A MES NEVEUX
Je ne prétends pus, mes chers Neveux, eu vous faisant un récit de ma vie, où je marquerai tous mes revers de fortune, vous apprendre comment le monde en use dans la prospérité et dans la disgrâce. Ce que j'en fais vient purement de mon amitié pour notre famille, afin que ceux qui viendront après moi aient une conduite meilleure que la mienne et sachent mieux profiter des avantages qu'ils pourront avoir.
Je vous conseille donc, mes chers Neveux, de ne rien entreprendre sans implorer Tassistance de Dieu, et de le prier, sur toutes choses, que sa volonté soit accomplie à quelqu'.Age (|ue l'on puisse être.
Le souverain hien est de vivre en homme de probité et d'honneur. Vous vous attirerez par là l'estime de tout le monde et celle de vôtre Maître, qu'il faut tâcher de s'acquérir par une fidélité incorruptible. Surtout, servez-le avec un zèle si grand que rien ne puisse vous
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détourner de son service ; votre conscience vous y oblige et Dieu vous le commande, quoique je saciie bien qu'il pourra vous arriver d'avoir des attachements ou des cliarges chez des Princes que l'honneur vous obligera à suivre. Cet honneur-là ne regarde que le monde ; mais Dieu, qui est le maître, le défend. Si par malheur, il vous arrivait des affaires en France, soit par des accidents qu'on ne peut éviter, soit par la persécution de quelque ministre qui vous oblige à quitter le Royaume, tAchez de vous retirer chez quel(|ue prince alUù du Hoy, atin que vous ne portiez pas les armes contre votre véritable maître.
Vous serez surpris du conseil (|ue je vous donne, voyant (|ue j'ai fait tout le contraire; mais Dieu m'a fait la grâce de m'en repentir.
Vous connaîtrez par ces Mémoires tous les contretemps <|ui me sont arrivés, quoique je puisse dire, en vérité, que tous les maîtres que j'ai servis m'ont toujours témoigné qu'ils étaient contents de la lidélité que j'ai eue à leur service. Mais quelqu'agrément que l'on y ait, on ressent un certain déplaisir qu'on ne saurait surmonter.
Quand vous ne vous rendriez pas à toutes les raisons que je viens de vous dire, l'exemple de notre maison abîmée doit être toujours présent à vos yeux, Dieu l'ayant abandonnée à cause de l'hérésie dont mon aïeul l'infecta. Elle avait été en grande considération dans les trois derniers siècles, comme vous pourrez le voir dans les histoires de France de Mézeray et de Varillas. Maurice de Chavagnac, mon bisaïeul, gouverneur du