‹ Mémoires du comte Reynier, général de divisionChapitre 1 sur 43 · VJ NOTICE · texte numérisé non relu

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entra dans le bataillon du Théâtre-Français , et marcha comme simple canonnier à la rencontre de l'ennemi. Rappelé presque aussitôt par le directeur des fortifications qu'on élevait autour de la capitale, il fut employé comme ingénieur jusqu'à la fin d'octobre qu'il fut nommé adjoint aux adjudans - généraux de l'armée du Nord. Il fit en cette qualité le campagne de Belgique , assista à la bataille de Jemmapes , à celle de Nerwinde , et partagea cette .longue suite de revers qu'entraîna la défection de Dumotiriez. L'instruction avait fui : l'émigration , les défiances avaient éloigné les hommes capables j Reynier en devint d'autant plus précieux. Il fut fait chef de brigade , et attaché à l'étatmajor. Cétait là que l'appelait son talent.

Froid , réservé , peu propre à enlever la troupe , il était d'une aptitude rare aux méditations du cabinet. Personne ne concevait, ne disposait mieux un plan d'attaque , personne ne discutait mieux les chances d'une opération. La coupe , les accidens du terrain fixaient son attention d'une manière spéciale. Il sentait l'importance du champ de manœuvres, et mettait un soin particulier à le bien

SUR LE GÉNÉRAL REYIÏIER. Vlj

choisir. Il n'en mettait pas moins à plier le soldat à la discipline. Il avait vu les merveilles qu'avait exécutées son courage , et les revers que l'insurbordination , le défaut d'habitude , avaient entraînés ; il résolut d'y remédier. Il exerça, organisa mieux la troupe, et vit bientôt les bandes indisciplinées des volontaires , aussi dociles , aussi fermes , que les vieilles demi - brigades avec lesquelles elles combattaient. Ces heureuses tentatives et les succès dont elles furent couronnées , lui méritèrent la confiance du général en chef, dont il devint bientôt l'ami , le confident. Il avait préparé les victoires qui avaient signalé son commandement à l'armée du Nord, il le suivit à celle de Rhin-et-Moselle , qui lui fut déféré après les désastres de Piçhegru.

En quel état la perfidie de ce général avait mis des troupes long -temps victorieuses!

Battues sous les murs de Mayence , elles avaient été ramenées devant Landau , oh les maladies et la misère achevaient de les consumer. Les caisses , les magasins , étaient égalemënt épuisés. Point d'habits , point de subsistances, point de solde. L'officier était pieds-nus comme le soldat; tous succom-*

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baient aux privations. Assurés de l'homme odieux qui s'était chargé de faire périr les braves qui s'immolaient à sa gloire , les Au-* trichiens restèrent paisibles tant qu'il présida à ces horribles funérailles. Mais il ne fut pas plus tôt rappelé, qu'ils se mirent en mouvement. Ils se flattèrent sans doute d'achever ce qu'il avait si cruellement ébauché , et rompirent un armistice inconcevable dans des cir^ constances qui le rendaient plus inconcevable encore. Accordée au milieu de la victoire , la cessation des hostilités était repoussée après la défaite , au moment où elle semblait indispensable pour secourir Beaulieu. Cette conduite paraissait étrange j mais ils marchaient 1 force était de se mettre en mesure. La chose n'était pas aisée \ les transports étaient nuls $ la cavalerie n'avait que quelques chevaux galeux ; l'artillerie s'était vainement épuisée à reformer ses attelages.

Obligé de suppléer à cet affreux dénûment, Reynier sut trouver, assembler des ressources. Il mit à contribution le patriotisme des campagnes ; il obtint des vêtemens , réunit des subsistances , attacha des bœufs aux pièces, et l'armée, dont il avait adouci la

StJR LE tîÉHÉRÀL REVOIE*. • IX

înisère , put enfin se porter sur Kayserlautern. Heureusement l'ennemi ne nous attendit pas. La victoire de Lodi s'était fait sentir sur les bords du Rhin; Wurmser fut obligé d'accourir au secours de Beaulieu.

Jourdan s'était avancé sur la Sieg; les Autrichiens affaiblis , battus dans deux rencontres successives, avaient évacué le Palatinat. Ils ne conservaient plus sur la rive gauche que la position retranchée de la Rehute , en avant de la tête de pont de Manheim , et quelques postes autour de Mayence. On les suivit, on emporta une partie des ouvrages; on eût voulu franchir le fleuve et troubler le mouvement que le prince Charles dirigeait sur l'armée de Sambre-et-Meuse ; mais on n'avait ni équipages de pont ni moyens de s'en procurer. On fut obligé de perdre un temps précieux à les chercher. Cette opération regardait plus spécialement le général Reynier; il mit à la préparer, une prévoyance, une habileté peu commune. Sans fonds, sans moyens, obligé de recourir au patriotisme qui lui avait déjà fourni des ressources abondantes, il sut l'animer, le stimuler, et lui arracher encore les sacrifices

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