LA ROMANCE DU MAJOR ANDRÉ
(Note da comte de More.)
Le major André appartenait à une famille de banquiers de Paris, dont plusieurs, je crois, s'étaient établis en Angleterre, MM. Gottin. Il paraît qu'on lui avait promis la main d'une jeune et belle personne s'il avançait dans la carrière militaire. Cette réunion de circonstances avait rendu universel l'intérêt qu'on lui portait jusqu'en France. A mon arrivée, pour renouveler la compassion que j'avais éprouvée de son sort, dont j'avais été le témoin, je n'entendis chanter partout que cette romance historique, moins remarquable par le talent que par l'intérêt dont elle était le témoignage : elle est très connue ; je ne la place pas dans mes souvenirs comme étant de moi, mais comme faisant époque ; car je n'aurais pas eu le cœur de la composer.
Ciel ! ô ciel ! quel supplice infâme ! Ciel! ô ciel! relève mon âme.
O vous, guerriers, amans, vrais juges de l'honneur, J'ai voulu servir ma patrie, Et j'aspirais par ma valeur
A mériter ma Sophie :
Donnez des pleurs à mon malheur,
Rendez l'éclat à ma vie.
Hélas! un jour me dit son père : Ou t'aime et ta flamme m'est chère ; Mais mon sang est illustre, et tu n'as pas d'aïeux : Fends les mers, vole à la victoire;
Reviens chargé d'un nom fameux;
J'accorde tout à la gloire.
Sophie ajoute : Sois heureux,
Et fidèle à ma mémoire.
Plein d'amour, brûlant de courage, Imprudent, on l'est à mon âge, J'apprends que dans le camp on demande un guerrier Que la mort, que rien n'intimide.
Devant moi, ma chère Sophie, Marchait ton image chérie :
Du fantôme brillant j'avançais entouré ; L'amour, la gloire, la patrie, Me guidaient à l'autel sacré
Où tu m'allais être unie.
Dieux ! quel voile affreux s'est tiré
Sur une aussi belle vie.
Un gibet ! tout mon sang se glace :
Je tremble ; il n'est plus là d'audace ; Mon cœur à cette horreur n'était pas préparé. Cruels ! sauvez-moi l'infamie.
Ah! je meurs assez déchiré;
Je meurs de Sophie adoré, C'est perdre trois fois la vie.
Osez-moi pleurer, ma Sophie ; Non, je ne crains pas l'infamie; En signant mon arrêt, généreux Washington, Des pleurs ont baigné ton visage ; La Fayette à sa nation
Fera plaindre mon courage.
Américains, Français....
J'aurai vos pleurs pour hommage.