‹ Mémoires du comte Gaspard de ChavagnacChapitre 40 sur 88 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

M O If T E G U C C O L I

Campagno d'automne sur le Mayn. — h'urm^e de Tiirenne. — Sporck «'ffarouché.— Combat de Markbreit (12septembre 1673). — Marche dangereuse des Impt'riaux. — L'n mauvais quartiermattre. — Les conseils de Chavagnac. — Pointe sur Francfort. — Jonction des coalis»^s. — Capitulation de Bonn (12 no- ' vembre).

Après le départ de l'Électeur de Saxe et celui de l'Empereur, Montccuccoli marcha (26 août 1673), avec toute l'armée jusqu'à Nuremberg, où nous apprîmes que M. de Turenne(l) n'était plus qu'à quatre lieues de nous

(1) Turenne, se portant en Franconie, uvec 16,000 hommes, au-devant d»* Monli^cuccoli, qui en avait 40,000, avait passv, a M»'rgenlhfim, le Tauber, affluent de rive gauche du Mayn, et se trouvait, le 12 srptombre, h Walkershofen, sur le flanc droit de l'arm^'e impt^rialo, qui se p»trtail de Windshein i* Holhenbourg. I)e Walkershofen, il marcha vers la route suivie par Monlecuccoli, qu'il rencontra aux environs de Reichelshofen, à une lieue et demie au nord de Rothenbourg, où était déjà installée la boulangerie des Impériaux.

CHAVAGNAC^ GÉNKRAL i»K LKOPOLD l""

(10 septembre). L'on tint conseil lù-de88«â; Sporck déclara qu'il ne voulait pas Caprura dans son ail». Montecuccoli ne s'attendait pas à un pareil compIinMal et, pour le satisfaire, on m'envoya à la droite pour mettre Caprara à la gauche.

Le lendemain, je fus détaché avec 3,000 chevaux d'avant-garde (1) pour reconnaître où M. de Turenne était posté. Je n'eus pas marché longtemps que, d'une hauteur, je vis son camp, qui avait devant lui et à sa queue un bois, duquel je ne voyais pas la fin. J'en fis avertir Montecuccoli, qui l'y vint observer lui-même.

11 résolut de camper au pied du village (2), d'où il n'y avait plus qu'une petite plaine entre nous et l'armée ennemie. 11 me lit, pour cela, passer le village avec

12 escadrons ; ce que M. de Turenne ayant remarqué, il en lit avancer six au delà de la chaussée. Ce qui m'obligea d'envoyer à M. de Montecuccoli pour savoir s'il voulait que je les lisse charger. Il me fit dire que non, mais (jue je fisse seulement escarmoucher, pour prendre quelques prisonniers. Je fis tirer quehjues coups ; mais, voyant que ce n'était (|ue perdre du temps, j'envoyai six gros escadrons pour attaquer l'ennemi qui se retira. Devant qu'ils eussent atteint leur défilé, mes gens en tuèrent une douzaine et en amenèrent autant, que j'envoyai à Montecuccoli. Il me manda de poser les gardes : ce que je fis.

En me retirant, sur le soir, je pris garde (|u'un ruisseau, de très difficile passage, séparait les deux ailes, de façon qu'elles n'auraient pu se secourir en cas de besoin. Comme la chose pouvait fort bien être et <|u'il n'était pas à propos de faire une bévue devantM.de

(1) C'est ce qu'un appelle aujourd'luii le service d'exploration.

^2) lleichelsholeiu

MONTKCUCCOLI

Turenue, je fus obli«j^é de demander à Moniecuccoli s'il avait vu le camp. Il me dit(|ue non, ayant été extrêmement fatigué, et qu'il en avait laissé le soin au baron de Vis, quartier-maître général, bon homme à la vérité, mais très ignorant pour le métier qu'il faisait.

Cela m'obligea à lui en apprendre la disposition : ce (|ui le surprit si fortque, tout las qu'il était, il monta surle-champ à cheval et fit marcher l'armée (1), un peu trop précipitamment selon mon sens, me laissant avec 4,000 chevaux pour faire Tarrière-garde, qui se passa tranquillement, tandis (|ue Montecuccoli fut camper à un village sur le bord du M ayn.

Sporck et M. de Lorraine vinrent au-devant de moi. Celui-ci avait rencontré un village, à un gros quart de lieue de l'armée, où il avait trouvé une si grande quantité de fourrages qu'il n'en voulait pas sortir. Il me dit de renvoyer mes troupes au camp pour venir souper avec lui.

— « Ce souper pourrait être gaillard, lui di»-je, vu le voisinage des ennemis. »

Il me répondit que, « s'il avait affaire à des Allemands, il n'aurait garde de se mettre à table, mais que les Français étaient de bonnes gens. »

Je goûtai peu ses raisons et ne voulus pas manger avec lui que je n'eusse posté, pour nous garder, le régiment de dragons de Trausmandorf et deux régiments de cavaleri«».

A la pointe du jour, M. de Lorraine et moi, qui avions passé la nuit sur une paillasse, fûmes éveillés par le bruit de trois coups de canon. Nous montâmes à cheval et courûmes au camp, d'où l'alarme venait. .Nous trouvâmes Montecuccoli, qui nous dit que l'armée française se mettait en bataille derrière une hauteur qui était

(1) Vers Murkbreil, au sud-e^t de WurUbouri/.

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