CHAPITRE PREMIER
Les parents de l'auteur. — Son enfance; ses camarades. — Le château de Sainl-Leu. — Quelques souvenirs : la famille Quentin; Zaïd- Effendi; le mariage de Madame Infante. — Les Soullel à Colombes; le voisinage. — L'auteur perd ses parents. — L'éducation d'im héritier; gouverneurs et professeurs. — Le duel du comte de Coigny et du prince de Dombcs. — Velléités d'indépendance; l'Opéra; madame Florence; la marchande de galons. — L'Académie de Jouan. — Un cocher de fiacre colonel. — Premiers amis. — La famille Mercier.
Je suis né rue Neuve-des Petits-Champs, à l'hôtel Saint- Pouenge (2), le 3 février 1731.
Jean Dufort, mon grand-père (3), que j'ai connu puisqu'il n'est mort qu'en 1743 (4), était de ces vieux magistrats à perruque à la Louis XIV, simple comme la loi, d'une probité
(1) M. Dufort avait, au début de ses Mémoires, donné sur sa famille et celles qui lui sont alliées des détails assez longs et qui ne manquent pas d'un certain intérêt. On a craint cependant de fatiguer l'allenlion du lecteur par cette énumération d'alliances, et les quelques pages qui ont été supprimées ici figurent aux Pièces iustificalives. On y trouve des renseignements sur les familles Poyrel de Grandval, Dupuis, Soullet, Le 'l'essier de Monlarsy, Félix, etc.
(2) L'hôtel Sainl-Pouenge avait appartenu aux Chabannais de Saint- Pouenge. branctie de la famille Colbert.
(3 Jean Dufort, maître des comf)tes en 1G92, après son oncle Pierre; il avait épousé l'Elisabeth Poyrel do dr.'indvnl.
(4) Au numéro 18 actuel de la rue de Richelieu. (\'uu, Maison mortuaire de Molière, p. 103.)
exemplaire, portant un vieil habit et des souliers carrés. Ayant hérité de la moitié des biens de la famille de Grandval, il avait été obligé d'en conserver l'appareil. Il avait un maître d'hôtel tout galonné et des plus élégants, ce qui ne contrastait pas mal à mes yeux avec sa simplicité.
Mon père, Joseph-Pierre Dufort (1), né à Paris au commencement du siècle, n'avait qu'une sœur, mademoiselle Dufort (2), un peu contrefaite. Mon grand-père, ayant perdu sa femme, ne tarda pas à les doter tous les deux et à établir son fils, qui se décida pour la fille de M. Soullet, conseiller de Grand'Chambre au Parlement (3). Belle et fraîche, douce, aimable, bonne, charitable, elle fixa le cœur de mon père, qui la préféra à plusieurs partis qu'on lui présentait. Il l'épousa à Saint-Roch en 1729, eut une fille en 1730, et je naquis en 1731.
A l'âge de quatre ans, je perdis ma sœur aînée qui, dit-on, mourut de jalousie des préférences qu'on me donnait.
Nous habitions tous la même maison, de sorte que mon grand-père et ma tante tenaient leurs maisons ensemble et avaient toujours du monde; mon père et ma mère avaient leurs gens et leur maison à part.
Dès que je pus jouir des promenades publiques, on me donna un précepteur, et nous nous liâmes avec les instituteurs et les jeunes gens du voisinage : M. d'Alincourt, depuis duc de Villeroi (4); M. de Salaberry, depuis président de la Chambre des comptes (5); M. de La Borde, depuis premier
(1) Joseph-Pierre Dufort, chevalier, seigneur de Saint-Leu, maître des comptes en 1718, marié en 1729, à Agnès-Françoise Soullet.
(2) Elisabeth-Marie Dufort, morte fille en 1745.
(3) Nicolas Soullet, conseiller de 1697, marié en 1702 à Laurence- Françoise Le Tessier de Montarsy, fille de Pierre, écuyer, conseiller secrétaire du Roi, et de Anne Minot de Mérille. Il mourut en 1736. (Mercure de novembre.)
(4) Gabriel-Louis-François de Neufville, qui porta ensuite le titre de marquis de Villeroi, puis celui de duc, à la mort de son oncle, Louis- François-Anne, duc de Retz, puis de Villeroi, mort sans enfants. II était né en 1731, et mourut sur l'échafaud en 1794.
(5) Charles-Victor-François d'Irumberry de Salaberry, qui devint le beau-frère de Dufort.
L'ANCIKN Rr'r, 1MI<: (1731-1755) 5
valet de chambre du Roi, et ensuite fermier général (1); M. le mar(iuis do X'ertillac, rue Saint-Honoré, à côté de Saint Roch (2); M. le marquis de X'crnouillet, depuis marquis de Rome (3). La réflexion la plus triste qui viv-nt affliger n a vieillesse, c'est que le duc de Villoroi, Salaberry, La Borde et Rome, que pour ainsi dire je n'avais pas perdus de vue, ont tous péri par le terrorisme sur l'échafaud, et qu'il n'existe plus que M. de Vertillac, émigré, et moi, de cette société qui avait commencé avec notre vie.
Mon père avait acheté la terre de Saint-Leu-lez-Taverny (4) d'un M. Baille (5). Cette terre, dans la vallée de Montmo rency, offre la vue la plus magnifique possible; du salon, on compte trente-trois villages et sept villes. J'y venais passer les vacances.
Mon précepteur, l'abbé Pupin, était le meilleur homme possible, mais sans grande lumière; c'était plutôt une mie pour me soigner. Je me rappelle qu'au milieu d'une pièce d'eau portant bateau, on avait établi une huche à poisson et auprès un logement pour cygnes; mécontent ou ennuyé de ses sermons, je lui proposai d'aller y raccommoder quelque chose; à peine fut-il descendu que je m'éloignai avec le bateau et le laissai en pénitence; il se vengea, et je fus emmené au collège d'Harcourt, huit jours avant la fin des vacances. J'y étais entré à l'âge de sept ans, et j'y suis resté jusqu'à quinze.
Je me souviens d'avoir été conduit fort jeune chez
(1) Jean-Benjamin de La Borde (1734-1794), premier valet de chambre de Louis XV, fermier général, musicien distingué. Il épousa par amour, vers 1774, une femme d'esprit, Adélaïde-Suzanne de Wismes, qui a laissé plusieurs ouvrages, et dont le frère a été directeur de l'Opéra.
(2) Probablement César-Pierre Thibaud de la Brousse, marquis de V^ertillac, né en 1729, qui devint capilaine lieutenanL de gendarmerie.
(3) Albert-Marie de Rome de Vernouillct, que l'on retrouvera plus loin.
(4) (( Ce fut en 1735 que mon père acheta la terre do Saint-Leu-lez- « Taverny. 11 rendit sa foi et son hommage pour le duché d'Enghien à « M. le comte de Charolais, qui représentait son neveu, le prince de « Condé. » (i\'ole de iauteur.)
(5) Nicolas Baille, conseiller honoraire au grand Conseil. (A. Rey, le Château de Leumont, p. 11.)
M. Quentin de Champlost (1), au vieux Louvre, tandis qu'on attendait des nouvelles de la maladie du Roi à Metz (2), et je me rappelle avoir vu le peuple embrasser le cheval du courrier qui publiait la convalescence. Je n'oublierai jamais d'avoir vu, dans la rue Saint-Antoine, l'entrée que le Roi fît à son retour et les fêtes qui se donnèrent à cette occasion. Ce Champlost, mon grand-oncle, descendait de madame Quentin, femme de chambre de la Reine. Les mémoires du temps font mention du crédit dont elle jouissait (3). Ces Quentin sont cousins germains des Quentin, marquis de Champcenetz (4), dont un descendant a malheureusement péri dans la Révolution; ils ont la même origine. Champlost (5), le dernier, est mort en prison après le 10 août; il était premier valet de chambre de Louis XVL Son frère Mercy (6) a échappé pour périr ensuite.
J'ai encore présente à l'esprit la cavalcade de l'ambassadeur turc (7) que je vis passer dans la rue Saint-Honoré, vis-à-vis l'Oratoire, et la visite que j'allai lui faire rue de Tournon. Il me caressa, vu mon jeune âge, et je ne cessai de l'appeler Notre Saint Père, le confondant dans mon idée avec le Pape, ce qui m'attira mille caresses et mille distinctions auxquelles je ne devais pas m'attendre.
Je me souviens aussi de l'inondation qui fit détruire la
(1) Jean Quentin, baron de Champlost, marié en 1703 à Angélique Le Tessier de Monlarsy, sœur de madame Soullet.
(2) En 1744. •
(3) Marie-Angélique Poisson, première femme de chambre de la Dauphine, lemme du grand Dauphin. Elle avait épousé Jean Quentin, sieur de Villiers-sur-Orge, barbier el perruquier privilégié de Louis XIV, sur lequel on trouve de curieux détails dans le Uictionnaire de Jal. Les Mémoires de Saint-Sirnon el le Journal de Dangeau parlent à différentes reprises de madame Quentin.
(4) François Quentin de la Vienne, frère de Jean Quentin, d'abord barbier étuvisle, devint valet de chambre du Roi, et prit le titre de marquis de Champcenelz. A sa mort, en 1710, son fils Louis lui succéda.
(5) Jean-Marie, deuxième baron de Champlost, né en 1740, gentilhomme ordinaire du Roi en 1757, premier valet de chambre en 1761, marié en 1769 à Charlotte Le Bas-de-Courmont.
(6j Charles-Jean-Marie, né en IM^, dit le chevalier de Champlost de Mercy, puis le comte de Champlost. 11 devint mestre de camp de cavalerie.
(7) Zaïd-Effendi, qui fit son entrée à Paris le 7 janvier 1742, et fut reçu par le Roi le 11.
LANCIKiN RKGIMK (1731-1755). 7
moitié des maisons du pont de la Tournclle (1); en me menant au collège, sur le quai, on me fit voir aussi les maisons du pont au Change où le feu avait pris, et dont les habitants s'étaient précipités dans la rivière, pour éviter de devenir la proie des flammes. Beaucoup avaient péri.
J'ai oublié de raconter que je vis les fêtes (2) données pour le mariage de Madame Infante (3). D'après les dessins de Servandoni, on avait bâti un temple tout en colonnes sur l'emplacement de la statue de Henri IV, au pont Neuf. Il se changea le soir en un feu d'artifice de toute beauté. Je vis le Roi paraître au balcon du jardin de Madame Infante, pour voir le feu d'artifice, donné au milieu de la Seine vis-à-vis des Quatre-Nations (4). Ce spectacle commença à quatre heures par des jeux nautiques et finit à dix heures par des déguisements sans nombre. Sur l'eau, des bateaux décorés en gros poissons, en dauphins, en baleines, jetaient de l'artifice par leur bouche et leur corps. Les Invalides étaient illuminés d'une manière frappante par un double rang de lampions sur toutes les plinthes et l'architecture, avec un accompagnement d'ifs et de girandoles jusqu'au bord de l'eau, ce qui formait un parterre magnifique pour la foule de voitures qui se tenaient au Cours la Reine.
Ma mère voyait tout Paris; mon père était lié avec l'abbé Desfontaines (5), Voltaire et beaucoup de savants dans tous
(1) C'est, croyons-nous, l'inondation du 25 décembre 1740. (Journal de Barbier.) On fit abattre par précaution, après la crue, un certain nombre de vieux bâtiments.
(2) Le 29 août 1739.
(3) Louise-Elisabelh de France (Madame première) (1727-1759), qui épousait l'infant Don Philippe, second fils de Philippe V et d'Elisabeth Farnèse. Le duc de Luynes (III, 31 s.) donne une description complète de cette fête.
(4) Le jardin de l'Infante, entre le Louvre et la Seine, était ainsi nommé, parce qu'il avait servi de promenade à la jeune infante Marie- Anne-Victoire, lille de Philippe V, qui avait dû épouser Louis XV et avait passé quelques années en France, d'où elle fut renvoyée en 1725. Elle mourut reine de Portugal en 1781. — Le collège Mazarin ou des Quatre-Nations est devenu le palais de l'Institut.
(5) Jean-François Guydot-Desfontaines (1685-1744); d'abord très lié avec Voltaire, il eut ensuite avec lui une querelle qui est restée célèbre.
les arts et sciences, tels que Peirard, accoucheur (1), Dumoulin (2), Jussieu (3), Fontenelle, La Peyronie (4), Pousse, médecin (5). Il les traitait régulièrement les mercredis et samedis, jours de congé; il voulait ainsi me former le goût.
Ces dîners me plaisaient, surtout lorsqu'un certain abbé Trublet (6), fameux pour son amitié pour Fontenelle, s'y trouvait. Cet homme, après avoir été le précepteur de M. SouUet, frère de ma mère, avait voulu compiler et prendre un nom. Il protégeait Rigoley de Juvigny (7), qui, dans ce temps-là, faisait le suppléant du sacristain des Nouvelles Catholiques, petite église où notre société d'enfants était réunie régulièrement tous les jours. Lorsqu'à dîner ces messieurs se mettaient en gaieté, l'abbé Trublet et Juvigny en étaient ordinairement les plastrons.
Le reste du temps, mon père s'occupait au milieu des livres, ou allait à la Comédie-Française et le soir se réunissait avec sa femme qui attirait chez elle la meilleure compagnie, tels que le marquis et la marquise de Tessé (8), et de plus tous nos parents dans la robe et dans l'épée, les Beaujeu, Bouthillier, Bragelongne, Caumont, la présidente Feydeau, les Pelletier, les Turgot, les Turpin de Crissé, etc.
(1) Ou Pérat (Journal de Narbonne), ou Peyrat (Luywes). Il était accoucheur de la Reine.
(2) Médecin fort connu, qu'on retrouvera plusieurs fois dans ces Mémoires.
(3) Le nom est douteux dans l'original.
(4) François Gigot de la Peyronie (1678-1747), premier chirurgien du Roi.
(5) Médecin éclairé, mais fort original. Il en est question dans les Mémoires de madame du Hausset, duc de Luynes, etc.
(6) Nicolas-Charles-Joseph Trublet (1G97-1770), auteur obscur, qui entra à l'Académie en 1761. C'est à lui, dit-on, que s'applique le vers de Voltaire :
9 II compilait, compilait, compilait... »
(7) Jean-Antoine Rigoley de Juvigny, littérateur, mort en 1788. Il fut conseiller honoraire au Parlement de Metz el membre de l'Académie de Dijon. Cousin germain du baron Rigoley d'Ogny, il obtint par lui, au moment de l'afl'aire du cardinal de Rohan, une place dans le Secret de la poste.
(8) Il s'agit probablement de René-Marie-Cyr de Froulay, marquis de Tessé (1707-1742), grand écuyer de la Reine, marié en 1735 à Marie- Charlotte de Béthune.
L'ANCIEN RÉGIME (4731-17î)5), 9
Mon grand-père paternel (1) possédait une maison de campagne à Colombes, près Argenleuil. On y voyait un vestibule de trente pieds d'élévation en dôme, un péristyle, un salon bas antique et différents appartements. C'était l'ancienne maison de campagne des Poncher. Mon grand-père y passait six mois de l'année avec mademoiselle Dufort et avec les dames qui faisaient jadis la compagnie de sa femme et de son beau-père.
Il avait gardé les domestiques de son beau-père, tous vieux et riches; il y avait une famille de jardiniers, nommés Rossignols, qui était attachée à la maison depuis cent ans, et à la fille desquels je paye encore une pension.
Le château qui n'était qu'une simple maison, mais qui conservait ce titre pour avoir possédé la femme de Charles P"" qui y était morte (2), était occupé par le maréchal d'Asfeld (3). A côté de nous habitait M. de Machaut, dont le fils, bien plus âgé que moi, est devenu ministre et garde des sceaux (4).
M. le marquis de Courtenvaux (5) avait une maison délicieuse, mais il se communiquait peu et voyait surtout des savants et des actrices fameuses, comme la Pélissier, etc. A différentes époques nous allions de Saint-Leu à Colombes, et, comme dans ces temps-là on voisinait beaucoup, lors-
(1) Jean Dufort, dont la femme, née Poyrel de Grandval, avait pour mère une Poncher.
(2) Henri'ette-Marie de France, reine d'Angleterre, née en 1609; elle s'était retirée à Colombes après le mariage de sa fille avec Philippe de France. Elle y mourut le 10 septembre 1669.
(3) Claude-François Bidal, marquis d'Asfeld, maréchal de France en 1734, mort en 1743. Son fils, dont il est question plus bas, s'appelait Claude-Elienne, et épousa en 1755 une demoiselle Pajot de Villepérot.
(4) Louis-Charles de Machault, seigneur d'Arnouville (1667-1760), conseiller d'Etat, premier président du grand conseil. Son fils, Jean- Baptiste de Machault, né en 1701, mort en prison sous la Terreur, conseiller au Parlement, maître des requêtes, contrôleur général des finances en 1745, et, en outre, garde des sceaux en 1750, quitta le contrôle général en 1754 pour prendre le ministère de la marine. Il donna sa démission en 1757.
(5) François-César Le Tellier, marquis de Courtenvaux (1718-1781), capilaine colonel des Cent-Suisses, membre de l'Académie des sciences. Il .ivaif fait construire un observatoire dans sa maison de Colombes.
40 MKMOIRKS DU COMTE DUFORT DE GHEVERNY.
qu'on m'y envoyait du collège avec mon précepteur, je vivais avec M. d'Asfeld et tous les enfants de mon âge.
En 1746 (1), au mois de septembre, nous étions réunis à Saint-Leu. Ma mère, belle et fraîche, avec beaucoup d'embonpoint, étant au bord du canal ou pièce d'eau, sentit les avant-coureurs d'une grosse fièvre; c'était le vendredi. Elle se coucha, et l'on envoya chercher toute la famille. C'était une fièvre maligne au premier degré : le transport vint pendant la nuit, tous les remèdes usités furent employés inutilement, et le lundi, à midi, elle mourut, âgée de trentesept ans.
Nous partîmes tous pour Colombes, nous passâmes par Ermont, Sannois et Argenteuil. Mon père, accablé d'une douleur sombre, voulut se jeter dans l'eau en passant le bac; je n'ai jamais vu de douleur plus vraie et plus effrayante. Mon grand-père Dufort adorait sa belle-fîlle; cette funeste nouvelle l'atterra; il avait soixante-quinze ans. Nos soins se tournèrent sur lui et parvinrent à distraire mon père pour la journée.
Il est nécessaire, pour soulager ma mémoire, que je rétrograde sur un événement.
Mon grand-père Soullet, dont je me rappelle la belle figure, la gaieté et les caresses, était venu faire séjour à Villiers-le-Bascle, terre que mon père habitait alors, située non loin de Versailles, près le Trou salé. Il fut pris d'une petite douleur au pouce du pied, accompagnée d'un point noir. On le ramena à Paris, la gangrène se déclara, et il mourut dans les bras de sa famille, âgé de soixante-quatre ans, en 1736. J'en avais alors cinq.
Son fils Soullet (2), mon oncle, qui entra dans le Parlement dès qu'il put être reçu, n'avait que douze ans plus que moi.
(1) En 1743. M. Aug. Rey donne la date exacte de la mort : le 24 septembre. Le 30, le corps l'ut transporté à l'église Saint-Roch, à Paris. {Château de Leiimont, p. 15.)
(2j Bernard-Nicolas Soullet, conseiller au Parlement, épousa en 1742 Antoinette d'Alègre, fille de Jean-Martin d'Alègre, chevalier, seigneur d'Auterre, et de Marie-Antoinette Robert.
L'ANCIKN RKGIME (t731-17o5). 41
Gai, spirituel, aimable, d'une cliarmanle figure, il réussit dans les sociétés, pensa épouser la plus grosse héritière de Paris, mademoiselle La Garde, fille du président de ce nom, l'ami de la maison. Mais le président mourut; M. le marquis de Polignac (1) se mit sur les rangs. Sa figure, son nom, l'emportèrent sur mon oncle.
Il fallut en 1742 songer à l'établir; on trouva mademoiselle d'Alègre, sœur de madame Le Tourneur, dont le mari était conseiller au Parlement (2).
Ma grand'mère Soullet a joué un grand rôle dans mes affaires: femme d'esprit, s'il en fut jamais, elle était pleine de singularités. Une douleur dans la cuisse lui avait fait prendre le parti, même quand elle était seule dans sa berline, de se mettre sur le devant, et on lui portait une chaise sur laquelle elle faisait ses visites à genoux. Dans ce temps-là, toutes les maisons mangeaient sur la vaisselle d'argent; elle seule se faisait servir sur de la faïence. Tous les jours elle sortait à quatre heures et rentrait à sept. Ses visites se bornaient à aller chez sa belle-sœur (3) dans l'Ile, ou rue du Temple chez les Pelletier, parents éloignés, où se rassemblait toute la famille des Pelletier, Briçonnet, Feydeau et Saint-Fargeau.
Je reprends les événements. Mon grand-père Dufort, quoique très-âgé, prit un violent chagrin de la mort d'une belle-fille qu'il aimait comme la sienne propre; il revint à l'ordinaire à Paris, eut une attaque de goutte qui se fixa sur la poitrine, et l'emporta à l'âge de soixante-quinze ans.
Mon père, concentré dans son chagrin, se rendit invisible excepté pour trois ou quatre amis intimes. Cette façon de vivre altéra vivement sa santé, et une goutte vague prit le même chemin que celle de son père.
(1) François-Camille, marquis de Polignac, brieradier des armées du Roi, épousa en 1742 Marie-Louise de La Garde, fille de J.-B. de La Garde, président de la 5' chambre des enquêtes. (Mémoires de Luynes, t. IV, p. 294.) Elle mourut en 1779.
(2) Jean-Baptiste Le Tourneur; il devint plus tard intendant du commerce. (Voy. ch. X.)
(3) ^Tadame Le Boullanger, née Soullet, quai Bourbon.
Il n'y avait pas plus d'un mois que j'avais repris ma seconde année de rhétorique (que l'on m'avait fait redoubler), quand le carrosse de mon père vint me chercher; c'était pour recevoir sa bénédiction. J'oublie de dire que mademoiselle Dufort était morte la même année que mon grand-père. Elle était extraordinairement contrefaite et passa sans s'en douter; j'y étais, et je me rappelle très bien qu'elle finissait de prendre une prise de tabac, lorsqu'elle décéda; — à treize ans les événements ne s'oublient jamais.
A quinze ans moins deux mois, je me trouvai donc seul, dans une maison où, en moins de trois ans, la mort avait moissonné quatre maîtres, jeunes et vieux.
Madame Soullet, ma grand'mère, fut nommée de droit ma tutrice; on décida que je garderais tous les domestiques, que je resterais pendant les six semaines dans la maison avec mon précepteur, et qu'ensuite ma grand'mère me prendrait en pension rue des Enfants-Rouges (1), presque vis-à-vis de l'hôtel Tallard. On me donna toute autorité dans mon intérieur, et on me laissa Pupin pour me diriger.
La terre de Saint-Leu, quelques biens en campagne, onze maisons à Paris, des rentes sur la Ville, composaient mon héritage, montant à près de soixante mille livres de rente, sur lesquelles il fallait prélever les réparations toujours considérables, l'entretien de Saint-Leu, plus à charge que profitable, et les impositions. J'avais un mobilier immense, le linge de table de trois maisons, et de la vaisselle d'argent en énorme quantité.
Mon père, sur la fin de sa vie, s'était laissé entourer par un M. Dufort-La-Graullet, se disant descendant d'un ancien commandant de la citadelle de Marseille. Cet homme, né à Castelnaudary, avait fait une généalogie cadrant avec la nôtre; il avait de l'esprit comme un Gascon, de la fierté comme un homme très-noble; adroit, liant, travailleur, il avait commencé sa fortune dans les vivres, et. pour s'avancer,
(1) Maintenant rue des Archives. L'hôtel Tallard était au coin de la rue de Bretagne.
avait épousé une bâtarde de la maison de Bonac, qu'il avait laissée dans son petit casiol de Castelnaudary.
Il s'insinua dans la maison, s'avoua le protégé, flatta la douleur, pleura une femme qui n'avait jamais voulu le recevoir, enfin détermina mon père à remettre pour lui a M. Boullongne, qui était à la lôlc des vivres, une somme de cent mille livres, dont on lui payerait l'intérêt et dont le profit serait pour La-GrauUet.
La guerre étant finie, il prouva qu'il fallait placer cet argent dans une manufacture de fer-blanc, près Nancy; le contrat fut fait au nom do mon père comme bailleur de fonds. On ne pouvait exiger le principal que si la rente de cinq mille livres par an n'était pas servie par le sieur La- GrauUet.
Je restais toute la journée chez moi, ce qui m'ennuyait prodigieusement, autant que le bavardage du bon Pupin et les flagorneries de mes gens. Dès que je pouvais me dérober, je montais chez une madame Archambal, qui avait loué les deux appartements du second; cette femme, originaire de Montpellier, tenait une bonne maison; tout y était aimable. Un beau jour, je trouve toutes les avenues fermées et l'abbé Pupin en sentinelle, qui me saisit à plein corps et me redescend en bas : son air effaré me peignait une conspiration ou un assassinat. La soirée se passe, et je me couche sans questionner, effrayé de l'air sinistre de mon mentor. Le lendemain je me dérobai, et madame Archambal me dit avec son ton gascon qu'il y avait eu chez elle une assemblée de francsmaçons, qu'on avait agité de m'y recevoir, mais que l'abbé Pupin, en ayant été instruit, avait fait un vacarme enragé. Je la remerciai de sa bonne volonté. — Sans avoir été reçu dans cette société, j'en ai vu assez pour n'éprouver aucun désir d'être initié dans ces mystères dont bien des gens ont abusé ou été dupes. — Mais, accoutumé à dominer plutôt qu'à être dominé, et quoique j'aimasse mon précepteur à cause de son attachement, je ne pus m'habituer à voir régir ainsi mes pensées et mes actions.
J'ordonnai qu'on mît les chevaux pour aller au Marais, chez ma grand'mère : il était cinq heures du soir. Mon Pupin, à l'ordre, mit son manteau et vint prendre sa place dans la diligence à côté de moi. Nous ne fûmes pas dans la rue aux Ours qu'un sermon et une dispute nous aigrirent; je finis par lui dire que je me croyais le maître chez moi et encore plus dans ma voiture. Je pris un ton d'autorité, cela le piqua; il voulut descendre, je le pris au mot, et à l'instant je donnai ordre de me mener à la Comédie italienne. Mon père m'avait mené ou envoyé souvent aux spectacles, et le dévot abbé Pupin, archidiacre d'Aurillac par le bénéfice de l'induit de mon oncle (1), allait alors à ses affaires. Je rentrai le soir pour souper avec mon mentor; il ne fut question de rien. Ma grand'mère arriva le lendemain, me raconta les plaintes de l'abbé Pupin, qui avait couru l'avertir, et m'annonça que sous quinze jours elle me retirerait chez elle et qu'elle allait s'occuper de me donner un gouverneur.
L'abbé Pupin fît son paquet huit jours après et partit pour l'archidiaconé d'Aurillac, valant six mille livres de rente, où il a vécu jusqu'à un âge fort avancé. Plus de vingt ans après il vint me voir, et ses élans de tendresse furent si bruyants, qu'ils me retentissent encore aux oreilles.
Je ne tardai pas à être instruit de mon sort. Le lieutenant civil passait à ma grand'mère mille livres pour mon logement, mille écus de pension pour moi, mille écus pour mon gouverneur à venir, douze cents livres d'appointements pour lui, deux mille écus pour ma poche, un carrosse et deux chevaux pour moi. Il me fut donné un tuteur onéraire (2), nommé M. de Verdun, homme vertueux et sage, qui a toujours fait mes affaires depuis. Je pris possession de mon logement, qui fut meublé magnifiquement; le reste des effets
(1) Probablement de son oncle Soullet, cooseiller au Parlemeul. Chaque membre du ParlemenI de Paris pouvait, une fois dans sa vie, re(|uérir soil pour lui-même, s'il était cl<'rc, soil pour un candidat à son choix, le premier bcncfice vacant dans de cerlaines conditions.
(2) Ayant les charges de la fonction, par opposition à tuteur honoraire.
L'ANCIKN RÉGIME (4731-1755). 45
fut mis dans des armoires dont mademoiselle Gentil fut la g-ardienne.
Mademoiselle Gentil était une femme d'esprit qui m'avait élevé, qui avait ensuite servi ma mère, et que mon père avait conservée. Elle avait alors trente ans, et elle est morte à Cheverny il y a trois ans, à quatre-vingts ans, après m'avoir rendu le service d'élever mes trois enfants.
On me loua des écuries, rue du Temple, à l'hôtel de Monbar; c'était derrière chez moi. Mademoiselle Gentil, qui ne pouvait plus être dans la même maison, y prit un appartement.
Mon père, par son testament, m'avait chargé de l'éducation de la petite-fille de son jardinier. Elle se chargea de la veiller et de la suivre, c'était une enfant de cinq ans. Dans le même testament, il y avait une clause très-honnête : « Je (( prie mon fils de continuer les charités que je fais, et qui « sont inscrites sur le livre secret que tient Chaumont, mon (( premier laquais. » Cette prière était un ordre; les charités montaient à plus de mille écus.
Deux jours après mon établissement, arriva mon nouveau gouverneur, M. Porlier, jadis enfant de chœur dans une cathédrale, par conséquent musicien, homme d'esprit et de bonne société, grand, haut en couleur, le nez retroussé, fort grêlé de petite vérole et, au premier coup d'œil, rébarbatif. Il lui lallut faire connaissance avec moi, et me gagner par de bonnes manières. J'étais un enfant pour l'âge, mais toute l'aisance superflue qu'on m'avait laissée empêchait qu'on me traitât comme tel.
J'étais sorti du collège, sans autre instruction que les humanités qu'on me faisait suivre, et je ne devais qu'à mon goût pour la lecture le peu que je savais de l'histoire de mon pays. Virgile, Horace, Tite-Live, Cicéron, avec lesquels j'étais très-familier, me laissaient dans la plus parfaite ignorance sur ce (jui m'était plus utile. M. Porlier commença par me faire étudier la géographie et la chronologie. La bibliothèque de mon père, qui m'avait suivi, fut lue avide-
ment. Trois mois se passèrent ainsi, le plus doucement du monde.
Le matin, j'avais des maîtres payés par ma tutrice : le fameux JaA illiers, pour maître de danse, Dupont, pour maître de violon. Je voulus avoir un maître à écrire; j'en avais grand besoin alors, et peut-être encore maintenant. C'était un vieil homme, nommé Couturier. Un jour, au bout de huit mois de leçons, il arriva chez moi, tout pâle, tout défait. Il était attaché à la maison de Coigny, et il venait de voir entrer dans l'hôtel le corps du comte de Coigny, tué par le prince de Dombes. Je vais ici placer l'anecdote entière.
La princesse de Conti (1) avait reçu tous les avantages de la nature, une figure charmante, une taille svelte et élégante, de l'esprit, de l'agrément, et une aimable coquetterie, qui lui attachait tout ce qu'il y avait de plus grand et de plus agréable; elle avait l'art de les captiver tous, mais des confidences sur ses faveurs, des rivalités suivirent le commerce de cette Circé.
M. le prince de Dombes (2) s'était mis sur les rangs, et avait fini par être reçu à titre de bonne fortune. Vaniteux de son rang de fils reconnu de Louis XIV et jaloux de ses prérogatives, il voulut avoir le titre de seul tenant de la princesse. Le comte de Coigny (3), beau, bien fait, jeune, un de ceux que le roi Louis XV a le plus aimés, se trouva choqué de la préférence très-ostensible dont jouissait le prince de Dombes.
Tous les soirs, lorsqu'on n'était pas à Versailles, la meilleure compagnie se réunissait à l'hôtel Conti. Un arrangement de partie mit le comte et le prince à la même table; le
(1) Il ne semble pas qu'il puisse s'agir de Louise-Elisabeth de Bourbon-Condé, princesse douairière de Conti, qui avait alors cinquantecinq ans. Ne serait-ce pas plutôt Louise-Henriette de Bourbon-Conti, née en 1726, qui avait épousé, en 1743, Louis-Philippe d'Orléans, duc de Chartres, et plus tard duc d'Orléans? Cette princesse, d'une conduite plus que légère, fut la mère de Philippe-Joseph d'Orléans (Egalité).
(2) Louis-Auguste de Bourbon, prince de Dombes, né en 1700, fils du duc du Maine (fils légitimé de Louis XIV et de madame de Montespan).
(3) Jean-Antoine-François de Franquetot, comte de Coigny, lieutenant général et chevalier des ordres du Roi, né en 1702.
comte perdait, le prince profilait de ses avantages. La princesse, malgré sa coquetterie et sou adresse, était sur les épines. On se plaisantait; le comte montrait la finesse et l'esprit d'un honuue de cour; le prince n'était pas de forbe égale. Le comte, dans sa vivacité, s'échappe sur un coup et lâche : « Ma foi. Monseigneur, vous êtes heureux comme un enfant... »; il en reste là. Le prince rougit, et finit la partie dans un silence et un morne sinistres. Toute l'adresse de la princesse échoua; après le jeu eut lieu une explication. Le comte, qui sentait tous ses torts, fît les excuses les plus décentes, retourna sa phrase, voulut une plus longue explication qui fut refusée, et le rendez-vous pour se battre fut pris sur le chemin de Versailles, au-dessus de Passy, sous une voûte qui passe sous le chemin et conduit à la rivière, le tout pour le surlendemain, deux heures avant le jour, avec chacun un coureur tenant un flambeau de poing.
Le comte fît part de son aventure à sa femme (1), pleine d'esprit et de courage, qui en garda le secret. Ses trois enfants étaient aux Jésuites : il les envoya chercher le lendemain, et dîna avec eux; il parut, à son attendrissement, qu'il les voyait pour la dernière fois.
C'était en janvier (2), il gelait; la terre était couverte de neige. Le comte s'habilla comme s'il partait pour Versailles; suivi de son coureur, conduit par un postillon dans sa chaise de poste, il fit arrêter sur le chemin, descendit comme pour un besoin, se fît accompagner par son coureur et le flambeau. Le prince y était. Le comte renouvela ses excuses, mais le prince déterminé commença le combat; le comte d'abord ne cherchait qu'à se défendre; mais voyant l'impossibilité de ne pas attaquer, il serra le prince vigoureusement; en relevant son épée, celui-ci porta un coup dans la jugulaire qui l'étendit mort. Le prince monte alors dans sa voiture, et pour ôter tout soupçon, court à Versailles se présenter au lever du Roi.
(1) Née Marie-Thérèse-Corentine de Nevet, dame de Mesdames de France.
(2) Le 4 mars 1748.
Les chirurgiens étaient tout près; la plaie était grande comme une saignée, le sang avait flué en dedans et avait étouffé le comte. On prit le parti de lui coudre autour du cou un ruban noir pour contenir la plaie, et on le porta dans sa voiture à l'hôtel de Coigny. Les cris, les douleurs de la famille, de nombreux domestiques qui attendaient toute leur fortune de leur maître, effrayèrent tout le quartier. Après le premier moment donné à la douleur, on sentit la nécessité d'étouffer le bruit du duel, quitte à se venger par les enfants, quand ils auraient l'âge.
On mit donc le comte nu comme la main, sur la table de la salle à manger, ayant seulement au col un petit ruban noir, et l'on publia qu'en allant à Versailles, il était mort dans sa chaise de poste d'un coup de sang.
Tel fut le récit que me fît M. Couturier, maître d'écriture. Ce fut la dernière leçon qu'il me donna. Son âge, le trouble de cet événement, la vue d'un homme d'un rang si élevé étendu mort sur une table où il avait mangé la veille, lui donnèrent une attaque d'apoplexie.
Les versions furent différentes (1), mais celle-ci étant la première et venant d'un homme attaché à la maison, elle est pour moi hors de doute.
Mon gouverneur me laissait le maître de mes occupations; je voulus tout savoir, et je ne sus rien. Un maître de guitare, un maître de vielle (car ces instruments étaient à la mode), passèrent successivement par mes mains sans aucun fruit. J'éprouvais successivement tous les goûts : une grande vivacité, dont mon gouverneur profitait habilement, me faisait tout saisir et tout abandonner.
Je dînais et soupais régulièrement avec mes parents. Un jour, ma grand'mère voulut me faire quelques reproches sur le peu de fruit que je retirais de mes maîtres. Je ne dis mot,
(1) Le duc de Luynes, dans ses Mémoires, donne plusieurs de ces versions. Il paraît n'ajouter aucune foi à celle que l'on vient de lire, et qui est pourtant la seule véritable. (T. VIII, p. 464, 467.) Barbier est tout aussi incertain dans ses conjectures. (Journal, t. III, p. 29 et 57.) D'Argenson (t. V, p. 215) ne parle même pas d'un duel.
et remontai chez moi; c'était l'heure de la leçon d'histoire et de géograpliie. Voici à peu près ce que je dis à ce M. Porlier, et comment j'abusai de mes droits : « Je m'aperçois, mon- « sieur, qu'on vous a mis auprès de moi, non-seulement « comme gouverneur, mais aussi pour rendre compte de ma « conduite. Savez-vous que j'ai seize ans, que je me crois « mon maître, puisque j'ai mon bien, comme si j'étais éman- « cipé? » — Il voulut faire quelques phrases; je repris : « Voulez-vous vous attacher à moi, ou être le serviteur de « ma grand'mère? Dans le second cas, je vous ferai tous les « maux qui dépendent de moi, et je trouverai bien le moyen « de vous éloigner; dans le premier, au contraire, je vous « attache à moi, vous écrirez toutes mes dépenses, vous « payerez pour moi, et je vous fixerai pour toujours. Vous « me connaissez; tenez-moi parole, et je vous la tiendrai. »
L'accord fut bientôt fait, et de ce jour nous fûmes les meilleurs amis du monde. C'était un complaisant doux, aimable et spirituel, et je recevais de ma grand'mère des compliments que j'avoue n'avoir pas mérités du tout.
De ce jour-là, nous fréquentâmes les spectacles, et la Comédie française me voyait tous les jours de tragédie. La déclamation, la fureur de débiter des vers me tournaient la tête; j'augmentais ma bibliothèque de tous les romans du jour. Mon imagination s'échauffait.
La connaissance que je fis des officiers aux gardes de mon âge me faisait désirer d'entrer dans ce corps; ma famille s'y opposa formellement. On fondait des espérances sur le nom que mon grand-père avait laissé au Parlement, et l'on espérait que j'en profiterais. Il fallut biaiser et attendre.
Je vivais avec le chevalier d'Héricourt, le chevalier d'Albertas, le chevalier de Gramont et plusieurs autres, tels que Coëtlosquet et le chevalier d'Entrecasteaux (1).
jk (1) Le chevalier d'Héricourt était sous-lieutenant aux gardes-fran-
■ çaises. Le chevalier d'Albertas élail sans doute Joseph-Marie-Pierre-
■ Marguerite, frère du président du Parlement d'Aix, et lieutenant au
■ même corps. Coëtlosquet élail enseigne, et d'Entrecasteaux, frère du W navigateur, lieulenant. Quant au chevalier de Gramont, il y avait en
Surveillé par mon gouverneur, j'étais impatient de connaître les femmes, et je m'informai où je pourrais me satisfaire. Nous allons à l'Opéra, je dépose mon gouverneur dans le parterre; je le vois qui s'enthousiasme do la nmsique et ne prend plus garde à rien. Je sors seul, me précipite dans un fiacre, et lui donne le mot d'ordre : « Menez-moi chez des filles. » Il touche les chevaux et arrive chez madame Florence, rue Meslay. Cette femme me laissa tête à tête avec une très jolie personne, que je crus Vénus descendue du ciel. Ma visite finie, je revins à l'Opéra et me plaçai à côté de mon mentor, qui crut que je ne l'avais pas quitté.
Une fois cette découverte faite, je fus fidèle à me rendre tous les jours à l'Opéra, et, sans le plus grand bonheur, je ne me serais pas retiré de cette vie qui me plongeait dans la crapule.
Mon père se fournissait de galons pour lui et ses gens (car dans ce temps-là toutes les vestes étaient galonnées) chez un M. G***, marchand, rue Saint-Honoré, près de la rue de la Ferronnerie. Ce marchand avait une femme de trente ans, belle et bien faite; j'allais souvent y faire des emplettes. Cette femme me fît des avances, et ma timidité fut vaincue. Cette aventure, la première de ma vie, me retira du précipice où j'allais tomber. Des rendez-vous pendant l'opéra me firent oublier un lieu que je n'aurais pas dû connaître. Pendant dix-huit mois que ce commerce a duré, je pris chez son mari pour environ dix mille livres de galons; j'étais dans le cas du proverbe : Quand on prend du galon, on n'en saurait trop prendre.
Je crois que je lui serais resté attaché toute ma vie, si une maladie cruelle ne l'avait pas conduite au tombeau.
Deux jours de la semaine, j'allais à ma terre de Saint-Leu; ma grand'mère, mon oncle, ma tante et mademoiselle Félix, ma cousine, venaient y passer les automnes, et ils y tenaient maison.
ce moment plusieurs officiers du même nom entre lesquels il est difficile de choisir. Aucun ne servait aux gardes-françaises. (Etat du régiment des gardes de 1750, et Etat de la France de 1749.)
Commo j'ai passé toute ma jeunesse avec mademoiselle Félix, je vais faire une digression sur elle. M. Félix, son père, contrôleur général de la maison du Roi, avait perdu sa femme, mademoiselle de Moularsy, sœur de ma grand'mère, après en avoir eu un fils, qui fut aussi contrôleur général de la maison du Roi (1), et mademoiselle Félix (2), qui fut mise au couvent de l'Assomption.
Cette jeune personne avait les plus beaux yeux du monde, le caractère comme la figure, des plus intéressants. Elle était oubliée dans ce couvent et abandonnée de tout le monde. Ma mère, ayant appris combien elle était délaissée, alla la voir un jour et l'aima au picuiier coup d'œil; elle la demanda au père qui ne put refus(U', d'autant que ma mère offrait de l'héberger et de la nourrir pour rien. Mademoiselle Gentil, ma gouvernante, se chargea de la jeune personne, jolie comme un ange et âgée de dix-huit ans, qui ne tarda pas à plaire à toute la maison. A la mort de ma mère, on ne crut pas décent que mon père encore jeune la gardât chez lui; il fut décidé qu'elle irait loger chez madame Soullet, sa tante.
iMademoiselle Félix ne voyait en moi qu'un parent, bien plus jeune qu'elle; elle m'attirait, m'écoutait, m'amusait, mais je la respectais assez pour ne jamais m'écarter; elle était ma confidente, et voilà tout. J'ai vécu dans la même maison, jusqu'à son mariage avec M. Giraud de Moussy, dont je parlerai plus loin. Elle avait douze ans de plus que moi, et elle osl morte à quatre-vingt-neuf ans, ne laissant pas d'enfants.
Je demandai d'aller à l'Académie, on m'envoya à celle de Jouan, rue des Canettes, auprès de Saint-Sulpice (3); je pris
(1) Pierre-Charles Félix. Il était en même temps premier secrétaire des commandemenls du grand maître de France, devint conseiller d'Etat par brevet, le 4 décembre 1765, et mourut le 21 mars 1780, âgé de soixante-dix-sept ans. (Gazette du 13 décembre 1765 et du 14 avril 1780.)
(2) Anne-Marguerite.
(3) Tenue par M. de Jouan, écuyer du Roi. Les Académies du Roi pour iéducation des ieunes gentilshommes étaient placées sous la direction du grand écuyer. On y enseignait, outre l'équitation, les mathématiques, les armes, la danse, les langues, le dessin et la musique. Il y en avait trois à Paris : une au manège des Tuileries, une socoTidc' rtio (lo rrnivorsifc. ot la Iroisiènio nio dos Canettes.
goût à l'équitation et j'y restai trois ans. Pour ne pas fatiguer mes chevaux, je fis marché avec un fiacre, nommé Raison, pour m'y mener tous les jours. C'était un jeune homme plein d'activité; avec peu de moyens, il avait monté un équipage à trois chevaux et avait fait venir un frère qui l'aidait; ce frère, sujet au vin, se couchait en travers comme une botte de foin, et menait ainsi d'une manière penchée, jusqu'à ce que les exhortations de mon gouverneur et les miennes lui fissent reprendre sa place.
Ils me conduisirent pendant ces trois ans à l'Académie. Je ne rapporte cette anecdote que parce que dix ans après, ce même Raison vint me voir, habillé en colonel des troupes de la reine de Hongrie, et m'annonça que son frère était capitaine, et qu'il était chargé de la remonte générale de l'armée de l'Empereur.
M. Amelot (1), fils du ministre, demeurait chez son père, rue du Grand-Chantier, à côté de la rue des Vieilles-Haudrieltes. C'était mon camarade d'Académie; nous allions et revenions ensemble, c'était partie carrée : deux élèves et deux gouverneurs. Il me mena chez ses parents, chez sa grand'mère maternelle, madame de Vougny, chez son père et sa mère, et celte liaison a duré et s'est fortifiée, puisqu'il est devenu mon beau-frère; mais n'anticipons point sur les événements.
Une madame du Rolet mourut vis-à-vis de mon appartement. Cette maison ne tarda pas à être louée par madame la marquise de Chastellux, sa fille et deux enfants; nous nous liâmes, et jusqu'à leur mort, le marquis de Reauvoir et le chevalier de Chastellux, mort académicien (2), sont restés mes amis.
(1) Antoine-Jean Amelot, marquis de Chaillou, qui fuL maître des requêtes, intendant des finances, secrétaire d'Etat. Il était fils de Jean- Jacques Amelot de Chaillou, ministre des affaires Lirangères (1089-1749), et de Marie-Anne de Vougny, remariée plus lard au marquis d'Amezaga. Il mourut en 1795.
(2) François-Jean de Beauvoir, chevalier, puis marouis de Chastellux 0734-1788). Il était fils de Guillaume-Antoine, capitaine-lieutenant des gendarmes de Berry, commandant en Roussillon, et de Claire-Thérèse d'Aguesseau. Le chevalier avait deux frères aînés qui moururent avant
M. l'abbé de Mégrigny el son frère, M. de Chailly, se lièrent avec moi; ils s'appelaient Lefebvre, et étaient frères de Lefebvre d'Ammécourt, conseiller au Parlement; l'abbé était chanoine de Notre-Dame et conseiller au Parlement; son frère Chailly jouissait d'assez de fortune, et cherchait à se placer avantageusement dans le service.
J'avais été au collège avec M. Le Pelletier de Morfontaine (1); il m'avait lié avec M. Bochard de Saron(2), qui devint premier président au Parlement de Paris et fut exécuté à la Révolution.
J'avais été aussi au collège et en récréation avec les fils de M. de Saint-Sauveur (3), président à la Chambre des comptes, et un M. Chardon, depuis maître des requêtes et intendant en Corse (4), garçon de beaucoup d'esprit, d'une facilité incroyable dans le travail, mais immoral au dernier point.
Un jour, il m'entraîna dans une partie carrée, où se trouvaient deux très-jolies personnes de la plus moyenne vertu; les têtes s'échauffent, on propose d'aller à Neuilly boire du ratafia; — c'étaient les bons airs. — Nous voilà donc tous les quatre en fiacre. Dans la rue du Faubourg Saint-Honoré, — il était dix heures du soir, — nous rencontrons un honnête homme qui se faisait porter un flambeau. « Je vais vous faire bien rire », dit Chardon. Il appelle le monsieur, prend la fille, et lui mettant le dos à la portière, il la tient de force, et découvre ce qu'elle n'aurait jamais dû montrer. Le laquais
lui, et dont l'un s'appela peut-être le marquis de Beauvoir, quoique je n'aie trouve à cette époque aucun membre de la famille qui soit connu sous ce nom.
(1) Louis Le Pelletier, marquis de Montméliant, seigneur de Mortefontaine, né en 1730. Il succéda en 1784 à Le Fèvre de Caumartin comme prévôt des marchands.
(2) Jean-Baptiste-Gaspard Bochard de Saron, né en 1730, président de Grand'Chambre de 1755, premier président en 1782. Il épousa une demoiselle d'Aguesseau.
(3) Jacques Nigot de Saint-Sauveur, marié en 1730 à Marie-Thérèse Ogier, sœur du président Ogier.
(4) Danicl-Marc-Antoine Chardon, né en 1730, lieutenant particulier au Châtelet, intendant de Sainte-Lucie en 1763, maître des requêtes en 1765, intendant en Corse de 1768 à 1771, procureur général près le conseil des prises, cuis, en 1787, membre du comité d'administration de la marine. C'était un homme de mérite, qui a publié plusieurs ouvrages, entre autres un Code des prises, 2 vol. in-4°, 1784.
rit aux éclats, le maître hausse les épaules. Je vis que j'étais dans la plus mauvaise compagnie possible, et je me respectais assez pour en rougir. J'ordonne au fiacre d'arrêter, et, malgré l'opposition de ces demoiselles et de Chardon, je m'élance sur le pavé, ferme la portière et m'en retourne. Mon homme furieux ne cessait de m'invectiver; je continuais froidement mon chemin. Au bout de vingt pas, je l'aperçois près de moi. Je le tenais seul; il avait son épée, moi la mienne; je la tire et l'oblige à se mettre en garde. Il eut beau entrer en explications, je le chargeai d'une telle manière qu'il abandonna le champ de bataille, et fut rejoindre sa compagnie. J'eus le temps de lui crier que je ne le reverrais de ma vie, et lui ai tenu parole.
Mon gouverneur allait de son côté; il avait ordre de ne se trouver jamais chez moi quand je n'y étais pas. C'était le plus complaisant de tous les mentors, et ce reproche-là, je l'aurai toute la vie sur le cœur Cependant je couvais le désir de m'instruire.
M. le duc de Tallard (1) logeait à son hôtel, au coin de la rue des Enfants-Rouges. Amateur de tableaux et de belles choses, il prit de l'intérêt pour ma jeunesse. Goutteux, il se faisait traîner dans une chaise roulante, et jouissait en connaisseur de tout ce qu'il possédait de précieux. C'est à ses bontés, à ses avis, à ses justes critiques, que je dois la faible connaissance que j'ai des grands maîtres, dont la touche, avec un peu de réflexion, se reconnaît comme l'écriture.
J'allai souvent dans ma famille, lorsque je pus secouer l'étiquette du gouverneur. M. Félix, mon oncle à la mode de Bretagne, avait épousé, au grand regret de ses parents, la fille de la première femme de chambre de la Reine, qui avait été la nourrice de Louis XV. Elle s'appelait Mercier (2);
(1) Marie-Joseph, duc d'Hostun et de Tallard, brigadier des armées du Roi, mort en 1755, à soixante-douze ans.
(2) Marie-Madeleine Boquet, femme Mercier. Avant de nourrir Louis XV, elle avait été la nourrice de son frère aîné, le duc de Bretagne; elle fut ensuite première femme de chambre de la Reine. Elle mourut en février 1750, âgée de soixante-sept ans, Simon Mercier, son
L'ANCIEN RKC, IME (1731-4 755). 25
mariée avec un maréchal ferrant, elle avait fait une grande fortune de circonstance. Je ne l'ai jamais cormue; on la disait belle et bonne. Ce qui est certain, c'est qu'elle avait laissé beaucoup d'enfants bien établis.
Saint-Vigor, l'aîné (1), avait été capitaine au régiment du Roi, el était contrôleur général de la bouche de la maison de la Reine. La Source, le second, est mort dans cette place, et lieutenant général (2). Le troisième (3) a été chef d'escadre, attaché à la marine de Toulon. L'abbé Mercier jouissait de 50,000 écus en bénéfices (4).
Des trois filles, l'une avait épousé M. Félix; l'autre, M. du Parc (5), administrateur des postes, ayant le travail avec le Roi; la troisième, M. de Courgy (6), receveur des consignations.
C'était une famille superbe pour les formes; car pour l'esprit, ils l'avaient précisément pour leur état. Je ne puis me ressouvenir de madame du Parc que comme une des femmes les plus douces, les plus respectables, les plus obligeantes que j'aie vues.
Les talents agréables étaient ce qui me plaisait le plus; l'Académie me fixa pendant trois ans. J'acquis de la tenue à cheval, de l'habitude, et quand on donnait des exercices brillants, j'étais des premiers à monter les sauteurs et à
mari, avait été contrôleur général de la maison de la Reine. Il mourut en 1771, à quatre-vingt-neuf ans. (Gazette, 21 février 1750 et 14 octobre 1771.)
(1) Louis Mercier de Saint-Vigor, maître d'hôtel ordinaire de la Dauphine en 1750, contrôleur général de la maison de la Reine, concurremment avec son frère.
(2) Il figure encore sur VAlmanach de 1789. Il occupait la charge depuis 1750.
(3) Antoine, qui mourut en 1785.
(4) C'est, je crois, Jacques-François Mercier, abbé de Provins, prieur du Plessis-Grimoud et du Plessis-Angrand, mort en 1787, à quatrevingt-quatre ans. (Chastellux. Notes prises aux Archives de Vétat civil de Paris.) Un cinquième fils, d'après les Mémoires de Luynes, était, en 1750, directeur des fermes de Toulouse. C'est le Louis Mercier dont il sera question plus tard, et qui fut guillotiné comme fermier général, à l'âge de soixante-dix-huit ans.
(5) Charles-Frnnrois Lavechef du Parc, intendant général des postes, mort en 17.")!. 11 avait succédé à Grimod-Dufort dans la direction du cabiiK'l, noir.
(G) Héron de Courgy.
courir les têtes. Un de mes émules était M. de Rivié de Ricquebourg, pelit-fîls d'un maréchal ferrant (1).
Son père (2) qui avait fait une fortune immense et en avait joui avec grandeur et générosité, avait deux enfants : une fille qui a été mariée à M. le comte de Gouy d'Arsis (3), dame chez Mesdames de France, filles de Louis XV, et ce M. de Rivié. Je n'ai jamais vu un jeune homme d'une plus jolie figure, mieux fait et mieux tourné; il n'y avait pas un exercice où il ne réussit avec grâce; tout ce qu'il entreprenait lui était facile. Tous ses talents, ses grâces se perdirent vis-à-vis d'une vieille fille, la Launay, qui avait eu jadis une grande répulation, et qui sut le captiver; sur les reproches que nous lui faisions, il répondait franchement : « Elle seule au monde m'intéresse. » Cet aimable jeune homme, capitaine de cavalerie, est mort de la petite vérole, à sa terre près Pontoise (4).
Sa sœur, divorcée depuis avec son mari, a laissé des enfants qui ont voulu jouer des rôles dans la Révolution comme colons (5). Elle est morte, riche de grandes successions.
(1) Plutôt son petit-neveu, d'après le Mercure de mars 1744. « Ce « Rivié était garçon maréchal du temps de M. de Louvois, qui lui fit sa « fortune, à cause de la guérison d'un cheval de prix... Il possède « actuellement pour trente-cinq mille livres de rente en terres, dans le Vexin français. » {Journal de Barbier, novembre 1/26.)
(2/ Probablement Etienne de Rivié, seigneur de Marines et de Ricquebourg, baron de Chors, grand n.aître des eaux et forêts de l'Ile-de- France. Une de ses filles avait ép(msé, en 1744, le comte de Coëtlogon- Laval, et était morte la même année. Il eut, en 1727, un fils, nommé Thomas-Etienne, et, en 1729, un autre, nommé Charles-Jean-Madeleine. (Mercure, septembre 1727 et juin 1729.) Etienne de Rivié mourut en 1748. (Mercure, novembre 1748.)
(3) Anne-Yvonette-Marguerite de Rivié, mariée, en 1749, à Louis, marquis, seigneur d'Arsy.
(4j Marines.
(5) Le marquis de Gouy d'Arsy (Louis-Henri-Marthe, 1753-1794), colonel en second des dragons de la Reine, avait épousé une riche créole de Saint-Domingue. Député de la colonie, il combattit l'affranchissement des esclaves. Il fut guillotiné en juillet 1794. Il avait, au début de la Révolution, montré beaucoup d'enthousiasme pour le nouvel ordre de choses.