‹ Mémoires du comte de Modéne sur la révolution de Naples de 1647 [microform]Chapitre 2 sur 100 · IB · texte numérisé non relu

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de poissons, natif d'Amalfi, Thomas Aniello, leva l'étendard de la révolte, et se mit à la tête de la populace, le 7 juillet de l'an 1647. ^^ gouvernement sage eût prévenu ce désordre ; le duc d' Areos ne sut pas même l'arrêter dans sa naissance.

La cruauté se compose , dans les masses , de l'inquiétude ou des passions particulières à chaque individu , et aucun d'eux n'est exc;mpt des plus grands excès dans les assemblées tumultueuses. Quand l'attitude de la patrie n'a plus de dignité, quand les empiriques se croient tout pennis , on se déchire , on se tue dans l'espace étroit des cités. Les haines s'y acèrent , les têtes s'y désorganisent , le sentiment d'un patriotisme éclairé fait place à toutes les extravagances, à toutes les fureurs, et l'on ne trouve plus que des bourreaux et des victimes. Voilà l'horrible spectacle qu'offrit la ville de Naples au moment où l'audacieux Aniello brisa la chaîne qui unissait le peuple à son souverain. Sa tyrannie fut courte et sa fin malheureuse ; mais il avait fait répandre des flots de sang ; le massacre et le pillage furent les précurseurs d'une longue anarchie , il eut des

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successeurs qui remplirent lltalie et l'Europe entière du bruit de leurs attentats.

Le comte de Modène nous peint les tempêtes politiques et les horribles événemens qui déchirèrent alors le corps social ; et en lisant ses Mémoires, on se rappelle avec horreur ces temps encore si près de nous , ces sombres atrocités où Tcxcès de la dépravation produisit de si épaisses ténèbres , qu'il n'y avait plus de lueurs pour les percer. Les hommes exagérés ne connaissent ni la modération qu'inspirent les lois , ni l'égaUté qui en fait la force. Oppresseui^ , esclaves tour à tour, cœurs dépravés et sans principes , leur ame flétrie par la crainte , ou dégradée par le crime , tremble sous un despote ou l'écrase. Aniello , après sept jours d'un règne de cannibale , fut massacré par ceux même qu'il avait soulevés. Un obscur fourbisseur, Gennaro Annésé , lui succéda , organisa la conspiration , s'arma ouvertement contre son roi , proscrivit la noblesse , et osa même solliciter l'appui de la France, qui était alors en guerre avec l'Espagne.

Le duc de Guise brûlait du désir de prendre

part à ces événàmens; il était à Rome pour solliciter la cassation de son mariage avec Honorine de Glimes, sa seconde épouse; il se fit appeler par les Napolitains pour aller se mettre à leur tête , et , après s'être concerté avec les chefs des révoltés , par le moyen d'un moine nommé Capèce, qui lui avait été député, il partit avec le comte de Modène et une suite très-peu nombreuse, traversa la flotte espagnole sur une simple felouque , aborda à Naples , y fut reçu au milieu des plus vives acclamations , nommé d'abord commandant général de la république naissante, et bientôt après duc de Naples , et prit sous ses ordres le comte de Modène , en quaUté de son mestre-de-camp gënéial.

Le duc de Guise voulait régner seul; il souffrait impatiemment de partager la puissance avec le fourbisseur Annésé; il ne tarda pas à paralyser l'influence du plébéien et à s eniparer de toute l'autorité. Mais le chef du parti populaire était maître des fiinances , et peu disposé à ouvrir le trésor public à son rival : cependant il fallait une levée de soldats , et il était impossible

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de la faire sans argent. I^ comte de Modène fut chargé de négocier un emprunt avec Gennaro. Le général avait au-dessus de ce rebelle le talent qui sait triompher des obstacles, et la bonne foi, la droiture et la probité qui inspirent la confiance ; il parvint à gagner le républicain , et en obtint cent mille écus. La levée se fit avec autant de promptitude que de facilité ; on se mit en campagne. L'auteur des Mémoires, à la tête de la cavalerie , eut d'abord les succès les plus inattendus : tout céda à sa valeur et à la rapidité de ses entreprises. Il prit la ville d'Averse , bloqua Capoue, dissipa la noblesse , l'éloigna de Naples, et ravitailla cette capitale. En moins d'un mois , il soumit plus de trente villes au parti populaire.

Jusque-là le duc de Guise n'avait peut-être eu que le désir de faire perdre aux Espagnols la couronne de Naples ; les conquêtes du comte de Modène lui firent concevoir l'espérance de la poser sur sa tète. Mais ce prince n'avait ni les vertUs des héros des républiques, ni celles des souverains; * il ne se rapprochait des grands hommes ni par les

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