AVANT LA PAIX DE NIMÈGUE
de lirugous et celui de Trausmansdorf ; il en lit autant du prince Flermann de Bade et de moi, chacun avec 2,000 chevaux. Comme il avait pris le chemin le plus court, il arriva deux heures avant nous, justement comme le maréchal était sur le bord de la Kinzig (23 juillet).
Je vins comme il achevait de poster ses troupes ; nous trouvâmes à propos de gagner les bois pour nous mettre sous Olîembourg.
Le maréchal voyant ce manège, fit attaquer la rivière, que mon régiment gardait avec quelque cavalerie. Rantin, colonel lorrain, fut pris et mené au maréchal, qui lui demanda qui commandait ce parti.
— « C'est le duc de Lorraine, dit Rantin, à la téte de toute l'armée, et vous pouvez vous en éclaircir en envoyant reconnaître la voie des chariots d'artillerie. »
Il était vrai que le Duc avait fait venir doux pièces de 2-4 de Philippsbourg à Olfembourg. Ola tint le maréchal en irrésolution et lui fit perdre du temps. Il ne laissa pas de faire charger Tarrière-garde, mais nous nous retirâmes sans rien perdre de considérable. Nous y prîmes le comte de Schonberg (1).
M. de Lorraine prit le parti de se poster à Oberkirch(2>, pour voir quel parti prendrait l'armée du Roy et pour attendre que la sienne, qui venait par les montagnes, l'eût joint.
Le maréchal avait enVie d'aller à Olîembourg et, pour cela, il prit un chAteau qui en est tout proche sur une hauteur. 11 fit faire une es[»èce de tranchée pour venir à la ville ; mais, nous voyant si près, il s'en dé-
(1) Frédéric-Armand, mmtp do Srhonberff, du pays do Clrvc», au .service de France depuis 1650, raar«''chul de France en 1675: svra exilé, comme prolestant, h la révocation del'Edit de Xanles, en 1685, et mourra en .\ngleterre, au sei-vice de Guillaume III.
(2) Sur la Rench, deux lieues et demie nord-est d'Oflemboyrg.
CHARLES V, pue DE LORRAINE
sista pour marcher au fort de Kehl, qu'il prit en six jours et rasa. 11 nous fut impossible de rassembler l'armée à temps pour lo secourir. Les Français ensuite remontèrent le Rhin, qu'ils passèrent sur leur pont d'Altenheim.
Le Duc, après avoir jeté du monde dans Strasbourg avec le prince Heriuann de Bade, fut se camper à Schrœck (1), où il fit un pont, taudis qu'il me détacha avec 6,000 hommes pour couvrir Philippsbourg.
Le maréchal vint se camper vis-à-vis M. de Lorraine à Landscnheim. Les deux armées demeurèrent en présence (2) près de six semaines en escarmouc hant.
Tous les jours, je faisais passer de gros partis sur le pont de Philippsbourg pour inquiéter les ennemis. Deux de ces partis furent assez heureux. Le premier battit un convoi qui venait deWissembourg, escorté de 200 hommes de pied et de 300 chevaux ; le second fut commandé par llalweil, un de mes mestres de camp, que je détaciiai avec 500 cavaliers ou dragons. Il rencontra du Hosel (3) avec pareil nombre, qu'il fit prisonnier, et Chazeron, commandant cent Gardes du Roy, dont il y eut 4r) de pris. Brona le fut aussi, avec 14 autres ofiiciers et environ 120 cavaliers.
Le maréchal fit ensuite prendre les quartiers d'hiver dans l'Alsace et dans la Lorraine, ayant laissé Bissy (4) avec 6,000 hommes dans le Hundrnck.
(1) Aujourd'hui L«'opolilshnf«"n, It.imoau de la rive droite du Rhin, à trois gi i»s.ses Houes au sud de Philippsbourg.
(2) Cféqui, ayant reçu du Hoy l'ordre de ne pas assiéger Strasbourg, sV>iahlit sur !•■ Lauter avec un détachement à Landau.
(3) César- Airnand, mestre de camp en iO"7, sera lieutenant gén^^ral en 1702.
(4) Jacques di* Thiard, fnarquisde Bissy, mestre de camp, lieui»*njinl u<'n<'ral en 1701.
AVANT LA PAIX DE MMKf.UE
M. de Lorraine me détacha, avec autant, pour tâcher de le combattre. J'arrivai jusqu'à (juatre lieues de lui; mais comme je marchais pour le surprendre dans son quartier, il en fut averti et se retira brusquement. Je le suivis cinq grandes lieues jusqu'au bord de la Sarre.
Je croyais, après cela, devoir rejoindre le duc de Lorraine, qui m'avait promis mon congé pour aller à la Cour ; mais je fus surpris de recevoir des ordres de l'Empereur d'établir 10,000 hommes dans le Hundsruck (1 1 et sur la noblesse du Bas-Rliin, et d'y demeurer pour les commander.
J'écrivis au Duc, qui m'envoya ces ordres, que « je lui demandais, par toute l'amitié qu'il avait pour moi, d'envoyer un autre général à ma place ; qu'il savait bien que, de tonte nécessité, mes affaires m'obligeaient d'aller à la Cour » ; mais il n'y eut jamais moyen.
J'avais le pressentiment que ce quartier d'hiver me serait malheureux ; mais je n'avais garde de prévoir l'endroit qui devait précipiter ma mauvaise destinée.
Je ne regardais, pour lors, que la peine où je serais de fiiire subsister et payer 10,000 hommes dans un pays que l'armée française avait brûlé ou pillé tout entier, au milieu de trois Electeurs, qui sont de très diflicilcs seigneurs, surtout ayant ordre de ne toucher à rien qui leui* appartint. Quand tous les anges du ciel auraient été à ma place, je n'aurais pas pu les contenter.
Cependant « quia un maLÎtre, doit luiobéim. J'établis mes quartiers et je pris le mien à Worms, n'y gardant que deux régiments pour me garder. Je garnis du mieux qu'il me fut possible les bords de la Moselle, parce que l'armée qu'avait commandée M. de Luxembourg était en quartiers de l'autre côté. J'en fis autant
{{) Le pays inonlagneux cl boisé compris entre la Nalie, le Rhin et lu Moselle.
418 CHARLES V, DUC DE LfJRRAINK
de la Sarre, au delà de laquelle les troupes du maréchal de Créqui passaient l'hiver.
Je fus assez heureux au milieu de tant d^ennemis et par le cruel froid qu'il fit, où toutes les rivières étaient gelées, de ne perdre que sept cavaliers et un maréchal des logis, qui furent enlevés; mais aussi je fatiguai un peu mes troupes.
Sur ces entrefaites, ma femme (1) mourut et, pour redoublement de chagrin, la goutte me prit très violente. J'écrivis à M. de Lorraine « qu'il envoyât un autre général ; que je n'étais pas en état d'agir ». Mais il me fit réponse que, quoique je fusse au lit, je ne laisserais pas de mettre ordre à toutes choses.
Pour lors, me voyant déjà Agé, sans femme, sans enfants, j'écrivis à ma belle-sœur (2) qu'elle m'envoyât son lils aîné (3), qui était, pour lors, au collège à Paris, et à qui j'avais destiné mon régiment de dragons. Elle me le fit conduire, dans la suite, par son frère de Lugarde (4), capitaine dans Navarre ; mais son voyage ne fut pas heureux, mon régiment ayant été réformé, comme je le dirai dans la suite.
Cependant je demeurai dans ces <|uartiers jusqu'à la paix (5). Avant qu'elle fût déclarée, le comte d'Espinac (qui est aujourd'hui dans la gendarmerie) prit le pré-
(1) Louise de Tournint.
(2) La roinli'ss»» Kraiu;ois «ie (Hiuva^^nar, Louise tlu Ho», lille de Gaspard du lt(»s du Kayel, marié»? le 7 mai H'ÙV.K
(3) Aiinrl de Cliavamiac.
(i) C.laude-Kerdinand de Cliavat^nac de Lugarde, til» du premier lit de i'Yançois de Cliavagnac.
(5) Il s'agit du double traité du r> Tevrier qui mil iln à la
guerre de l'Empereur et de l'Empire contre la France et la Suède, Louis XIV le ralilia I»; 2(1 février; Léupold !•', le 29 mars.