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quahtés de son ame, ni par la dignité de sa situation ; et du moment qu'il forma le dessei n d'usurper une couronne, il ne fut plus qu'un conspirateur, moins obscur, il est vrai, que Gennaro Annésé ; mais, comme ce chef de révoltés, l'ennemi de tout ordre social. Entouré de courtisans avides qui flattaient son orgueil , d'amis perfides dévoués en secret aux Espagnols , d'intrigans qui abusaient de sa confiance ; jaloux , sans oser se l'avouer, de la haute réputation que s'était acquise son mestrede-camp général par sa modération dans la victoire et son intrépidité dans les combats , il devint soupçonneux, injuste et cruel, s'aliéna tous les cœurs , et finit par se perdre dans l'opinion publique, en faisant arrêter le comte de Modène, l'âme de son conseil et de ses armées, et en traduisant ce général à un tribunal , sous de vains prétextes et le poids d'une accusation , auxquels l'envie et la haine ne purent pas même donner l'ombre du crime.
Privé de son plus ferme appui , de l'ami le plus sage et le plus dévoué , le duc de Guise ne prit plus conseil que de la présomption et de l'im-
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prudence. Toutes ses démarches furent fausses, toutes ses tentatives infructueuses. L'argent lui manqua; la misère souleva les lazaroni ; Gennaro se fit un parti qu'il sut grossir d'un grand nombre de factieux , et finit par sauver sa tête en se réunissant à la noblesse. Le comte d'Ognate avait succédé au duc d'Areos : le nouveau vice-roi sut habilement profiter de ces divisions intestines. Il se ménagea des intelligences dans toutes les classes du peuple , y réveilla l'amour de l'ordre et de l'autorité légitime , gagna les uns , flatta les autres; promit, au nom du roi, l'oubli du passé; fit considérer au duc de Guise, par ses agens secrets, la prise du rocher de Nisita comme une conquête importante et facile; et, pendant que le prince assiégeait cette place, il entra dans Naples, s'en empara, et y fut reçu comme un libérateur. Les peuples brisent le lendemain l'idole qu'ils ont encensée la veille^ le duc de Guise, fait prisonnier, ne trouva pas un ami, pas un défenseur.
Tel est l'aperçu d'une commotion populaire qui perpétua , pendant neuf mois , tous les dés-
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ordres de l'anarchie dans le royaume des Deux- Siciles. Naples dut sa révolution à un brigand sorti des derniers rangs de la société : le génie du mal opéra la nôtre. « Les révolutions, dit M. de Chateaubriand, ont rarement commencé par le peuple. Ce sont presque toujours les nobles qui, en proportion de leur force et de leur nombre, ont attaqué les premiers la puissance souveraine; soit que le cœur humain s'ouvre plus facilement à l'envie dans les grands que dans les petits , ou qu'il soit plus corrompu dans la première classe que dans la dernière , ou enfin que le partage du pouvoir ne serve qu'à en irriter la soif. »
L'observation du célèbre écrivain est juste. Elle est fondée sur la connaissance profonde des hommes et des choses. N'avons-nous pas vu des conspirateurs , nés dans le plus haut rang de la société et jusque sur les marches du trône, envahir successivement l'autorité parmi nous, dans ce bouleversement général qui renversa tant d'empires ? Et si le soulèvement napolitain
ne fut excité ni par laudace d'un conquérant , ni par l'ambition d'une noblesse rivale et envieuse , le nord et le midi de l'Europe ne viennent-ils pas récemment de nous apprendre que ceux même sur qui semblait reposer la sûreté des états, que des princes nés pour les défendre, s'étaient armés pour en saper les fondemens? Ce ne fut qu'un obscur plébéien , que le misérable valet d'un revendeur de poisson, qui osa secouer le joug de l'autorité légitime et s'élever à une puissance qu'il perdit bientôt avec la vie. On peut juger des désordres et de l'anarchie qui furent la suite de cet attentat , par ce qu'en dit le duc de Guise dans ses mémoires.
«Il est surprenant, sans doute, dit ce prince, et toutes les histoires n'ont jamais fait voir rien de semblable , qu'au milieu des assassinats , du poison et du tumulte, sans avoir personne en qui prendre confiance, non pas même en mes domestiques qui ne m'ont pas la plupart servi suivant mes intentions , ni en ceux qui s^ étaient attachés à sui\fre ma fortune^ qui n ont pas fait
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leur devoir (i); dans les ministres d'un grand royaume pour qui je travaillais, et qui ont le plus contribué à ma perte; dans la cour, dont les ordres m'ont été retenus, et que l'on avait prévenue par des rapports aussi malicieux que peu véritables ; enfin , dans un peuple léger, séditieux et emporté ; il est surprenant , dis-je , que j'aie fait la guerre sans poudre , sans munitions et
(0 Le comte Orloff, dans ses mémoires historiques, politiques et littéraires sur le royaume de Naples, tome i , page 345, présume que cette phrase pourrait regarder le comte de Modène. Ce serait flétrir la mémoire du prince que de l'accuser d'une si odieuse calomnie: il a pu être injuste envers son mestrc-de-camp général et son ami; oublier un moment ses services, mais jamais méconnaître la fidélité et le dévouement d'un guerrier toujours aussi intrépide dans les champs de bataille , qu'habile dans les conseils , et dont le désintéressement , la franchise et la loyauté furent constamment respectés , par ses ennemis même les plus déclarés. Il n'est pas vrai non plus, comme l'ont assuré quelques écrivains prévenus ou peu éclairés, que le comte de Modène n'ait publié ses mémoiies que pour répondre à ceux du duc. L'auteur de l'histoire du soulèvement de Naples n'était pas seulement un guerrier distingué par sa bravoure et la connaissance profonde de son arti il aimait les lettres; elles ouvrages (|ui nous restent de lui prou vent qu'il tenait un rang honorable parmi ceux qui les cultivaient.
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sans argent, avec des milices nouvelles et mal armées, sans canons, ni bagages; et qu'enfin j'aie fait vivre une ville cinq mois entiers, dont les ennemis tenaient toutes les hauteurs fortifiées , cernée du côté de la mer d'une puissante armée, en ayant aux environs, une de terre, forte de cavalerie et d'infanterie ; les vivres m'étant donc coupées , tous les élémens contraires , battu continuellement de trois châteaux; et que, nonobstant toutes ces choses, j'aie maintenu un grand peuple dans le respect et l'obéissance, j'aie fait cesser le désordre , les meurtres, les brigandages, et rétabli l'ordre, la justice, la police et le gouvernement, et enfin ramené le repos et la tranquillité dans un lieu où l'on voyait, avant mon arrivée , le sang innocent coider incessamment par les rues, la violence autorisée, les incendies et les saccagemens , non - seulement soufferts , mais commandés , et dont les sinistres aventures ne purent être vues sans compassion , sans crainte et sans horreur (i). »
(i) Mémoires du duc de Guise , liv. i , pag. 3i et suivantes.
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INTRODUCTION. i5
Les détails de cette insurrection ne sont bien Cv)nnus que par les mémoires que nous venons de citer et ceux du comte de Modène ; ces derniers manquaknt depuis long-temps aux lettres, et ne se trouvaient plus que dans nos dépots littéraires et les grandes bibliothèques : M. le marquis de Fortia , au commencement de l'année dernière , en publia une seconde édition qui eut tout le mérite d'une création neuve. Le savant éditeur, pour qui les travaux de l'esprit sont un besoin , et le progrès des lumières une jouissance, compléta l'intérêt de cette publication, en faisant précéder ces mémoires d'un grand nombre de pièces qui s'y rattachent; pièces d'autant plus curieuses qu'elles sont peu connues, quelquesunes inédites, et les autres éparses dans des recueils qu'on ne lit plus : ce sont des lettres de Louis XIV, du cardinal Mazarin, du marquis de Fontenay, du duc de Richelieu, de M. de Brienne et du duc de Guise , qui donnent le secret de la politique de la France, à cette époque, et des limites qu'elle ne voulut point dépasser, même en prenant part aux troubles d'une ville dont
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elle pouvait avoir quelques raisons d'ambitionner la conquête.
Cette édition ne tarda pas à être enlevée, elle fut presque aussitôt épuisée qu'annoncée. L'empressement du public à cet égard s'explique aisément : on sent plus que jamais le besoin de compléter tout ce qui est relatif aux mémoires pour sentir à P histoire de France; et rien n'est plus intéressant , d'ailleurs , que le tableau d'un soulèvement populaire, dans une ville oîi Ton compte aujourd'hui trois cent trente-huit mille âmes, et qui, au rapport de l'auteur, réunissait, à Tépoque de l'insurrection, deux cent soixante-huit mille habitans , surtout lorsque ce tableau est tracé par un témoin oculaire , qui a pris part aux principaux événemens. M. le marquis de Fortia s'était proposé de faire réimprimer cet ouvrage ; des circonstances qu'il n'a pu maîtriser ne lui ont pas permis de rendre ce nouveau service aux lettres, et ce n'est qu'avec une timidité, que ne justifie que trop notre faiblesse , que nous nous chargeons de la publication d'une troisième édition. Nous ne nous flattons pas
d'un succès qu'il est plus aisé de désiier que d'obtenir; personne n'est plus convaincu que nous que Ton peut imparfaitement suppléer à M. de Fortia, mais le remplacer jamais. Nous ne
changeronsrienàson ouvrage, cependant, comme le comte deModène a fait précéder son récit d'une courte notice sur l'histoire napolitaine, depuis les temps les plus reculés jusqu'au moment où il écrit, nous terminerons cet aperçu par un coup d'œil rapide sur les principaux événemens qui ont agité la monarchie sicilienne depuis 1647 jusqu'à nos jours, et , dans les deux siècles qui nous restent à parcourir, nous verrons tour à tour s'écrouler et se reconstruire l'édifice social de cet état. Nous n'intéresserons jamais plus nos lecteurs que lorsque nous emprunterons à des écrivains justement estimés leurs observations et les développemens qu'ils ont donnés sur les causes et les effets des révolutions ; et nous ne craindrons pas de reproduire quelquefois ici ce que nous avons écrit sur les différentes époques du gouvernement napolitain , dans VArt de vérifier les dates ^ monument littéraire que les savans
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Bénédictins, de la congrégation de Saint-Maur, élevèrent à la muse de l'histoire au commencement du dernier siècle, et dont M. de Fortia donne le complément dans une édition nouvelle de ce grand ouvrage, en continuant ces annales jusqu'au temps où nous vivons.
« Tout le royaume étant le pays des volcans , dit Galanti , il est sujet à de fréquens tremblemens de terre , et cependant la nature n'est nulle part aussi bienfaisante ; elle en a fait le plus beau pays de l'Europe ; il abonde en productions variées et utiles , de toutes les espèces les plus nécessaires à la vie : et il ouvre ainsi un vaste champ à l'industrie de ses habitans et au commerce. Mais ce n'est pas tant parce qu'il se trouve situé sous le plus beau ciel de la terre , ni par la singularité des objets qu'y offre la nature, que ce pays est digne de l'attention du philosophe; c'est surloul par les changemens que les hommes y ont opérés, par les événemens dont il a été le théâtre. Cettt^ douceur du climat, cette fertilité du sol ont été les causes d'invasions multipliées qui ont shigulièrement influé sur ses destinées, et y ont produit
d'étranges vicissitudes. Les villes les plus florissantes, les campagnes les plus fertiles y ont été converties en déserts; les habitans, après avoir figuré avec honneur, dans les anciens temps , parmi les autres peuples, ont été réduits à l'esclavage, et, durant une longue suite de siècles, n'ont fait que changer continuellement de maîtres ; et les cités, si Ion en excepte la seule capitale, complètement déchues de leur ancienne splendeur, rappellent à peine, par quelques ruines éparses, le souvenir de leur existence passée (i).»
Le jugement que porte le géographe sicilien sur sa patrie nous paraît sévère; le royaume de Naples occupe encore une place importante parmi les puissances européennes; son gouvernement est affermi; son commerce s'est étendu; ses arts se sont perfectionnés, et ses beaux monumens sont loin d'offrir des ruines et des débris.
(1) Descrizione geografica e position délie Siciliae ; dall* avocata Giuseppe Maria Galanti. Naples , 1792 , 8 vol. in-8.
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Cet état, à la vérité, presque toujours envahi par ceux qui en tentèrent la conquête, et non moins agité par ses troubles intérieurs , souffrit impatienament le joug de ses maîtres, et déchira souvent son propre sein dans ses guerres civiles; mais, soumis enfin à des princes qui ne régnent que pour faire des heureux ; protégé plutôt qu'asservi par le sceptre des Bourbons, il jouit de la véritable grandeur; et ses peuples ont retrouvé leur antique gloire et la prospérité que leur assurent le calme et la paix , sous le gouvernement du sage monarque à qui nous devons la mère auguste de l'enfant royal qu'attendent les plus hautes destinées.
Le comte de Modène, dans ses mémoires, nous peint à grands traits les principaux faits de l'histoire napolitaine, depuis l'origine de cette monarchie jusqu'au moment où le comte d'Onnatte, vice-roi du monarque espagnol, rentra en vain^ queur dans la métropole des Deux-Siciles, et mit un terme à la révolte par la défaite des insurgés, en s'emparant de la personne du duc de Guise.
Il envoya l'illustre prisonnier à Madrid , et lé peuple, privé de son chef, se soumit. A l'exemple de la capitale , les provinces insurgées rentrèrent dans le devoir. Les Français étaient maîtres de plusieurs ports sur les côtes de la Toscane; le vainqueur les en chassa, et occupa à son tour l'île d'Elbe, devenue si fameuse en 1814.. et les places de Porto-Longone et de Piombioo. Le triomphe du vice-roi ne fut pas sans quelque gloire, mais il en ternitTéclalparses cruautés, et au lieu d'une amnistie générale qu'il avait jurée , il ouvrit des cachots et dressa des échafauds.
Le règne du farouche Onnatte ne fiit pas de longue durée , le comte de Castrillo le remplaça en i653, et mit un terme aux proscriptions. Déjà même Naples jouissait de quelque calme sous un gouvernement plus juste, lorsque le duc de Guise, sorti des fers de l'Espagne, débarqua tout à coup , de nouveau , à la tête d'une petite armée, à Castellamare et s'en empara. Mais ce prince, repoussé bientôt pour la seconde fois d'un état dont il ambitionnait si vivement la couronne,
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n'eut que la honte d'avoir succombé sans gloire. Aux nouveaux troubles qu'excita la descente imprévue du duc de Guise, succéda un fléau plus terrible que la guerre : la plus horrible peste exerça ses ravages sur la malheureuse ville de Naples , et cette grande cité devint un affreux désert. La paix de l'Espagne avec la France venait d'être signée dans l'île des Faisans par le cardinal Mazarin et Louis de Haro ; mais Madrid était encore en guerre avec le Portugal, et, malgré la dépopulation de Naples, il fallut y faire des levées de soldats pour augmenter les troupes espagnoles. Ainsi les plaies profondes de cette capitale, loin de se cicatriser, s'étendaient tous les jours davantage, et les circonstances étaient telles , que toute la sagesse du vice-roi ne pouvait apporter que de vains palliatifs aux malheurs des peuples.
Philippe IV mourut en i665, et laissa son sceptre et ses états à son fils Charles II. Cet événement n'influa point sur les destinées des Napolitains ; l'héritier du trône d'Espagne était encore enfant ; et les vice-rois continuèrent à
gouverner les Deux-Siciles. Pierre d'Aragon ne fit qu'y perpétuer les désordres, en laissant aux brigands , dont la péninsule était infestée , la faculté d'échapper à la mort au moyen de fortes rançons. Aussi disait - on de cet avare gouverneur, qu'il punissait les bourses et non les crimes. L'administration du marquis HiAstorga^ en 16-72, quoique plus juste , ne fut pas plus heureuse : la révolte de la Sicile ne lui laissa ni le temps ni les moyens de ramener la prospérité publique , et l'invasion de Messine, par les troupes de Louis XIV, lui fit perdre une place qu'occupa après lui, en 1675, le marquis de Los -Vêlez. Celte guerre, qui ne dura qu'un moment, coûta encore au royaume de Naples des sommes immenses , qu'on ne put payer qu'en vendant jusqu'aux charges publiques : il n'y avait d'ailleurs qu'avilissement , vénalité et dépravation dans ce malheureux pays; on y altérait la monnaie ou l'on en fabriquait de fausse; et les brigands qui ravageaient les campagnes étaient moins dangereux encore que les voleurs qui habitaient les villes.
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Naples respiraun momentsous radministration du marquis del Carpio ; ce vice-roi prit les rênes du gouvernement en i683, et ne s'occupa qu'à régénérer les mœurs et à faire régner les lois. Il vécut trop peu pour le bonheur des peuples; il mourut en 1689, généralement regretté des petits et des grands, du riche et du pauvre. Le comte San- Stefano lui succéda, et après ce dernier, le duc de Medina-Celi. Ce fut l'époque où Charles H, en mourant , légua ses états à la France ; don funeste , qui, en couronnant Philippe d'Anjou, embrasa l'Europe et fit pressentir le démembrement de la péninsule. L'Autriche prétendait avoir des droits au trône d'Espagne ; elle protesta contre le testament de Charles II; mit dans ses intérêts l'Angleterre, la Hollande et la Savoie; toute l'Europe fut en armes; et Naples, quoique éloignée du théâtre de la guerre , se vit forcée à de nouveaux sacrifices. Cependant Philippe y y fut proclamé roi en 1701 , et un parti d'Autrichiens et d'Espagnols mécontens, grossi d'un grand nombre de nobles napolitains et dirigé par le prince de Macchia, y fit vainement
INTRODUCTION. * aS
entendre les cris de vwe Varchiduc Charles ! Le peuple se souvint que la noblesse l'avait abandonné pendant la révolte de Masaniello ; il refusa de prendre part à la révolution que l'on préparait , et ne répondit aux cris des insurgés que par ceux de vzVe Philippe duc d'Anjou,
Le monarque qu'appelaient les acclamations de ses nouveaux sujets , se rendit dans la capitale des Deux-Siciles , en 1702; et les heureux Na^ politains purent enfin jouir de la présence de leur souverain. Le court séjour du prince fut marqué par l'abolition des impôts, la remise de plusieurs millions d'arrérages dus au fisc , et une amnistie pour un grand nombre de coupables. Mais les progrès du prince Eugène dans la Lorabardie forcèrent le roi de rejoindre l'armée française; il partit, et laissa pour son vice-roi, à Naples, le duc SAscalona, Ce gouverneur eut bientôt à se défendre contre les troupes autrichiennes commandées par le comte Dawn : ce fut même en vain qu'il opposa la plus forte résistance ; les états napolitains furent envahis en 1708, et l'archiduc Charles ceignit un diadème, qu'il joi-
gnit, en 171 1, à la couronne impériale, à la mort de son frère Joseph. Le traité de la quadruple alliance, en 1720, lui en assura la possession et y ajouta même encore la Sicile.
L'Autriche ne garda que vingt - sept ans ces deux royaumes, qui, après cette époque, rentrèrent sous la domination d'un prince de la maison de France. D. Carlos, infant d'Espagne, fils de Philippe V et souverain des états de Parme et de Plaisance, en fit la conquête en 1735, et la couronne des Deux-Siciles fut à jamais fixée sur la tête d'un Bourbon, par les préliminaires de paix signés à Vienne la même année. Naples alors commença à respirer. D. Carlos , sous le nom de Charles III, signala son avènement au trône par des actes de justice et de clémence ; affermi dans un état qu'il devait à ses droits et à son courage , il le gouverna avec la sagesse et les talens qui distinguent les grands monarques ; il pardonna aux partisans de la maison d'Autriche, rappela tous les exilés, établit une juste répartition dans les impôts, ouvrit de nouvelles routes au commerce , de nouveaux ca-
naux à l'industrie, et se déclara le protecteur des sciences, des lettres et des arts. La prospérité dont il faisait jouir ses sujets, fut un instant troublée par une armée autrichienne qui s'approchait de son territoire et qui avait déjà pénétré dans l'Abruzze; mais il battit ses €!nnemis et les força de se replier jusque dans la Lombardie. La paix que le traité d'Aix-la-Chapelle assura à l'Europe, en 1748, fut l'époque où Naples vit élever dans son enceinte des monumens dignes de son ancienne splendeur. Charles III creusa des ports , construisit des greniers d'abondance, embellit sa capitale de magnifiques palais , et découvrit ces villes si malheureusement célèbres , que le Vésuve engloutit l'an 79 de notre ère. Le prince ajoutait tous les jours à la félicité de ses peuples, lorsque en 1 769 la mort de Ferdinand VI l'appela au trône d'Espagne. Il remit les rênes du gouvernement napolitain à son fils, Ferdinand IV. Ce jeune prince était né le 12 janvier 1760, et n'avait que huit ans loniqu'il parvint à la couronne. Son père lui laissa pour guide le ministre Tanucci, qui réunissait l'intégrité de
Sully aux lumières de Colbert ; et en lui donnant le sceptre des Deux-Siciles , assura Findépendance de cet état, et déclara par l'acte qui réglait la succession que le royaume de Naples ne pourrait jamais retourner à la couronne d'Espagne. Le choix du gouverneur d'un prince influe plus qu'on ne pense sur la grandeur future du monarque et la félicité des peuples qu'il doit gouverner. Charles III confia l'éducation de son fils à l'homme le plus inepte de la cour : Ferdinand IV fut élevé comme le dernier de ses sujets; on éloigna de lui tout ce qui pouvait éclairer sa raison : les sciences , les lettres et les arts lui furent étrangers: les affaires publiques devinrent pour lui un fardeau ; il en abandonna le poids à son ministre. Tanucci gouverna sous son nom , travailla à l'exécution des grands projets de son ancien maître, secoua le joug de la cour de Rome, lui enleva le fruit de ses anciennes usurpations ; et , sans égard pour les réclamations du saint-siége , chassa les jésuites de toute l'étendue du royaume des Deux-Siciles, aussitôt qu'il eut appris que l'Espagne avait banni cette so-
ciété de ses états. L'année qui suivit l'expulsion de ces religieux fut l'époque du mariage du roi de Naples avec Marie-Caroline d'Autriche: cette auguste union fut célébrée à Vienne le 7 avril 1768, et la reine ne fat pas plus tôt assise sur le trône que l'Espagne cessa d'avoir quelque influence en Italie. Cette princesse voulut gouverner; Tanucci, redoutant l'inexpérience et la jeunesse de sa souveraine, crut devoir lui fermer un trop grand accès au conseil : sa disgrâce fut le prix d'un zèle trop ardent : le ministre fut exilé ; la reconnaissance publique l'accompagna dans sa retraite ; et son exil fût une véritable calamité pour l'état.
11 n'était pas aisé de remplacer l'homme qui avait acquis le grand art de gouverner sous un roi comme Charles IH ; mais le dévouement aveugle d'un ministre, d'ailleurs inhabile, tient souvent lieu de mérite auprès des princes. Acton, jeune et sans génie , n'ayant d'autre talent que son ambition , de moyen de parvenir que la bassesse , s'empara à force de flatteries de l'esprit de la reine , acquit une faveur sans bornes , rem-
3o INTRODUCTION.
plaça Sambiica qui avait succédé à Tanucci, et se fraya la route à tous les honneurs. Cependant, sous ce ministère malheureux, l'académie royale des sciences et belles-lettres fut fondée à Naples le 22 juin 1778, et le tribunal de l'inquisition aboli en Sicile le 26 avril 1782. Mais l'incapacité du ministre dérangeait tous les plans delà reine, et cependant son influence n'était pas moins grande. Les abus d'autorité dont il se rendait de jour en jour plus coupable irritèrent tous les esprits; et les innovations de la souveraine achevèrent d'entraîner la ruine de l'état. Sans les vices du ministre étranger à qui Ferdinand IV confia son autorité, la droiture, l'amour pour l'ordre et la justice du souverain, eussent fait le bonheur de son peuple. Aussi, lorsque tous les intérêts furent froissés, que, par suite des vexations et des injustices , tous les cœurs s'aigrirent , que la haine contre Marie-Caroline et son ministre devint presque héréditaire dans toutes les familles , les sujets accusèrent leur roi de faiblesse, mais ils rendirent justice à son cœur.
Pendant que le monarque napolitain se repo-
INTRODUCTION. 3i
sait du soin de gouverner ses états sur le ministre, qui faisait haïr et détester sa puissance, la révolution française étendait au loin ses ravages , menaçait d'embraser l'Europe, de détruire la religion, de corrompre les peuples et de renverser tous les trônes. Dans le voyage que firent en ItaUe et en Allemagne, en 1790, LL. MM. siciliennes, à l'occasion du mariage de leurs filles, Marie-Thérèse avec l'archiduc François, actuellement empereur, et Louise avec l'archiduc Ferdinand, grand-duc de Toscane; la reine de Naples détermina la première coalition qui se fit contre la France. Mais après leur retour dans leurs états, le roi et la reine furent obligés de signer un acte de neutralité, à l'aspect d'une escadre commandée par M. de Latouche-Tréville , qui parut tout à coup dans la rade de Naples, le 18 décembre 1792. Cette neutralité , à laquelle la nécessité se ule avait fait consentir, ne fut pas de longue durée. La cour était le séjour de l'irrésolution et de l'intrigue ; elle ne se dirigeait jamais qu'en raison de ses terreurs ou de ses illusions , faisait avec un égal aveuglement la paix et la guerre , et ne sor-
. duJÉJIlIlHlUji,. ,
3a INTRODUCTION.
tait jamais de son caractère de faiblesse que pour y rentrer plus timide qu'auparavant : son administration était machiavélique , et un génie malfaisant s'attachait à tout détruire et ne savait rien conserver. Après le mariage du prince héréditaire avec l'archiduchesse Marie - Clémentine de Lorraine, qui eut lieu le i5 juin 1797, et le traité de paix de Campo-Formio du 17 octobre de la même année , il se forma une nouvelle coalition contre la république française, et le roi deNaples ne balança pas à se réunir aux ennemis du directoire, il signa , le 14 août 1798, un traité avec l'empereur d'Autriche , et , le 5 octobre , en fit un aussi avec l'Angleterre.
Naples prit un aspect formidable. Tout semblait lui assurer le plus heureux succès. On ordonna une levée de quarante mille hommes , et les frontières furent bientôt couvertes de plus de soixante mille soldats. Il fallait un chef pour commander l'armée , le choix tomba malheureusement sur un général plus présomptueux qu'habile, plus téméraire que brave , plus audacieux qu'intrépide; une réputation usurpée
avait précédé l'arrivée de Mack ; il conseilla une guerre offensive où il fallait se borner à repousser l'ennemi dans le cas où l'on serait attaqué; et ne se présenta aux Français que pour éprouver la plus honteuse défaite. Cependant , avant de prendre les armes, la cour s'était entourée des hommes les plus éclairés, les avait consultés sur le parti à suivre dans les circonstances , et l'avis des plus sages avait été de conserver la paix. Le ministre de la guerre surtout en avait fait sentir avec énergie la nécessité ; il fut renvoyé.
Les effets cependant justifièrent les pressentimens du ministre disgracié ; Mack attaqua les Français avec soixante mille hommes; il en avait à peine seize mille à combattre, et il fut mis en pleine déroute à Cività-Castellana, où les armées ennemies se rencontrèrent. Le général autrichien ne savait pas faire mouvoir deux colonnes à la fois , ne connaissait pas mieux ses ressources que ses dangers, et se croyait encore dans la position la plus brillante, lorsque déjà il était sur le bord de l'abîme. Sa téméraire audace fut punie par la
plus honteuse défaite; il mit plus de rapidité encore à fuir son ennemi qu'il n'en avait mis à l'aller chercher ; et grâces au plus ignorant et au plus vain des généraux , Ferdinand IV, qui , quelques semaines auparavant , avait des forces suffisantes pour conquérir un état, se vit dans l'impossibilité de défendre son propre royaume. Cependant à la vue des dangers qui menaçaient le roi et la patrie , les Napolitains se levèrent en masse; et, si le souverain se fût mis à la tête de l'immense population qui s'armait pour sa défense, jamais les Français n'eussent osé violer son territoire: mais des conseillers perfides trompèrent le prince , calomnièrent les sujets , transformèrent des hommes dévoués en de vils conspirateurs ; et , se croyant entouré d'ennemis , Ferdinand se détermina à passer en Sicile le 22 décembre 1798.
Il est plus aisé de concevoir que de bien exprimer la situation de la métropole à la nouvelle du départ de la famille royale. Les meubles les plus précieux des palais de Caserte etdeNaples, tout ce que le musée avait de plus rare , les plus
beaux monumens des arts , les bijoux de la couronne, plusieurs millions de pierreries, plus de vingt millions de ducats en lingots ou en numéraire, tous les trésors enfin de la capitale du royaume avaient été embarqués pour Ix Sicile : il ne restait aux Napolitains que leurs vaisseaux , leurs bâtimens et leurs canots ; toute ce tte marine fut la proie des flammes ; Acton , avant son départ, en avait ordonné l'incendie. La fureur du peuple fut à son comble. Cependant le gouvernement municipal qu'avait organisé la cité après la fuite delà cour, sut maintenir, pendant quelque temps, l'ordre et la tranquillité publique. Mais le général Pignatelli , qui avait été nommé lieutenant-général du royaume, ne sut ni finir la guerre, ce qui eût été facile, ni prévenir l'anarchie ; et, lorsqu'on apprit, le 12 janvier 1799, qu'il venait de conclure une trêve de deux mois avec le général français, trêve aussi honteuse pour le roi qu'onéreuse pour l'état , et qui ne faisait que retarder l'invasion des ennemis, les lazaroni se crurent trahis par les chefs de l'armée; leur rage ne connut plus de bornes, ils coururent aux
armes , attaquèrent les forteresses et les châteaux, s'en rendirent maîtres, le i6 janvier , et répandirent partout la terreur.
Naples n'offrit plus dès lors que des scènes d'horreur et de carnage; le général Pignatelli, au lieu d'opposer la force à l'audace , prit la fuite ; la municipalité fut obligée d'abandonner ses séances; les hommes avides de vols et de rapines purent impunément se livrer au brigandage et aux assassinats; l'anarchie fut complète, et il n'y eut plus d'autre ressource pour y mettre un terme que d'appeler les Français et de leur ménager les moyens d'entrer dans la ville. Ils ne parvinrent à s'en rendre maîtres qu'après plusieurs combats où le massacre fut effroyable , où les lazaroni monrtèrent un courage et une intrépidité dignes d'un plus heureux succès. I/armée n'entra dans la capitale que le 23 janvier : pendant deux jours des flots de sang coulèrent également du côté des vainqueurs et des vaincus.
Le premier soin du général Championnet fut d'établir un gouvernement provisoire qui réunit le pouvoir exécutif et le pouvoir administratif ;
et bientôt après, sans consulter le vœu du peuple de la capitale et les intérêts divers des provinces, il substitua la démocratie à la monarchies, et fonda la république parthénopéenne. Des lois injustes , des actes arbitraires , un despotisme sans frein , la destruction des temples , la proscription des ministres des autels , tous les fléaux d'une anarchie démagogique furent les tristes résultats d'un gouvernement vicieux dans ses principes constitutifs, et atroce dans ses conséquences. Une juste indignation souleva tout ce qu'il y avait d'ames honnêtes dans l'état; les partis les plus opposés se réunirent dans les mêmes craintes et les mêmes espérances; les amis du roi et de la religion se levèrent des deux extrémités du royaume pour opposer une digue au torrent révoluticmnaire;la cause des républicains vit de jour en jour diminuer ses partisans, et l'opinion publique fut la garantie des succès qui devaient couronner bientôt les efforts des royalistes. Une antique légis-^ lation, nous aimons à le répéter, quelque viciée qu'elle puisse être par les siècles qui y intro-i duisent des abus , ou par les progrès de la civin
lisation qui commandent impérieusement des réformes, se soutient néanmoins par les mœurs et les habitudes du peuple qu'elle régit , tandis que des lois nouvelles ont à combattre des institutions qu elles dénaturent, des usages qu'elles proscrivent , et une foule d'intérêts qu elles froissent.
Les changemens les plus utiles et même les plus nécessaires à faire dans un gouvernement, ne doivent s'opérer que par la main lente du temps, et le législateur , avant de les effectuer, doit envoyer souvent la colombe de l'arche à la découverte, pour bien s'assurer que les esprits sont disposés à les accueillir et à les recevoir.
Tout menaçait la république parthénopéenne d'un embrasement général, lorsque Macdonald, qui avait remplacé Charapionnet , reçut l'ordre d'aller renforcer la grande armée du directoire français. La consternation s'empara des patriotes; ils sentirent que quelques garnisons laissées à Gaéte, à Capoue et au fort Saint-Aden, les défendraient mal contre un parti qui grossissait tous les jours ; ils pouvaient néanmoins sur-
monter bien des obstacles, et peut-être faire tête à l'orage ; mais désunis la plupart par des intérêts divers d'ambition , de haine ou de vengeance ; dirigés d'ailleurs par des chefs sans talens et sans vertus , ils ne surent ni prévenir les fautes ni les réparer. Leurs généraux seuls , dont la bravoure et l'intrépidité étaient dignes d'une meilleure cause, soutinrent encore quelque temps la démocratie chancelante. Mais on commençait à sentir tout ce qu'a de saint un gouvernement légitime , jusqu'où peuvent aller les malheurs d'un peuple qui s'arme contre son souverain; les insurrections éclataient de toutes parts; Capoue , Caserte , Castel-Fort , Teano, la province de Barri, la Fouille rentraient sous l'obéissance du roi ; on vit des soulèvemens dans toutes les parties du royaume : le cardinal Ruffo fit sa jonction avec Seiarpa dans la Lucanie , et le sort des républicains fut décidé. Nole,Marigliano étaient au pouvoir des royalistes; la métropole ne put résister aux vainqueurs ;Naples fut obligée de se rendre au cardinal; le prince de l'église y entra à la tête de son armée triomphante ; le 1 3 du mois de
juin la république parthénopéenne avait cessé d'être.
Les restes des républicains qui avaient été battus par les troupes royales, s'étaient retirés dans les forts ; ils s'y défendirent avec intiépidité, et une capitulation honorable fut le prix de leur courage. Dans cette grande journée de la restau^ ration , Naples fut le théâtre de tous les attentats; tout ce qui avait été patriote, tout ce qui pouvait être soupçoiuié d'avoir pris part à la révolution , tomba sous le fer des assassins : la capitulation seule pouvait mettre un terme à tant de crimes; elle fut signée ; les cachots allaient s'ouvrir, les personnes et les propriétés devaient être respectées , une amnistie générale annonçait la fin de toutes les misères et de toutes les calamités: vaine espérance! Cette capitulation, qui fermait toutes les plaies de l'état , qui réunissait tous les cœurs , qui les ralliait autour du trône , n'obtint point la sanction de la cour; le roi ne rentra dans sa capitale, en janvier 1800, que pour la voir baignée dans le sang des vieillards, des femmes, dçs enfans, qu'un affreux tribunal traî-
nait indistinctement au supplice ; et il fallut toute la crainte qu'inspira la victoire des Français , à Maringo , pour arrêter la rage des bourreaux. Acton ne montra pgis moins de bassesse pour fléchir le vainqueur qu'il n'avait montré d'atrocité pour égorger les vaincus : par l'armistice signé avec la France le 28 mars 1801 , les révolutionnaires napolitains obtinrent une amnistie générale; des principes de modération remplacèrent un système de vengeance , et Ferdinand vit avec horreur jusqu'à quel point on avait abusé de son nom et de son autorité. iMÊk
Malgré les troubles civils et les fureurs de la réaction , Fépuisement du trésor public et la faiblesse de l'administration ; malgré les troupes de brigands qui infestaient les provinces , et les excès auxquels se livraient les lazaroni dans la capitale , le royaume des Deux-Siciles pouvait encore se relever de ses pertes; le duc d'Ascoli, chargé de rétabHrrordre,répondait àla confiance de son souverain et ne faisait point vainement entendre la voix de la justice; le chevalier de Médicis améliorait les finances , rouvrait les ca-.
naux de l'industrie , et travaillait sans relâche à recréer toutes les branches de l'administration publique; le calme et la paix remplaçaient partout le désordre; le traité de Florence avait consolidé l'armistice de Maringo , et la plus grande harmonie régnait entre le souverain des Deux- Sicilesetle cabinet des Tuileries. Mais un voyage que fit la reine de Naples à Vienne , changea sa politique; elle entra dans une nouvelle coalition contre la France. Napoléon déclara la guerre à Ferdinand, en annonçant que les Bourbons avaient cessé de régner à Naples; Joseph Buonaparte parut à la tête d'une armée devant cette capitale, s'en empara d'autant plus aisément que la cour en était partie pour la Sicile ; poursuivit le prince héréditaire, qui s'était retiré dans la Calabre, le battit à Campotenésée , le força de se renfermer à Palerme , et reçut , en 1806 , le sénat us-consul te qui le nommait roi de Naples et de Sicile. . Gaëte, encore au pouvoir de Ferdinand IV, refusait d'ouvrir ses portes aux Français, et les Calabrois, quoique réduits à leurs propres forces , luttaient victorieusement contre celles de Joseph;
l'heureux Masséna força la ville fidèle à se reiuire , courut inonder de sang et de carnage la Calabre, réduisit cette province; et par cette importante conquête consolida la puissance de l'usurpateur. Le gouvernement du nouveau roi devint o[)presseur et tyrannique ; la hache des bourreaux frappait tous les jours de nouvelles victimes; la désolation était dans toutes les familles; la haine fermentait dans tous les cœurs , et les poignards de la vengeance s'aiguisaient contre un ])rince qui se rendait de jour en jour plus odieux, lorsque Napoléon l'appela à Rayonne, en 1808 , pour lui donner la couronne d'Espagne.
En mettant cette couronne de Ferdinand VII sur la tête de Joseph , Napoléon destinait celle de Ferdinand IV à Joachim Murât , soldat sorti des derniers rangs de la société , mais qui avait su s'élever par son courage aux premiers grades de l'armée, et se frayer une route au trône en épousant la sœur de son maître. Avide de gloire, comme tous lesFrançais ,il l'avait souvent trouvée dans les combats ; mais plus avide encore de puissance, il n'avait aucune des qualités c[iron a
droit d'altendre de ceux qui l'exercent , et rien de ce qui fait remarquer un prince sur le trône. Cependant répouxdeCarolineBuonaparle n'était ni sans grandeur ni sans élévation ; il devait à la nature les dehors les plus heureux; avait dans sa stature quelque chose de chevaleresque, de la finesse dans l'esprit, et de la franchise dans le caractère ; de la bravoure et de l'intrépidité sur les champs de bataille, tout ce qui pouvait enfin séduire et entraîner un peuple fatigué des secousses politiques , abandonné de son roi , léger d'ailleurs, présomptueux et inconstant; aussi fut-il accueilli avec transport lorsqu'il se présenta à ses nouveaux sujets.
Cependant de nombreux ennemis entouraient le trône mal affermi du successeur de Joseph, une foule de mécontens en assiégeaient les avenues; les partisans de l'autorité légitime en conjuraient la chute, et la cour de Sicile, qui n'avait point renoncé à ses états en deçà du phare , après avoir enlevé les îles de Procida et d'Izelva, pénétrait dans le golfe de Naples , avec une escadre anglo-sicilienne, commandée par
le prince Léo pold , fils puîné de Ferdinand, et menaçait la capitale. Murât trouva dans sa prudence , sa fermeté et son courage , les moyens de dissiper tant d'orages. 11 attaqua les Anglais dans Cap ri , enleva la place , força la garnison à déposer les armes , et fit prisonnier le commandant sir Hudson-Love , depuis si fameux, qui ne lui opposa qu'une vaine résistance. Il dispersa avec le même bonheur la flotte anglosicilienne et sut ainsi fonder sa puissance; sur la force de ses armes.
Son expédition en Calabre n'eut pas le même succès. P rét à entrer à Messine, en 1810 , à la tête de quarante mille hommes, il changea tout à coup de dessein , arrêta son armée , <iéjà en partie embarquée , et perdit neuf cents hommes de son avant-garde, qui tombèrent au pouvoir des Anglais et des Siciliens. Cette entreprise si mal concertée, coûta des sommes énormes au trésor public , décela dans l'usurpateur plus d'audace et de témérité que de grandes vues et de génie , et n'eut d'autre résultat que celui d'infester la Calabre de brigands , et de préparer au
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général Manliès la gloire d'anéantir ces hordes do barbares, de faire jouir enfin ces malheureuses provinces des bienfaits de Tordre et de la paix , et de les consoler des longues calamités dont elles avaient été accablées.
Mais Murât n'avait plus qu'un moment à régner. Napoléon, maître de la plus belle partie de l'Europe, se trouvait trop à Tétroit dans ses vastes états; il osa, en 1812, porter la guerre dans l'empire des Czars; Joachim fut obligé de le suivre dans cette périlleuse entreprise. La perte entière de l'armée française fut la suite d'une tentative aussi fausse qu'audacieuse ; la bataille de Liepsick , en 1 8 1 3 , assura le triomphe de la coalition. Murât , pour sauver sa couronne,abandonna la cause de son beau-frère , entra en négociation avec l'Autriche , revint à Naples , ouvrit ses ports aux Anglais, et s'allia avec ces deux puissances, les 11 janvier et 3 février 18149 a condition que les alliés lui garantiraient la possession du royaume de Naples, auquel ils s'engageaient à faire renoncer Ferdinand IV, et que lui , Murât , se réunirait à eux contre l'ennemi
commun pour le combattre et relever ensuite le trône des Bourbons en France.
Ces dispositions ratifiées par l'Autriche et l'Angleterre, ne convinrent pas également à tous les souverains coalisés, et, dans le congrès de; Vienne, après la restauration, on remit en délibération cet objet d'un si haut intérêt. Murât le sut, et craignant , peut-être avec raison , de voir se briser entre ses mains un sceptre qu'il venait de racheter par la plus honteuse trahison, il chercha à rétablir ses anciennes liaisons avec l'exilé de l'île d'Elbe qu'il avait si lâchement abandonné, lui procura des fonds pour faciliter son retour en France, et quand il eut appris son débarquement à Cannes, en 181 5, marcha à la tête de quarante mille hommes, dans l'espoir de conquérir l'Italie, et d'opposer un rempart formidable aux Autrichiens. Mais quelques actions d éclat et le succès qu'il dut d'abord à son courage ne purent le garantir de la défaite qu il éprouva à Occhio- Bello, les champs de Tolentino furent les témoins de ses derniers exploits; il y fut vaincu et détrôné
48 INÏRODUCÏION.
le '1 mai , et , contraint de fuir avec les débris de son armée, il arriva à Naples le 19, et en repartit le lendemain pour n'y rentrer jamais.
(c L'inconstante fortune , dit le comte Orloff , arracha violemment de sa tête une couronne qu'elle semblait n'y avoir placée que pour apprendre au monde qu'il ne suffît pas aux rois , pour se maintenir , d'avoir du courage, qu'il leur faut un sens droit , des lumières , de la loyauté , et surtout de la justice et de l'humanité. »
La défaite et la fuite de Joachim occasionèrent un soulèvement général ; on sentit que la présence des Autrichiens pouvait seule en arrêter les suites. On leur envoya une députation , pour les prier de hâter leur entrée dans la ville ; et la reine Caroline prévint une partie des désordres qui suivent l'anarchie, en différant son départ jusqu'au moment de l'arrivée des vainqueurs. On leur ouvrit les portes de Naples, le aa mai. Le prince Léopold, fils du roi Ferdinand , était à leur tête : les acclamations du peuple l'accompagnèrent jusqu'à son palais. Un édit que
Ton publia bientôt après , au nom du souverain , et qui ne respirait que la bienveillance et l'oubli absolu du passé , acheva de calmer les craintes , fit taire les passions, et rallia tous les cœurs dans le sentiment du devoir et le respect dû à l'autorité légitime. Les troubles cessèrent, l'ordre se rétablit, la tranquillité et la paix succédèrent aux jours de terreur qui avaient précédé l'entrée de l'armée d'occupation; et lorsque le monarque et sa famille, après un exil de neuf années, se retrouvèrent au milieu de leur capitale, ils y itxîçurent l'accueil de Tamour et de la fidélité , et toutes les démonstrations de la joie la plus vive.
Cette seconde restauration nefut point , comme lavait été la première, souillée par les fureurs des réactions. Ferdinand signala son retour par une modération sans bornes ; il ne changea rien aux institutions nouvelles , maintint dans leurs fonctions et dans leurs emplois les hommes qui ' avaient servi l'usurpateur , et ne repoussa de ses états que ces éternels agens de troubles, que rien ne ramène à Thonneur et à la vertu ; que ces conspirateurs pour qui l'indulgence des souve-
5o INTRODUCTION.
I ains n est que le privilège de s'armer contre les trônes. L'amour des Napolitains pour le monarque fut le prix payé par la reconnaissance; et lorsque , par une audace que l'on a peine à concevoir, le monarque détrôné osa tenter, à la tête d'une poignée de factieux, de reprendre une couronne qu'il n'avait su ni conserver ni défendre; lorsque, le i5 septembre 18 1 5, il eut la témérité de descendre à la pointe de Pizzo, et d'y faire entendre les cris de Five Joachim ! tous les habitants de cette petite ville de la Calabre s'armèrent pour leur roi , assaillirent et enveloppèrent la troupe de rebelles, que commandait Murât; et, malgré son intrépidité et sa courageuse défense, s'emparèrent de sa personne. Cette preuve de fidélité de la ville de Pizzo , toutes les cités du royaume de Naples l'eussent également donnée : le roi Ferdinand ne comp- ' tait plus que des sujets dévoués dans les Deux- Siciles. Pour se concilier l'amour de ses peuples, il n'eut besoin ni d'adresse dans sa politique, ni de force dans ses armées; il ne lui fallut ni des combinaisons profondes, ni l'abaissement de ses
voisins; il conquit tous ks coeurs en suivant le système de modération dont il avait consommé la restauration , et en faisant asseoir à côté de lui sur le trône l'humanité, la droiture et la fidélité aux promesses données.
Murât, traduit devant un conseil de guerre et convaincu d'avoir voulu troubler l'état, fut condamné à être fusillé. 11 entendit son arrêt sans pâlir, et reçut la mort avec l'intrépidité qui la lui avait fait tant de fois bravei» dans les combats. La nouvelle de cette exécution étonna les Napolitains, mais n'excita ni trouble ni agitation , et les partis divers semblèrent apprendre avec une égale indifférence le crime et le châtiment d'une entreprise dont le succès même eût à peine justifié l'audace. Quand le bonheur d'une nation est la plus douce jouissance du prince qui la gouverne, un attentat contre le monarque trouve autant de vengeurs que de sujets.
Ferdinand IV acquérait tous les jours de nouveaux droits à la reconnaissance des Napolitains; son gouvernement était ferme sans sévérité, et modéré sans faiblesse: ce n'était plus un Acton,
dont les perfides conseils entouraient le trône de précipices, qui présidait au ministère; c'étaient le chevalier de Médicis et le marquis Tommasi, dont les lumières et les vertus fermaient les plaies de l'état, ramenaient la tranquillité dans le royaume, terminaient, par un concordat, de malheureux débats avec la cour de Rome, opposaient une barrière à la peste qui désolait Noja dans la Fouille , portaient partout du secours où un fléau non moins terrible, une disette presque générale, menaçait de frapper d'une épidémie toute la classe indigente. On leur dut l'organisation du pouvoir civil et judiciaire, la création de la suprême chancellerie, du conseil d'état, l'abolition de la constitution de la Sicile, la réunion de cette île au royaume de Naples, l'expulsion des brigands qui infestaient la péninsule ; ils firent jouir enfin les peuples en-deçà et audelà du phar , des bienfaits si vivement désirés et si long-temps attendus de la paix, heureux fruits des efforts et de l'héroïsme des puissances coalisées.
Ferdinand rendit la vie au commerce , des bras
à l'industrie, la force aux lois; il releva les autels, rappela les ministres saints du Dieu qui pardonne; et le malheur put trouver encore des consolations dans une religion qui ne prescrit jamais un devoir sans en faire pressentir la récompense. Au sein de cette prospérité nationale qui était son ouvrage , le roi sentit son cœur se rouvrir encore à des sentimens plus tendres. La mort, qui frappe les princes comme les sujets, venait de précipiter la reine Caroline dans la tombe. Il épousa la veuve du prince Partanna; et, sans lui faire partager son trône , trouva dans ces nouveaux nœuds un bonheur que l'on chercherait en vain dans une imion que ne sanctionnent ni la morale ni la vertu. A cette heureuse époque, des liens non moins chers unirent plus étroitement encore la cour de Naples à celle de France; la fille aînée du duc de Calabre devint l'épouse adorée de ce fils des rois , dont le temps n'effacera jamais le souvenir; et la duchesse de Berri , l'espoir et la consolation des amis du trône , devint l'objet de tous nos hommages, comme elle
ne cessera jamais de letre de notre amour et de notre respect.
Une paix profonde, si long-temps bannie du royaume des Deux-Siciles , avait enfin succédé aux horreurs de la guerre et aux troubles civils ; et cette terre, fatiguée des combats, voyait se rouvrir toutes les sources de la félicité publique. Mais une secte , ennemie de tout ordre social, à laquelle on avait attaché trop peu d'importance, dont 'on ne surveillait pas assez les complots, ne voyait dans la restauration qu'un frein à la licence; dans le retour du prince, qu'un terme aux brigandages. Les chefs de l'association ténébreuse se réunirent; les carbonari méditèrent de nouveau le renversement du gouvernement ; sous le nom d'idées libérales, qui n'étaient au fond que des trames révolutionnaires , on séduisit des âmes plus honnêtes qu'éclairées; et, le i^"^ juillet 1820, pendant que l'on jouissait dans la capitale d'une tranquillité que rien ne semblait pouvoir troubler, on apprit que quelques troupes insurgées fesaient entendre à Avellino
les cris de /^ive le roi! qu il nous donne une constitution!
Ces cris, recueillis par la malveillance, et répétés par les artisans de troubles et de discordes , furent le signal d'un soulèvement général : on arma en vain contre les révolutionnaires; ils s'étaient rendus maîtres de toutes les avenues de Naples, et , dès le 4 juillet, on eut besoin de tous les efforts de la garde civique pour prévenir les suites de l'agitation qui commençait à soulever la capitale. La cour voulut opposer une digue à ce torrent dévastateur; mais le nombre des insurgés grossissait à chaque instant; on en comptait le 5 plus de soixante mille : leur attitude était menaçante ; ils marchaient sur Naples , avec la volonté ferme d'obtenir ce qu'ils demandaient, en sujets révoltés contre leur roi. Le général Guillaume Pépc augmenta l'audace des factieux en se mettant à leur tête. Il n'y avait plus d'espoir d'arrêter l'insurrection. La bonté paternelle de Ferdinand IV pour en comprimer l'action , publia le 6 un décret par lequel il renvoyait ses ministres, promettait une constitution sou'r
Il I''
huit jours; et, attendu que sa santé ne loi permettait pas de gouverner letat dans des cir-f constances aussi difficiles , il en confiait le soin au duc de Calabre, et nommait ce prince son vicaire général.
Tant de concessions, loin d'enchaîner les cœurs parla reconnaissance, semblèrent accroître encore les prétentions des révoltés , et les chefs de Ja sédition ne voulurent pas même accorder à la puissance le délai si juste et si nécessaire qu elle imposait. Des milliers de voix demandèrent à grands cris, et sans aucun retard, la constitution des cortès. Il fallait céder, ou renouveler les horreurs de la guerre civile, et répandre des flots de sang; Ferdinand ne savait plus qu aimer depuis que le perfide Acton ne le faisait plus haïr : il ne put voir sans frémir ses états redevenir le théâtre du brigandage, des proscriptions et des assassinats. S. A. R. le duc de Calabre, en sa qualité de vicaire général du royaume, publia le lendemain un décret par lequel les Deux-Siciles seraient désormais gouvernées par la constitution qu'avait adoptée l'Ea-
pagne, sauf les modifications que pourraient y apporter les représentans napolitains.
L'armée des insurgés prit aussitôt le nom d'ai^ mée constitutionnelle et les couleurs des carbonari : elle fit son entrée dans la capitale le 9 du même mois , fut accueilUe par les acclamations d'une foule immense de citoyens séduits et entraînés, passa devant le balcon du palais, pour rendre un reste d'hommages à la souveraineté; et Pépé , qui la commandait , osa se présenter au monarque , et protester pour son roi d'un dévouement et d'un respect que démentaient si évidemment sa conduite, ses opinions et ses projets. Le même homme cependant fut nommé commandant-général de toute l'armée. Le roi, le vicaire général et le prince de Salertie , fidèles à leur promesse, prêtèrent, le i3, serment à la constitution, et le parlement fut convoqué pour le 1" octobre suivant. Mais cette constitution , dont les carbonari avaient propagé avec tant de soin les principes jusqu'au fond des provinces ; cette constitution si vivement désirée par la secte révolutionnaire, et si impérieusemeni , si inso-
lemment imposée par l'armée, ne fut pas accueillie dans la Sicile comme dans le royaume de Naples. Le soulèvement fut général dans l'iJe. Les Siciliens voulaient bien d'une constitution , mais ils la voulaient indépendante de celle des Napolitains ; et ils se portèrent à tous les excès pour repousser le gouvernement des cortès. Le peuple ne mit point de bornes à ses fureurs ; il s'associa les brigands que renfermaient les bagnes, brisa les portes des cachots, pour en tirer les plus vils scélérats, et, soutenu par cette troupe de bandits, organisa le meurtre , l'incendie et le brigandage. Il fallut faire le siège de la plupart des villes de la Sicile, et l'on ne put se rendre maître de Palerme qu'après y avoir versé des flots de sang.
Pendant que les Siciliens se déchiraient de leurs propres mains, que Ion ne rencontrait plus dans cette île malheureuse que des bourreaux et des victimes, on s occupait dans le royaume de Naples de l'élection des députés. Le prince vicaire général donnait tous ses soins à organiser le nouvel ordre de choses; il attaquait
partout les abus, affermissait les bases de la justice, recréait larniée, et n'épargnait rien pour assurer à la représentation nationale la force et la dignité qui la constituent, quand elk; respecte la majesté du trône, quand elle n attente point à la puissance du monarque. Mais le peuple napolitain n était qu'une fraction de la grande société européenne , et les rois qui venaient de rendre la paix au continent ne voyaient dans l'indépendance des Deux-Siciles qu'un germe de bouleversement, qui pouvait de nouveau renverser l'édifice social , saper les fondemens des empires, et troubler le repos des nations. Les princes qui avaient signé le traité de la sainte alliance se réunirent en congrès à Troppau , pour examiner s'ils devaient ou non tolérer les changemens que des factieux, sans respect pour l'autorité légitime, avaient forcément opérés à Naples.
Ferdinand fut invité à se rendre au congrès , et ses ministres se présentèrent à la séance du parlement de Naples, pour communiquer aux député? de la nation les lettres autographes des souverain*
6o INTRODUCTION.
dePrusse,d'Autriche et de Russie, par lesquelles leur maître était vivement sollicité de partir pour Troppau à l'effet d> participer aux discussions qui allaient s'y ouvrir sur les intérêts du royaume et ceux de l'Europe. Après cette communication, les mêmes ministres annoncèrent la détermination du monarque d'aller se réunir aux délibérations de ses alliés.
Il serait difficile de se foire une juste idée de la consternation que produisit sur l'assemblée la lecture de ces deux messages. Elle fut d'autant plus grande , que les promesses du roi pour l'ave- . nir n'avaient rien de rassurant, et qu'il ne dissimulait pas même les obstacles qu'il aurait à surmonter pour déterminer les puissances à sanctionner le nouvel ordre de choses établi dans la péninsule. Les plus violens débats s'ouvrirent dans la chambre , et la plus vive agitation régna dans les délibérations. On fit des représentations au monarque; on voulut lui persuader qu'il ne dépendait point des princes étrangers; que la nation napolitaine pouvait seule se donner des lois; qu'elle saurait soutenir, les
INTRODUCTION. 6i
armes à la main , les droits sacrés des peuples ; que le roi devait rester au milieu de ses fidèles sujets, et combattre même à leur tète quiconque oserait attaquer leur indépendance. Ferdinand tenait religieusement à ses sermens ; et ., quoique la force seule lui eût arraché celui de maintenir la constitution des cortès d'Espagne , il était disposé à s'en montrer le plus zélé défenseur; mais il sentait combien il allait soulever d'ennemis , les calamités qu'il attirerait sur son royaume par une imprudente résistance , et il était obligé de s'avouer à lui-même que le mode de gouvernement qu'une faction lui avait imposé blessait également les intérêts des peuples et des souverains. Dans cet état d'irrésolution , il n'y avait pas de parti plus sage à suivre que celui d'aller s'éclairer dans le conseil des rois : il partit de Naples le i3 décembre, s'embarqua sur le vaisseau anglais le Vengeur^ pour se rendre d'abord à Livourne, et de là par terre à Laybacht.
Le départ de Ferdinand ne laissa plus aucun doute sur les malheurs qm menaçaient les Deux- Siciles, et l'on^ne tarda'pas à apprendre que les
armées impériales étaient en marche pour venir renverser le gouvernement représentatif, et rendre à l'ancienne monarchie toute sa majesté et sa puissance. Un cri de guerre se fît entendre dans tout le royaume; on leva des soldats à la hâte, on arma tous les citoyens: mais que pouvaient des milices sans expérience et sans discipline contre des troupes nombreuses, aguerries sur les champs de bataille, accoutumées à la victoire, et commandées par des généraux aussi distingués par leur bravoure que par leur habileté? Les armées ne tardèrent pas à être en présence. Le baron Frimont était à la tête des Autrichiens; Guillaume Pépé conduisait les Napolitains. Mais les constitutionnels ne purent soutenir le choc des Impériaux; ils furent battus à la première rencontre, se débandèrent, la sèrent, par leur fuite, tous les chemins ouve^ à l'ennemi, et Naples sans aucun moyen de défense fut forcée de lui ouvrir ses portes le 24 mars. Tel fut le triste et malheureux résultat d'une révolution dont le temps encore n'a pas cicatrisé toutes les plaies. Il fallut, pour en
étouffer le germe , relever les échafauds , rouvrir les cachots, bannir, exiler, punir enfin les chefs , et mettre les conspirateurs dans l heureuse impuissance de nuire.
Une armée d'occupation fit respecter le trône, maintint l'autorité royale, rendit la tranquillité à l'état, et y ramena l'ordre et la paix. Naples eut bientôt des larmes à donner à la perte de son roi. Ferdinand, vieilli au sein des troubles et des soulèvemens, quitta la terre pour aller jouir d'un séjour moins agité. En léguant sa couronne à son fils, au duc de Calabre, il lui recommanda le bonheur de son peuple : ce fut le dernier vœu de cet excellent prince, et ce vœu était déjà dans le cœur du nouveau roi. Travailler constamment à la gloire et à la stabilité de ses états , ouvrir aux Napolitains toutes les sources de la prospérité publique ; telle est l'unique occupation d'un souverain qui n'est pas moins cher à la France qu'à ses sujets.
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