GHAVAGNAC, GÉNÉRAL UE LÉOPOLD I
dépité que je n*aurais pas obéi aux derniers ordres qui me furent envoyés ; mais Mme la Landgrave me conseilla d'aller à E^ra, et d'y voir l'Empereur, à qui je ferais mes plaintes et demanderais mon congé.
Quatre jours après, j'y arrivai, auparavant l'Empereur. Je n'y voulus pas donner VordrCy quoique les troupes s'adressassent à moi, et j'en chargeai le gouverneur d'Egra, qui ne le fit qu'avec assez de peine.
Montecuccoli arriva un jour devant Sa Majesté ; je fus le voir ; il m'embrassa avec autant d'empressement que j'en avais peu à le faire. Après les premières civilités, il me demanda si toutes les troupes étaient arrivées ; je lui dis « que je ne le savais pas et que je n'étais venu que pour le prier de demander mon congé à l'Empereur, puisque mon service ne lui était pas agréable.
— « Sa Majesté est très contente de vous.
— » Je n'ai pas lieu de le croire à la manière dont on me traite ! Mais, puisque vous ne voulez pas demander mon congé, je le demanderai moi-même.
— » Vous en êtes le maître; quant à moi, je ne m'en mêlerai pas. »
Cependant l'Empereur arriva ; je me trouvai à son passage ; il me donna sa main à baiser. Le lendemain, je demandai audience au grand-chambellan, qui me la promit, mais ne me mit jamais sur le billet. Comme je m'en plaignais, le prince de Lorraine vint m'apaiser, me faisant considérer que Caprara était si proche parent de Montecuccoli que je ne le devais pas trouver étrange et qu'en un mot, je n'aurais pas d'audience. Je lui dis que je ne le trouvais pas mauvais, mais que je n'étais pas d'humeur à soulFrir une injustice.
Cependant l'Empereur voulut voir son armée en bataille. Montecuccoli m'envoya ordre d'aller placer la ca-
vaierie ; je dis à l'adjudant général que je n'en ferais rien, n'étant plus au service de Sa Majesté. Montecuccoli vint me trouver et il n'est sorte d'amitié qu'il ne me fit pour m'obliger de me trouver à la revue, mais je tins toujours ferme. Il me détacha le marquis de Los Balbudos, ambassadeur d'Espagne, qui vint chez moi H me prier de me trouvera cette revue et me donna sa parole d'avoir dans la poche la patente de lieutenantgénéral, qu'il menvcrrait dans trois mois. »
— « Il n'est pas question de cela, lui répondis-je ; la commission de Caprara étant plus ancienne, il faudra que je lui obéisse; ce que je ne ferai de ma \ie. »
Nous firmes trois heures à disputer, au bout desquelles je convins que je ferais encore cette campagne, à condition de ne pas obéir à Caprara.
Je me trouvai à la revue (21 août 1673). Sporck avait Caprara sous lui et j'étais sous M. de Lorraine. Comme ce n'est pas une grosse affaire que de mettre la cavalerie en bataille, notre aile le fut d'abord. Je ne sais ce que Sporck et Caprara eurent ensemble, mais ils se brouillèrent si fort que tous leurs . escadrons étaient en confusion. Si Sporck eût été seul, cela ne lui serait pas arrivé, car c'était assurément le plus habile homme de cavalerie qu'il y eût en Europe.
Comme Montecuccoli arrivait avec l'Empereur, il aperçut ce désordre ; il pria Sa Majesté d'attendre un moment pour lui donner le temps de remettre l'aile droite. Il trouva Sporck, qui lui dit que Caprara ne savait ce ({u'il faisait et qu'il aimait mieux être seul. Ce trait de mauvais courtisan déplut à Montecuccoli, qui feignit de ne le pas entendre ; après quoi, il remit la' ligne lui-même comme elle devait être.
L'Empereur fit la revue de son armée ; elle était de 30,000 hommes : on ne pouvait rien voir de plus beau. Quand je l'eus salué, il m'appela et me dit mille choses