LE DUC DE BOURNONVILLE
reçu des nouvelles de Hollande qui l'obligeaient à y aller, Monterey s'en fut, de son côté, à Bruxelles, où il me mena. Ainsi le chemin fut libre à M. de Luxembourg, qui se tira d'affaire heureusement (1), car il n'était pas moins omburrassé (|ue moi lorsqu'il me poursuivait.
On donna de bons quartiers à mes Lorrains, qui s'équipèrent à merveille. Pour moi, je passai trois semaines agréablement à Bruxelles, où Monterey me fît donner, de la.part du roi d'Espagne, (>00 pistoles et un beau cheval, magnifiquement harnaché. Il me pria, en même temps, de vouloir mener 2,000 chevaux ou dragons dans le pays de Luxembourg, où il voulait leur faire passer l'hiver. Je nfen chargeai agréablement et leur lis passer la Meuse à .\amur, où il me vint nouvelle que Montclar (2) revenait, avec 2,000 chevaux, par le Condros, pour escorter les troupes de l'Electeur de Cologne qu'il avait redemandées au Roy.
Ce qui me fit résoudre, sachant que les rivières étaient débordées et qu'il ne pouvait passer la Semoy qu'à Bouillon, où le comte de Poitiers, gouverneur pour l'Electeur, m'avait donné parole (sur l'ordre que je lui en avais envoyé de la part de l'Empereur) qu'il ne livrerait pas le passage, de prendre 2,000 chevaux avec les troupes que Montecuccoli m'avait confiées, pour tâcher de le combattre. J'en avais d'autant plus envie qu'il avait la Maison du Roy et qu'il me paraissait assez particulier (|u'un Français, commandant les troupes d'Espagne, combattit un Espagnol commandant celles de France, ce qui ne s'était pas encore vu.
(1) Louvois envoya à Luxembourg un secours de 4,000 che- V.1UX, sous la conduite de Fn-tlrric-Armand, comte de Sohoraberg, avec lequel le maréchal s'ouvrit la route de Charleroy ; il y entra le 15 janvier 107*.
(2) Joseph de Pons do Guimera, baron de Montclar. mehtre de camp de Dauphin-Etranger.
324 CHWAGNAC, GÉNÉRAL DE LKOPOLD I
Je précipitai ma marche, croyant qu'il ne pourrait m'échapper, attendu (\\ie j'étais bien plus fort que lui ; mais, quand je fus auprès de Bouillon, j'appris que le comte de Poitiers l'avait fait passer, toute la nuit, à la Hasle. Poitiers eut bien la hardiesse de venir s'excuser à moi, disant que la bourgeoisie l'avaient forcé à le faire et qu'il était bon serviteur de l'Empereur. Je m'emportai fort contre lui sur la parole qu'il m'avait donnée ; mais il fallut prendre patience. •
Après quoi, je mis les Espagnols dans leurs quartiers et m'en retournai à Bonn, rendre compte de mon voyage à la généralité (1). Chemin faisant, je trouvai un courrier de M. de Montecuccoli, qui m'apportait une lettre de l'Empereur, écrite de sa propre main, et si obligeante que je l'ai toujours conservée. Elle était accompagnée de la patente de lieutenant général de ses armées. Les généraux me firent grandes caresses ; après quoi je fus à Cassel pour achever d'y passer le reste de mon hiver. Les bons traitements, les festins et les plaisirs que j'y eus me délassèrent des fatigues de la campagne.
Pendant ce temps là, le marquis de Grancey (2) fît enlèvera Cologne l'évèquede Strasbourg d'aujourd'hui. L'Electeur (3) en prit l'alarme à un point qu'il l'obligea, par un traité avec l'Empereur, de réformer ses troupes. L'évôque de Munster (4) en fit un autre, par lequel il devait donner les siennes ; ce qui, joint ensemble, forma une belle armée. Le prince de Hesse-Cassel y vint ; je le reçus de mon mieux et il en parut satisfait. Le rendezvous général fut à Lochenich, d'où nous marchAmes
(1) Le conseil des généraux de l'armée impériale.
(2) Jacques Rouxel, comte do Médavy et de (iranccy, gouverneur de Thionville pour Louis XIV.
(3) Maximilien-Henri de Bavière, Electeur de Cologne.
(4) Christophe-Bernard van Galen.
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