‹ Mémoires du comte de Modéne sur la révolution de Naples de 1647 [microform]Chapitre 95 sur 100 · IP · texte numérisé non relu

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Pendant que les Espagnols préparaient dans INaples les choses qui leur étaient nécessaires pour l'exécution de l'attaque générale qu'ils avaient résolue, le duc de Guise battait Nisida^ et fesait tout son possible pour emporter ce poste. Mais l'avis qu'il eut de l'assaut et du succès des Espagnols , le força de changer de pensée. D'abord il fit son possible pour rentrer dans Naples, dans l'espérance que sa présence encouragerait le Peuple, et ferait peur aux ennemis; mais ils lui en avaient fermé les passages, et cela , joint à la fuite ou à la dissipation de toutes les troupes qu'il avait alors près de lui , lesquelles , au premier bruit des progrès des Espagnols, l'abandonnèrent dans un moment , le contraignit de penser à sa retraite. Il prit le chemin de Santa-Maria di Gapoiia, où était le sieur Malet, avec les gens qu'il y commandait, et lui ayant donné avis en passant de la perte de Naples , il résolut de tâcher à gagner l'Abruzzo , où il espérait de trouver le duc de Caslel Novo

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et Tobîa Palavicino qui y fesaîeot tant de progrès, et parle moyen desquels il eût pu se fortifier dans cette province , et y faire tête aux Espagnols. Mais la nouvelle de son départ de Nisida , et de la réduction de INaples, étant portée à Capoue, don Luigi Podérico, qui y commandait, envoya en diligence après lui don Prospéro di Tuttavilla, avec environ huit cens chevaux, lesquels, départis en plusieurs troupes, battirent toute la campagne pour lui couper le chemin de tous côtés, ce qu'ils firent en peu de tems : de sorte que ce Prince , accompagné de peu de gens et enfermé de toutes parts, tant par cette cavalerie que par les paysans des villages circonvoisins, se rendit aux ennemis, après s être défendu vaillamment des premiers qui Tenvironnaient, et qui, ayant blessé son cheval , le forcèrent de s'arrêter et de se rendre à loificier qui parut alors le plus près de lui. Don Prospéro, survenu un peu après, fit désarmer tous ceux de sa suite; mais il laissa répée à ce Prince , lequel conduit vers Capoue , fut reçu dans cette route par don Luigi Podérico, qui, le traitant avec toutes les civilités et tous les respects imaginables , Taccompagna dans Capoue, où il demeura durant quelques jours, et jusqu'à l'ordre que le Yice-Roi envoya pour le faire conduire à Gastel-Vulturno , et de-là dans le château de Gaëta , où il demeura prisonnier sous la garde de don Alvaro délia Torre, jusqu'à son passage en Espagne, où puis après il fut mené par ordre du Roi Catholique.

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Quoique cette aventure fut aussi fâcheuse qu'inopinée , le duc de Guise la soutînt avec le même visage qu'il avait fait paraître dans ses plus grandes prospérités. Dans Capoue, et au milieu de toute cette Noblesse qui l'environnait, il semblait être plutôt leur maître que leur prisonnier, et l'on ne vit jamais aucune marque de sa disgrâce sur son front, dans ses îeux ni dans ses paroles : tandis qu'il fut entre les mains de la Noblesse qui l'avait pris, il fut traité avec toutes les déférences et toutes les honnêtetés imaginables; mais il ne les rencontra pas en passant dans les mains des Espagnols , qui le traitèrent fort rudement, tandis qu'il demeura prisonnier dans le royaume de Naples. On assure que dans le tems qu'il séjourna à Castel-Vulturno, où il s'arrêta pour attendre la galère qui le devait porter à Gaëla, il ne tint qu'à iui de se sauver et de passer à Rome; si cela est, je ne puis pas comprendre queJ fut le sujet qui Ten empêcha, puisqu'il loi eût été plus avantageux de sortir du royaume de Naples par cette voie, que d'y demeurer prisonnier et à la discrétion de ses ennemis, lesquels furent sur le point de le faire mourir aussitôt après sa prise.

En effet , le comte d'Ognatte ayant su qu'il était pris, convoqua tout le Conseil, et, en présence de don Juan , dit avec beaucoup de chaleur que le duc de Guise était passé dans Naples sans ordre de son Roi, sans étendard et sans armée; qu'il y avait fait le personnage d'un perturbateur

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du repos public, et d'un séducteur de Peuple, plutôt que celui d'un grand Prince qui entreprend une descente dans un Etat, sous d'autres formes , et avec plus de fondement que ceux qu'il avait fait paraître; qu'il en fallait faire un exemple pour faire voir de quelle sorte on punît ceux qui viennent dans un pays , comme des boutefeux ; que si les Français avaient eu quelque raison de faire mourir Conradin, quoique légitime prétendant au royaume, et quoique vaincu et pris à la tête d'une armée, les Espagnols en auraient encore plus de faire mourir le duc de Guise , qui n'avait aucun droit sur cette Couronne, et qui pour l'usurper au Roi Catholique, était passé dans le royaume, seul et dans une felouque.

L'opinion du comte d'Ognatte fut approuvée de tout le Collatéral, et sans doute ces ministres eussent conclu de faire trancher la tête au duc de Guise et à tous les Français prisonniers, si don Juan ne s'y fût opposé vigoureusement, en leur représentant qu'il ne souffrirait pas qu'un Prince de cette qualité et doué de tant de mérites mourût, à sa vue, par la main d'un bourreau; qu'il ne pensait pas que le Roi, son père, approuvât cette conclusion , en considération du duc de Lorraine , chef de la maison de ce Prince , lequel, en ces tems-là, servait si dignement les Espagnols, en Flandre, avec son armée; qu'il fallait attendre son sentiment sur cette matière, l'affaire étant d'une assez grande importance pour ne pas agir avec précipitation, et pour ne donner pas lieu

au repentir que l'on aurait, au cas que le duc de Lorraine vînt à rompre avec l'Espagne pour ce sujet.

Le Vice-Roi répliqua que le duc de Guise, étant digne de mort, il y avait apparence qu'en le fesant mourir alors, le roi d'Espagne serait obligé d'approuver cette exécution, et d'en jeter toute la faute sur ses ministres, au cas que le duc de Lorraine s'en voulût plaindre. Qu'une chose faite n'est plus en état d'être contestée, et qu'il est aisé de se consoler dans les maux qui sont sans remède; mais que si l'on donnait le loisir aux parens et aux amis du duc de Guise d'employer leur crédit en Espagne, il était à craindre que Sa Majesté Catholique ne leur pût refuser sa vie , et que, par cette indulgence , on perdrait l'occasion d'un grand exemple , qui affermirait à jamais sa puissance dans cet Etat. Tout cela ne fut pas capable d'obliger don Juan à consentir aux conclusions du Vice-Roi ; et enfin il fut arrêté qu'on attendrait la résolution du Conseil d'Espagne.

La ville de Naples étant donc réduite à l'obéissance des Espagnols, de la sorte que nous avons dit, don Juan et le Vice-Roi, étant arrivés avec leur cavalcade à l'église de San-Gennaro ., cathédrale de la ville , y firent chanter un Te Deum solennel , pour rendre grâces à Dieu de cette victoire, où sa main avait tant de part; et laissant ordre au baron de Batteville de faire applanir tous les retranchemens des quartiers populaires , et de faire conduire toute leur artillerie dans le Châ-

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teau Neuf, ils se retirèrent au palais pour y recevoir les congratulations et les témoignages de joie que leur firent tous les nobles et tous les bourgeois de la ville , lesquels , pêle-mêle et sans aucune distinction de quartier , ni de parti , y accoururent tous en foule. Par un changement étonnant on vit arriver tout-à-coup de tous côtés une infinité de députés des villes et des terres du voisinage , envoyés par leurs citoyens pour rendre hommage au Vice-Roi, et pour se soumettre à sa merci. Les Espagnols ne manquèrent pas de faire publier des amnisties générales pour Toubli des choses passées. Le seul bruit de la réduction de Naples calma tout-à-coup les bourasques qui agitaient tout le reste du royaume , et fit voir de nouveau que Naples est le principe de son mouvement et de son repos. Avec la même promptitude et la même facilité que les Espagnols avaient pris cette ville , ils prirent le reste de l'Etat. Polito Paslinà , voyant approcher don Vincenzo di Tuttavilla, et don Emanuel CaraiTa, avec des troupes, quitta Salerne et se retira promptement à Rome. Tous les autres chefs populaires, qui étaient dans les autres provinces, se virent en cet instant contraints de céder à la bonne fortune des Espagnols , et de chercher leur salut dans leur fuite, à la réserve du comte del Vaglio , lequel, pris dans Gravina par le moyen de levêque, fut peu après étranglé par ordre exprès du Vice-Roi , lequel en eut fait faire autant à Luca Antonio Salerno, gentilhomme de la province , et secrétaire de

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justice et de guerre du comte , s'il n eût trouvé moyen de se sauver de la prison, et de se retirer après beaucoup de périls à Rome, et de là en France.

Tobia Pallavicino voulut faire quelque résistance dans TAbbruzzo , où il était allé par ordre du marquis de Fontenay ; mais à l'arrivée de don Luigi Podérico . parti de Naples pour la réduction de cette province, il se vit tout-à-coup investi et contraint par la famine de se rendre à ce commandant, qui, l'ayant pris prisonnier , lui donna peu après la liberté, ce qui ne fut pas approuvé par les officiers Espagnols. Enfirr tout céda à leur fortune, et ce royaume qui, quelques jours auparavant, était si ébranlé et semblait être sur le point de changer de maître, se raffermit et retourna presque de lui-même sous leur ancienne domination.

Comme je n'ai eu pour objet que de rapporter les révolutions ou les troubles de la ville et du royaume de Naples, sa réduction et son calme doivent terminer mon travail, puisque la tentative que firent un peu après le cardinal Grimaldi et le prince Thomas, ne causèrent aucune altération dans l'Etat, et ne produisirent dans Naples que la mort de Gennaro Annésé, convaincu d'une intelligence qu'il avait avec les Français. Je ne parlerai pas non plus de celle que fit le duc de Guise en l'année i654> par sa descente à Castel à Mare, puisqu'elle fut aussi sans effet, et que, contre son espérance et nonobstant les promesses

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que lui fesaient certaines gens qui songeaient plus à profiter de sa crédulité , et à tirer de lui l'argent qu'ils souhaitaient, qu'à lui procurer une entrée dans le royaume, les peuples virent cette aventure sans se mouvoir.

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