‹ Mémoires du comte de MoréChapitre 13 sur 63 · Août · texte numérisé non relu

Août

4. Le 3o septembre 1781. — York-Town : ville de la Virginie, sur la baie de Chesapeake.

5. Charles, marquis de Cornwallis (1758-1800). — Colonel après la guerre de Sept ans; membre de la Chambre des communes (1761), de la Chambre des pairs (1762), chambellan du roi George III. Envoyé en Amérique : vainqueur du général Gates, à Cambden (1780); vaincu à York-Town. — Gouverneur général du Bengale (1786); adversaire heureux de Tippo-Sahib. Vice-roi d'Irlande (1798). Plénipotentiaire au traité d'Amiens (1802). Gouverneur général des Indes (1804).

marquis de la Fayette et les Américains; nous y entrâmes quinze minutes avant que les Français, dont le premier rang était formé par les grenadiers du régiment de Deux- Ponts, se fussent rendus maîtres de l'autre : c'était, entre les troupes françaises et américaines, un courage, une opiniâtreté, une émulation admirables; car les Anglais ne s'y prêtaient pas du tout, et se battaient comme des diables. L'orgueil britannique fut forcé de s'avouer vaincu ; le marquis de Gornwallis se vit réduit à demander une capitulation l.

Les deux généraux lui envoyèrent le brillant et jeune duc de Lauzun a pour en dresser les articles. Il se présenta seul, en parlementaire, agitant son mouchoir blanc dans sa main, car le chevaleresque duc de Lauzun ne faisait alors rien comme un autre. L'armée anglaise ne défila point tambour battant, enseignes déployées et avec tous les honneurs de la guerre, mais entre une double haie de Français et d'Américains, et déposant ses armes, à la noble confusion de ses braves et malheureux soldats. Le marquis de Cornwallis aurait bien voulu rendre son épée au

i. Les opérations des tranchées furent conduites du 4 au 14 octobre; l'assaut fut donné le 14 au soir ; ce jour-là, le maréchal de camp de service était le baron de Vioménil: le brigadier, M. de Custine : les bataillons de tranchée : deux de Gâtinois, deux de Deux-Ponts, 1,400 hommes des grenadiers du régiment de Saintonge, des chasseurs de Bourbonnais, d'Agenais et de Soissonnais.

Les troupes françaises attaquèrent la redoute de gauche : les troupes américaines (La Fayette), celle de droite. Charles de Lameth parvint le premier sur le parapet et eut les deux jambes fracassées. En sept minutes, la première redoute fut enlevée, et la seconde, sans un coup de feu, à la baïonnette, en moins de temps encore. La position de lord Cornwallis devint intenable-, la capitulation fut signée le 18 octobre 1381, à midi.

2. Armand-Louis de Gontaut-Biron (îjfo-ijqli). Connu, jusqu'en 1788. sous le nomdeducde Lauzun, et alors duc de Biron, par lamortde son oncle le maréchal. Célèbre par une dissipation effrénée. Député aux États généraux par la noblesse du Quercy. Maréchal de camp et général en chef de l'armée du Rhin (1592). Combattit les Vendéens (1793). Malgré ces gages donnés à la Révolution, destitué, arrêté et guillotiné cette même année.

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comte de Rochambeau ; mais le général français lui montra de la main que l'honneur de la recevoir appartenait à Washington, le général en chef1.

Les Anglais, resserrés dans la province de New- York, n'étaient plus en état de tenir la campagne ; une espèce de trêve tacite devança de dix-huit mois la paix générale. L'armée combinée de Washington et du comte de Rochambeau était destinée à rester oisive : la capitulation d'York-Town ayant décidé la question de l'indépendance américaine, les Français et les Anglais n'eurent plus à se battre que quelques mois encore sur mer. Etranger à cette diplomatie qui allait se conduire à coups de canon et de flotte à flotte, ne voyant plus un seul coup de fusil à tirer sur le continent américain, dont la cause de l'indépendance était de ce moment gagnée, M. de la Fayette repartit pour la France a, et moi j'en fis autant, car nous n'avions rien de commun avec la petite armée française qui resta jusqu'à nouvel ordre.

Les officiers du comte de Rochambeau n'eurent rien de mieux à faire, je crois, que de parcourir le pays. Quand on pense aux fausses idées de gouvernement et de philanthropie dont toute cette jeunesse prit le virus en Amérique pour le propager avec enthousiasme en France et avec un si déplorable succès, puisque cette manie imitative a puissamment aidé à la Révolution, quoiqu'elle n'en ait pas été l'unique cause, on conviendra que tous ces jeunes philosophes à talons rouges auraient beaucoup mieux fait pour eux et pour nous de rester à la cour.

Quoi qu'il en soit de ces réflexions, qui ne sont là que

i. Lord Cornwallis avait prétexté une indisposition pour ne pas sortir à la tête de ses troupes prisonnières. Ce fut le général O'Hara qui remit son épée à Washington.

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