‹ Mémoires du comte de Modéne sur la révolution de Naples de 1647 [microform]Chapitre 65 sur 100 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

Préparatifs pour le voyage du duc de Guise à Naples. — Départ de ce Prince de Rome, et son arrivée dans cette ville.

Aussitôt que le duc de Guise eut reçu l'argent que lui prêta le sieur Philippe Valenti, à la prière du cardinal de Sainte -Cécile, il donna tous ses soins à faire les préparatifs de son voyage , et sachant combien il lui était nécessaire de porter avec lui quelques provisions de poudre , il pria le duc de Bracciano de lui en faire avoir de Palo (qui est une petite place située près de la mer, qui appartient à la maison des Ursins), doù il en tira quelques barils par la faveur de ce duc, lequel, outre ses inclinations pour la France, avait une amitié et une estime particulières pour ce Prince. Il songea à renvoyer Toussaint de Bordeaux, son maréchal-des-logis, qui avait servi durant vingt années le baron de Modène , et qui était arrivé depuis quelques jours à Rome de la part de la demoiselle de Pons, pour presser de nouveau ce Prince de s en retourner, et de se défaire du baron, avec ordre de lui dire qu'elle

DB LA ville et DU ROYAUME DE NAPLES. 161

ne le verrait jamais , s'il ne satisfaisait son aversion implacable. Quoique le baron eut pénétré le sujet de ce voyage , cela ne l'empêcha pas de faire un aussi bon visage à cet envoyé, que s'il eût ignoré les motifs de sa venue à Rome , et le duc de Guise s'étant ouvert à lui sur cette matière, lui dît en souriant qu'elle avait toujours de la haine pour lui, et de l'impatience pour le voyage de Paris; que pour sa haine, il le priait de ne s'en mettre pas en peine, puisqu'avec le tems il ferait sa paix ; que pour le désir qu'elle avait qu'il s'en retournât à la Cour, sa pensée était excusable, dans l'ignorance où elle était de l'état de son entreprise, qu'elle changerait bien d'avis quand elle saurait son passage à Naples, et le bon accueil que le Peuple lui aurailt fait, et qu'il voulait y mener Toussaint de Bordeaux, pour le lui pouvoir rapporter. Le baron de Modène lui rendit grâces des bontés qu'il lui témoignait, et lui fit paraître , qu'encore qu'il ne doutât pas de sOn amitié , il craignait cent fois plus les effets étranges de cette impétueuse haine, dont il se voyait menacé, que les bourasques de la mer, ni l'aveugle fureur des peuples où le sort l'allait exposer avec le duc ; mais que cette crainte, quoique juste, ne le ferait point écarter du chemin qu'il avait choisi en s'approchant de sa personne, et dont tout le but consistait à ne regarder que sa gloire ; que ce qui travaillait le plus son esprit en cette rencontre, était la peur que l'amour que ce Prince avait pour cette

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