande qu'il ne peut venir, vous passerez outre à Naples à exécuter vos ordres sans délai.

Je vous ajouterai aussi, pour ne laisser en arrière aucune particularité des avis que j'ai eus et que je crois qui pourront servir autant à ceux qui commanderont l'armée navale , qu'à ceux qui auront le maniement et la direction des affaires de Naples , que les ennemis, afin de mettre plutôt a la mer cette armée, sans qu elle soit obligée à attendre le biscuit qui lui est nécessaire pour toute l'armée , en font faire une grande quantité en Sardaigne et à Messine , afin que ladite armée puisse être assistée sur les lieus et à point nommé.

On dit que les premières troupes , qui consistent en

LETTr.E DU CARDINAL MAZARIN. 101

mille hommes de pié, qu^ils envoient d'Espagne, doivent partir de Malaga sur des vaisseaux très^frêles ; c'est pourquoi, si l'escadre de M. Garnier les peut rencontrer avant que d'aborder à Naples , ce serait un coup de conséquence de s'en saisir, ce qui serait fort aisé en ce cas, vu que les vaisseaux sur lesquels ils sont embarqués ne valent rien.

On me mande aussi que deux frégates de trente pièces de canon chacune , qui se sont détachées de

l'armée pendant ,

qu'il envoyait don Juan d'Autriche , et étaient prêtes à partir de Carthagène pour s'en retourner à Naples et se joindre aux six vaisseaux qui y sont demeurés.

On ajoute que Deitlo, qui est celui qui a défendu Lérida dans les deux derniers sièges (1) , se devait embarquer sur l'une des cinq galères que je vous ai dit ci- dessus que Ton songeait à envoyer k Naples. Il serait très-important que l'escadre des galères qui sera commandée par le chevalier de Chàtelux, comme aussi celle qui devra suivre après, n'oubliassent rien pour se rencontrer avec ces cinq galères; la perte desquelles ferait aux ennemis , dans les conjonctures présentes , un préjudice irréparable.

On ne doute nullement quelorsque le comte d'Ognale, lequel a naguères pris possession de la charge de viceroi de Naples, sous les ordres immédiats du Roi, son maître, apprendra la révocation qu'on a faite de sa commission, pour en gratifier don Juan d'Autriche, avec ordre audit comte de l'assister , celui-ci n'en demeure très-mal satisfait, et qu'en suite il n'y ait lieu de pro-

(i) En 164^, par le comte d'Harcourt, et en 1647, par le prince de ConJé. Tous deux avaient échoué.

filer de son mécontentement, qui causera sans doute des divisions fort avantageuses au service du Roi et aux affaires du peuple et du royaume de Naples. C'est pourquoi M. le cardinal Grimaldi et vous, profiterez de ces avis en la manière que vous jugerez le plus à propos.

Comme les soldats que l'on a envoyés d'Espagne à Naples sont de nouvelle levé© , et embarqués par force, il ne faut pas douter que quand ils seront une fois débarqués , s'ils voient jour et commodité à s'enfuir , ils ne le fassent tous promtement.

En envoyant en Flandre tous les ans au régiment , nous donnons un passeport et un écu ; et avec cela , il ru retourne toujours plus de la moitié. Il faudrait en faire d&méme à Naples , et y ajouter la promesse d'eml)arquement dans les barques ou vaisseaux qui s'en reviendront en France; et par ce moyen , on frustrera le roi d'Espagne de tous les avantages qu'il se figure tirer de l'envoi de ces troupes à Naples, parce que d'ailleurs , dans une si longue navigation, il en meurt toujours beaucoup de fatigue et de misère, et que le reste sont de nouveaux soldats qui ne sont pas fort à appréhender.

Afin que M. le cardinal Grimaldi et vous voyiez k quel point on s'applique aux afl*aires de Naples, je vous dirai que parmi les corps qu'on a résolu d'y envoyer et que l'on fait préparer en grande hâte pour se mettre au plutôt eu bon état , il y a le vieux régiment de Sault et celui de Vervins , de 3o compagnies chacun , et le régiment colonel de douze, et qu'on n'a rien oublié pour que les autres corps qui les accompagnent soient forts et commandés par de bons officiers.

Quoique je vous mande de ne parlera qui que ce soit

LBTTRR DIT CARDINAL MAZARÎ?V. 1 q.'

de ce qu'on va aller faire à Piombino, vous pouvez cependant le communiquer à M. le Bailli de Valençai , etêtre assuré qu'il tiendra la chose secrète , et qu'il n'y aura qui que ce soit qui la pénètre. Je lui ai même adressé ce paquet avec ordre, si vous êtes parti , de l'ouvrir , pour prendre connaissance des choses qui regardent l'armement naval des ennemis et le départ de ses galères et vaisseaux, afin qu'il lâche d'en profiter dans la sortie que feront les nôtres. Après quoi je lui écris de refermer le paquet et de vous l'adresser, sans perdre un moment, par la voie la plus sûre , k Piombino , ou, s'il voit que l'escadre des galères soit en état de partir , il le consigne au commandeur de Chûtelux pour vous le rendre.

N° 39. Du cardinal [Mazarin) à M. le bailli

de Valencai,

5 avril 1648.

M. du Plessis-Besançon vous dira la résolution qui a été prise de faire faire le voyage de Naples à M. le Cardinal Grimaldi, les raisons qui ont obligé Sa Majesté , et l'avantage qu'on espère d'en tirer. J'y ajouterai seulement, à votre égard , que l'on a fait savoir audit sieur Grimaldi que si , dans les résolutions qu il estimera devoir prendre pour le service du Roi , il y avait des choses dont l'exécution dépendit de vous, il n'aura qu'a vous en écrire directement sans recourir à la Cour, pour éviter les longueurs, puisque Sa Majesté vous a donné Tordre de faire , sur vos lettres ou sur cctUes de M. du Plessis-Besançon , en son absence, tout ce qui sera en votre pouvoir 5 comme en effet Sa Majesté m'a commandé de vous écrire de sa part d'eu user de cette

it

• ti

1q4 lettre du cardinal MAZARm.

sorte. Cela s^entend pour les choses sur lesquelles vous n'aurez pas des ordres précis d'ici.

M. le comte de Brienne (i) vous manda dernièrement de ne permettre pas que M. de la Case et un autre gentilhomme s'embarquassent pour passer k Naples; mais comme on prit cette résolution sur quelques avis qu'on avait donnés à la Reine, dont j'ai eu occasion depuis de détromper Sa Majesté , elle aura pour agréable que vous les laissiez aller maintenant, et que vous leur fassiez même toutes sortes de courtoisies. Ils pourront s'embarquer sur l'escadre des vaisseaux avec M. du Piessis-Besançon, si elle est encore a Toulon quand celte lettre vous sera rendue. Et si elle est partie, ils pourront prendre telle commodité de passage qu'ils aviseront pour le mieux et pour aller avec plus de diligence et plus sûrement.

J'estime superflu de tenir extrêmement secret le sujet ^u voyage de M. du Plessis-Besançon à Piombino , et tes choses que contient la dépêche que je lui fais passer par ce courier, et que je lui écris de vous communiquer. J'ai même voulu vous adresser ce paquet que vous pouvez ouvrir en cas qu'il soit parti, pour prendre connaissance de ce qui regarde l'armement naval des ennemis et le départ de leurs galères et vaisseaux. Après quoi vous refermerez le paquet et l'adresserez par la voie la plus sûre à Piombino, sans perdre un moment; ou si vous croyez que l'escadre des galères soit en état de partir quatre ou cinq jours après , vous le consignerez au chevalier de Châtelux pour le rendre audit sieur du Plessis. Mais surtout je vous recommande de prendre bien vos mesures sur les avis qui sont dans mon

(i) On n'est pas certain de ce nom.

LETTRE DU CARDINAL MAZARIN. igS

mémoire, en sorte que dans la sortie de vos vaisseaux et galères , vous puissiez en profiter pour leur faire remporter quelque avantage sur les ennemis.

N" 4o. Du cardinal (Mazarin) à M. le baron de Roche fort, premier capitaine au régiment de Sauit.

5 avril 1648.

Monsieur ,

J'écris à M. Louis de Lesdiguières , pour le prier de faire au plus tôt mettre le régiment de Sault au meilleur état qu'il sera possible, Sa Majesté l'avant destiné pour tenir la tête d'un corps de troupes considérable qu'elle veut envoyer à Naples. J'ai voulu y joindre encore ces lignes pour vous convier d'apporter tout ce qui dépendra de votre application et de votre crédit à fortifier ledit régiment du plus grand nombre d'hommes et avec le plus de diligence qu'il se pourra ; je vous prie même d'en parler à tous les officiers de ma part , et de les assurer que j'aurai soin auprès de Sa Majesté de faire qu'elle reconnaisse ce service, qui ne peut être dans une rencontre plus importante. On voudrait bien que le régiment fut à l'embarquement le 20 ou 25 de ce mois. Les choses sont parfaitement disposées pour remporter de grands avantages , et acquérir beaucoup de gloire dans cette expédition. Il n'est question que d'arriver avant que les troupes qu'on y envoiera d'Espaj^ne dans quelque tems , y puissent être; et avec cette diligence , tout se rendra facile, pourvu que chaque officier fasse effort en cette rencontre pour les recrues. Assurez-vou» cependant de mon affection ei de mon estime , et me croyez , etc.

lit

Note de l'Éditeur. Pendant que le cardinal Maza-^ rin se donnait tant de peine pour faire réussir les projets du duc de Guise, ce prince , qui n'avait plus que si peu de tems à attendre pour en éprouver l'heureux résultat, échoua pour ainsi dire au port, ainsi qu'on le verra dans les mémoires du comte de Modène, Le comte d'Ognate vint a bout de rétablir à Naples le gouvernement espagnol sans effusion de sang , le lundi saint , 6 avril de Tan 1648. Le duc de Guise fut obligé de prendre la fuite j mais on le poursuivit avec tant de diligence qu'il fut arrêté à Gaëte, et de là transporté en Espagne, où il resta prisonnier l'espace de quatre ans ( I ). C'est après qu'il eut ainsi perdu la liberté, que le cardinal Mazarin, qui ne pouvait encore en être instruit , lui écrivit ce qu'on va lire.

W*" 4*' ^" cardinal [Mazarin) à M. le duc

de Guise,

8 avril 1648.

Monsieur ,

J'ai reçu la lettre qu'il vous a plu m'écrire par le sieur Lambert , et appris avec une vive satisfaction les nouvelles de votre santé et les bonnes espérances que vous aviez de mettre tous les jours les affaires de delà en meilleur état, particulièrement depuis que vous n'avez plus sujet d'appréhender le parti de Gennaro Annésé, ainsi que ce gentilhomme nous a dit.

Gomme on avait résolu par avance de vous assister de toutes choses , afin de rendre inutiles tous les efforts

(1) L'Art de vérifier le» Dales. Paris, 1819, XVIII, 390.

que les Espagnols préparent pour remettre leurs affaires, je m'assure que vous eu avez été bien aise lorsque les nouvelles vous en seront arrivées ; et vous reconnaîtrez onsuite, par les effets, qu'on ne vous avait pas oublié, que je suis véritablement votre serviteur, et que Leurs Majestés songeaient d'autant plus à ce qui se passait à Naples , qu'elles y voyaient voire personne «engagée.

Nous hâtons, autant qu'il nous est possible, la soriiode l'armée navale 5 en quoi je puis vous donner ma parole qu'on n'a pas perdu et qu'on ne perdra pa« un seul moment, et on me mande de Toulon que le 5 du mois prochain elle sera toute à la mer infailliblement. Cependant on fait partir le chevalier Garnier avec huit ou dix vaisseaux , et le commandeur de Chàtelux avec dix galères ; et on embarque dessus tout ce qu'on a p»u croire qui pourrait servir à vous soulager et à vous donner lieu d'acheminer les choses à contraindre les Espagnols, dans cette campagne , de quitter les postes qu'ils tiennent à Naples-, après quoi on pourra plus aisément les chasser de ceux qu'ils posssèdent aux autres endroits do royaume.

Je n'entrerai point, Monsieur, dans le détail de tout ce qu'on a fait, des pensées que l'on a de cointribucr autant qu'il pourra dépendre d'ici , à vos satisfactions et à vos avantages , des moyens qu'on a cru les plus propres pour parvenir aux fins que ce peuple -là souhaite, et des derniers efforts que l'on a faits pour vous donner une assistance proportionée au besoin , et qui répondit à la passion que Leurs Majestés ont d'établir dans ce royaume-là un repos sûr et rempli de toutes sortes de félicités. Je n'entrerai pas, dis-je , dans le détail de tout ceci , parce que les personnes à qui Sa Majesté a donné ordre de se rendre diligemment au

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lieu où vous êtes, vous informeront de tout, et elles n auront pas grande peine, à mon avis, à vous faire loucher au doigt qu'il ne dépend que de vous de vous rendre très-heureux et de vous mettre en un haut degré de réputation et de gloire. Pour le moins , je sais que l'intention de Leurs Majestés est telle , et qu'en mon particulier j'ai toujours agi sur ce fondement, et que je continuerai à m'y appliquer avec la même affection que si c'était pour mes intérêts propres.

Il y a plus de sujet de craindre les ruses et les artifice» des Espagnols que leurs forces ; et comme j'apprends de tous côtés que leur plus forte application est de les pratifjuer tous pour vous perdre , il est de la dernière importance que vous soyiez toujours sur vos gardes, et que vous ne vous fiiez de personne qu'à bonnes enseignes : car vous ne devez pas douter qu'ils ne vous tendent toutes sortes de pièges, et qu'ils ne tâchent de corrompre même quelques-uns de ceux en qui ils verront que vous avez plus de con^ance ; et il est sans doute qu'ils y travailleront encore avec plus de soin maintenant que le parti de Gennaro Annésé étant dissipé , a ce que nous apprenons par le sieur Lambert, ils espèrent avec beaucoup de fondement que s'ils pouvaient mettre de la division dans le vôtre, ou refroidir l'affection que les peuples ont pour vous , ils viendraient aisément à bout de leurs desseins.

J'ai appris que vous souhaiteriez fort d'avoir de delà ^VL Lambert; et quoiqu'on n'ait pas sujet d'être fort satisfait de lui, à cause des difficultés qu'il apporta a quelque chose qu'on désira de lui dans l'occasion d'Orbitello, néanmoins m'ayant fait connaître depuis long-tcms le «léplaisir extrême qu'il avait d'avoir tenu le procédé qu'il tint, et sachant d'ailleurs que c'est un fort bon

oiHcier, et très-capable de bien servir; voyant enfin que vous désiriez de l'avoir, je me suis employé près de Leurs Majestés pour faire qu'elles oubliassent le passé, et j'espère de pouvoir vous l'envoyer pour commander les troupes qui débarqueront à terre , sur le sujet desquelles je vous dirai en passant, que si elles ne peuvent pas être aussi nombreuses que je le souhaiterais, je puis vous assurer au moins que la qualité suppléera ce défaut , et que je lâcherai surtout qu'elles soient composées d'officiers bien sages et qui aient la discipline et l'ordre en singulière recommandation, étant à mon avis ce à quoi on doit principalement viser pour bien servir au lieu où vous êtes. Je vous conjure seulement de faire tous vos efforts pour assurer un port anotre armée navale, comme on me mande de Rome que vous leur en aviez répondu. La chose est de la dernière importance pour les raisons que vous jugerez bien, et vous y aurez le principal intérêt. Celle des ennemis se raccommode au port Mahon, et n'a pas repassé le détroit, comme elle avait accoutumé, afin de ne pas se tant éloigner du royaume de Niiples, el y pouvoir être plus tôt de retour.

Je suis très-assûré , Monsieur , que vous ne négligerez rien pour vous faire remettre le duc de Tursi et h's autres prisonniers, ainsi que je vous en ai déjà écrit, afin que si nous pouvions en faire un échange avec la prince de Portugal (i), qui est prisonnier à Milan , nous puissions tirer du Roi, son frère, une somme d'argent considérable, pour employer aux avantages même de la ville de Naples et du royaume.

M. le chevalier, votre frère, m'a communiqué ce que vous lui écrivez sur le voyage que vous souhaiteriez

(1) EUouard de Bragance , frère du roi Jean IV.

qu'il fît de delà; je l'ai exhorté autant qu'il m'a été possible, afin que vous eussiez près de vous une personne en qui vous puissiez prendre toute confiance. Il a envie de le faire, et nous sommes demeurés d'accord qu'il m'en dira demain sa dernière résolution , afin que je puisse en parler à Sa Majesté pour lui en faire accorder la permission et pour l'assister en tout ce qui pourra dépendre de moi.

Pour ce qui est , Monsieur , de mademoiselle de Pons, chacun sait quefesant profession d'être votre serviteur, je me fusse employé avec plaisir à vous en donner des marques dans une affaire qui vous touche si fort, et je m'assure que quand votre secrétaire vous aura entretenu, vous reconnaîtrez que je n'ai rien oublié pour servir ladite demoiselle; que si la Reine a fait quelque chose qui ne lui a pas plû entièrement , je ne doute point que vous n'en soyez bien aise , sous beaucoup de rapports, lorsque vous saurez comme quoi la chose s'est passée.

Pour conclusion , lorsque vous aurez entendu votre secrétaire et que vous m'aurez fait la faveur de me mander ce que vous souhaitez qui soit fait , j'emploierai volontiers ce que je puis avoir de crédit afin que tout soit^ exécuté en la forme que vous m'aurez témoigné désirer, et vous connaîtrez en cette occasion comme en toute autre, la passion que j'ai de vous donner de plus en plus des marques de mon service et de la véritable amitié que je vous ai promise.

La Reine avait donné ordre qu'on empêchât l'embarquement au frère de mademoiselle de Pons , et à un autre gentilhomme qui vous allaient trouver, étant partis d'ici sans dernander congé , et sur quelques rapports qu'on avait faits à Sa Majesté qu'ils n'avaient pas les

LETTRE Dl CARDINAL MAZARIN. 201

intentions pour vous qu'il était à souhaiter: mais ayant su depuis que les choses étaient autrement , j'en ai parlé à Sa Majesté, qui, sur ma prière, a trouvé bon qu'on révoquât son premier ordre; et je n'ai pas seulement écrit à Toulon qu'on les laissât passer , mais qu'on leur donnât toute commodité pour l'embarquement.

Je profite de l'occasion de ce gentilhomme qui va vous trouver, pour vous dire tout ceci , et pour répondre à la lettre que le sieur Lambert m'a rendue de votre part, remettant a vous le renvoyer à la première occasion qui se présentera de vous faire savoir quelque chose d'important. Cependant je vous prie de me croire toujours, etc.

Le cardinal Mazabin.

é jN° 1^2, Du cardinal [Mazarin) à M. du Plessis-

Besancon.

11 avril 164s.

Je viens de recevoir votre lettre de Toulon du 20 passé, à laquelle je réponds au môme instant, profitant de la commodité du départ de ce gentilhomme qui va trouver le duc de Guise. Je ne crois pas qu'il puisse vous demander, ni prendre de meilleure ni plus sûre commodité pour son passage, que celle que vous aurez pour le vôtre; c'est pourquoi il faudra le lui offrir, et lui laisser pourtant prendre sa résolution telle qu'il voudra, et en cas que vous fassiez le voyage ensemble, je ne doute pas que vous ne le gagniez facilement à vous, par les caresses et par les courtoisies que vous lui pourrez faire.

Je vous adresse la copie de la lettre que j'écris a M. de Guise par ledit gentilhomme , que vous ferez voir à

M. le cardinal Grimaldi , afin que Son Ëminence lui parle, s'il lui plaît, et vous aussi , en la même conformité.

Je n'ai pas voulu vous nommer dans la lettre , ainsi que vous le remarquerez bien > et ai mis la chose en général , k cause du Cardinal qui pourrait prendre résolution de vous envoyer avant lui ou être arrêté pour quelque autre raison que je ne puis prévoir , quoique je ne le veuille pas croire.

Vous vous étudierez a faire connaître à M. de Guise les avantages qu'il peut tirer de Fenvoi de M. le cardinal Grimaldi, qui est son serviteur de longue main, et a l'intelligence nécessaire pour lui suggérer les moyens les plus sûrs et les plus propres de bien établir les affaires générales et ses avantages particuliers. Vraiment, s'il prend bien la chose, il verra que la personne dudil seigneur Grimaldi lui fait besoin ; car après les postes de Naples pris , ledit Cardinal y pourrait demeurer pour la politique, pendant que M. le duc de Guise sortirait en campagne pour aller , les armes à la main , achever ce qui resterait à faire pour chasser les Espagnols du reste du royaume.

Si l'escadre sur laquelle vous devez vous embarquer n'est pas toute prête à faire voile dans le même tems que vous recevrez cette lettre , prenez un vaisseau seul , puisqu'il est impossible qu'il n'y en ait pas au moins un d'équipé ; et si le lems vous le permet , partez deux heures après pour vous rendre a Porto Longone , à Piombino, où sans doute, quelque vent favorable que vous ayiez, vous trouverez que M. le cardinal Grimaldi vous attendra déjà , et ce sera beaucoup de tems de gagné, car vous conférerez ensemble, et on pourra prendre toutes résolutions pour les exécuter

immédiatement après l'arrivée des autres vaisseaux à qui vous aurez donné rendez-vous à Piombino , leur recommandant bien , quand vous sortirez de Toulon , de ne pas perdre le moindre tems k vous joindre.

Il ne sera plus nécessaire que vous passiez k Rome , comme le cardinal Grimaldi vous le témoignait , puisque lui même pourra vous dire maintenant de vive voix tout ce que vous auriez pu y apprendre.

Je vous prie de communiquer tout ceci k M. le bailli de Valençai , en qui j'ai la même confiance qu'en vous.

Je vous prie de faire que l'on envoie le plus de blé qu'il se pourra avec cette escadre k Naples \ car cela vous servira pour être mieux reçu et réussir plus heureusement dans vos négociations \ et en cas que toute la (juantité que l'on essaie d'envoyer ne soit pas prête à partir avec M. de Valençai, qu'il vous envoie au plutôt ce qui en manquera.

N*" l\S, Du cardinal [Mazarin) à M, le bailli

de Valençai,

Paris, Il avril 1648.

Je profite de l'occasion du départ d'un gentîlliomme de M. de Guise , pour vous recommander de nouveau , aussi instamment qu'il m'est possible, la diligence dans le départ des dix galères, fesant connaître de ma part à M. le prieur de Mourgues (i) et aux autres , qu'il n'y a rien aujourd'hui de plus important, et qu'ils irie sauraient rendre un service plus agréable , que de n'y pas perdre un moment.

(1) Celle quali&calioo et ce uum sont iacerlains.

Je mande au sieur du Plessis-Besançon , de vous communiquer ce que je lui écris j c'est pourquoi je ne vous ferai pas grands discours.

Je vous prie seulement qu'en cas que Fescadre des vaisseaux sur laquelle il se doit embarquer ne fût pas toute prête quand cette dépêche arrivera, de faire donner un vaisseau audit sieur du Plessis, dans lequel il puisse partir deux heures après , si le vent est bon , pour se rendre a Piombino , où il attendra les autres , dont je vous recommande pourlant de hâter toujours le départ autant qu'il vous sera possible. 11 vous dira la raison pour laquelle je lui envoie cet ordre de prendre le devant.

M. de Brienne vous écrivit dernièrement d'empêcher le passage de M. de la Case et d'un autre gentilhomme , qui voulaient aller à Naples. Mais Sa Majesté ayant pris depuis d'autres re'solutions , elle trouve bon qu'on le leur permette , comme je vous l'ai déjà mandé ; et je vous prie, en mon particulier, de leur offrir tout ce qui dépendra de vous pour la sûreté et commodité de leur passage.

Je vous prie de faire aussi la même offre à un gentilhomme qui va trouver M. de Guise, et qu'il puisse dire à son maître les civilités qu'il aura reçues à sa considération.

Je viens de recevoir une lettre du chevalier Garnier du dernier mars : il me marque qu'ayant rendu ma lettre a M. le comte d'Alais, par laquelle il lui demanda 5oo hommes de son régiment , il lui a témoigné qu'il serait malaisé qu'il les donnât, à cause de la garde qu'il était obligé de faire faire auprès de sa personne à neuf compagnies dudit régiment. Je vous prie de l'en envoyer solliciter de nouveau de ma part, et lui faire savoir

LETTRE DU CARDINAL MAZARIN. 2o5

combien je me sentirai obligé en mon particulier, qu'il facilite la chose dans une occasion si importante. Il le peut d'autant plus sûrement , qu'il pourra se servir pour cette garde des autres troupes qui demeureront temporairement dans la province.

J'ai reçu votre lettre du dernier mars , en réponse de laquelle je vous dirai qu'on a fort bien écrit à M. le Tellier, qu'il est bien plus à propos que M. de Serre se charge delà conduite des troupes jusqu'à Toulon; et pour les faire passer de là en Italie, il faudra que vous en preniez soin suivant que le départ des vaisseaux et galères aura lieu , bien entendu que la dépense de leur subsistance dans le passage , et de leur séjour à Toulon, se doit prendre sur les fonds envoyés à M. de Serre : et en cas que ces fonds-là manquassent, il faudra bien , afin que le service du Roi n'en éprouvât aucun retard ni préjudice, trouver de quoi y suppléer pour le reprendre lorsque M. le Tellier aurait envoyé les diverses sommes d'argent nécessaires.

Je suis bien marri de voir que le départ du chevalier Garnier avec l'escadre qu'il doit commander, ait eu heu plus tôt que je ne le croyais: et pour ce qui est du blé , au compte que nous avons fait ici, nous trouvons qu'il devra y en avoir la quantité que l'on nous écrit d'envoyer à Naples; car si après il faut attendre celui qui vous doit venir de Languedoc , et que la Régine soit de retour , ce ne sera jamais fini.

On ne juge pas à propos de renvoyer à Naples la Régine chargée de blé , parce que , comme elle était ainsi lorsqu'on l'a prise de delà, on aurait lieu de penser, en la renvoyant, que c'est le même blé, ce qui ferait assurément un mauvais effet.

Je vous prie donc de faire en sorte que tout le blé

que vous avez prêt pour envoyer à Naples, soit embarqué sur quelque flûte, ou s'il se peut dans quelque brûlot ou vaisseau de ladite escadre; et en tout cas , que cela ne retarde pas le départ dudit chevalier, puisque vous pourriez envoyer après lui le reste du blé que vous n'auriez pas pu charger, sur des flûtes.

Je me suis tellement expliqué à cet égard dans mes précédentes, que je crois superûu d'y rien ajouter à présent. Mais surtout je vous prie de nouveau de faire en sorte qu'aussitôt la présente reçue, M. du Plessis- Besançon s'embarque sur le vaisseau de ladite escadre qui sera le plus prêt pour aller où je lui mande , pressant après nuit et jour le départ des autres vaisseaux destinés pour ce voyage. Cela est de la dernière importance. C'est pourquoi je vous prie de ne pas apporter le moindre retard à l'exécution.

Je suis bien marri de ce que vous me marquez de la poudre , et je ne saurais m'imaginer qu'elle se trouve de la sorte que vous m'écrivez, parce que M. de la Thuillerye , qui a eu le soin de la faire faire , n'aurait pas souffert qu'on ne l'envoyât pas de la qualiré qu'elle devait êlre. Je ne laisserai pas pourtant de lui envoyer le procès-verbal que j'ai reçu, et de lui écrire k ce sujet. Cependant je ne juge pas a propos que vous y touchiez et que vous la laissiez comme elle est : je vous prie seulement d'en faire faire une nouvelle épreuve, aussi bien que de celle que vous avez encore h recevoir bientôt, et a laquelle il faut d'autant plus prendre garde, qu'on en doit envoyer i5o,ooo livres en Catalogne, aussitôt qu'elle sera arrivée.

IN** 44. Du même à M, du Piessis-Besançon.

i3 avril i64«.

Il n'est pas besoin que je m'étende beaucoup pour vous informer du zèle que le sieur Luigi del Ferro a pour le service du Roi; vous savez assez de quelle façon il a agi dans les mouvemens qui ont eu lieu à Naples. Aussi ne l'accompagné-je de ces lignes que pour ne pas le laisser partir sans qu'il emportât ce nouveau témoignage de la satisfaction que Leurs Majestés en ont, et de celle qu'il m'a donnée en mon particulier. On se remet a vous de l'employer ainfîi que vous le jugerez plus à propos pour les avantages de cette couronne. Il est plein de bonne volonté , et sera ravi de se prêter à tout ce que vous lui direz qu'il doit faire pour vous servir. Je vous le recommande , er. vous prie d'être assuré toujours de la continuation de mou amitié.

Une autre lettre de recommandation , presque dans les mêmes termes , est adressée à M. le bailli de Valençai pour le même individu.

N° 46- ^M même à M, du Plesm-Besancon.

Paris, 16 avril 1648.

Depuis votre lettre, du 6 du courant, vous aurez reçu, par le sieur de Lanas, capitaine des gardes de l'amirauté, les derniers ordres pour votre voyage 2 Naples. Il n'est pas besoin que je vous dise le déplaisir que font toutes les longueurs qui s'y rencontrent j vous

le pouvez assez juger. Je m'assure que les blés seront préparés à Toulon. En tout cas si vous n'en trouvez pas coûte la quantité qu'on avait résolu qui partirait avec vous, on fera suivre le reste de si près, que cela ne doive pas vous retarder. Pour les armes , je ne doute pas qu'elles ne soient aussi embarquées , et je crois qu'à peine vous serez parti , que toute l'armée sera à la mer. Je me hâte de terminer , et je vous assure toujours de la continuation de mon amitié.

Note de l'Éditeur. Déjà seize jours s'étaient écoulés depuis que le duc de Guise était prisonnier, et le cardinal Mazarin l'ignorait encore. Ses préparatifs, tels que le prouvent les lettres précédentes , annoncent bien qu'il ne prévoyait pas la catastrophe qui avait eu lieu, et la lettre suivante prouvera qu'il n'était pas encore instruit le 22 avril.

N° 47' ^^ même' au même,

Paris, 22 avril 1648.

L'escadre du chevalier Garnîer tarde tant a partir, qu'elle ne saurait désormais arriver sitôt à Piombino, que les vingt galères qui doivent naviguer cette année n'y soient presqu'en même tems. Si , lorsqu'elles y seront arrivées^ M. le cardinal Grimaldi, suivant les nouvelles qu'il aura de Naples , et après en avoir conféré avec vous, jugeait a propos de faire avancer lesdiles galères seules, ou d'y joindre un ou deux vaisseaux, on s'en remet entièrement à ce qui sera avisé de delà ; et le chevalier Garnier a ordre de faire ponctuellement

tout ce que le cardinal pourra désirer. Je n'ai autre chose a vous dire , etc.

P. S. J'ajoute que si la soldatesque n'a pu arriver à tems pour s'embarquer avec vous , les galères porteront sans faute le régiment de Sault qui sera le double des 5oo hommes de celui de Provence, quoiqu'il y ait sujet de croire que les 5oo hommes iront aussi, après les recharges qu'on a fait faire sur ce point à M. le comte d'Alais.

Note de l'Éditeur. Enfin au bout de vingt et un jours, le cardinal ost instruit par une voie indirecte, et la scène change e'otièrenient, ainsi que le prouveront les lettres suivantes.

N** 4^* ^" mtîme à M. le mareclial du Plessis-

Praslin (i).

27 avril 16/18.

Monsieur ,

Je vous ai é crit amplement il n'y a que deux Jours ; depuis cela , j ai reçu votre lettre du 17. Il est vrai que c'est un grand malheur que les affaires de Naples aient changé de face au point que le font pressentir les nouvelles qu'un. Courier espagnol en avait données à Gand, si elles se trouvent véritables, dont nous ne savons

(1) Césa r, dac de Choiscul, maréchal du Plessis-Praslin, né le 12 févr'ier iSgS, commandait alors l'armée française en Lombardie, s ous le duc de Modène. Voyez l'article Cboiseul, dans la Biograi jliie universelle, VIII, 4a6; et dans le Dictiomiairc des Générau: c français, par M. le chevalier de Courcelles, IV., 279.

2iO LETTRE DU CARDINAL MAZARIX.

encore autre chose que ce qu'en a dit ce courier. Mais c'est un malheur qui ne me surprend pas. Il y a longtems que je crois qu'il fallait un perpétuel miracle pour les faire durer au même point , d'après la conduite que tenait M. le duc de Guise. On n'a rien oublié pour le redresser et pour lui faire connaître que lui-même se creusait un précipice infaillible, s'il ne prenait d'autres maximes que celles qui l'ont aveuglé. Peut-être l'eùt-on rerais dans le bon chemin , si notre armée eût eu le lems 'd'arriver. Avec cela je ne crois pas qu'il y ait lieu d'appréhender que les ennemis, de toute cette campagne, puissent tirer pour l'État de Milan aucune assistance du royaume de Naples , dans l'agitation où il est encore ; et à prendre les choses au pire pour nous , il leur faudra toute une année entière avant que d'y rétablir le calme, ni se pouvoir bien assurer des peuples, attendu particulièrement les intelligences que nous y conser- •vons toujours , et les efforts que Ton fera par mer. Il tie faut qu'une bluette pour exciter de nouveau l'embrasement plus fort que jamais. Le feu avait bien été «ne fois éteint et n'a pas laissé que de se rallumer. Tout cela néanmoins dépend de la fortune , et on n'y fait que le fondement qui se doit^ mais j'en veux inférer que M. le duc de (Modène) (r) n'a rien à craindre pour cette considération , et ne peut être refroidi d'agir , comme il avait résolu , ni même empêché de faire des

(i) François I d''Este , duc de Modène depuis 1629, était né en 1610. îl avait accepté, en 1647, le commaudement des armées françaises en Italie. Mais quoique revêtu du titre de généralissime , il dépendait en quelque sorte des généraux français. (UArt de vérifier les Dates. Paris, 1819, XVII, 4*4) Cependant le maréchal du Plessis-Praslin n'eut son pouvoir de commander l'armée de Lonibardie que le 3 mai 164^. ( Hict. des Généraux , IV, 279.)

progrès . notamment en commençant de bonne heure , ainsi que vous le jugez très-prudemment; et j'en conviens encore plus que vous. Je me remets an sieur de ClerviUo de toutes ces affaires; il est si bien instruit de tous les seniimens de delà, que je croirais lui faire tort que de vous en entretenir.

Je pensais n'avoir plus à vous entretenir des vôtres particulières ; mais votre dernière lettre m'en renouvelle l'occasion. Je vous prie d'être assi\ré qu'aucun autre de votre condition n'est avantagé par-dessus vous en aucune sorte de grâce ou de gratification de Sa Majesté. Ils pourront bien, sur les lieus où ils seront, réunir plus de moyens de subsistance; mais cela vient de la qualité des lieus, et non de Sa Majesté , ni qu'elle fasse aucune distinction , entre vous et eux, qui vous soit préjudiciable. Pour des établissemens solides , je souhaite plus que vous-même de vous en procurer ; et vous devez croire que quand cela ne se fait pas, c'est qu'il est impossible, et par ce seulement, que les occasions me manquent.

J ai grand regret aussi de ne pouvoir m'employer pour vous faire accorder la satisfaction que je vois que vous désirez de faire élever dans cette campagne votre fils au grade de maréchal-de-camp. Je sais qu'il mérite au-delà ; mais il a été fait un règlement général que Sa Majesté n'accorderait cette grâce à aucun, à cause du nombre excessif des prétendans dont on ne saurait en contenter un que tous les autres ne fussent dégoûtés; et Sa Majesté a résolu de n'y pas toucher. Vous avez' trop d'affection à son service et à toutes ses fiatisfactions, pour n'y accommoder pas les vôtres avec plaisir. Cependant je vous prie de me croire sincèrement, etc, P. S. Depuis mes lettres écrites, le courier que'noul

212 LETTRE DU C\11DINAL MAZARm.

a dépéclié le duc de Modène est arrivé 5 il me marque de vous avoir écrit , vous priant de vous hàier, et vous ^voir donné avis du sujet qui l'y a obligé , qui n'est autre chose que des raisonnemens sur les affaires courantes, et pour nous presser de fortifier promtement son armée le plus qu'il se pourra. Je ne vous dirai rien, etc.

M. le prince Thomas (i) s'en va commander l'armée navale vers IVaples. Je m'assure que vous serez bien aise que l'on fasse des efforts de ce côté-là, qui contribueront extrêmemenl à vos progrès aussi bien que la diversion que fera M. le marquis de Ville du côté du Piémont , qui agira dans l'absence de M. le prince Thomas, avec le corps qu'il aura , comme s'il était détaché de l'armée de M. le duc de Modène.

Outre que la ponctualité avec laquelle le marquis "Ville exécutera les ordres qui lui seront donnés, l'envie qu'il aura d'acquérir de la gloire lui fera redoubler ses soins et ses efforts pour faire quelque chose qui le mette en vue , et lui fasse gagner l'approbation de M. le duc de Modène et la vôtre. Je vois donc qu'il y a lieu de bien espérer de cette campagne dans l'Etat de Milan ; et afin qu'on puisse commencer à agir au plus tôt, je n'oublie rien pour presser l'embarquement des troupes qui doivent passer à Modène , et la marche de celles qui doivent aller en Piémont. Pour cet effet , M. le Tellier pourrait bien vous dire qu'afin de fournir l'argent né-

(1) Thomas François Je Savoie , prince de Carignan, cinquième fils de Charles-Emmanuel !«', duc de Savoie > était né en iSgfi. Ce fut hii qu'après la prise du duc de Guise, le cardinal Mazarin qui espérait un nouveau soulèvement à Naples, désigna pour commander une armée navale de ig galères? 34 vaisseaux et 4^ tartanes. (Hist. de la Maison de Savoie, par Guichenon. Lyon, 1660, p. io4o. )

cessaire pour les besoins de tous les corps, cavalerie et infanterie, qui sont en Piémont, j'ai vendu la charge de surintendant des bàtimens que Sa Majesté m'avai i donnée il y a deux ans. J'ai fait remettre l'argent audit sieur le Tellier afin qu'il pût s'en servir à cela , reconnaissant d'un côté de quelle importance était la chose , et de l'autre que je ne pouvais moins faire que d'employer les grâces que Sa Majesté me fait, que pour son servico propre,

N** 49- -^" même à M. du Plessis-Besanron,

Paris, 5 mal 1648.

Monsieur ,

J'écris au long k M. le cardinal Grimaldi sur le» atlaires courantes; sachant qu'il vous communiquera tout , je crois superflu de vous le répliquer.

Vous savez la résolution que Leurs Majestés ont prise d'envoyer M. le prince Thomas commander leur armée navale, et celle de terre quand il y aura lieu do débarquer les troupes. Outre qu'il est un .sujet de grande condition et de l'expérience que vous savez, il a entretenu de longue main , quantité d'intelligences dans le royaume de Naples , qui pourront aujourd'hui vous être fort utiles. Je considère aussi extrêmement rentière résignation qu'il aura à tout ce que les ministres de Sa Majesté lui feront connaître être de ses intentions ou du bien de son service.

Les événemens dans toutes les entreprises sont dans les mains de Dieu j mais à discourir selon les apparences , les personnes les plus sensées jugent que pourvu que

• li

!ii4 Lettre du cardinal mazArin.

nous trouvions dans le royaume quelqu'un qui nous lende la main , les affaires sont en meilleur état pour nous, que quand M. de Guise en avait la direction avec les pensées chimériques dont il se repaissait et qu'il nous eût été impossible de lui ôter jamais. Fn tout cas la prudence ne permet pas qu'on omette cette tentative dont il peut résulter des avantages si notables; et si elle ne réussit pas, les efforts qu'on aura faits ne seront pas perdus, et pourront servir utilement en quelqu'autre endroitf> Je vous prie sur toute chose de vous employer cllîcacement auprès de M. le cardinal Grimaldi pour qu'il ne refuse pas de se donner la peine de faire ce voyage , Sa Majesté se promettant beaucoup de sa personne et de ses conseils, pour le bon succès du dessein. Cependant je déclare pour la façon d'agir en cette circonstance, qu'elle sera selon ce qui sera jugé à propos sur les lieus par les personnes que le Roi a commises pour cela , nem'étant réservé que le soin de faire partir l'armée et de préparer les troupes. Je ne laisserai pas pourtant de dire tous mes sentimens à M. le prince Thomas avant son départ . et de les mander à M. le cardinal Grimaldi.

Pour ce qui est de Portoisdéro (i) dont vous me parlez dans votre lettre, on a d'autres avant-postes, comme en Catalogne 5 il n'y faut songer qu'après que nous aurons perdu toute espérance de rien faire à Naples.

Après avoir écrit cette lettre, j'ai reçu la vôtre du 25 avril qui ne me donne pas lieu de rien ajouter, si ce n'est pour vous dire que vous ne vous mettiez point en peine louchant le sieur du Bosquet. Je prendrai mes

(1) Ce nom parait mal écrit.

mesures, parce que je l'avais déjà dit à M. le Tellier , pour vous y faire avoir toute satisfaction. Ayez-t;n l'esprit en repos; et en tout cas , je songerai à faire que vous

vous défassiez de vos avec avantage. Ou a quelque

chose de meilleur.

N" 5o. Mémoire de M, le cardinal M azur in, en réponse aux dépêches de M. le cardinal Grimaldi.

6 et 11 juin 1648.

Pour répondre aux dépêches du 6 de la rade de Pausilippe,etdu 11 de celifts deCastel-à-Mare, je vous dirai premièrement que quand M. le prince Thomas aura joint les vaisseaux et les galères avec le reste de l'armée navale qui devait partir de Toulon vers la fin du mois passé , si l'on reconnaît qu'il n'y ait pas lieu d'espérer bientôt quelque chose de bon dans le royaume de Naples , et d'y faire un promt débarquement avec apparence de pouvoir engager ces peuples-là à nous assister, ou d'y former quelque parti qui nous prête la raain , parce qu'outre que l'armée navale des ennemis venant sur la même côte rendrait notre descente bien plus difficile ( à moins qu'il ne se donnât un combat général et que nous n'y remportassions l'avantage, auquel cas on devrait, ce me semble, se promettre de cette victoire de grandes suites dans ledit royaume). Il faut considérer encore qu'en nous arrêtant sans rien entreprendre, dans la seule attente du soulèvement des peuples, qui nous a déjà manqué nonobstant toutes les belles promesses qu'on nous fesait faire à Rome, les troupes embarquées consommeraient tous les vivres qu'on a portés pour elles, et ceux même qui soûl pour

la provision de Farmée navale, laquelle, en ce cas, serait obligée de se retirer et de quitter la nier long-tems avant la fin du nioib d'octobre, dont on recevrait grand préjudice. Ce qui serait plus fastidieux, c'iest que cela serait arrivé sans qu'on eût tiré aucun service desdiles troupes.

L'avantage considérable remporté depuis peu par M. le duc de Modène (i) sur les ennemis, dont je ne vous dis pas le détail parce que vous l'aurez su aussitôt que nous, mettes affaires des Espagnols dans le Milanais en si mauvais état , qu'il sera comme impossible au marquis de Caracéne de pourvoir comme il faut à la sûreté de Final. S'il y a lieu de fondre sur cette place à Timproviste, et de l'attaquer, il y a toute apparence qu'on la trouverait assez dégarnie, et on pourrait par avance y faire venir le marquis Ville avec son corps, dans le tems et aux lieus qu'on enverrait consulter avec lui.

En cas qu'on s'appliquât à ce dessein , et que le prince Thomas demeurât à ce siège , et que l'armée navale ne dût pas attendre, l'intention de Sa Majesté est que M. le duc de Richelieu, et le sieur de Monlade sous lui , commanderaient ladite armée.

Sa Majesté a appris avec grande joie les prises de blé qu'on a faites sur les ennemis , dont, comme il a été sûrement mandé, nous tirons le double avantage doter

(i) Il passa le Pô avec laoo hommes de pie et 3oo chevaux; traversa une lieue d^eau en présence de 24 barques espagnoles armées; marcha contre le marquis de Caracéne, retranché devant Casai , d^où il assiégeait Parmce française , et l'obligea de se relircr. (Hist. des Généraux, IV, 279.) Tous ces avantages sont attribués iiu maréchal de Choiseul-Praslio, qui commandait sous le duc ^It Mudéne.

aux Espagnols le moyen d'en assister les peuples et de de nous en prévaloir.

Si on a reconnu qu'il n'y a pas d'apparence de débiter daus Naples lesdits blés, tant de prises que de ceux que l'armée avait apportés, pour en tirer le fruit que nous nous en promettons , c'est-à-dire de nous rendre le peuple favorable, et de le faire déclarer pour nous, je ne doute pas qu'on n'ait songé a les vendre avant la récolte ; car autrement ils diminueront de prix de moitié; et il y aura une grande facilité à s'en défaire avantageusement dans le golfe , puisque le chevalier Garnier me mande que la disette y était telle, qu'il valait cinq pbtoles la charge.

Il importe surtout de prendre un soin continuel qu'il ne soit rien dissipé de tous nos grains, et que l'argent qu'on en fera soit conservé fidèlement, à la réserve de ce qu'on a mandé qu'il en faudrait remettre à Rome au sieur Philippe Valente, pour le remboursement des sommes qu'il a avancées pour l'achat desdits grains.

L'intention de Sa Majesté est aussi qu'on restitue au Pape (i) le blé qui était sur les bàtimens qu'on avait chargés à Gênes pour le compte de la chambre apostolique , fesant affirmer que ledit blé appartient à ladite chambre ou à Sa Sainteté.

J'ai vu avec un grand sentiment dans ledit mémoire , que les galères commençaient à délibérer sur leur retour en Provence, sous prétexte du manquement de vivres. 11 me semble qu'ayant fait tant de prises de grains, il ne serait pas mal aisé, ou de faire faire du pain en quelqu'endroit , ou d'échanger lesdits graius

(i) Le pape était alors Innocent X ( Jean-Dapiiste Pamphili ) , uc en iSy^.

à Livourne (i) contre du biscuit, et de faire plutôt le marché avec désavantage pour nous. En tout cas j'ai avis de Toulon qu'on fesait partir des vivres pour les galères, et que les vaisseaux en portaient pour eux, pour tout le mois d'octobre , avec intention d'en assister généreusement les autres : cependant qu'on préparera incessamment en Provence un nouveau secours de vivres qui puisse donner moyen à tous d'aller jusqu'à la fin dudit mois d'octobre.

Il semble qu'on doive moins appréhender les suites des maladies des soldats embarqués, qu'on ne ferait dans une- autre armée, parce que la plupart n'ont antre mal que celui de la mer , qui est guéri dés le moment qu'ils mettent pied à terre.

Je ne saurais assez donner de louanges au zèle , au courage et à Texpérience dans la marine du chevalier Paul , à qui principalement est dû l'honneur de la dernière prise de blés que nous avons faite. Je ne me suis pas contenté d'en rendre compte à Sa Majesté; mais je lui ai demandé en même tems qu'il lui plût déclarer ledit chevalier chef d'escadre, ce qu'elle acceptait avec plaisir, et on lui en envoie les expéditions. J'ai demandé aussi quelque gratification pour lui sur lesdits blés, et Sa Majesté l'a accordé de fort bonne grâce. On acquittera la somme à son retour, ou quand nous apprendrons que la vente desdits blés aura été faite.

J'ai grande impatience d'apprendre si on se sera

résolu de s'emparer du poste de Procida (i), qui nous serait de grande importance pour toutes raisons, mais surtout, à ce qu'il me semble, pour avoir un lieu commode à pouvoir faire du pain pour les galères. On attend l'arrivée du reste de l'armée.

On embarque deux cens chevaux en Provence, kce qu'on me marque de là; et, cela étant, il sera mal aisé que , mettant pied a terre , on leur dispute rien, ('ependanl on pourrait songer à avoir sept ou huit cens chevaux.

N** 5i. Second mémoire du cardinal M azar in ^ en réponse de la dépêche du cardinal Grimaldi , du 2QJuin 1648.

Les raisons qui ont obligé ledit sieur cardinal Grimaldi à revenir à l-ongay (2) avec les vaisseaux et les galères qui étaient allés sur la côte de Naples , ne peuvent être plus concluantes. On est bien marri qu'il n'y ait pas eu lieu d'y faire aucun progrès, où d'y causer quelques nouveaux mouvemens; mais il était de la prudence de faire celte tentative , en attendant que toute l'armée pût être prête , pour faire un grand et deriiier effort; et la même prudence a voulu qu'on revint faire un tour a Porto-Longone pour les raisons qui sont marquées dans le mémoire du 29 du passé. Cependant ceux qui ont bonne volonté pour nous, ne la perdront pas, sachant que nous n'avons, comme on dit , reculé que pour mieux sauter.

(1) On a déjà nommé plusieurs fois ccue ville, qui a Tun des porls les plus fameux de la Méditerranée, en Toscane. Dans ce méuiuire el dans toutes ces lettres, son nom est éctii Liùourne.

(0 Le prince Thomas s'empara en effet de lîle de Procûda , el «lemeura long-tems autour du cap de Misène. (Guichenon , Hist. de la Maison de Savoie, p. lo^o. ) Il nomme plusieurs fois le marquis Ville.

(a) Le nom fie ce lieu sera écrit plus bas de la mémo manière.

On croit encore que les galères n'auront pas passé Livourne, et qu'elles y auront attendu les vivres qu'on leur envoie, qui étaient partis de Toulon, le 17 du courant, au matin. Ce serait un grand mal qu'elles fussent venues jusqu'en Provence, et on ne sait trop quelles bonnes excuses elles en pourraient alléguer, puisqu'il y avait du biscuit à Longay, et qu'elles ont pu s'adresser à Livourne et y trouver toutes sortes de commodités pour leur subsistance, moyennant l'argent qu'on aura pu tirer de la vente des blés, ou en fesant du pain , en attendant l'arrivée des vivres.

On a écrit si souvent et si au long sur tous cas qui pourraient arriver touchant les affaires de Naples, qu'il semble superflu d'y rien ajouter. Toute la question principale se réduirait aujourd'hui à savoir si après ce que nous avons éprouvé dans le dernier voyage , on doit retourner encore une fois avec toute l'armée sur ces côtes-là , tenter notre fortune.

Le mémoire dudit sieur cardinal discourt bien sur ce qui se pourrait faire de mieux en ces quartiers-là , mais ne met nullement en doute le retour avec toute l'armée ; aussi ne paraît-il pas qu'il y ait lieu d'hésiter le moins du monde à cela , soit parce que la prudence ne permet pas qu'on omette de faire jusqu'au bout, tous les efforts possibles pour une entreprise qui est de si grande considération que le bon succès forcerait bientôt les ennemis à donner les mains à la paix, ou porterait un coup mortel à la monarchie d'Espagne ; soit pour ce que jamais on n'a fait ici un fondement bien assuré que la seule vue de quelques escadrons de notre armée dût causer dabord de nouveaux mouvemens dans le royaume : aussi ne leur a-t-on fait devancer les restes de l'armée, qu'afin de porter des blés aux

peuples qui, selon les avis que nous avions, paraissaient être fort pressés de la faim , et pour leur faire aussi connaître que la France n'abandonnerait pas leur protection , comme les Espagnols essayaient de leur persuader 5 nous réservant cependant de faire notre véritable effort quand toute l'armée navale étant assemblée, et le corps de troupes destiné pour s'embarquer dc^ssus étant prêt, on pourrait se faire voir sur ces côtes-là en état de battre l'armée des ennemis si elle vient; et , eu attendant cela , mettre pied à terre avec des forces suffisantes pour nous emparer de quelques postes imporians par le moyen desquels nous puissions prêter la main au parti qui voudrait se déclarer contre les Espagnols , fomenter nos intelligences dans le pays, et faire quelque entreprise considérable avec les assistances qu'on pourrait nous donner.

La résolution se prenant de la sorte, il faudrait seulement avoir égard à ne pas s'engager si fort dans ce dessein , qu'on ne pût s'en retirer au moins vers la fin du mois d'août prochain, si on reconnaissait qu'on ne pût pas s'en promettre des suites fort avantageuses, et qu'on courût fortune d'employer là infructueusement les restes de la campagne , les troupes consommant les vivres de soi-même sans rien faire , pendant qu'il y aurait lieu d'agir ailleurs plus utilement.

Dans l'intervalle de tems qui s'écoulera entre cette époque et la fin du mois d'août , on verra plus clair à ce que deviendront les affaires dans le Milanais et dans la Catalogne , ou Tortose est assiégée , et peut-être (>rémone dans le premier (i). Selon les apparences qu'il y

(i) Le maréchal de Choiseul-Praslin poursuivit le marquis de Caracène après FaYoir forcé de se retirer de devant Casai; il le

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aura de faire des progrès de côté ou d'autre , dont on sera bientôt éclairci , on enverra d'ici les ordres de ce que l'armée navale devra faire pour y concourir, et à quoi aussi on pourra employer les troupes qui auront été embarquées dessus.

Ce n'est pas qu'on ne préfère toujours \i toute autre chose les affaires de Naples , s'il y a apparence d'y faire quelque chose de bon, et tous les renforts qui se préparent présentement en Languedoc , en Dauphiné et eu Guienne^ y seront infailliblement envoyés, si on voit qu'ayant mis pied à terre , il y ait lieu de se promettre d'y agir avec succès. Sinon , on prendra la résolution d'employer lesdits renforts et l'armée même, ou en Catalogne pour l'attaque de Tarragone , ou ailleurs pour agir selon que le tems ou les conjonctures nous le conseilleront.

J'ai eu grand déplaisir de la perte que nous avons faite de la polacre chargée de blé et d'autres choses , qui est allée se rendre à Naples. Il me semble qu'il n'eût pas été difficile d'en donner le soin à une personne bien affidée avec des matelots de connaissance. Mais à une cho5e faite, il n'y a point de remède; nous devons seulement en faire notre profit, et prendre plus de précautions a l'avenir.

conabaltit près de Cremoue, força ses retranchemens , franchit trois fossés pleins d'eau, et fit 3ooo prisonniers; cette action eut lien le 3o juin. Un des fils du maréchal, âgé de vingt ans, combattit vaillamment à cette affaire, et y fut tué. L'armée française fil ensuite le siège de Crémone; mais elle était trop faible pour l'iuvtstir régulièrement, et les Espagnols en rafraîchissaient la garnison, ce qui força le maréchal à lever le siège le 6 octobre. (Dict. des Généraux, IV, 279 et 280. }

MEMOIRE DU CARDINAL MAZ VRIN.

N" 52. reddition au second mémoire à M, le cardinal Grimaldi,

i5 juillet 1648.

Depuis ce mémoire achevé , on a eu le déchiffrement de celui du 2 juillet, signé par M. le cardinal de Grimaldi, et par M. du Plessis-Besançon , par lequel ils ont donné leur avis touchant la résolution que 8a Majesté pourra prendre d'employer son armée navale et les troupes qui sont embarquées dessus, plutôt en un endroit qu'en un autre j et Sadite Majesté a été trèsaise que leur sentiment se soit trouvé entièrement conforme à ce qu'elle avait déjà résolu , qui est de préférer les affaires de Naples et le dessein d'y aller, à tout autre. Il est parlé dans le mémoire dudit sieur cardinal, de la nécessite qu'il y aurait d'avoir 6000 hommes ; ou en aura présentement plus de 4600 effectifs , cavalerie et infanterie , des meilleures troupes de France , y compris les 5oo du régiment de Provence. On pourra peut-être prendre encore quelque chose à Piombino et à Porto-Longone , et l'on envoie les ordres au sieur de Saint -Aignan de Noailles, de n'y faire point de difficulté. On lève en outre en France plus de 3ooo hommes, qu'on pourra y envoyer si on a commencé d'y agir avec succès.

Si on fait quelques progrès dans le royaume de Naples, l'intention de Sa Majesté est de tenir à la mer durant tout le tems, une escadre de douze vaisseaux, afin d'entretenir continuellement la communication avec ledit royaume.

N" 55. Du cardinal Mazarin à M, du Plessis-

' Besançon,

16 juillet 1648.

Monsieur ,

Puisque les mémoires que j'ai dressés en réponse cles dernières dépêches que nous avons reçues de M. le cardinal Grimaldi et de vous des 6 , 1 1 et 29 du mois passé , sont très-amples, et que je sais qu'ils vous seront communiqués, il serait superflu que je vous écrivisse sur les mêmes matières. Je vous témoignerai seulement la satisfaction que j'ai reçue de voir dans votre lettre du le' juillet, le sentiment que vous avez que les affaires de Naples sont encore en telle disposition, qu'il y aura toujours beaucoup à faire, pourvu qu'on y aille avec plus de forces qu'on en a eu lorsqu'on s'y est présenté en dernier lieu. C^est une tentative que la prudence conseille encore une fois, quand ce ne serait, comme vous dites fort bien, que pour éviter le blâme et le reproclie universel d'avoir omis quelque chose de TafTaire de la plus grande importance qui se puisse presque concevoir. Ce qui me fait beaucoup de peine en celle conjoncture , c'est l'altération de votre santé que j'apprends par votre même lettre. Mais comme je ne crois pas que ce soit un plus grand mal qu'un rhume, je veux espérer que vous en aurez été bientôt délivré , et que quand M. le prince Thomas sera arrivé de delà , vous vous serez trouvé en état de faire encore cette petite course* Je vous en convie de tout mou cœur, et de vaincre pour l'amour de moi, la répugnance que vous pourriez avoir en vous-même. Ce ne sera ou qu'un

voyage de peu de jours, ou on y fera quelque chose de grand, et, en ce cas, Sa Majesté y souhaite, en toutes façons, votre présence. C'est tout ce que je vous dirai pour cette fois, me remettant auj; mémoires ^ etc.

N"* 54. Du Cardinal à M, le duc de Richelieu, au sujet de son retour à Naples.

Paris, 16 juillet 1648.

Monsieur,

Votre retour à Porio-Longoné vous aura donné la facilité de recueillir les vivres qui vous ont été envoyés de Marseille, et de vous joindre aux vaisseaux pour retourner avec plus de forces a Naples, et y prendre les avantages que les bonnes dispositions des peuples vous peuvent donner. On dépêche un courier à M. le prince Thomas, qui lui porte ses ordres, lesquels il vous participera , et Sa Majesté s'assure que vous contribuerez de tout votre courage et de votre affection à faire quelque bon effort pour la réputation de nos armes.

On a pourvu de cent forçats et cinquante rames , envoyés de Marseille à Monaco, la quatrième galère; et M. le prince de Monaco ayant joint quatre-vingt et quelques forçats aux soldats qui lui sont renvoyés des îles, il ne manquera rien à cette galère pour sortir du port et aller joindre votre corps.

Si nos affaires succèdent en Italie comme elles font en Allemagne où les armées ont chassé les ImpériauK et les Bavarois de toute la Bavière , nos ennemis auront de quoi se repentir de n'avoir pas profité de Foccasion de faire la paix a Munster , d'où le Pigniranda étant sorti ,

laisse un cliacun persuadé que les Espagnols yeulent continuer la guerre ; et j'espère que le sujet qui les y porte présenlement, qui est l'espérance que ceux du parlement causent une division dans le royaumo, cessera dans peu de jours, et de telle sorte qu'il en réussira un plus grand affermissement de l'autorité royale, et un meilleur ordre dans les finances, Sa Majeslé ayant commis l'administration à M. le maréchal de la Meil-

leraie CO . q"» » po""^ *^i*>'°'« ^^' ^'^^'^"^ " ^'^ Mosangis, qui travaillent conjointement à établir un

fonds certain pour les dépenses nécessaires , afin qu elles «oient faites à tems , et rendues utiles au service de leurs Majestés. Je suis , etc.

N" 55. Du Cardinal à M. du Plessis-Besançon.

Monsieur ,

Le mémoire que j'ai dressé en réponse de ceux <,ue i'ai requs de votre part, des i6 et ^3 du mois passé, est si ample, que je ne saurais y ajouter que des redites superflues. C'est pourquoi je me cootenterai, pour cette fois, de vous assurer de la continuation de mon affection qui est toujours au point d estime et de tendresse que je vous ai dit souvent. Cependant âe comprends par les lettres de M. le cardinal Grinialdi , que vous n'êtes pas bien satisfait de la pos-

fO Le maréchal duc de laMcilleraie fut surintendant en 1648, pe Jant IW d'Emcri, qui l'était depuis quelques mo.s. On avait delà vu des guerriers dans celte place. Il avaU la probue du duc de^Sulli, mai' non pas ses ressources. Il vint dans le tems e plus difficile, et le duc de Sulli n'avait eu la surintendance qu après la guerre Civile. U taxa tous les financiers et tous les traitans. La plupart firent banqueroute, et l'on ne trouva plus d argent.

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