CHAPITRE IV
Le nouveau Krldzfuguu'islpr. — Entre Meusf »'l Moselle. — CapplifTi», commissaire ç«'^n(''ral. — Le prince de Condé. — Los 0,00() chevaux de (Iharles de Lorraine. — Escarmouche. — I\etraite des ( (talisés. — (Uvinpe et Monlerey. — Journée de SenelTe (It aoùi KHii. — La Maison du Moy sous le canon. — Abandon du chamf» de bataille. — Les Te Deum.
Je ne pus aller uu-devant de notre nouveau général» parce que j'avais la goutte, qui me retenait au lit. Je lui fis faire mon compliment, auquel il répondit par une visite qu'il me rendit et où il me débita un discours tout à fait extraordinaire ; car il m'assura « qu'il vou' lait avoir toute confiance en moi ; que je serais maître de lui et de toute l'armée, si je voulais me joindre à lui pour chasser de l'armée le prince Pio, le marquis de Grana et Sporck ; qu'il fallait perdre Montecuccoli et qu'il en savait bien les moyens ; que je devais y être porté par l'injustice qu'il m'avait faite. »
Après l'avoir remercié de l'honneur et des avances
d'amitié qu'il me faisait, je lui n'présontai « que son projet allait contre le service du maître, puisqu'il ne saurait trouver un plus brave homme, plus habile et qui entendît mieux Tinfanterie que le prince Pio : qu'à . l'égard de (jrana, je lui dis qu'il était si fort attaché à l'Empereur qu'il serait difficile de trouver lieu de l'accuser ; et quant à Montecuccoli, il me paraissait être si bien en Cour, «pie je croyais que sa faveur n'y était pas moins considérable que la sienne. »
Mon raisonnement lui fut si désagréable qu'il sortit brusquement de la chambre et, dans ce moment, il conçut une aversion si grande contre moi (ju'il me la' témoigna le reste de la campagne. Comme la chose regardait deux de mes meilleurs amis, je consultai M. de Lorraine pour savoir si je devais les en avertir.
— « N'y faut pas manquer, » me dit-il.
M. de Lorraine et moi leur dîmes tout ce qui s'était passé de Souches à moi, après leur avoir fait promettre qu'ils n'en témoigneraient aucune aigreur.
Ce général mena l'armée dans le pays de Liège, où il rançonna cruellement tous les châteaux, ses gens demandant partout pour la cuisine, et cela d'une manière si insolente, que tous les gentilshommes s'en plaignaient. J'en avertis le fils (1), qui est un très honnête homme ; il le redit à son père, (|ui m'en sut mauvais gré.
Nous marchâmes à Emden, où les Espagnols avaient un pont ; le prince d'Orange était campé au-delà. Souches, qui avait reçu l'ordre de l'Empereur de ne pas passer la Meuse, sous quel prétexte que ce fût, d'agir seulement entre Meuse et Moselle et de donner 4,000 chevaux, avec un général, si les alliés en avaient grand besoin, m'ordonna de demeurer au camp, tandis qu'il alla diner avec toute la généralité dans le camp des
(i) Haluil iJr> liarres. vicunile d«' Souches.
.'i2S (:iiAV\f;NAC, (;km£ral dk lkopold i"'
troupes espagnoles. Il dit à M. le prince d'Orange qu'il ferait tout ce qu'il lui plairait d'ordonner, mais qu'il n'avait pas envie d'avoir rien à démêler avec les Espagnols. Le prince d'Orange le remercia et lui dit que rintérôt de la chose commune était qu'ils fissent toutes choses de concert.
Souches alla, de là, chez Monterey, ù qui il dit qu'il ne voulait rien avoir à faire avec ces chiens tVHolhri' daiSy qui n'étaient que des rebelles de la maison d'Autriche. Monterey lui répondit à peu près comme le prince d'Orange avait fait. Il dina chez lui ; après quoi Monterey lui donna une épée de diamants, de 20,000 écus, de la part du roi d'Espagne, si bien qu'il revint fort content de sa visite (4 juillet 1674).
A leur première vue, le prince d'Orange et M. de Monterey se racontèrent la conversation qu'ils avaient eue avec Souches. Ils en firent part à Grana, qui leur promit d'en avertir l'Empereur; ce (|u'il lit, après me l'avoir communi(|ué.
Souches décampa pour aller assiéger le mont Olympe ; mais comme le prince d'Orange demandait les 4,000 chevaux que lui avait promis l'Empereur, on me détacha pour les commander ; si bien que je revins en arrière, camper au faubourg de Namur.
Je ne sais quelle jalousie il prit à Souches sur mon conapte, mais il voulut y venir lui-même avec toute son armée. Tout le monde, qui savait que les ordres étaient précis, ignorait ce qu'il voulait ; mais il ne fut pas longtemps indéterminé, car il fit passer l'armée au travers de Namur. Monterey et le prince d'Orange vinrent le joindre et lui demandèrent :
— « Quel bon ange vous a inspiré de passer la Meuse ?
— « J'ai passé la Moselle et non la Meuse ! » répondit-il.
Je ne pus m'empéclier de rire et de lui dire qu'il me faisait pitié et que la Moselle était à plus de quinze lieues de lui.
— « Vous n'êtes pas assez habile pour m'apprendre le pays ni la carte ! » me dit-il, et il se mit beaucoup en colère contre moi.
Cappliers, notre commissaire général, et l'homme de l'Empereur survint et lui demanda ce qu'il avait :
— « C'est, lui répondit-il, monsieur qui me veut faire passer pour un enfant ; mais j'en ferai mes plaintes à Sa Majesté Impériale. »
Je dis le sujet à Cappliers, qui lui dit que j'avais raison. Sur quoi, il se fi\cha de nouveau et demanda à ses guides « quelle rivière nous avions passée ? »
Ceux-ci lui dirent que c'était la Meuse ; ce qui le fit changer de visage et crier :
— « Je suis perdu ! »
Je le laissai là pour aller souper avec Cappliers, qui me dit qu'il ne pouvait se dispenser d'en écrire à la Cour; qu'autrement on croirait qu'il avait consenti au passage de la Meuse.
Cependant notre armée avait joint celle des alliés ; le prince d'Orange voulut voir notre cavalerie ; je la menai au-devant de lui, au galop, sans qu'aucun escadron se rompit. Il dit qu'il n'y avait rien de si beau; aussi n'y avait-il rien de pareil. Nous marchâmes vers Nivelle, en nous approchant du Piéton, où était l'armée de M. le Prince (1). Nous demeurâmes là dix jours, pendant lesquels il fut résolu qu'il se tiendrait un conseil où il n'y aurait que MM. les princes d'Orange et de Lorraine, Souches, Monterey, le marquis d'Assentar
(i) Depuis le 23 juillet; à onze kilomètres N.-O. de Charleroy, entre les villages de Pit^ton et de Traz^-nies.
330 ciiava<;na(:, (;KNkRAi. oe lkopold
et Sporck, et qu'on en porterait les résolutions aux autres généraux.
Dans un de ces conseils, il fut convenu que, pour aller camper à Seneffe, où nous voulions aller avec toute notre armée, qui était composée de 60,000 hommes d'infanterie et de 24,000 chevaux, on en détacherait 6,000, qui devaient être commandés par M. de Lorraine, afin de couvrir la marche. Ce détachement devait passer au delà du ruisseau qui nous couvrait déjà et qu'on ne pouvait passer sans pont; si bien que si M. le Prince en était averti, c'était 0,000 chevaux très assurément battus, l'armée ne pouvant les secourir.
J'ignorai ce beau commandement jusqu'à ce que M. de Lorraine m'en vînt faire part.
— « Vous avez pris une commission à vous faire donner /e« tHrivières! » lui dis-je. Et je lui en donnai mes raisons qu'il trouva si bonnes, qu'il alla trouver Souches, à qui il les rej)résenta. Celui-ci, sachant que c'était moi qui avais trouvé la chose mauvaise, lui répondit que la chose ayant été arrêtée dans le conseil, elle ne pouvait être changée et, de plus, que M. le Prince n'en pouvait être averti. Je lui dis que « M. le Prince connaissait ce pays-là mieux que nous-mêmes » ; mais il n'y eut pas moyen de le lui mettre en tète.
M. de Lorraine, là-dessus, le pria de trouver bon que j'allasse avec son détachement ; mais, au contraire, il m'ordonna d'aller faire le camp. Je lui dis que ce n'était pas mon affaire, que je n'en ferais plus et (|u'il envoyât son quartier-maitre général. M. de Lorraine s'échaulfa aussi pour m avoir, si bien que, voyant que je ne pouvais rien gagner avec lui, je suivis M. de Lorraine sans m'en embarrasser davantage.
Quand nous eûmes joint les commandants des autres troupes, qui étaient don Francisco de Prado et Vaubenon, brave homme et bon officier, nous fîmes un petit
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conseil, où ce dernier dit à M. de Lorraine qu'on exposait son Altesse bien légèrement.
Pour le commandant espagnol, il était si bon gentilhomme et avait une telle aversion pour les Français qu'il n'en pouvait voir sans qu'il n'en prît la fièvre. Elle lui prit, ce jour-là, sans en voir, et il demanda son congé à M. de Lorraine, qui le lui accorda avec plaisir.
Après son départ, nous résolûmes de mettre cent chevaux sur la hauteur, pour nous avertir en cas que M. le Prince marchât à nous, et de nous tenir plus près du ruisseau (1), sur lequel nous fîmes des ponts, afin de le passer avant qu'il fût à nous ; c'était le meilleur parti que nous pussions prendre.
Notre marche fut heureuse, car M. le Prince n'en eut pas avis. Il était sur les hauteurs de Seneffe (2), qui examinait notre dessein. En nous approchant, nous entendîmes une grosse escarmouche, où le capitaine des gardes de Monterey fut fait prisonnier. M. de Lorraine voulait y aller, mais je lui dis qu'il s'en fallait bien garder, d'autant que l'escarmouche était au delà du ruisseau qui couvrait notre armée ; et que, bien loin de là, il fallait faire re]»asser nos troupes, au plus vite, sur trois ponts que nous avions. Vaubenon s'en chargea, tandis que M. de Lorraine et moi allions à l'endroit où l'on tirait. Nous y trouvâmes la généralité qui faisait escarmoucher (3). Le comte de Monterey me dit :
— « Senor, todos es perdidos, comme ce capitan de mi gardos e tornado ! (4) »
Ce qui me fit sourire. Le prince d'Orange s'appro-
(1) La Sainnu'.
(2) A la chapelle de Noire-Dame des Sepl-Douleurs.
(3) Contre les chevau-légers .M. de Sainl-CIas (Jean-Louis de (ienouillac).
(4) " Monsieur, tout est perdu, puisque le capitaine de mes gardes est prisonnier »
CHAVAGNAC, (iÉNÉRAL DE LÉOPOLP I
chu de moi et me dit « qu*il parierait que Monterey m^avait dit que tout était perdu puisque le capitaine de ses gardes avait été pris ; » je lui dis qu'il avait deviné. L^escarmouche finit et chacun se retira dans son camp.
Nous y séjournâmes le lendemain, où il fut résolu de marcher le jour d'après. Messieurs du Conseil ne se corrigèrent pas et détachèrent le prince de Vaudemont, avec 3.000 chevaux, pour demeurer au delà du pont jusqu'à ce que toute Tarmée eût défilé (1).
Je ne l'eus pas plutôt appris que jo dis à M. de Lorraine « qu'on avait bien la rage de mettre 3,000 chevaux à la boucherie et qu'il valait bien mieux rompre les ponts, que de mettre des troupes pour les garder au delà, puisque nous nous retirions. M. de Lorraine me dit que c'était la faute de Sporck, qui avait opiné contre le sentiment de Souches, qu'il haïssait si fort que, si celui-ci eût été en paradis, l'autre n'y aurait pas voulu aller.
Comme il fallait fournir 1. 000 chevaux pour notre part de l'arrière-garde (2), Sporck m'ordonna de commander le régiment de Gallas (3), disant que, quand nous le perdrions, nous ne perdrions pas grand'chose. Ce que
1) En trois colonnes; la cavakrie. à ^au^hp, longt^ant la Sammp; l'infanlprio, au centre, sur le chemin royal de Nivelles à Mons, passant par Haitie-Saint-Piorre, où les maréchaux des logis ont préparé le jL'Itr d'éla|n'; le convoi, à droite. Les Impériaux sont à l'avanl-garde ; les Hollandais, derrière; les Espagnols forment le troisième échelon. I/armée alliée ne compte pas 70,000 combattants, mais elle est encombrée de 30,000 Temmes, « harreliers «m goujats. L'avant-garde est déjà à llaine- Saint-Pierre, que la queue du convoi en est environ à 5 lieues.
(2^ Sous le prince de Vaudemont : î'»,000 chevaux, 500 dragons, 3 régiments d'infanterie, en tout 8.000 combattants.
(3) Mathias, Feld-maréchal autrichien, vainqueur des Suédois
NordUngen, en 1G34, et battu par eux à Juterboch, dix ans a rès; mort en 1647.
je fis, en lui disant que nous verrions comment se passerait la journée du lendemain.
Je montai une heure devant le jour à cheval, parce que je devais commander Tavant-garde, et je fis passer mon bagage, que Souches trouva. Il médit qu'il voulait que je marchasse promplement et que les bagages se mettraient où ils pourraient. Je laissai passer Souches, après quoi, je fis marcher mon bagage à côté de ma colonne; et bien m'en prit, car, sans cela, il en aurait été du mien comme des autres.
M. de Lorraine me dit pour lors :
— « Laissez aller Sporck et Souches au camp, et restez avec moi à Taile gauche. »
J'y consentis ; nous fîmes halte sur une hauteur, où nous ne fûmes pas plutôt que nous entendîmes tirer deux coups de canon.
— « Sur ma parole, dis-je au prince, il y a quelque chose à l'arrière-garde ! »
Et je ne me trompais pas, car il arriva un aide de camp du prince d'Orange, qui nous vint dire que l'arrière-garde était battue (1). J'en fis avertir Souches,
(1) Condé, posté, dès le matin, à la Tour-dfi-Belle, avait concentré ses troupes, vers dix heures, autour du village de Seneiïe, pour attaquer l'arrière-garde ennemie, pendant que Saint- Clas, avec 500 chevaux, donnerait le change à lavant-garde impériale vers Haine-Saint-Pierre. Saint-Clas était relié au gros de l'armée par le maréchal de camp Claude de Choiseul, posté avec un escadron à la chapelle des Sept Douleurs. Le lieutenant général Fourilles, à la téte de 800 chevaux, avait franchi la Sammc au gué de Renissart pour inquiéter les derrières de M. de Vaudemont et attaquer l'escorte de son convoi.
A dix heures et demie, le comte de Montai, à la téte des dragons Colonel général et de la brigade de chevau-légers de Tilladet, enlève le pont de SenelTe aux dragons de Vaudemont el vient se rallier au nord-ouest du village, en face des 5,000 cavaliers d'élite de l'arrière-garde ennemie. Les fusiliers du Roi,
CHAVAGNAC, GÉNKRAL DK LÉOPOLD I*'
tandis que je fis tourner les escadrons et que le prince de Lorraine alla trouver le prince d'Orange, pour savoir ce qu'il y avait à faire.
Mais il arriva lui-inèine (1), dans le temps que M. de Lorraine partait, et me dit qu'il se fallait poster en diligence. Je lui dis bien qu'il me paraissait très nécessaire d'occuper la hauteur où j'étais avec 3,000 chevaux. Il m'envoya encore un gros bataillon de son régiment des gardes, que je postai dans un bois (2) sur ma droite. J'avais devant moi un chemin creux, de la hauteur de la cuisse, que l'on pouvait passer partout en bataille sans se rompre.
Souches arriva à l'armée, pendant que les princes d'Orange, Pio et de Lorraine la postaient (3). Il m'envoya ordre de le venir joindre avec toutes les troupes que je commandais; je lui obéis.
En y allant, je trouvais les princes d'Orange et de Lorraine, qui causaient à la houblonnière, où était quasi toute l'infanterie de l'Empereur. Je commençais d'être à leur conversation, quand le lils de Souches nous vint avertir que les ennemis nous prenaient par derrière ; ce
avec leurs 1 canons légers, et 7 b<iiailloiift tournent SenefTe pur le sud, l'enlèvent à l'infantt'rie hollandaise vaillamineaL commandée par le prince lieorges-Frédéric de Nass<iu.
La Maison du Iloy, conduite par le marquis de Ilocheforl, passe la Samme en amont do SenelFe et vient soutenir la brigade Tilladet engagée près des bois de Buisscret avec les gros escadrons Wallons. Le combat est encore indécis, quand Fourilles, après avoir dispersé l'escorte du canon, intervient avec ses 800 chevau-lé^t.Ts, prend enUanc la cavalerie alliée et décide sa déroute.
C'est le vrai combat de SenefTe qui n'a duré qu'une heure et demie, mais qui a ajouté une victoire à nos annales.
(1) Au prieuré de Saint-Nicolas.
(2) Bois de Scailmont.
(3) Entre la ferme de la Courre-au-Bois et la Samme.
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qui était justément le poste que son père m'avait fait quitter.
M. le prince d'Orange, au désespoir, me dit d'y retourner et qu'il le fallait gagner à quelque prix que ce fût ; qu'il m'enverrait deux régiments d'infanterie à mes ordres; que je ne m'embarrasse pas de Souches, qu'il prenait la chose sur lui, et j'y marchai sans tarder davantage.
Je trouvai que les ennemis s'en étaient saisis. Les deux régiments hollandais de Waldeck (1) et de Culapar m'ayant joint, j'envoyai ordre au major des gardes du prince d'Orange, qui était avec un bataillon sur ma gauche, de charger en môme temps que moi. 11 dit au comte de Solms (2), que je lui avais envoyé, qu'il était Hollandais et qu'il ne recevrait pas mes ordres. Ce qui ne m'empôcha pas d'attaquer les ennemis, de les renverser dans le chemin creux qui était derrière eux et de reprendre six pièces de canon avec les munitions qu'ils avaient gagnées déjà sur les Hollandais.
Le comte de La Tour, lieutenant-colonel de Rabata, n'ayant pu se contenir en deçà du fossé, fut fait prisonnier. Après quoi, je me remis en bataille sur mon premier poste et renvoyai au prince d'Orange ses deux régiments, qui avaient très bien fait et dont je croyais qu'il pouvait avoir besoin ailleurs.
Il me restait à chasser un bataillon suisse d'une maison, où les ennemis faisaient un feu qui m'incommodait beaucoup. J*y envoyai .'300 dragons, commandés
(1) George-Fn'ilerir, prince de Waldeck, général au service de la Hollande, passa au service de Léopold I'', qui le nomma feldraaréchal ; il aidera Jean Sobieski, en 1683, à battre les Turcs devant Vienne, puis il perdra contre le maréchal de Luxembourg la bataille de Fleuras (1690).
(2] Henri Mastrick, lieutenant général hollandais, gouverneur de Nimègue; il sera tué à Neerwinden, en 1693.
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par Caracena (1), Italien de nation, qui les délogea. M. le prince de Condé n'eut pas été plus tôt averti de cela, qu'il fît mettre, à deux cents pas de moi, la Maison du Roy (2) en bataille, avec quatre régiments de cavalerie (3) et celui de ses cuirassiers (4), appuyés de la brigade de Picardie (5), qu'il posta vis-à-vis des gardes du prince d'Orange, et il leur défendit de branler jusqu'à nouvel ordre.
Ce qu'ayant remarqué, je fis une batterie des six pièces de canon, que j'avais regagnées avec les chariots de munitions. Comme je n'avais pas de canonniers, trois cavaliers du régiment de Montecuccoli, le comte de Mansfeld, qui m'avait amené deux bataillons, le jeune Souches et deux autres m'en servirent. Ils pointèrent eux-mêmes les canons, les tirèrent à boulets et à cartouches pendant quatre grosses heures, sans que les ennemis branlassent. J'avoue que je n'ai jamais vu une fermeté pareille à celle des Français, car, quelque fracas et quelques écarts que fit le canon dans
(1) Benavidps de Pinto, marquis de Caracena; il irétaii pas Italien, mais il avait viO élevr h Milan, dont son père, don Luis, rtait gouverneur, avant dr devenir capitaine général des Pays- Ras.
(2) 2,000 chevaux, en 9 escadrons, commandés par le lieutenant général Henry-Louis d'.Vloigny, marquis de Rorhefort ; + compagnies de ganles du corps, conduites par le lieutenant François de Monestay, marquis de Chazeron, et les chevau-léger» de la garde, à la téte desquels fut tué Henri Ualzac, marquis d Ailly.
(3) La brigade de M. de Cassiignel, seigneur de Tilladet.
(4) Les Cuirassiers du Hoy, régiment d'élite formé en 1638 et commandé à SenefTe par son mestre de camp-lieutenant, Charles- .\médée d»* Broglio, comte de Hevel.
(5) Il y avait h Seneiïe deux bataillons de Picardie, qui eurent 5 ofliciers tués : le lieutenant-colonel de Senneville, les capitaines Cléran et du Faure, les lieutenants Dufresne et Claussain, et 3.*» officiei-s blessés.
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leurs escadrons, jo n'entendis jamais autre chose que :
— « Ce n'est rien, cLfants, serrez ! »
Et dans le moment, ils remplissaient le rang que le boulet avait emporté.
Je leur criai :
— « C'est quelque chose ! »
On me répondit :
— « Ce soir, nous aurons la revanche !
— M Prenez toujours cela en attendant », répliquai-je. On peut juger si nous étions pri'S. M. le Prince et
M. de Luxembourg étaient à leur tète, attendant la décision du combat de la houblonnière pour me faire charger (1). Il s'y faisait un feu terrible ; le prince Pio y eut la cuisse percée ; celui de Lorraine y fut blessé, mais légèrement. Nous demeurâmes ainsi postés jusqu'à onze heures du soir, sans avoir été secourus de Monterey, qui, avec ses troupes, avait marché entre Mons et nous. Aussi ne vîmes-nous jamais d'autres Espagnols que le pauvre marquis d'Assentar, qui fut tué à l'arriêre-garde.
Sporck, qui était à notre avant-garde, me vint voir à mon poste un moment. 11 me quitta pour aller proposer à Souches que, s'il voulait, il marcherait avec sa cavalerie au camp des ennemis et les prendrait ainsi par leurs derrières ; mais celui-ci n'y voulut pas consentir. Le raisonnement de Sptirck me parut néanmoins excel-
(l) LuxoinlHiurm, avec lu cnvaleri»* léfr«»n\ ex^culail rontre l'aile droite euneiiiif, du cftié de la Courre-au-Bois, un mouvement toui llant, ijui obligea le prince d'Orange à changer de front et à se replier sur le clwUeau de l'Eseaille, le village et IVglise de Fayl. Il barrait ainsi le clmnin royal et le battait par les feux de son artillerie, n'-partir aux ailes de la nouvelle ligne. \ trois heures, Cond»* allaqua le front et le duc de .Navailles à gauche, vers la llestre. Cette double attaque échoua, et la nuit seule mit Ûn au combat«
ciiav.\<;nac, général de lkopold i*"*^
lent et, s'il avait été exécuté, je crois que M. le Prince en aurait pu être embarrassé.
Sur le soir, Louvigny (Il et le marquis de Burgomanera me vinrent demander si je ne trouvais pas à propos qu'on se retirât. Je leur répondis que « non. d'autant que je pourrais bien retirer la cavalerie, niais que l'infanterie serait taillée en pièces ; que mon sentiment était que toute l'armée chargeAt à la fois. »
Ils s'en allèrent parler axi prince d'Orange et à Souches, qui résolurent néanmoins de se retirer.
Les ennemis lirent faire une furieuse décharge : j'en reçus un coup de mousquet au côté ; mais la balle, ayant donné dessus un gros galon d'or assez épais, ne me fit qu'une grosse contusion.
Je leur en fis faire une autre à mon tour, qui ne fut pas moindre que la leur ; ils en prirent une si grosse épouvante, qu'ils s'en jetèrent (à ce que j'ai appris depuis de M. le Prince) dans un fossé.
Cependant le prince d'Orange et Souches se retirèrent sans me faire avertir ; un cavalier de Rabata me le vint dire tout haut. Je le (is mettre aux arrêts, croyant qu'il le disait de peur, et j'ordonnai à son capitaine de me l'amener, au point du jour, pour le faire pendre. J'avoue néanmoins qu'il m'en prit quelqu'inquiétude ; j'envoyai un de mes aides de camp pour s'en informer : il revint à toutes jambes et m'assura qu'il n'y avait rien de plus vrai. Lesley, (|ui était avec moi, me dit :
— « Est-il possible, monsieur, qu'on vous oublie avec 6,000 hommes ! Ne voulez-vous pas vous retirer ?
— » Non, lui dis-je, je ne le veux ni ne le dois
(1) Gentilhomin»* wallon, au senic»* de rEspnMnc, (jui d<*vii*ii- <ira gouverneur du llainaut i l nieslic de camp gZ-néral du Milanais.
sans ordre, en présence des ennemis dont nous voyons les mèches. »
Mais comme nous n'entendions aucun bruit, potir en savoir la raison, je ils appeler un lieutenant du régiment de Souches, nommé « la Grenouille », français de nation, à qui je promis une compagnie, s'il vouhiit se glisser sur le ventre et aller écouter ce que faisaient les ennemis. Il y fut et n'entendit rien. Comme il faisait fort noir, il alla à la haie, où il lit un petit trou. A la lueur d'une mi'che, il vit qu'il n'y avait personne. J'y allai moi-môme m'en informer; je n'en eus pas plus tùt connu la vérité, que je mandai à Souches et au prince d'Orange que, s'ils voulaient revenir, j'étais maître du champ de bataille. Le prince le voulut, mais Souches n'y consentit jamais ; il m'ordonna do m'en revenir en diligence.
Le jour vint ; je me promenai dans les postes des ennemis qui m'étaient opposés; j'y trouvai 1,200 morts et plus de 200 blessés, qui ne m'entendirent pas plus tôt parler fran(;ais (jue les uns me demandèrent des confesseurs et les autres des chirurgiens. Je leur répondis que je n'en avais pas, mais que j'allais envoyer un trompette à M. le Prince pour qu'il les envoyât chercher, et qu'en attendant, je laissais un capitaine, avec 100 chevaux, pour empêcher les paysans de leur faire du mal. Ce queje fis.
Ainsi linit le combat de Senelîe, qui a été un des plus sanglants que j'aie jamais vus. Les Hollandais y perdirent leurs bagages, 6,000 hommes et quantité de drapeaux. Les Impériaux en furent quittes pour 000 hommes.
Quand j'eus rejoint l'armée, il n'est pas dv caresses qu'on ne me fit. M. le prince d'Orange me lit proposer de servir MM. des États et (|u'on m'y ferait le parti que je désirerais, sous le bon agrément de l'Empereur.
3'|0 CHAVAtiNAC, GÉîtÉBAL DB LÉOPOLD l"
Suucbes ne me dit mot; mais, le lendemain, ayant rencontré mon aide de camp, il lui dit que, si j'avais voulu être de ses amis, il aurait fait valoir mon action, mais qu'il ne me mettrait pas seulement dans sa relation.
Le Boir, je fus chez lui avec tous les généraux ; il me demanda comment les choses s'étaient passées de mon côté.
— « Il n'est pas nécessaire que vous le sachiez, lui répondis-je, puisque vous n'en voulez pas écrire un mot à la Cour; mais votre iils, qui est un très brave homme et qui y a bien fait son devoir, pourra vous l'apprendre, puisqu'il en a été témoin. Je ferai une relation que j*enverrai à Montecuccoli pour qu'il le fasse voir à Sa Majesté, où je lui marquerai que vous m'avez oublié avec 0,000 hommes.
Je sortis en même temps. Son fils, pour qui j'avais autant «Test i me que de mépris pour son père, me vint trouver et me prier que je ne nnsse pas ce dernier article dans ma relation ; je voidus bien le lui accorder par l'amitié que j'avais pour sa propre personne.
Nous allâmes auprès de Mous, où l'on fit chanter le Te Deum comme on le faisait chanter a Paris, chaque parti s'en était fait honneur. Mais pour moi, j'ai toujours cru (ju'il n'y avait pas de quoi chanter de part ni d'autre (1).
(! I CpfuTutanl M. il»» K.iunoy, st-rrrUiin* «lo riuillanino d'Or.inffe, •'«•rit au ronit«* il'EstraïU's : <« N«)us avuns p«Tilu six bataillons «rinfanliTie, dont il i»e reste persoiin»'; tout le bagajje du Slnlliouder et relui de son année a pris el pillé. .Nous niarrhons vers Mons, manquant «le tout. » Les Kranrais avaient fait :i, 500 prisonniers; Condé envoya à Versailles, par son aide de camp, Jean llérauld de (iourville, 107 drapeaux ou étendards, qui furent portés à Notre-Dame par les ('ent-.Suisses.
Les Te Deum, chantés à Vienne, ,\ Madrid et à Bruxelles, étaient moins ornés de tri»pliées autluMitiqurs.