LU DUC DE BOUHNONVILI.K
du duc de Bournonville et lu mienne. Bournonviile disait, pour ses raison», « que nous n'avions pas assez d'infanterie pour aller aux ennemis ; que l'armée était fatiguée et qu'il était incertain si M. de Luxembourg n'irait pas occuper cependant les quartiers que nous avions reçu l'ordre de prendre dans rFOlectorat de Cologne ; Cf qui serait le moyen de faire la guerre tout l'hiver, bien loin de remettre les troupes de l'Empereur, qui étaient fort délabrées ».
A cela je répondis que <« nous étions si supérieurs, surtout en cavalerie, à M. de Luxembourg, qui était campé sur le Koër, qu'il ne pouvait s'empéclier d'avoir un échec, ou, tout au moins, son arrière-garde battue ; qu'il ne fallait pas appréhender qu'il so saisit de l'Electorat de Cologne puisque nous étions entre deux ; qu'à l'égard des ordres qu'on avait reçus pour entrer en quartiers d'hiver, ils étaient en nulle considération quand il était question de combattre. »
M. le vieux duc de Lorraine, MM. Sporck, Caprara et WertmuUer furent de l'avis du duc de Bournonville ; MM. les princes d'Orange, de Lorraine, le jeune, Pio et le marquis d'Assentar furent du mien. On se mit à table sans avoir rien résolu, pendant que j'allais diuer d'un autre cAté.
Sur le soir, le duc de Bournonville me dit qu'on avait résolu de se retirer ; il me pria de prendre 2,000 ch»?vaux et 1,000 dragons pour observer les ennemis et pour empêcher qu'ils missent le feu dans les quartiers, me donnant parole qu'il serait à moi dans quatre heures, avec toute l'armée, si je le trouvais à propos. Je lui obéis ; je mis mes troupes dans un gros bourg et je détachai des partis, qui tirent des prisonniers. Ceux-ci m'avouèrent que l'armée française, après avoir été deux fois vingt-quatre heures sous les armes, passait le Ro(}r.
318 CHAVAGNAC, GÉNÉRAL I»E LÉOPOLP I"
Sur quoi, j'envoyai le comte de la Tour, major de Moniecuccoli, aux nouvelles avec 300 chevaux ; je les fis soutenir par llaran avec autant, et moi, je m'avançai avec tout le reste.
Le comte de la Tour m'en ayant donné des nouvelles, je lui fis charger la grand'garde ennemie. 11 en tua plusieurs cavaliers et me ramena 20 prisonniers, (|ue j'envoyai au duc de Bournonville, qui s'était déjà retiré et avait pris ses quartiers sans m'en donner avis.
Le lendemain, il m'envoya ordre de renvoyer les troupes et d'aller, moi, dans .Mûnstereifels, où devait être mon quartier avec le prince Pio.
Au bout de huit jours, il m'arriva de sa part un courrier pour me prier de l'aller trouver, eu toute diligence à Bonn, où était son quartier général. C'était pour me dire que Monterey et le prince d'Orange lui demandaient 2,000chevaux, avec lesquels ils espéraient fermer le passage à M. de Luxembourg, et qu'ils me priaient, l'un et l'autre, d'en prendre la commission. Je m'en défendis longtemps sur ce que la campagne était finie et que je ne voulais plus servir ; mais le prince de Lorraine et le marquis do Grana m'en pressèrent de manière que je ne pus leur refuser.
Comme les troupes étaient éloignées, le vieux duc de Lorraine, pour faire diligence, me donna 1,500 Lorrains, braves gens, bien aguerris, mais tout nus, sans manteaux et leurs chevaux sans harnais, auxquels on joignit le régiment de Habata.
Après que j'eus marché (juatre jours, le jM'ince de Nassau, gouverneur de Limbourg, me manda que si je voulais diiigenter ma marche, je pourrais prendre le bagage de l'armée française au passage d'une rivière ^1) qui est assez forte à Chenée, qui n'est qu'à une lieue de
(1) L'Ourih.