Retour de Varennes aux Tuileries. (Note de M. de More
3. Narbonne.... Saulce était procureur de la commune de Varennes et marchand épicier. (Note de M. de More.)
4- Jacques Delille (i;;38-i8i3). Littérateur français. Donna une traduction des Géorgiques (1369), de l'Enéide (1804), du Paradis perdu (1808) ; publia des poèmes qui eurent un grand succès : Les Jardins (1382), La Pitié (i8o3), Les trois règnes de la Nature (1809), etc. Membre de l'Académie (1374)- Professeur au Collège de France.
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Que dire enfin de la conversation de Jonas Cazotte l, rapportée par La Harpe, à moins qu'on ne l'explique par la clairvoyance intuitive, qu'il faudrait ensuite expliquer elle-même, ce qui mènerait fort loin, mais où? La seule chose certaine, c'est qu'il n'y a dans ce monde de hasard nulle part, en rien, et qu'il n'y a pas d'effet sans cause.
Le principe moteur des causes et des effets se trouve dans Balzac 2, qui tirait, sous Louis XIII, l'horoscope du passé, du présent et de l'avenir de l'ordre social en France comme ailleurs, quand il a dit : «Il faut toujours en venir « là; il est très vrai qu'il y a quelque chose de divin; « disons davantage : il n'y a rien que de divin dans les « maladies qui travaillent les Etats. Ces dispositions, « cette humeur, cette fièvre chaude de rébellion, cette « léthargie de servitude, viennent de plus haut qu'on ne « s'imagine. Dieu est le poète, et les hommes ne sont que « les acteurs. Ces grandes pièces qui se jouent sur la « terre ont été composées dans le ciel, et c'est souvent un « faquin qui doit en être l'Atrée ou l'Agamemnon » (Socrate chrétien) 3.
Le 16 juillet, M. de la Fayette était donc le commandant général de la milice parisienne, le Fairfax 4 de la
i. Jacques Cazotte (1720-1792) publia quelques romans agréables, s'occupa beaucoup cTilluminisme. Ses principes religieux et monarchistes le désignèrent aux assassins de septembre et le firent monter sur l'échafaud. On sait que la « prédiction» de Cazotte sur le supplice de Louis XVI n'est qu'une fiction littéraire de La Harpe.
2. Louis Guez de Balzac (i5j6-i655). D'une bonne famille d'Angoumois. Ecrivain agréable, historiographe de France, conseiller d'État, protégé de Richelieu, l'un des premiers membres de l'Académie française. Il a laissé des Entretiens littéraires, le Socrate chrétien, etc. On a recueilli de lui des Lettres élégantes à Chapelain, Conrart, etc.
3. Discours VIIIe. « Considérations sur quc-lques paroles des Annales de Tacite. »
4. Lord Thomas Fairfax (1611-1704). Protestant anglais que l'exaltation religieuse mit aux ordres de Cromwell. A la tête des troupes du Parlement,
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révolution française. Beaucoup de personnes me proposèrent de me joindre à mes anciens frères d'armes d'outremer, et de servir sous les ordres de ce général. Mon attachement pour lui n'alla pas jusqu'à suivre la route qu'il crut sans doute pouvoir prendre, et je refusai. On a dit avec raison qu'en révolution, le plus difficile n'est pas de faire son devoir, c'est de le connaître. J'ai fait le mien, parce que je le connaissais ; j'aurais agi de même, eussé-je prévu les événements. De toutes les positions à choisir, la pire, c'est d'être entre le marteau et l'enclume; or, en France, c'était d'être entre la révolution et la monarchie; il fallait opter. Je crus me mettre du côté de la monarchie en émigrant ; un plus grand nombre peut-être encore de personnes, que je ne condamne pas, ont cru se mettre du côté de la monarchie en restant en France ; beaucoup d'autres encore n'ont pas pu faire autrement. Je ne traite nullement cette question ; des milliers de pages ne suffiraient pas, et l'éclairciraient encore moins : je ne veux recueillir dans les événements que les circonstances qui me sont personnelles et qui peuvent me fournir des souvenirs féconds en observations utiles aux autres encore plus qu'à moi.
Nous émigrâmes donc, mon frère et moi, aussi persuadés l'un que l'autre, ainsi que tous les émigrés qui formaient l'armée des princes, que nous pouvions mettre sur nos drapeaux : Veni, vidi, vici, et nous entrâmes en Champagne, en 1792, avec le roi de Prusse.
Verdun fut pris le 2 septembre; le lendemain, l'armée devait et pouvait assurément arriver à Châlons, à trente lieues de la capitale, où le roi Louis XVI et sa famille
il battit celles de Charles I" (1640-1646). Il refusa de siéger parmi les « juges » du malheureux roi et se retira dans ses terres. Il prit parti pour les royalistes, à la restauration de Charles II.
étaient alors prisonniers au Temple. L'armée française, en nombre inégal, occupait une ligne immense, et n'aurait pas empêché quatre-vingt mille hommes, commandés parle duc de Brunswick l, d'arriver à Paris; mais il ne fallait pas perdre un jour, et l'on perdit des semaines.
La guerre de 1792 ne fut qu'une guerre d'intrigues de cabinet, de négociations fallacieuses, de faux calculs, où chacune des puissances fut trompée, où la cause des princes français, de la monarchie des Bourbons et celle de l'infortuné Louis XVI et de sa famille, fut comptée pour rien; les révolutionnaires seuls ne se trompèrent point, aussi triomphèrent-ils sans combat.
Dans la fameuse campagne de 1792, dirigée par le premier général de l'Europe, le célèbre prince héréditaire, ayant sous ses ordres soixante mille Prussiens et le roi de Prusse, et vingt mille Français avec les frères du Roi, les deux armées purent dire qu'elles ne virent pas l'ennemi. Quelques affaires de postes et d'avant-garde furent décorées par les révolutionnaires du nom de batailles et de victoires. Ils eurent raison, puisqu'en tout c'est le résultat qu'il faut voir; et en définitive, tout cet invincible armement se borna à la prise de Verdun : les magistrats apportèrent à Frédéric les clefs de la ville; de jeunes confiseuses, leurs anis; hommages que les féroces jacobins
1. Charles-Guillaume-Ferdinand, duc de Brunswick-Luneboarg (1735-1806). Servit avec distinction dans l'armée prussienne pendant la guerre de Sept ans (1556-1763). Il jouissait d'une grande réputation militaire qui, en 179a, le fit choisir comme généralissime des armées alliées contre la France. Sa conduite fut alors si obscure et si extraordinaire qu'on put croire à sa connivence avec les généraux de la Révolution, devant qui il se retira sans même combattre. Il était, d'ailleurs, grand maître de la franc-maçonnerie et en relations constantes avec les Loges de Paris. Sa retraite fut, dit-on, achetée par une partie des diamants de la couronne ; il est certain que sa fortune immense date de cette même époque. Il vivait dans la retraite, quand il fut mis à la tête des armées prussiennes, en 1806. Il mourut d'une blessure reçue à Auërstaedt.
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firent plus tard expier à ces inoffensives créatures en les envoyant à l'échafaud l. Le duc de Brunswick capitula, rétrograda, repassa la frontière avec l'indignation des princes français et des vingt mille serviteurs armés qui les avaient suivis ; avec l'indignation des vrais soldats à l'âme généreuse, tels que le général Glairfait 2 ; à l'étonnement de toute la France et des révolutionnaires euxmêmes ; car la multitude ne croit jamais cette éternelle vérité, que les plus grands événements tiennent souvent aux plus petites causes, et même aux plus basses et aux plus absurdes inspirations.
Proh pudor! La retraite se fit par capitulation, et cependant les hussards français pillaient les bagages de l'arrière garde. Un ciel nébuleux, des pluies continuelles, des boues où les chevaux s'enfonçaient jusqu'au ventre, et les chariots et les caissons jusqu'aux moyeux, accompagnaient de leurs sinistres présages notre marche rétrograde. Joignez-y les plaintes, la consternation des habitants, dont les vœux indiscrets avaient salué notre entrée triomphante, et qui craignaient, avec juste raison, de rester exposés à la vengeance du parti sanguinaire, dont les fureurs n'allaient plus connaître de frein.
Des familles entières d'Alsaciens suivirent l'armée ; un plus grand nombre encore resta sous le couteau ; et depuis ce jour fatal, qui termina la campagne de 1792 par une honteuse et inconcevable retraite, au dehors comme au dedans de la France, c'est une question de savoir où furent les Français les plus malheureux. Sur le sol français, la
1. Victor Hugo a immortalisé, dans ses Odes, les « Vierges de Verdun. »
2. François-Charles de Croix, comte de Clerfayt (1733-1398). Officier autrichien, né en Belgique. Prit part à la guerre de Sept ans. Lieutenant général en 1788 et 1789 contre les Turcs. Commanda une division autrichienne en 1792. Feld-maréchal (1795). Chevalier de la Toison d'or (1796).
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mort plana sur toutes les familles, sur toutes les têtes, sur tous les âges.
Depuis le 10 août 1792 jusqu'au 9 thermidor 1794, aucun citoyen, fût-il de la faction qui dominait alternativement, n'était sûr de coucher dans son lit, et de ne pas aller de la prison à l'échafaud.
Au dehors, depuis la retraite de Champagne, tous les Français émigrés en famille n'ont fait, généralement parlant, que se débattre dans un vaste naufrage. Heureux ceux qui ont trouvé une planche de salut, et une pierre où reposer leur tête. L'Europe n'a pas suffi à telle célébrité éphémère que j'ai retrouvée plus tard au delà de l'Océan, dans cette Amérique du nord, où ma bonne fortune cette fois me rappela au bout de dix années : ce ne sera pas le moins curieux de mes souvenirs ; mais n'anticipons pas sur les événements.
Les hommes les plus froids, les plus prévoyants, les plus sages de notre armée entrée en France, avaient cru que la campagne ne durerait que quinze jours. Chacun avait émigré avec les gentilshommes de sa province, ou les officiers de son régiment. Excepté les officiers du génie, une grande partie des officiers d'artillerie, presque toute la marine royale et la grande majorité des officiers d'infanterie et de cavalerie avaient répondu à l'appel du frère du Roi, du prince de Condé *, et des maréchaux de Broglie et de Castries.
Le signal de la retraite, qui ressemblait presque à une déroute, avait désenchanté les hommes les plus confiants.
1. Louis-Joseph de Bourbon, prince de Condé (1736-1818). Grand maître de la maison du Roi (1700). Vainqueur du duc de Brunswick à Johannisberg (176a). Emigra en 1789. Réunit sur les bords du Rhin la noblesse émigrée (armée de Condé) (1792-1801), et avec elle se distingua à Berstheim (I7&3). Il rentra en France en 1814 et se fixa dans la retraite, à Chantilly.
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En France, une loi de mort proscrivait tous les émigrés ; chacun de ceux qui avaient une famille à protéger, à soutenir, chercha un port, un lieu de salut et de repos. Mon frère et moi nous gagnâmes la Suisse, et nous nous arrêtâmes successivement sur les bords du lac de Genève, à Lausanne et dans le pays de Vaud.
Mon frère, l'homme du monde le plus réfléchi, le plus calme, le moins aventureux par caractère, avait si complètement partagé Terreur générale et la sécurité où nous étions tous sur le succès, que son avoir disponible, qui s'élevait peut-être à quarante mille francs, avait été réuni aux sommes que la compagnie de notre province offrit à Goblentz pour les besoins de l'armée. Il entra en campagne avec cinquante pièces d'or dans sa poche, et un cheval de quatre-vingts louis entre ses jambes. Nous n'étions pas arrivés à Bâle que le premier signe de détresse se manifesta. Sans domestique, le portemanteau en trousse, nous pouvions redire le mot de Bias : mon frère vendit son cheval pour ne pas être obligé de le nourrir. Le Bucéphale de quatre-vingts louis fut vendu vingt-cinq. Je ne le remarquerais même pas s'il ne me rappelait encore un souvenir. Longtemps après, mon frère racontait cette particularité de ses adversités à de bons et braves Suisses devenus ses amis de cœur, et qui prêtaient autant d'intérêt que d'attention au récit de ses tribulations politiques et pécuniaires : quand il parla de la vente de son beau cheval à si bas prix, un bon Suisse, qui ne voyait que le fait, lui dit avec une simplicité territoriale : « Vous auriez bien dû nous garder ce bon marché-là. » C'était un excellent homme, et il n'y avait qu'un excellent homme qui fût capable d'être aussi naïf.
Cependant l'orage révolutionnaire s'étendait sur la France entière, couvrait tout son horizon; mais on croyait
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que ce ne serait qu'un orage, et qu'il s'agissait de souffrir ce qu'on n'avait pas pu empêcher : pendant la durée des mauvais jours, chacun s'occupait d'appeler à lui sa famille pour la mettre en sûreté sous l'abri que l'on trouvait aux terres hospitalières.
Les prévoyances et les craintes n'allaient pas jusqu'à penser que les révolutionnaires confisqueraient et vendraient les propriétés des absents sans distinction d'état, d'âge et de sexe ; ma belle-sœur et ses deux fils nous rejoignirent donc. Elle quitta le château de Pontgibaud, qu'habitait mon frère depuis la mort assez récente de notre père, mort antérieure de quelques mois à la Révolution, qu'il n'eut pas du moins la douleur de voir. Ma belle-sœur avait laissé tout son mobilier dans le manoir, les clefs pour ainsi dire à toutes les portes ; cette belle dame-là ne croyait faire qu'une absence. Le maximum des alarmes s'étendait jusqu'à l'idée du séquestre et n'allait pas plus loin. Elle arriva donc avec peu de bagages pour éprouver moins de difficultés en passant la frontière, mais avec son écrin : cet accessoire d'une grande fortune se trouva la ressource essentielle, la ressource du salut commun, à cette heure où le malheur sonnait pour tous.
La famille se composait de mon frère ', de sa femme, de leurs deux fils, l'un adolescent, l'autre en bas âge, d'une femme de chambre qui avait voulu suivre sa maîtresse, et d'un musicien nommé M. Leriche, homme de talent, et qui valait plus encore par les qualités de son cœur.
Dans cette situation, la famille naufragée tint dès le
i. Le comte de Pontgibaud, sa femme, née Pecquet de Champlois, et leurs deux fils : i° Albert-Victoire, né le 29 mars 1736, à Paris : il mourut à l'âge de trente et un ans, à Milan, sans postérité; a0 Armand- Victoire, né à Paris, le i3 août 1786. Marié (1818) à Mlle Amantine delaRochelambert(i7,)--iS;5). Pair de France en 1827. Mort le 23 janvier i855.
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moment conseil pour l'avenir, et le plan, une fois arrêté, fut suivi, L'adversité est la pierre de touche des âmes fortes, et les âmes ainsi trempées manquent rarement de la combattre victorieusement. Mon frère et ma bellesœur offrirent l'exemple instructif et encourageant de ce que peuvent un père et une mère bien unis, ayant confiance en Dieu et en eux-mêmes ; ils mirent en commun, pour vaincre la mauvaise fortune, la résignation, le courage, l'activité, la persévérance, et ils y joignirent de la prévoyance, de l'économie et de l'aptitude naturelle ou acquise.
C'est avec un souvenir toujours mêlé d'admiration et de respect que je pense au travail de jour et de nuit, aux progrès lents, successifs, annuels de ce ménage, et que je me rappelle les essais plus ou moins heureux qui ont caractérisé la reconstruction, la réédification de la fortune de mon frère. Riche en terres et en maisons à Paris, il avait tout perdu, et ses ressources en pays étranger ne s'élevaient pas à dix mille francs.
Ils eurent, lui et sa femme, la patience et le courage des castors dont les débordements du fleuve ont emporté l'habitation ; ils commencèrent à travailler ce qui s'appelle pour vivre et pour faire vivre la famille qui les entourait. Mon frère, qui dans l'opulence avait cultivé pour son plaisir et par goût les arts et les sciences, utilisa comme ressources, comme auxiliaires du commerce qu'il voulait fonder, les diverses connaissances qu'il avait acquises pour intéresser ses loisirs. Le dessin, la mécanique, la chimie, l'agriculture, la minéralogie, le calcul, lui étaient familiers ; il trouva ou sut faire naître les occasions successives d'employer toutes ces connaissances.
Je ne puis, sans être ému d'attendrissement, sans avoir foi à la Providence qui a dit : « Aide-toi et je t'aiderai, »
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penser à ce faible filet d'eau, à cette source imperceptible qui devint un Pactole par les soins, les veilles, l'industrie de dix années au plus. Il faut dire aussi à la louange de l'humanité que, dès le commencement de son plan industriel et commercial, toujours et partout son courage, sa persévérance, son calme imperturbable, sa probité, son exactitude à remplir tous ses engagements, enfin ses essais continus, aussi prudents qu'ingénieux, furent récompensés, favorisés par l'intérêt et la bienveillance qu'inspira universellement l'homme qui possédait ces qualités. Ma belle-sœur, à l'époque dont je parle, accoutumée la veille encore à toutes les jouissances du luxe, à toutes les douceurs de la vie, ou plutôt à l'honorable usage de l'opulence, devint en vingt-quatre heures femme de ménage et travailla de ses mains. Elle brodait, et sa fidèle femme de chambre avançait le même ouvrage sur le même métier. Le mari, devenu artiste, inventait des dessins de broderie qu'il vendait un écu le modèle ou que les femmes exécutaient. Revenu millionnaire, j'ai vu à Paris mon excellent frère toujours aussi calme, aussi simple dans la prospérité qu'il l'avait été dans la mauvaise fortune, aller voir souvent le comte de Gh.... *, qui est de notre province et notre voisin et ami, et ne manquer jamais de demander N...., son vieux valet de chambre. N.... était, à Lausanne, le petit négociant en broderies qui commandait alors les modèles à mon frère, et qui les lui payait un écu, à leur satisfaction réciproque : ainsi va le monde. Pendant que les femmes et mon frère travaillaient, M. le Riche, notre commensal, le musicien, allait donner des concerts dans les villes de la Suisse : à la suite de sa
i. Comte dp Chabrol-Chaméane (17J0-1809), servit dans l'armée de Condé. Député de la Nièvre (1818-182;) et maire de Nevers sous la Restauration.
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tournée musicale, il revenait au bercail commun rapporter sa collecte, les sons harmonieux de son stradivarius que notre Amphion avait changés en ducats ; et il exigeait que ce fruit de son talent servît à payer le quartier de pension de mon jeune neveu chez son instituteur : « Monsieur le comte, avait dit ce brave M. le Riche à mon frère en venant se réunir à lui, ne me faisiez-vous pas une pension chez vous quand vous étiez riche ; c'est bien assez que vous ayez perdu la fortune, il ne faut pas que vous perdiez l'ami ; il n'y a que la pension de moins ; vous me la rendrez quand nous serons rentrés en France. » Mon autre neveu, étant plus âgé, servait à l'armée de Condé.
Cependant la manufacture x prospérait, aidée de quelques ouvriers nouveaux ; c'étaient des naufragés, officiers du régiment que mon frère avait commandé, et qu'il avait appelés auprès de lui, en les avertissant qu'ils pourraient vivre honorablement du travail de leurs mains. Les malheurs de Lyon amenèrent à Lausanne beaucoup de négociants qui avaient sauvé une grande quantité de marchandises. Ils partagèrent bientôt l'intérêt qu'on portait à notre famille et la haute opinion de confiance dont jouissait mon frère.
On lui proposa d'aller courir les foires de Leipsick et de Francfort avec des marchandises et un droit de commission. Très intelligent, et d'une probité scrupuleuse, il fut heureux dans toutes ses ventes, dans tous ses voyages. On lui ouvrit des crédits à l'aide desquels il put commencer un commerce pour lui-même : il expédiait des broderies même en Italie ; il en portait à Francfort et à
i. Manufacture est un terme impropre. Oavroir est l'expression qui rendrait le mieux l'idée que nous nous faisons de l'atelier de broderies présidé par M"c de Pontgibaud à Lausanne.
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Leipsick de ses ateliers propres ; il y fit même des affaires de diamants, l'étude de ses loisirs lui avait appris à s'y connaître. Il recueillit encore là ce qu'il avait semé, le fruit de l'instruction variée acquise dans sa jeunesse.
Pour moi, il m'arriva un jour d'apprendre que les Américains, s'élevant d'année en année à une prospérité toujours croissante, faisaient un état et un rappel de toutes leurs dettes arriérées ; ils avaient décidé que la solde des officiers qui servirent dans la guerre de l'Indépendance serait liquidée avec les intérêts à tous ceux qui se présenteraient. C'était bien pour moi le véritable peculium adventitium : j'avais fait mon deuil de cette créance-là. Je fus charmé d'apprendre qu'elle pouvait produire pour moi un actif, et je ne perdis pas un moment pour aller m'embarquer à Hambourg sur le premier vaisseau qui partirait pour l'Amérique du Nord.
Je trouvai un vaisseau américain à trois mâts, de bonne apparence, et leurs constructions avaient justement la réputation d'être parfaites ; cependant, comme à cette époque il n'y avait pas encore d'Amirauté aux États- Unis, beaucoup de vaisseaux se perdaient à la mer par la témérité et l'imprévoyance de leurs marins. Je me trompai dans mon choix : le navire était nouvellement repeint et la peinture cachait les défauts, comme sur les vieilles voitures : je ne m'aperçus qu'il ne valait rien qu'au premier gros temps. J'en fis l'observation au capitaine; et ce qui ne me rassura pas, c'est qu'il en convint, en me disant froidement qu'il croyait néanmoins que nous arriverions, mais que ce serait le dernier voyage du bâtiment : néanmoins, j'entrai sans accident dans la Delaware, et, favorisé par la marée, je débarquai à Philadelphie.