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DES REVENUS EN NATURE

L'ordonnateur Daure n'avait pu persuader le général Menou de la nécessité de faire des approvisionnemens considérables ; son successeur, l'ordonnateur Sartelon , ne fut pas plus heureux , et les avis des préparatifs des ennemis ne purent pas davantage l'y déterminer. La fabrication du biscuit ne fut pas même reprise pour remplacer celui qui s'était avarié en plein air, ou dans de mauvais magasins. Les grains destinés à compléter l'approvisionnement d'Alexandrie, pour l'armée pendant six mois , et pour la garnison pendant un an , furent envoyés* par eau , en brumaire et frimaire , à Rosette. De là, ils furent transportés successivement à Alexandrie. De plus on déposa à Rosette, on ne sait par quelle raison, du blé et de l'orge qui auraient été beaucoup mieux placés à Alexandrie ou k Rahmaniëh ; Rosette n'étant susceptible d'aucune défense.

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Les petits forts construits sur la côte, sur les bords du Nil et autour du Caire , ne furent approvisionnés que pour un mois. L'approvisionnement de Belbëis çt de Salêhiëh ne fut pas complété à la quantité nécessaire pour nourrir l'armée, lorsqu'elle se rassemblerait sur la frontière de Syrie ; les magasins de Damiette et de Lesbëh étaient plus considérables. La citadelle du Caire était approvisionnée pour trois mois.

L'organisation physique de l'Égypte, le genre de culture qu'elle exige, et ïa stérilité à laquelle elle est condamnée, lorsque la crue du Nil n'est point assez forte pour couvrir toutes les terres , ont , dans tous les temps , forcé le gouvernement à porter la plus grande attention sur la formation des magasins de grains suffitans pour fournir à la subsistance du peuple dans les mauvîtf ses annéés, ou au moins à l'ensemencement des terres. Dans les bonnes années , on récolte une quantité de grains de beaucoup supérieure à celle que les habitansrconsommènt. Les récoltes des années médiocres permettent même une exportation assez considérable pour l'Arabie, la Syrie et Constantinople; une partie de cet excédant est mise en réserve, jusqu'à ce qu'on soit assuré d'une bonne inondation. Sous le gouvernement divisé des mameloucLs , le magasin général oit se versait le produit du miry en nature , était bientôt épuisé par la répartition entre les personnes qui y avaient droit ; mais les bey s , propriétaires de presque tous les villages , faisaient des réserves particulières.

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Lorsque, outre les habitans, on avait encore à nourrir une armée , qu'on se trouvait dans un état de guerre intérieure et extérieure , susceptible d'un moment à Vautre d'amener des changemens et de suspendre toute perception, on avait de bien plus fortes raisons pour former des magasins extraordinaires. Bonaparte avait fait établir au Mékias un magasin général de grains, qui devait fournir aux approvisionnemens des places , aux besoins de l'armée ; et , si cela devenait nécessaire, à ceux des habitans. Les grains provenant de la portion des contributions qu'il était d'usage de percevoir en nature, dans la Haute-Égypte , y étaient versés ; ceux que dans la Basse-Egypte , on tirait des oussiëhs, et ceux qu'on requérait ou qu'on achetait , y servaient aussi pour l'approvisionnement des places.

Les troubles intérieurs qui précédèrent la bataille d'Héliopolis, avaient empêché de former un approvisionnement bien considérable. L'inondation avait été médiocre et la récolte faible ; vers là fin du siège du Caire , Mourâd-Bey avait fourni les grains nécessaires pour nourrir l'armée. Aussitôt que Kléber, débarrassé des ennemis, put s'occuper de l'administration de l'Égypte , il fit activer la levée des grains et la formation des magasins : ce fut le principal objet de la surveillance du comité administratif. Deux membres de ce comité allèrent ensuite dans la Haute-Egypte pour y presser les versemens ; mais, pendant leur mission, le général Menou supprima le comité. L'un des membres resta bien chargé de la direction des revenus en nature; mais on ne veilla

pas, comme Kléber avait voulu le faire en organisant le comité administratif, à ce que les subsistances de l'armée ne fussent pas sacrifiées à la finance ; à ce qu'on s'occupât également de la perception des grains et de celle de l'argent; à ce qu'on ne convertît pas en espèces les contributions qu'il importait de recevoir en nature, etc.... Les magasins s'épuisèrent au lieu de se remplir ; ils étaient vides au commencement de frimaire. Le directeur des revenus en nature avait inutilement averti qu'on allait manquer, et proposé les moyens de les remplir et de les alimenter. Lorsqu'on fut pressé par le besoin , on chargea les Cophtes de verser les grains dans le magasin général , comme emprunt qu'on promettait de leur rembourser ; mais ils ne le firent que lentement , et seulement pour fournir à la consommation journalière du Caire. Le directeur des revenus en nature écrivit au général M enou pour l'inviter a prendre quelque grande mesure ; il proposa d'intéresser davantage les Cophtes , en leur abandonnant les arriérés dus par plusieurs villages,, et qui par suite de leur négligence, n'avaient pas été perçus, et aussi pour le prévenir que si l'armée devait entrer en campagne, elle serait sans moyens suffisans : cela fut inutile. (M administrateur ne fat point secondé. Les rentrées qu'il pressa , autant qu'il lui fat possible, pendant les mois de frimaire, de nivose et de pluviôse, suffirent à peine aux besoins journaliers ; et lorsque les Anglais parurent , le magasin général ne pouvait pas fournir à la subsistance de l'armée pour plus de vingt jours.

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