‹ Mémoires du comte de Modéne sur la révolution de Naples de 1647 [microform]Chapitre 96 sur 100 · ER · texte numérisé non relu

ER

Diverses réflexions touchant les révolutions de Naples, et sur la conduite de ceux qui y ont eu quelque pari.

Quoique Thistoire de ces révolutions finisse dans le chapitre précédent, je crois que celui-ci ne sera pas le plus inutile de mon ouvrage, et qu'en examinant ici la conduite de ceux qui ont: paru sur cette scène, on aura plus de moyen de faire un juste jugement de la plus étrange aventure que 1 on ait vu dans l'Europe. Il est certain que la valeur, la prudence et la fortune, sont les trois principales causes de ces heureux événemens, qui changent la face de l'Univers, et de ces révolutions qui font passer les sceptres d une maison dans une autre , ou qui d'un État monarchique en font un républicain , ou d'une république une monarchie. On remarque que dans ces grands desseins, tantôt la fortune, et tantôt la valeur en dresse le plan ; mais que c est toujours la prudence qui, par des traits moins éclatans, mais plus durables que ceux des autres, perfectionne ces ouvrages. On n'en voit point de finis, si ces

tl

494 niSTOIKK DU SOULÈVEMENT

trois maîtresses du monde n y concourent; mais surtout cette dernière en ménageant et guidant ces deux autres, qui sont souvent aveugles, les fait arriver par son art au but désiré. On reconnaîtra cette vérité dans toutes les histoires antiques et modernes , et Ton trouvera que dans les entreprises de cette sorte , celles que la valeur et la fortune ont commencées avec autant de bruit que d'éclat, ont échoué, si la prudence n y a mis la dernière main. Les révolutions de Naples nous le font voir bien clairement, et il ne sera pas difficile de le juger, si l'on fait quelques réflexions sur la naissance de ces troubles, sur leur cours et sur leur fin. Examinons donc la conduite des isoulevés , et celles de leurs ennemis , et nous verrons qu'encore que la fortune et la valeur aient pris le parti des premiers , ils ont succombé sous les autres, pour n'avoir pas cru la prudence, laquelle fit triompher enfin, par son adresse, ceux dont le bonheur et i'épée semblaient n'avoir plus

de ressource.

Si jamais on vit la fortune seconder le soulèvement d'un État , ce fut sans doute celui de INaples, puisqu'elle sembla n'épargner rien pour rompre le joug de ce Peuple , et pour le mettre en liberté. On la vit dès l'origine de ces troubles marcher à la tête d'une foule de petits gueux armés de bâtons et de cannes , guidés par un homme de la lie du Peuple, sans expérience et sans jugement , quand cette ridicule milice désarma les gardes du duc d*Àrcos , s'empara do

son palais , le força de l'abandonner, et osa même saisir ce Vice-Roi par les moustaches. On la vit paraître au milieu de cette grande multitude de séditieux, qui, encouragés par l'heureux succès des Lazares , prirent les armes , se rendirent presque les maîtres de cette ville, malgré la résistance des Espagiîols et les forces de la Noblesse, et, par leur exemple, obligèrent les provinces de ce royaume d'en faire autant, et de secouer unanimement le joug du Roi Catholique. On la vit du côté d'un Peuple divisé par cent factions, trahi par plusieurs de ses chefs , sans ordre , sans pain , sans argent, sans munitions et sans assistance, lequel, pourtant, avec tous ces désavantages, ne laissa pas de résister à l'un des plus grands Rois du monde, durant l'espace de neuf mois. Si dans ces révolutions la fortune se déclara pour ce ^rti , la valeur n'en fit pas moins, et montra hautement la part qu'elle prenait en cette cause. Quoiqu'elle n'y parût pas de la manière qu'on la vit autrefois avec les phalanges grecques et dans les légions romaines, et comme on la voit encore en ce siècle parmi des troupes disciplinées, elle ne laissa pas de se faire voir, dans plusieurs occasions importantes , mais surtout dans cet assaut général que don Juan d'Autriche fit donner aux quartiers soulevés un peu après son arrivée à Naples , où ce Peuple , quoique surpris et conduit par un chef perfide, repoussa avec tant de vigueur et de carnage ces bonnes troupes et cette brave Noblesse espagnole qui le suivaient. Mais si la for-

ri

fi™'

496 lîïSTOTRK nu SOrLÈVEMENT

tune et la valeur ont paru avantageusement ^durant ces troubles, en laveur des Napolitains soulevés, la prudence a eu si peu de part dans cette grande entreprise , qu on a peine d'y reconnaître les moindres marques de son art. On le peut juger facilement par les divers objets que le Peuple de cette ville et celui des provinces eurent dans leur soulèvement. Bien loin de suivre les leçons de cette vertu, qui ne marche qu'à pas comptés , et qui regarde incessamment l'unique but qu'elle a pris, sans jamais prendre le change , dès l'entrée de sa carrière, les INapolitains, suivant cent différens desseins, firent voir qu'ils n'en avaient point de certain. Le premier qu'ils firent paraître dans le commencement des troubles, fut la simple abolition de la gabelle des fruits; de celle des fruits, ils passèrent à celle de tous les impôts faits depuis l'Empereur Charles- Quint. Jusque-là ils semblèrent suivre leur première pointe; mais ils se lassèrent bientôt, et au lieu de se prévaloir des avantages que leur donnait la consternation et la faiblesse des Espagnols (lesquels, dans cette occasion, eussent remis entre leurs mains le château de Sant-Elmo, et tout ce qu'ils eussent voulu , pour caution de leur repos), ils tournèrent toute leur fureur contre cette Noblesse, dont ils devaient plutôt rechercher la jonction que la ruine. Je ne sais pas si elle les eût écoutés dans cette occasion ; mais chacun sait qu'elle avait assez de motifs de se plaindre des Espagnols, qui ne la traitaient guère

mieux qu'ils ne traitaient les Peuples, et il est apparent que si elle n'eût pas voulu se déclarer, ni se joindre alors aux Napolitains, du moins elle ne se serait pas si fort intéressée dans la cause des Espagnols , comme elle fit , quand le désir de se venger des affronts de la populace la força de prendre les armes , et de faire naître une guerre entre les membres de l'Etat, lorsqu'il les fallait réunir pour concourir au bien commun. Ayant poussé, durant quelques jours, la Noblesse, et convié , par leur exemple , les autres Peuples des provinces d'en faire autant, ils s'acharnèrent aux Espagnols, et attaquant ceux-ci et les Nobles en même-tems, ils réunirent ensemble ces deux corps , qui n'avaient pas beaucoup de confiance auparavant l'un pour l'autre, alors que par une extravagante et cruelle pudeur on leur vit massacrer les Espagnols, et crier vive l'Espagne; mais cela ne dura guères, et leur besoin les contraignant de recourir à l'assistance de la France , ils appelèrent le duc de Guise , espérant que par lui ils obtiendraient de cette Couronne les secours qu'ils s'en promettaient.

Ce Prince arrivé dans la ville, et reçu comme envoyé du Roi Très-Chrétien, on vit paraître, peu de jours après, l'armée navale qui fesait toute l'espérance et toute la consolation de ce pauvre Peuple affligé et accablé de cent misères; mais son aspect, au lieu d'apporter le soulagement désiré depuis tant de mois, ne servit qu'à donner

de ridicules ombrages.

j.|mJ>.'

■T^iPiP'

l li

Ce fut alors que rînconstaace populaire fit voir un de ses plus étranges effets, en fesant changer tout-à-coup d objet à cette populace, qui se donna entièrement au duc de Guise, sans se mettre en peine de la retraite d*une flotte qu elle avait si fort sonhaitée.

Le duc de Guise déclaré chef d'une république qui n*était pas encore en nature; cette multitude innombrable de gens qui Tavaient proclamé duc suprême, et qui l'eût même appelé Roi dans ce moment s'il leût voulu, et sans avoir examiné s'il eût pu maintenir ce titre, fit connaître, par les factions qui la divisaient, que c'était un corps monstrueux et composé de têtes dont les unes voulaient le changement de maître, les autres la réformation et non le changement de l'Etat, et la plus grande partie le libertinage, sous couleur de la liberté. Par ces réflexions, on peut juger que la prudence n'eut point de part en ce dessein qui fit tant de bruit dans l'Europe, et qui, n'ayant été formé et. conduit que par une fortune aveugle et par une valeur qui tenait de la fureur, plus que de la raison, échoua malheureusement, n'étant pas soutenu par la prudence.

Si la populace périt par son imprudence , ses chefs se perdirent aussi par cette voie. Masanielle ayant réduit, par un bonheur extraordinaire, les Espagnols à lui donner la carte blanche , périt et fit périr le Peuple , pour ne s'être pas servi de l'avantage qu'il avait d'établir le repos, et de l'assurer par la reddition du château Sant-Elmo >

lequel, étant entre les mains du Peuple, eût forcé les Espagnols de tenir tous les traités faits avec eux. Le prince de Massa périt pour avoir eu deux objets divers à la fois ; il ne manqua pas de fortune , il ne manqua pas de valeur; mais il manqua de prudence, quand ilcrutpouvoir servir sans dangerdeux partis contraires; aussi sa mauvaise conduite lui fit

voirbientôtsonerreur,etsonexemplefitjugerqu'un hermaphrodite d'État ne saurait être de durée.

Gennaro Annésé se perdit par ses irrésolutions, et pour n'avoir point eu de but dans sa balance conduite. La consternation où les chefs du Peuple se virent après la mort du prince de Massa , donna lieu à son ambition de se saisir d'un gouvernail si périlleux pour ses pilotes, qu'il laissa peu après aussi facilement qu'il l'avait pris, et le défaut de mérite lui fit perdre alors ce que l'excès de son bonheur et de sa témérité lui avait acquis.

Renfermé dans le Torrion des Carmes, il fut fort long-tems à rechercher les Français et les Espagnols, sans se pouvoir déterminer; et quoi qu'il eût plus de penchant pour les Français, il fut enfin contraint de se soumettre à la merci de ses plus cruels ennemis, qui, après la réduction de Naples , l'ayant trouvé saisi d'une lettre qui le convainquait d'une intelligence avec les Français, le firent mourir publiquement.

Tous les autres chefs populaires de la ville et des provinces périrent pour n'avoir pas eu un but fixe et commun dans leurs desseins : en voulant faire la vengeance des cruautés et de l'avarice des

Il - I

Espagnols, la plupart eurent pour objet les massacres et le pillage; et au lieu de ne songer qu'à la réformation ou au changement de l'Etat, ils ne pensèrent qu'à profiter du tems présent, à crier contre le passé, et laissèrent au cas fortuit la conduite de Tavenir. Il ne faut donc pas s'étonner s'ils périrent tous dans les routes différentes qu'ils suivirent aveuglément, et si leur dessein ou plutôt leur prétexte n'eut pas l'effet que tout le monde en espérait.

Le baron de Modène fit un personnage assez considérable en ces révolutions, pour paraître dans ces remarques. La prise d'Averse, le blocus de Capoue et la réduction de tant de places et de terres qu'il soumit au parti du Peuple, fit voir qu'il ne manqua pas de bonheur ni de résolution dans les fonctions de sa charge; mais il fit voir son imprudence en deux occasions notables. La première, quand il s'éloigna de la personne du duc de Guise, qu'il savait êlre d'une humeur volage , jalouse, ombrageuse et facile à croire, et qui se souvenait peu des absens. La seconde, quand il revint d'Averse à Naples près de lui, pour s'exposer à la merci de ses ennemis, qui régnaient alors dans le cœur de ce Prince. Il n'avait que trop de marques de leur haine et de leur crédit pour songer à ses sûretés, c'est-à-dire à se retirer du royaume , ou bien à s'aller cantonner avec la meilleure partie des troupes qui dépendaient de lui à Cajazio, place forte, ou à Caslel Vulturno, lieu dont il pouvait s'emparer sans peine, et où

DE LA VILLE ET DU ROYAUME DE NAPLES. 5oi

il eût pu facilement procurer un débarquement favorable à l'armée de France qu'on vit peu après vers ces côtes. L'amour qu'il avait pour la gloire du duc, et la confiance qu'il avait en son amitié, furent cause de ces deux fautes; et quoique par cette dernière il ait souffert toutes les indignités et toutes les disgrâces que l'on peut souffrir en l'honneur et en la personne, il s'est contenté du regret qu'a eu ce Prince de l'avoir trailé de la façon qu'il fit. Tout l'hôtel de Guise et presque tout Paris savent avec quelle tendresse et avec quelle confiance il le rappela près de lui quelque tems avant sa mort, que cet infortuné gentilhomme la pleurée et pleurera toujours, par cette extrême affection qu'il avait pour le duc, plutôt que pour la perte qu'il a faite de plus de trente mille écus, qu'il lui devait depuis long-tems.

Le duc de Guise fit connaître , pendant ces révolutions , que la fortune et la valeur favorisaient son entreprise. Son passage de Rome à Naples, malgré une armée navale qui s'y opposait puissamment , sa réception dans une ville qut l'appela sans le connaître, et l'adora en le voyant, son élévation dans le premier degré de l'État, et qui semblait si proche du trône , l'attaque du pont de Frîgnano, et tant d'autres où son courage et son intrépidité parurent si hautement, sa durée dans un poste fort élevé, mais fort glissant, et exposé à tant de cruels ennemis, et le peu d'effet de tant d'horribles et secrètes conspirations contre sa vie le

Il ' I •

hi

témoignèrent clairement; mais son imprudente conduite détruisit ce que sa fortune et sa valeur entreprenaient pour lui. Cela provint de trois choses : la première, de Imdulgence qu'il eut pour Agostino di Liéto et pour Girolamo Fabrani, ses domestiques, lesquels abusant de ses faveurs, disposaient à leur gré de toutes les charges les plus importantes, et les fesaient conférer, non à ceux qui avaient le plus de mérite mais à ceux qui avaient le plus d'argent à leur donner, ce qui fit deux mauvais effets; l'un, qu'en préférant dans les emplois celui qui donnait le plus à celui qui servait le mieux, ce désordre causa beaucoup de confusion ; l'autre , que leur avarice rendit le gouvernement du duc odieux à ceux qui, en l'appelant à leur aide , croyaient qu'il purgerait la ville de ces crimes que l'avarice des Espagnols y avait commis.

La seconde procéda de la facilité que naturellement il avait de croire tout ce qui flattait ses désirs et ses espérances; ce fut par ce malheureux faible que les Espagnols trouvèrent le moyen de vaincre ce Prince, que peut-être ils n'eussent jamais pu surmonter avec leurs armes. Ce fut par cette secrète voie qu 'Agostino Mollo s'empara de son cœur, et qu'après lui avoir rendu suspects ses véritables serviteurs, il le livra entre les mains de ses ennemis.

La troisième vint de la grande confiance qu'il eut en soi-même et en sa bonne fortune. Son

DE LA VILLE ET DU ROYAUME DE NAPLIES. 5oj

esprit, flatté du bonheur de ses premières aventures à son arrivée, se persuada qu'il aurait toujours le vent en poupe, et qu'il monterait au comble de ses désirs sans aucune assistance étrangère; c'est ce qui lui fit oublier, peu après son arrivée à Naples, les liaisons qu'il avait prises avec le cardinal de Sainte-Cécile avant son départ de Rome; et c'est ce qui lui fit écrire à la Cour de France, que pour reconnaissance de ses glorieux travaux, il ne souhaitait autre chose que de mettre une couronne sur la tête de la demoiselle de Pons; mais avec tous ces manquemens, il y a beaucoup d'apparence que s'il eût tant soit peu caché le feu de son ambition, il fût arrivé à son but malgré toutes sortes d'obstacles. En efiet, sî dès son entrée à Naples, il eût feint de vouloir établir cette République si souhaitée de chacun , et si convenable au ressentiment de tant de Peuples, rebutés du gouvernement monarchique, il en eût été fait le chef par un commun consentement; et, gardant pour soi la plus noble et la plus utile partie de l'autorité souveraine , qui est le commandement des armes, il en eût laissé la plus pesante et la plus odieuse, qui est la police et la justice , à un petit nombre de sénateurs , qu'il eût presque tous nommés, et qui l'eussent porté sur le trône insensiblement, et en réunissant ensemble tous les membres de ce royaume , accoutumés depuis tant de siècles à supporter le joug monarchique. Mais en y voulant monter dès son arrivée , sans assistance et dans un inst ant , ce

In *>

5o4 HISTOIRE DU SOULÈVEMENT

dessein , dénué de tous les moyens de le pouvoir exécuter, parut vain à ses serviteurs et ridicule à ses ennemis, lesquels reconnaissant pourtant l'avantage qu'ils recevraient d'entretenir ce Prince dans cette pensée, lui firent perdre une couronne, en la lui montrant de trop près. Enfin, l'on peut conclure cette réflexion , en disant avec vérité que si , dans les troubles de Naples , le duc de Guise fui l'auteur de sa gloire et de sa fortune, il le fut aussi de sa perte; que pour avoir voulu régner trop tôt, et par soi-même, il perdit un royaume; mais que ses fautes toutefois sont en quelque sorte excusables, puisque l'éclat d'une couronne a bien ébloui d'autres Princes qui en étaient plus éloignés, et qu'on a lieu de le louer si, dans les grandes entreprises, une tentative suffit pour immortaliser son nom.

Après avoir examiné la conduite des Peuples soulevés et de leurs chefs; il ne sera pas mal à propos d'examiner celle des Espagnols et de leurs partisans, pour faire un entier jugement de cette célèbre entreprise. Le duc d'Arcos, dans les principes du soulèvement, fit deux fautes considéra* blés : la première, de ne pas profiter des avis que tant de confesseurs et tant d'autres personnes lui donnaient du mécontentement du Peuple, dont il eût pu prévenir les mauvaises suites, pour peu qu'il eût témoigné de vouloir soulager ses maux et de satisfaire ses plaintes; la seconde fut de se laisser surprendre si honteusement par Masanielle et par ses lazares, dont l'insolence s'étendit jus-

DE LA VILLE ET DU ROYAUME DE NAPLES. 5o5

qu'à le prendre par la barbe et à le chasser du palais; mais si sa prudence parut alors endormie, elle se réveilla bientôt à la mauvaise intelligence survenue entre le Peuple et la Noblesse ; et les négociations qu'il eut avec Agostino Mollo, pour l'obliger à détourner le duc de Guise de la route qu'il devait suivre, firent voir que le roi d'Espagne fut redevable à ce Vice-Roi de la conservation de ce royaume.

Don Juan d'Autriche , à son abord , fit un manquement irréparable, par l'attaque générale qu'il fit faire, et dans laquelle il perdit non-seulement la meilleure partie de son armée et de sa Noblesse, mais encore l'amour et la confiance que tout ce Peuple avait pour lui, et qu'il lui fut impossible de recouvrer, quelques peines et quelques soins qu'il y prit. Le comte d'Ognatte acheva par sa fortune ce que la prudence du duc d'Arcos avait secrètement commencé, quelque peu avant son départ. Il eut le bonheur d'arriver au point de la maturité d'un fruit tout prêt à cueillir, et qui ne lui coûta que quelques jours de peines et d'application ; enfin , cette bonne fortune qui suivit au commencement la populace, se rangea du côté des Espagnols; et leur prudence profitant de ses faveurs plus avantageusement que n'avaient fait les soulevés et leurs chefs, ils recouvrèrent par une sage conduite, ce qu'ils avaient perdu par une mauvaise , et firent plus par leur adresse qu'ils n'avaient fait avec leurs armes. Pour la'

\yh

5o6 IIIST. DU SOULÈV. DE LA VILLE DE NAPIES.

Noblesse du royaume, il est certain que les ministres d'Espagne eurent tout sujet de se louer de son courage et de sa fidélité. Elle servit à ses dépens, et fit voir, dans ces conjonctures, que les personnes de naissance préfèrent toujours leur honneur à leur juste ressentiment, et que ce corps, le plus considérable de l'Etat, et qui n'était guères mieux traité que l'autre , ne laissa pas, en cette rencontre, de s'acquitter de son devoir.

Page 1