PIEGES JUSTIFICATIVES
( N° i.) Âa quartier-général du Caire, le 6 brumaire an rz (a8 octobre 1800).
Proclamation aux habitans de 1* Egypte. Au nom de Dieu, clément et miséricordieux; il n*jr a de Dieu que Dieu 7 et Mahomet est son prophète.
Menou, général en chep de l'armée française, aux
habitans de l ëgtpte.
Habitans de l'Egypte! écoutez ce que j'ai à vous dire au nom de la République française. Vous étiez malheureux; l'armée française est venue en Egypte pour vous porter le bonheur. Vous gémissiez sous le poids des vexations de toute espèce; jè suis chargé par la République el par son premier consul Bonaparte , de vous en délivrer. Une multitude d'impôts vous enlevaient tous les fruits <fe vos travaux; j'en ai détruit la plus grande partie. Aucune règle ne fixait d'une manière précise ce que vous deviez payer ; j'en ai établi une invariable. Chacun dorénavant connaîtra à quel taux s'élèvent ses contributions ; dans chaque ville , dans chaque village , <^ns chaque maison , si cela est possible, seront affichés et publiés les états de ce que chacun doit payer.
Les gens puissans et les grands exigeaient de vous des avanies, je vous engagé ma parole que je n'en exigerai jamais. Parmi vous , ceux qui avaient acquis par un long travail des richesses et de l'argent étaient obligés de les
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cacher, de les enfouir même dans la terre pour empêcher qu elles ne tombassent dans les mains des grands , qui sans cesse épiaient l'occasion de tous les ravir. Habitans de l'Égypte, je vous promets, au nom de la République, devant Dieu et son Prophète, que ni moi, ni aucun Français, tant qu'il me restera un cheveu sur la tête, n'attenterons à vos propriétés. En payant exactement l'impôt fixé par la loi, vous serex libres de jouir de tout ce qui vous appartient , sans que personne puisse vous en em- * pécher , ou vous demander compte de vos richesses. . Les, grands et les gens puissans vous traitaient beaucoup moins bien qu'ils ne traitaient leurs chevaux et leurs chameaux ; vous le serez dorénavant par les Français et par moi , comme si vous étiez nos frères.
Quand les percepteurs du miry et autres contributions, voyageaient dans les provinces, ils étaient accompagnés d'une foule de serviteurs, de domestiques, d'écrivains, de knkouas, qui tous dévoraient vos propriétés et vous enlevaient souvent jusqu'à votre dernier inedin; il n'en sera plus ainsi , habitans de l'Egypte ! Si quelqu'un de ceux qui sont destinés par moi à percevoir les impositions, vous prend un seul medin au-delà ce qui sera fixé par la loi, il sera arrêté, emprisonné et condamné aux chàtimens les plus sévères. La République française et son premier consul Bonaparte m'ont ordonné de vous rendre heureux ; je ne cesserai de travailler pour exécuter leurs ordres.
Habitans de l'Egypte, si vous le voulez, le miry que vous payez , en y comprenant les autres droits qui y ont été ajoutés, diminuera considérablement. En voici le moyen : lorsque vous connaîtrez par une loi écrite , et qui sera adressée par moi à toutes les villes et villages ,
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le montant du njiry que vous aurez à payer, n'attendez pas que les percepteurs aillent tous le demander; allez vous-mêmes le porter dans la caisse des trésoriers de province , et pour vous faciliter le paiement , je diviserai en quatre parties égales le miry qui vous sera imposé ; tous les trois mois vous en paierez une partie ; et pour vous faire bien comprendre ce que je veux faire pour votre avantage , lisez avec attention ce qui suit :
Je suppose qu un village soit imposé à dix mille pataques par an pour son miry, tous les trois mois il devra payer dans la caisse du trésorier de la province, deux mille cinq cents pataquès ; au bout de Tannée il aura satisfait à ce que la loi exige de lui, sans avoir éprouvé aucune vexation. Si, au contraire, il attend pour payer que les percepteurs arrivent en foule , il lui en coûtera alors beaucoup plus que la loi n'avait exigé. Vous le voyez , habitans de L'Egypte , il.ne tient qu'à vous de diminuer vos impositions et de n éprouver aucune vexation. Jusqu'à présent les mukbtesims de village vous demandaient beaucoup plus qu'il ne leur revenait : cela n'arrivera plus. Ce que devront recevoir les mukhtesims sera fixé par la loi; je vous défends de leur payer un medin au-delà de ce que j'aurai réglé. Souvent les cheiks-el-beled vous vexent, vous font payer des avanies qu'ils partagent avec les mukhtesims, les percepteurs des impositions et autres grands qui n'ont en vue que leur avarice et votre ruine. Habitans de l'Égypte, cela n'arrivera plus; ce que devront recevoir pour leur salaire les cheiks-el-beled sera fixé par la loi que je vous enverrai > et si l'un d'eux exige quelque chose au-delà de ce qui sera ordonné par cette loi , il perdra sa place et ses propriétés. Dorénavant vous ne nourrirez plus les troupes qui marcheront dans les
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provinces , que dans le cas où elles iront pour vous faire payer des contributions que vous n'auriez pas acquittées dans le temps prescrit par la loi ; dans tout autre cas, elles paieront tout ce qui leur sera fourni pour leur nourriture. Je donnerai à cet égard des ordres à tous les généraux et commandans. Tous les généraux et commandai)* français veilleront à ce que personne n'exige de vous rien au-delà de ce qui sera prescrit par la loi ; je> vous avertis encore que vous ne devez de présens à personne. Mon devoir, et celui de tous les commandans et administrateurs, est de vous écouter, de vous donner aide et protection quand vous vous conduisez bien ; je défends aussi à vos juges d'exiger de vous aucun présent. Dieu et Mahomet son prophète leur ordonnent de vous rendre la justice ; je le leur ordonne de même en leur prescrivant de n'avoir dans leurs jugemens égard ni au riche ni au pauvre , mais seulement à leur conscience et à la vérité; ceux qui contreviendront à cet ordre, seront sévèrement punis. Je viens, ô habitans de l'Egypte, de créer un tribunal^supréme au Caire; il est composé des cheiks les plus recommandables par leur sagesse, leurs vertus et leur désintéressement; ils sont destinés à maintenir la religion dans sa pureté , et à vous juger. Je suis convaincu qu'ils s'acquitteront de leurs fonctions ainsi que le doivent faire des hommes qui craignent Dieu et son Prophète; mais je vous déclare ainsi qu'à eux, que si, ce que je ne puis croire, ils manquaient à leurs devoirs, ils seraient punis avec la dernière sévérité.
Jusqu'à présent les interprètes exigeaient de vous des avanies , en vous promettant la protection de leurs maîtres : ils vous trompaient ; cela n'arrivera plus: si quelques uns exigent de vous de l'argent des présens , aver-
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tissez -en les généraux ou moi; ces méchans seront punis de la manière la plus terrible. Ces hommes , pour vous engager à leur donner de r'argent, vous disent que ce sont les Français leurs maîtres qui l'exigent, ou bien encore ils vous disent qu'il n'est pas possible de voir les généraux ou autres Français* en place, ni de leur parler; ils vous trompent ; leurs paroles ne sont que mensonges ; faites-les connaître, ils seront punis*
Souvent, quand les Français ou les troupes voyagent , un domestique, un interprète , un écrivain , ou tout autre se détachant en avant, entrent dans vos villàgeset vous disent pour vous effrayer que les Français demandent pour vivre un nombre considérable de buffles , de chèvres, de moutons, ou autres objets, alors vous les priez de s'intéresser pour vous ; ils s'y refusent pour mieux vous effrayer, et vous finissez par leur donner de l'argent : ils vous ont encore trompés ; ils trompent leurs maîtres»
Dans les villes, les aghas qui sont chargés de la police, de la propreté des subsistances , avaient Jusqu'à présent exigé, de vous des droits de toute espèce, tous ces droits sont abolis : je vous défends de leur rien payer; ils recevront un salaire que fixera la loi.
Je sais que ceux qui sont chargés de la vérification des poids se présentent souvent che* 4es marchands,* ils prétendent toujours trouver les poids faux, alors ils font avancer leurs kaouas ; ils ordonnent des coups de bâton ou autres punitions ; le marchand s'effraie, il promet qu'il se rendra le lendemain chez lagha des poids et mesures; il s'y rend effectivement, et porte en présent, 80, 60, 5o pataquès. C'est ainsi, ô peuples de l'Égypte i que vous avez été trorrçpés ou vexés jusqu'à présent.
Que sont devenus les biens appartenant aux mosquées? que sont devenues les immenses fondations pieuses faites par vos ancêtres ? A quoi étaient-elles destinées? A entretenir les mosquées; partout je les vois détruites ou prêtes à sëcrouler. A nourrir les pauvres i partout ils meurent de faim ; les rues et les chemins en sont pleins. A soigner les malades , les infirmes ,*les aveugles et tous les hommes sans ressources ! les maisons destinées à les recevoir sont, ainsi que les mosquées , dans le plus grand désordre ; les malheureux qui y sont renfermés ressemblent plutôt à des victinfes condamnés à perdre la vie qu'à des hommes rassemblés pour recevoir des soulagemens! Qui donc a consumé tous ces biens, toutes ces fondations? des hommes puissans qui vous ont trompés jusqu'à présent. Ce temps est passé. Je vous le répète encore, j'ai reçu Tordre de la République française et du premier consul Bonaparte de vous rendre heureux, et je ne cesserai d'y travailler; mais je vous avertis aussi que si vous n'êtes pas fidèles aux Français , que s'il vous arrivait encore , pressés par de mauvais conseils, de vous élever contre nous, notre vengeance serait terrible ; et j'en atteste ici Dieu et son Prophète , tous les maux retomberaient sur vos terres. Rappelez-vous ce qui est arrivé au Caire , à Boulaq, à Mehhaley-el-Kebyr , et autres villes de l'Egypte : le sang dé Vos frères , de vos pères, de vos enfans , de vos" femmes , de vos amis, a coulé comme les flots de la mer; vos maisons ont été détruites, vos propriétés ravagées et consumées par le feu. Quelle a été la cause de tout cela ? les mauvais conseils que vous avez écoutés ; les hommes qui vous avaient trompés. Que cette leçon Vous serve pour toujours ; Soyez sages , tranquilles ; occupez-vous de vos affaires, dtî votre commerce ; cultivez vos terres , et par-
tout vous n'aurez dans les Français que des amis généreux , des protecteurs et des défenseurs, je vous le jure , au nom du Dieu vivant , au nom du Dieu qui voit tout , qui dirige tout , et qui connaît jusqu'aux plus secrètes pensées de nos cœurs.
Le général en chef de l'armée française, signé Menou ; le général de brigade , chef de l' état-major général , signé La Grange ; l'adjudant-général , souschef de l'état-major général, signé René.
(N° a.) Au quartier-général du Caire, le 39 nivôse an ix (ig^anTier 1801).
LA GltANGE y GÉNÉRAL DE DIVISION , CHEF DE L ETAT-MAJOR GÉNÉRAL DE L ARMEE, AU GÉNÉRAL BONAPARTE , PREMIER CONSUL DE LA RÉPURLIQUE FRANÇAISE.
Citoyen Consul ,
L'état de l'armée d'Orient ne laisse rien à désirer sous le rapport du bien-être ; il n'est aucun doute que jamais il n a existé de troupes plus exactement soldées , mieux entretenues, et plus en état de répondre en tout à ce que la République doit attendre d'elles. J'espère qu'avec votre secours , citoyen Consul , cette armée jusques ici heureusement échappée du danger dont elle a été menacée, n'aura plus à courir de pareils risques. L'exemple du passé doit pourtant nous rendre circonspects pour l'ave* nir, et c'est de cet avenir que je viens aujourd'hui vous entretenir.
L'Europe et même le monde connaît sans doute actuellement , citoyen Consul , la conduite d'un homme qui , par le plus inconcevable système , a constamment persévéré jusques à sa fin, au moment où là mort est venu
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le surprendre , à vouloir absolument l'évacuation de TÉ* gypte , quelque honteux que fût ce parti pour lui et pour les braves qu'il commandait; il Ta constamment suivi, même alors que les deux armées se sont trouvées en pré* sence et que les circonstances le forçaient à combattre. Une vérité bien frappante , et qui peut être attestée par beauctrup de monde , c'est que la victoire d'Héliopolis a été remportée malgré les ordres positifs donnés par le général Kléber de ne pas combattre. Un de ces événemens inattendus a. décidé cette journée en l'honneur de l'armée française, dans le motnent # méine où son général , toujours irrésolu , toujours pacifique , demandait à parlementer. Son premier aide-de-camp , Boudot , avait été envoyé en conséquence auprès du grand-visir, et cet officier y était arrivé au moment où la bataille s'engagea.
Il eût semblé sans doute que l'armée otto mane étant battue, chassée honteusement de l'Égypte , et presque détruite par tout ce qu'elle eut à souffrir en traversant le désert pour gagner la Syrie dans sa fuite ; il eût, dis-je, semblé que tous ces avantages tournant à la gloire du général Kléber, eussent dû l'engager à changer de système; loin de là , il fut toujours persévérant : rien , pas même le sentiment de la gloire dont on venait de le couvrir malgré lui, ne put le déterminer à abandonner des projets honteux pour un homme d'honneur, flétrissans pour l'armée qu'il commandait, et en tout si funestes aux intérêts de la France. La source de tant de fautes venait d'un caractère aussi haineux que vindicatif; il trahissait tout, devoir, patrie, réputation; et cela parce qu'il vous portait, citoyen Consul, la haine la plus implacable. Il voulait rendre l'Égypte à nos ennemis parce que cette conquête vous appartenait , et qu'il la consi-
démit comme votre ouvrage. Qui pourrait se foire une idée de toutes les folie* qui à cette époque roulaient dans la tête du général Kléber?
< Une chose bien incroyable , citoyen Consul, c'est qu'un pareil homme avait trouvé de nombreux partisans; je pensais qu'après l'événement aussi extraordinaire qu in* attendu de sa mort, toutes ses créatures centreraient dans le devoir, et qu'enfin le gouvernement français né compterait plus daqs l'armée que de vrais Français, fidèlei à l'honneur de la République comme à ses intérêts ; mon opinion se fortifiait encore en voyant que le commandement de l'armée était échu à un homme d'un caractère connu, et surtout professant des principes opposés à ceux du générai Kléber; mais bientôt je m'aperçus que jetais dans l'erreur. Les partisans de ce général mort commencèrent à former des conciliabules; des réunions avaient lieu chez les plus puissan» et les plus marquans d'entre eux par leur place ; on cherchait à grouper les mécontens, l'armée était sur le bord du précipice, des moyens furent mis en usage pour la corrompre; enfin on attaqua dans le public les opérations du général Menou , et les chefs de cette coalition finirent par une démarche qui heureusement a été sans suite, comme elle a été sans exemple dans l'histoire de la révolution.
Ce parti comprimé par la nomination définitive du général en chef, qui arriva dans ces circonstances, n'est pas éteint; il existe toujours au grand scandale de l'armée; s'il est moins remuant, moins actif que par le passé, il est toujours persévérant.
Cependant, citoyen Consul, à quelques hommes près, l'esprit de l'armée est bon ; le gouvernement peut compter x sur sa fidélité, mais il ne fcut pas pour cela qu'il perde
de vue les individus qui ont dû lui être signalés. Ils ont de grands avantages pour faire donner l'armée dans recueil qute Kléber avait ouvert devant elle; c'est pour 1 avenir surtout que je demande votre prévoyance, citoyen Consul; j'ai la conviction intime que si, par un événement dont les vicissitudes humaines nous offrent tant d'exemples* nous venions à perdre le général Menou, un mois ne s'écoulerait pas sans que l'Egypte ne fut remise au pouvoir de nos ennemis. L'homme qui par son ancienneté de grade, serait appelé à remplacer le général en chef est un des plus acharnés partisans de l'évacuation ; ami de Kléber, il était le dépositaire de tous ses secrets, son confident intime, et vraisemblablement sectateur de tous ses projets insensés.
Voilà, citoyen Consul, les appréhensions que je crains pour l'avenir; je les confie à vous seul , je les dépose dans votre sein, parce que votre destinée vous appelle à faire la gloire et le bonheur de la France, et que mon dévoûment pour elle et pour vous est sans bornes.
Je vous salue respectueusement, Signé Lagrange.
Avant de cacheter nia lettre, j'ai encore, citoyen Consul, à vous dire quelque chose sur les grands changemens que le général en chef vient de faire dans l'administration de l'armée. Cette administration se trouve actuellement si réduite, si simplifiée, qu'il faudrait réellement être aveugle pour n'y pas voir clair, si on veut ; l'organisation du pays a nécessité d autres mesures. Le dédale affreux dans lequel l'Egyptè se trouvait, a forcé le général en chef à d'abord tout détruire pour ensuite fôut recréer; cette grande opération a donné les résultats les plus satisfaisans, elle a fait connaître jusqu'au dernier
medin en totalité , le montant de tous les revenus , qui , quoique considérablement augmentés pour nous, se trouvent néanmoins réellement diminués pour lô peuple, parce que la portion que percevaient les fripons est rentrée en bonification , et de là sont venus les grands cris qu'ils ont poussés , se sentant réellement écorcbés.
Nos ateliers d armes, de poudre, de boulets, sont, citoyen Consul , en pleine activité ; il en est de même des métiers et des foulons pour les draps , dont vous devez avoir reçu les échantillons ; bientôt on aura en magasin
les étoffes nécessaires pour habiller l'armée au complet ; tous les services sont généralement assurés: l'avenir, je vous assure , n'a rien d'effrayant pour nous.
Je vous demande des excuses, citoyen Consul , sur la longueur de ma lettre.
Signé Lagrangb.
( n° 3.) Au Caire, le a5 pluviôse an ix (14 février 1801).
Damas , général de division, au général bn chbf
Menou.
Étranger à la ruse et à l'intrigue, j'avais résolu de souffrir la persécution dans le silence, plutôt que de lutter, avec l'arme de la vérité, contre la duplicité et le mensonge. Les faussetés que vous avancez dans vos lettres au gouvernement, publiées dans les derniers Moniteurs venus de France , en vous attribuant des opérations militaires et administratives qui ne sont pas de vous, mais bien l'œuvre de la prévoyance du général Kléber, ne m'auraient pas déterminé, non plus que ce qui m est particulier, à rompre le silence ; mais votre ordre du jour d'hier, qui porte l'empreinte de la noirceur la plus pro-
DU GÉNÉRAL REYNIEH.
fonde et de là calomnie la plus atroce , me force de vous demander qui vous avez eu intention de dénoncer à 1 indignation publique ?
Par quelle affreuse méchanceté, à la suite du récit de l'horrible attentat commis, à Paris, contre le premier soutien de la République , parlez-vous d'une faction étrangère qui fait ressentir ses effets jusqu'en Egypte ? Pour quelle raison citez -vous ensuite un extrait de gazette de Londres , que vous aviez en votre possession depuis plus de quinze jours , et dont vous aviez déjà donné connaissance à plusieurs individus; gazette dans laquelle la chose publique n'est qu'accessoire auprès de vous, dont il n'est dit que le mal nécessaire pour vous donner du relief? En parlant ainsi, ces ennemis-là Vous servent à souhait.
Auriez -vous la noire intention de transformer en conspiration la démarche que firent près de vous, le 6 brumaire dernier, les cinq généraux de division, pour vous faire, sur vos innovations en tout genre, des représentations aussi sages qu'utiles au bien de 1 armée ? II ne vous appartient pas, Général , de qualifier ainsi cette conduite ; le Premier Consul , qui doit maintenant être instruit dé la vérité , saura apprécier la pureté de nos intentions ; il reconnaîtra que le vrai conspirateur est celui ,,qui veut perdre les vieux soldats de la République, pour les punir de l'avoir trop bien servie. Une telle tactique est usée, et sur une seule inculpation de vous, aussi calomnieuse que ridicule, on ne croira pas complices du plus grand forfait, des enfans de la révolution, ceux qui l'ont servie avec le plus entier dévoûment , qui en donnent journellement des preuves à la République et à son premier magistrat que tous chérisseut également, et qui
sont pénétrés de reconnaissance pour les bienfaits dont leurs services ont été récompensés.
Par quelle méchante affectation désignez- vous dans l'armée deux partis que vous appelez colonistes et anticolonistes? Personne, avant que vous les eussiez créés, ne les connaissait. Les vrais défenseurs de la colonie sont ceux qui, par leurs travaux guerriers, ont eu le plus de part à sa double conquête, et qui ên ont cimenté les bases de leur sang.
Leur constance à rester ses soutiens , malgré les dégoûts dont vous les avez abreuvés pour les engager à l'abandonner, sont les preuves évidentes de leur attachement à la République* et s'il existe une faction, elle ne peut être que celle de l'intrigue du cabinet contre la loyauté du guerrier. Cette réfutation , aussi fortement exprimée que l'injure a été vivement sentie , vous fournira peut-être matière à de nouvelles calomnies, au lieu d'amener un désaveu digne de la franchise avec laquelle je m'explique. C'est alors queje ferai tout pour mettre au plus grand jour votre duplicité en opposition à ma loyauté , et que , de concert avec ceux que vous semblez désigner comme coupables, nous n'aurons pas de peine à faire reconnaître les vrais ennemis de la République aux moyens qu'ils emploient pour la bouleverser et la détruire. Signé Damas.
(N° 4-) Aif Caire, le a6 pluviôse an ix (i5 février tBoi).
Le général de division Reynier au général en