AVANT LA PAIX DE NIMK(;UE
il revint « Essiingen (1 ), où il se mit entre les mains du bourreau de Nuremberg, pi»ur se faire guérir le pied. En Allemagne, la plupart des bourreaux sont médecins, mais celui-ci ne le guérit pas plus que les autres.
Il m'envoya ordre cependant de faire marcher toutes les troupes aux environs de Lahr (2), petite ville audessus d'Oiïenhourg.
Le maréchal de Créqui assembla son armée (3) près de Fribourg, à six lieues de nous.
Deux capitaines de nos partisans me demandèrent permission daller à laguerro, avec 00 reîtres chacun. Je le leur permis ; ils y furent et l'action qu'ils firent mérite bieri d'être racontée.
L'un s'appelait Grecque, soldat de fortune, jadis tnmipette et pour lors capitaine ; l'autre s'appelait Heurler, capitaine dans Rabata. Celui-ci, croyant que les ennemis pourraient aller au fourrage, s'embusqua à deux lieues de leur année. Grecque en fit de même à une demi-lieue de lui, sans savoir que son camarade y fût. Il n'y avait pas deux heures qu'ils y étaient, que Saint- Sylvestre, détaché de l'armée française avec 500 chevaux et 100 soldais, passa à. côté de lui sans le découvrir.
Heurler remar(|ua (|iril mit ses fantassins dans un cimetière, (jui fermait un défilé, par où il fallait nécessairement passer. Jugeant qu'il ne manquerait pas de repaître à un village, qui était à trois lieues de son poste d'infanterie, il le suivit derrière, comme si c'étiùt une troupe française.
Quand il fut à l'église, on lui cria :
(1) Sur \e Nerk»T,
(2) Sur In Srliiitin-, trois lieun» S.-O. »rOITiinbouip.
(3) Crtuiposép «le rj.iKK) homrap» d'infanlorie H de 10,000 cavaliers ou dragons.
CHARLES V, DUC DE LOKBAINK
•T- « Qui vive ! »
Il fil parler un cavalier, qui répondit qu'il était de la troupe qui marchait devant.
Ainsi qu'Heurlcr l'avait prévu, Saint-Sylvestre ne manqua pas de repaître au village et, comme il se croyait assuré du cùlé de son armée par son infanterie, il s'était contenté de mettre 15 cavaliers à la défense du pont du côté de Fribourg.
Quand il fut à la vue de ce corps de gardé, Heurler marcha, à petits pas, jusqu'au pont, fitsonnerla charge, se mêla parmi les Français dans le village, où il entra, tua et renversa tout ce qu'il trouva (|ui repaissait.
Saint-Sylvestre fil tout ce qu'on pouvait attendre d'un galant homme et, s'étant aperçu qu'il n'y avait qu'une petite troupe, il commençait à rallier son monde dans le temps que Grecque, qui avait ouï tirer, arriva et fit sonner la charge par deux trompettes qu'il avait. Ce qui épouvanta tellement ces gens, à demi revenus de la première surprise, qu'ils se sauvèrent comme ils purent. Saint-Sylvestre fut du nombre ; mais il perdit 150 hommes tués. Nos gens amenèrent 150 prisonniers, parmi lesquels étaient son major et le comte de Colombine, gentilhomme d'Auvergne, qui avait été pris après avoir reçu un coup d'épée au travers du corps. Je fis prendre tous les soins imaginables de l'un et de l'autre et, après leur guérison. M. de Lorraine me permit de les délivrer.
Après avoir demeuré aux environs de Lahr huit jours, nous marchâmes droit au maréchal. Il ne trouva pas à propos de nous attendre et s'alla poster sous Fribourg. Pour nous, nous allâmes camper entre Brisach et Fribourg, où il y eut de petites escarmouches.
Le Duc résolut de dérober une marc lie aux ennemis «t, pour cet effet, il ordonna que les bagages fussent en
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état de iimn lier ù l'entrée de la nuit» vouluiit gagner le poste de Langen-Dinzlingen (l). Il fallait traverser, pour cela, un grand bois de haute futaie (2), qui dure près do deux lieues. Il nie chargea de 1 arrière-garde et donna ordre aux troupes de me joindre en cas d'alarme.
La route était si mauvaise que le duc de Saxe-Lauenhourg perdit quasi toute l'aile droite. Je connus son égarement et, pour lui donner le temps de se reconnaître, je me mis en bataille sur le bord du bois jusqu'à ce que les troupes eussent défilé. Saxe-Laut-nbourg s'embarrassa de nouveau, ce qui me fit comprendre qu'il ne savait ce qu'il faisait ; j'allai le trouver et lui dis :
— « Votre Altesse se trouve mal ; si Elle veut se reposer à la tète du régiment de Montecuccoli,je remettrai les troupes. »
Il m'en remercia fort et fit ce que je lui disais.
Ce contre-temps avait donné le loisir au maréchal de Gréqui d'être averti de notre marche ; car il était dix heures du matin, quand je vis venir, de loin, douze escadrons de cavalerie et six de dragons pour m'attaquer.
J'envoyai ordre au comte de Ghermy de m'amener de l'infanterie en diligence et d'avertir Son Altesse. Ce i|u'il fit avec toute la diligence possible ; mais ce ne put être assez avant que les ennemis ne fussent à moi. En abordant, ils firent mettre les dragons du Roy (3)
(1) Sur la (ilottiT (alHuenl de rive gauclic d«' l'EU), à une lieue et liuniie au nord de Fribourg.
(2) Ix ror(H de Mous.
{:\) Royal -Dragons, formé, lo 14 juin 1656, avec des dragons allemand» et commandé par le marquis de Puyguilhera tdeveun duc de Lauzun), s'élait fait remarquer, en 1658, à la bataille des Dunes, puis à Enslieim (4 uclobre 1673), à Mulbausea, Turkiieim el Altenlicim en 1075.
CHARLES V, DUC DE LUlillAlNfe;
et de lu Reine pied à terre. J'avais posté mon régiment dans un chemin creux, avec un capitaine et 50 dragons dans une vigne en (lanc, qui les aurait beaucoup incommodés s'ils se fussent opiniâtrés à Tattaque. Pour moi, j'étais en bataille, derrière mes dragons, avec ma cavalerie et j'avais escadrons à ma droite.
Les dragons du Roy, commandés par le marquis de Boulllers aujourd'hui maréchal de France}, et ceux de la Reine par Saint-Frémont, vinrent avec beaucoup de fierté à mon régiment, qui les reçut de même, car je leur défendis de tirer un coup «jut* je ne le dise. Ils souffrirent leur feu sans inquiétude ; mais la cavalerie ayant voulu venir à moi, je commandai à mon régiment de faire sa décharge à bout touchant, ce qui les fit retirer.
Alors les dragons français voulurent revenir à la charge ; mais, dans ce même temps, le comte de Chermy me joignit avec quatre bataillons et deux petites pièces de campagne. Je fis venir mon régiment, qui remonta à cheval: je postai l'infanterie où il était, et je marchai aux ennemis, à qui je fis repasser le défilé plus vite qu'ils n'étaient venus.
Le duc de Lorraine arriva et, trouvant les ennemis repoussés, retourna pour prendre le poste de Langen- Denzlingen. Le maréchal de Cré<|ui, <|ui n'avait fait faire une feinte à notre arrière-garde que pour se rendre maître auparavant de Langen, avait marché et s'était mis en bataille au haut de la plaine du côté de Fribourg, au milieu de laquelle il y avait une ravine très diilicile à passer, qui commençait depuis les montagnes et finissait à la forôt.
Nous ignorions ce terrain, si bien que nous vîmes faire au maréchal un mouvement auquel nous ne nous attendions pas. Il fit avancer son infanterie tout le long de la montagne, comme s'il eût voulu vt'uir à nous ; mais c'était pour retirer 300 hommes, qu'il avait jetés dans