CHAV\GNAC, GÉNÉRAL DE LÉOPOLD I
devant nous ; sur quoi, il tint conseil. Sporck fut d'avis de se retirer à huit lieues de là ; ce que la plupart des généraux approuvèrent. Mais M. de Lorraine et moi représentâmes à Montecuccoli le danger qu'il y aurait de faire une si longue retraite sans être battus. Il se résolut à suivre notre opinion, qui était de hasarder plutôt le combat, attendu que nous étions, pour le moins, aussi forts que les ennemis. Mais, comme je n'étais pas trop persuadé que M. de Turenne fiU derrière la hauteur, je priai Montecuccoli de m'y laisser aller avec 4 escadrons, sous promesse de ne rien engager.' Il eut assez de peine à me l'accorder. Je pris son régiment seulement, que je portai à mi-coteau, puis je m'avançai, moi quatrième, bien au-dessus de la montée pour en découvrir la vérité.
Je n'eus pas plutôt atteint la hauteur, que je vis l'armée de M. de Turenne en bataille au delà d'un vallon qu'on avait entre la hauteur et son armée. Ce dont j'avertis Montecuccoli, le priant de m'envoyer les 4 escadrons, qu'il lit avancer (12 septembre).
Cependant, je visitai ce poste ; je trouvai que le vallon avait une bonne demi-lieue de profondeur, dans un pays inaccessible, plein de rochers et de vignes, d'un côté et de l'autre.
Tirant vers la main droite, il y avait une petite ville, nommée Markbreit, appartenant au comte de Schwarzen* bourg. J'allai, moi-môme, rendre compte de tout à M. de Montecuccoli et l'assurai que la barrière qui était entre nous empêcherait le combat.
Sporck ne savait ce qu'il disait ni ce qu'il faisait; tant il était effarouché ; et il est surprenant qu'un aussi brave homme, qui avait affronté mille périls dans sa vie, fût sujet à la crainte sur la fin de ses jours.
Montecuccoli eut bientôt connu la vérité de ce que je lui disais ; il ordonna qu'on mit l'armée en bataille.
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Sporck, ne sachant ce qu'il faisait, mena la moitié de l'aile droite dans des précipices. Je le lia remarquer à M. de Montecuccoli, qui lui alla dire qu'il me laissât poster dans l'endroit qu'il m'avait marqué : à quoi il consentit de bon cœur.
L'armée ne fut pas plutôt en bataille, que Montecuc* ooli alla d'escadron en bataillon, et ainsi d'un bout de lali^ne à l'autre, |)our exhorter un chacun à faire son devoir. Ce qui me surprit extrêmement, attendu que ces harangues me paraissent bien inutiles, et que, pour lors, elles n'étaient plus de saison.
Son discours Uni, il envoya ^lOO hommes à Markbreit, tandis que les armées étaient en présence. M. de Turenne, de son cAté, posta dans les vignes 500 hommes de pied, qu'il fit soutenir par 12 escadrons. M. de Montecuccoli, l'ayant remarqué, me fit chercher de tous côtés. J'étais à déjeuner dans le carrosse de Bournonville, quand on m appela de sa part; je l'allai trouver.
— « Je désirerais bien, me dit-il, déloger cette infanterie des ennemis, et même je ne trouverais pas mauvais que vous engageassiez un combat de 5 à 6,000 hommes de pied. J'ai tellement de confiance en vous que je veux bien vous avouer que je n'oserais pas engager une bataille, dans laquelle, si j'étais battu, je pourrais risquer mon honneur, ma fortune et l'Allemagne ; mais, pour des petits combats qui ne décident rien, je serais bien aise de trouver les occasions d'en donner, pour aguerrir les troupes de l'Empereur. »
Je le remerciai de l'honneur qu'il me faisait et m'en allai reconnaître l'armée française, qui n'était pas retranchée. Le chemin était assez difficile pour y arriver. Sur cela, je fis marcher le comte de Stahrenberg avec 1,500 hommes, un lieutenant-colonel et les capitaines nécessaires. Il fit avancer le jeune comte de Souche», son major, avec sou premier détachement.
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Celui-ci souiïrit la décharge des ennemis ; mais, après, il fut sur eux l'épée à la main, les battit, prit celui qui les commandait, nommé Tilly, premier capitaine de Champagne, blessé d'un coup de mousquet au travers du corps et de cinq coups d'épée. On me Tamena chez moi ; je le fis si bien traiter qu'il en guérit.
II se sauva peu de Français ; les 12 escadrons qui étaient pour les soutenir ne branlèrent jamais ; aussi n'y pouvaient-ils rien faire. Stahrenberg s'y posta et s'y fortifia de manière qu'il y resta, tant que M. de Turenne fut devant nous. Nos partis battaient si souvent les siens, qu'ils nous amenèrent plus de 000 prisonniers, pendant huit jours que nous fûmes en présence.
Au bout de ce temps -là, M. de Montecuccoli, sachant qu'il y avait un nommé Dalila, gouverneur d'une petite ville sur le Mayn appelée Ochsenfurt, ([ui entretenait la neutralité, m'y envoya avec 300 cavaliers pour tâcher de la faire rompre et de lui amener Dalila.
J'y fus ; on lit quelque difficulté de m'y laisser entrer, parce que M. de Turenne était venu camper auprès (1). Je me fis conduire à la porte par où les Français venaient; il y avait une grande prairie, au bout de laquelle M. de Turenne avait mis, dans un moulin, 300 dragons, qui venaient acheter des munitions dans la ville. Je fis tirer ({uelques coups sur eux ; ce qni leur donna une telle alarme qu'ils crurent que toute l'armée française était prèt« à passer sur le pont.
Comme je m'en retournais, Dalila vint m'accompagner jusqu'au bout du pont ; je le priai de venir parler à M. de Montecuccoli. Il n'en avait pas grande envie, mais, voyant qu'il n'en était plus le maître, il fallut bien qu'il s'y résolût.
Nous marchâmes du même côté que M. de Turenne,
(1 ( J)unkf Iliansfii.
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et nous arrivâmes à deux lieues de lui sans le savoir. Notre quartier-maître y fit le plus détestable campement qu'on ait jamais vu. Après avoir visité les gardes, j'en dis mon sentiment à M. de Montecuccoli, qui monta à cheval pour le visiter. Gomme il sortait de chez lui, un partisan, qui venait de In guerre (1), l'avertit du voisinage des ennemis; ce qui l'obligea à faire battre aux champs et à marcher sans rien communiquer à personne. Il m'ordonna de le suivre et en dit autant aux princes de Lorraine, Pio, Iferman de Bade et à Sporck, qui étaient tous les généraux, à la réserve de Caprara. Nous marcliAmes par une nuit la plus belle du monde, sans savoir où nous allions ; jusqu'à ce que, n'ayant plus de plaine, les colonnes s'enfournèrent dans un pays de vignes très diflicile.
M. de Montecuccoli demanda s'il y avait encore loin jusqu'au bout de la descente; ses guides lui ayant dit « oui », il fut plus d'un quart d'heure à crier :
— « Je suis trahi ! »
Pour lors, m'avançant vers lui, je pris la liberté de lui dire « qu'il n'était pas temps de songer à la chose, mais au moyen de sortir d'un mauvais pas et que si Son Excellence le trouvait à propos, j'irais voir si le chemin ne s'élargissait pas ».
— « Vous me ferez plaisir », me dit-il.
Au bout d'une descente, je trouvai une petite plaine non assez grande pour mettre une armée en bataille' mais capable de la contenir par camps redoublés Je l en envoyai avertir ; il en fut fort aise et pressa extrêmement les troupes d'arriver. Elles étaient dans une si grande alarme de ce qu'il avait dit qu'il était trahi que 81 2,000 chevaux nous fussent venus attaquer je crois qu'ils auraient battu ot détruit toute l'armée Ce
(1) I/esc&rmouche.
JU8 cii\va(;nac, c.énkhki. i>i: i.koi'old i"'
qui me fit comprendre combien ii est important h un général de savoir cacher l'état de ses alfaires.
Enlin on gagna la plaine tant désirée ; Montecuccoli, n'en pouvant plus, se mit sous un noyer ; Sporck se coucha à terre, tandis que l'infanterie arrivait, dans un si grand désordre qu'il n'y avait pas six hommes di* chaque régiment ensemble. Notre canon ne pouvait faire aucun mouvement à cause des chemins et, si M. de Turenne en eût eu le moindre avis, nous étions perdus sans ressource. Mais il paraissait qu'il évitait le combat autant que nous, car, dès qu'il sut notre armée avancée, il marcha toute la nuit.
Montecuccoli cependant envoya le quartier-maître, avec Haran, un de nos colonels qui était du pays, pour reconnaître nu camp. Ils en choisirent un où l'on ne pouvait mettre que 10,000 hommes et éloigné de l'eau d'une bonne demi-lieue. Ils lirent leurs rapports, mais je dis à M. de Montecuccoli qu'il y en avait un meilleur à faire dans une belle plaine sur les bords du Mayn. (iOmme le quartier-maître général soutenait opiniâtrement son opinion, Montecuccoli y fut lui-même et, ne pouvant plus douter de l'ignorance de cet homme là, il le renvoya à Vienne sur-le-champ et me pria de vouloir bien faire le camp, quoique ce ne fût pas de ma charge.
Je lui répondis qu'elle consistait à lui obéir en tout. Si bien que depuis, j'ai toujours fait les camps dans les armées de l'Empereur, tant que j'y ai été ; s'il y en a eu quelqu'un qui mérite la censure il ne faut s'en prendj'e à d'autres qu'à moi.
Nous restâmes quatre jours à ce camp avant d'aller à l'autre petite ville sur le Mayu(i). Nous y fîmes faire deux ponts de bateaux et passâmes la rivière (27 sep-
(1; KiUiiigeii.
MONTECUCCOLf
leiiil)rej, à dessein de gagner le Hliin,s'il était possible. iNfontecuccoli divisa son armée en deux pour traverser la forêt de Spessart (1). 11 donna Taile droite à Bournonville, cavalerie et infanterie, et lui, marcha avec Taile gauche.
Le lendemain de la séparation, il envoya l'ordre à Bournonville de retourner trois lieues en arrière, plus loin que nous n'étions venus. Celui-ci fit appeler Sporck et moi pour nous montrer son ordre ; nous n'y pouvions rien comprendre. Je fus député pour parler à Monteeuccoli : je le trouvai qui s'habillait. Dès qu'il me vit, il me demanda « s'il y avait quelque chose de nouveau. »
— « Non, répondis-je, mais Bournonville m'envoie à Votre Excellence pour la supplier de lui faire part de ce qui l'oblige de retourner en arrière.
— » Qm)i ! me dit-il, les troupes n'ont pas marché .'
— » Non, Monseigneur ! »
Il se mit dans une colère terrible; puis, en étant revenu, il me dit que, puisque je voulais le savoir, il nrapprendrait (ju'il avait promis à l'Évéque de \\'urtzbourg de ne pas s'éloigner de lui tant que M. de Turenne, qui était le maitre d'Aschaffenbourg, serait dans le voisinage 2), étant incertain si Turenne ne ferait pas séjourner là son armée longtemps, pour nous empêcher de gagner le llhin. Sur (|uui, je répliquai :
— « Si Votre Excellence n'était pas si fort prévenue, je lui dirais mon sentiment.
<1) Dans la ^ranih' huiii li' ilii Mayii, ) ntr<' Asr|in(Tenhoiirif au •Nitrii-Oiiesl 1*1 \V»Miln>im au Sud-Ksl.
(2) Turenne s'était Iransiiortr à NVcnklieini, sur la rivo tliuid* (lu Tauber, à trois lieue.s Sud-Est do WiTlIiciui, el y ttcruftail um* position fortenienl reiranrhre, qu'il conserva du 21 sp|il«Miil»re uu 12 oclolwe, tout «'M s'élfudanl |iar des détacheuit'nls. sur vingl-d«'ux lieues de pays, dt>|>uis Htdlienltouru jusqu'à .XsrliaF- Tenbuurg.
r.ll \V\r.NAC, GÉNKRAL PK LKOPOLI) I
— » Dites ! Dites ! vous me ferez plaisir, » s'écria-l-il.
Sur quoi, je lui représentai » que quand il serait d'intelligence avec M. de Turenne, celui-ci ne pourrait désirer rien de mieux que de manger le pays d'un côté tandis que nous le mangerions de l'autre, et qu'en voulant conserver un c<Hé del'Hvèchéde Wurtzbourg pour la même raison, il ne manquerait pas de le ruiner de tous côtés ».
Pour lors, il me demanda quel moyen je trouverais donc pour faire sortir M. deTurenne de dessus les terres de l'Empire.
— M Si votre Excellence veut me donner un nioiiicut d'audience, répondis-je, je lui trouverai peut-être quelqu'expédient pour cela. »
11 nie lit entrer dans \inc chambre, où je lui représentai « que le meilleur moyen qui me paraissait y avoir pour faire retirer M. de Turenne, était de passer le Rhin ; ce qui le jetterait dans la nécessité de couvrir l'Alsace ou de nous ahandoimer Bonn, que nous pour rions assiéger. (^)ue, pour n'être pas surpris dans notre marche, ni inquiétés, il n'y avait qu'à passer la rivière d llanau ( l), rompre les ponts et à se saisir de Gelnhaussen (2).
Il me dit, là-dessus, d'aller déjeuner, tandis qu'il ferait assembler les généraux. Ils tinrent le conseil de guerre sans que j'y fusse ; après quoi M. de Montecuccoli me fit appeler et m'ordonna de dire à ces messieurs mon sentiment comme je le lui avais expliqué; lequel fut suivi de l'npiiiion générale. M. le prince Herman de Bade ajouta que je rendais un grand service à l'Empire et à l'Empereur. Pour lors, M. de Montecuccoli me demanda si je ne pourrais pas aller moi-même à Geln-
(1, La Kin/.iK-
(2) Sur la Kin/.iu.à qualiv lieues el diMiiir au N.-E. tl llaunu.
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haussen ; je lui obéis et pris avec moi 600 dragons et 300 cavaliers.
En arrivant^ on m'en ouvrit les portes ; après quoi, M. de Montecuccoli y vint camper avec toute l'armée.
Le lendemain, nous marchâmes proche d'IIanauet, le jour suivant, auprès do Francfort, où il mit l'armée dans quatre bons quartiers. De là, il détacha le prince Herman de Bade pour aller prendre Friedberg à trois lieues de Francfort, où M. de Turenne avait laissé un nommé Vantelet avec .300 hommes, qui se rendirent, au bout de cinq jours, prisonniers de guerre.
De là, nous envoyâmes, depuis Friedberg jusqu'au delà du Mayn, des partis, dont un prit ou tua quantité d'officiers qui allaient diner à Francfort, qui était encore neutre. Entre autres, il y avait le marquis de Bédué, qui eut un coup de carabine au travers du corps. (>)mme on le [»ortaitdans la ville, le marquis de Grana, qui y était allé, lui demanda qui il était ; l'autre lui répondit qu'il était mon jnirent. On me l'amena; j'en pris grand soin et puis h» renvoyai sur sa parole quand il fut bien guéri.
Depuis ce jour-là, nous n'eûmes aucune nouvelle de l'armée de M. de Turenne (1). Montecuccoli marcha à Wiesbaden, au-dessus de Mayence, où il lit dresser un pont. M. Martinitz (2), qui en était Electeur et fort dan» les intérêts de la France, faisait ce qu'il pouvait pour s'y opposer sous main et, quand Montecuccoli eut fait passer 4,000 hommes avec Stahrenberg, cet Electeur lui écrivit que M. de Turenne était à Frankenthal (3) et (|u'il marchait à lui.
Jamais Montecuccoli n'avait été si fort embarrassé. Je
(1) llapp»*!»' en Alsace par Louvois, il se 4.lii-iK<^<Ml vers le Uliin. qu'il passa à IMiilippsbntir^ le 29 nrtolire.
(2) Jean Philipp(> Martinitz de Sriionborn.
(3) Sur lu rive ^'uuclie «lu Rhin, nu N.-O. de Maiiheiiu.
'M2 CHAVAGNAC» r.KNKRKL l»F. LKOPOLU l"^
(lis ù Bournoiiville que si j'étais à sa place, je ne le se* rais guère.
— » Et que feriez-vous ?
— M Je ferais embarquer mon infanterie et mon canon sur des bateaux; je ferais passer 2, ()(M) chevaux par les endroits que l'envoyé de TÉlecteur de Trêves nous dit être impraticables, et j'en fais mon affaire si l'on veut. Ji* ferais ensuite faire le tour au reste de la cavalerie et au bagage par Sohwalbacli, j'assiégerais H«»un et In prendrais avant qu'on pùt la secourir.
— » Voulez-vous dire cela à Montecuccoli ? me demanda Bournonville.
— » Non, je ne veux pas me faire de fête. »
Il m'y amena ; nous le trouvâmes qui était au désespoir, nous disant que « c était une all'aire à le perdre ; d'autant qu'il avait écrit aux Espagnols et au jeune prince d'Orange i2) qu'il se mettrait toujours entre eux et M. de Turenne; qu'il avait mandé bi même chose à rEnq>ereur ; mais (ju'il ne voyait aucun expédient d'y remédier. »
Bournonville lui dit que le comte de Chavagnac proposait une chose qui était iort de son goût. Montecuccoli m'appela et me lit expliquer ce que j'avais dit au duc de Bournonville ; ce qu'il trouva si â propos qu'il m'en embrassa tendrement et me dit mille choses obligeantes.
( 1) l,'KI«*fl»'iir d»' Tr<-\«-s, <;iiarlfs-<iiis|i.iril <lr l.alfyi ii. .ly.ui. l'onriu un arconl avec «ioii Juaii-Doiiiiii^M «le /.uni^a ri Fonsrral coinl»» il»' MoiiU'iry, Virr-lloi «1rs l'ays-Ha» t'spagnuls, Louis Xl\ avait fait assiéger Trêves, qui sVtait reiulu, le H wpleinbre, au inniV'chal tie Uocheforl.
(2) l.e Stliallioutler (le Ho||aii<ir. Guillaunie II île Nassau, prinre d'Orange, avail pris l'ofTensive depuis le mois d'orlobre. Hen- (orré par un rorps espagnol, il tenait la ('ain|>agne entre Juliers et Cologne.
MONTKCUCCOLI
Mou cuuâoil fut suivi en lout ; riafuuteric l'I le canon arrivèrent ù bon port, et nou8 par terre. Nous primes poste auprès de Bonn, que nous investîmes (iJ novembre).
Deux jours apn'S, le prince d'Orange et le marquis d'Assantar ; l), qui commandait les Espagols, arrivèrent ; ils eurent une attaque et n«nis l'autre; leur armée était très faible.
J'eus cependant une prise avec Caprara, (|ui voulait que j'envoyasse à Tordre chez lui ; mais je protestai que je ne lui obéirai de ma vie et que je n'avais fait la campa>>:ne qu'à cette condition; il n'en fut plus parlé.
Sur ces entrefaites, Saint-Sylvestre (2), aujourd'hui lieutenant général en France, lit une action fort hardie; car il s»' jeta dans la place, après avoir traversé tout le quartier de l'infanterie, et même il parla au comte de Stahrenberg. Aussitôt, un Suisse, nommé Werlmuller, vint trouver Montecuccoli, pour lui dire que l'infanterie était rebutée et qu'elle s'enfuirait au premier feu. Sur quoi, M. de Montecuccoli m'envoya chercher pour me dire qu'il fallait lever le siège. Je lui demandai qui lui avait porté cette nouvelle; il nie dit qu'il y avait 3,(Mj() lionnnes, qui faisaient très mauvaise figure.
Quoique lieutenant général, je priai Son Excellence de n'en dire mot à personne jusqu'à ce que je lui en eusse dit mon avis.
— « On voit bien, répliqua-l-il, (pie vous êtes accoutumé à la manière de France, où c'est un grand déshonneur de lever un siège : mais en Allemagne, ce n'est pas la môme chose.
(ij Duii FtM'naiiduitWrtina, ^rnn«l (!•* l'orlii^al, iiicsire ili> caiiip ilu Tercio «le Lunihardin, « io pliissaf;e. lo plus intivpi<l<>, le plus judicieux de» cnpilitines espagnols. "
^2) Louis du Kaure do Salili«Mi, marquis de Saint-Sylvestre.