‹ Mémoires du comte Reynier, général de divisionChapitre 26 sur 43 · DEBARQUEMENT DES ANGLAIS. — COMBAT DU 22 VENTOSE · texte numérisé non relu

DEBARQUEMENT DES ANGLAIS. — COMBAT DU 22 VENTOSE

Les vents passèrent le 16 au nord-ouest; la mer devint plus calme, et les ennemis purent s'occuper du débarquement. Ils envoyèrent des chaloupes armées vers la bouche du lac Maadiëh, pour s'emparer du bac et interrompre la communication directe d'Alexandrie avec Rosette ; mais une centaine d'hommes qui descendit pour cette opération, fut culbutée par quarante grenadiers de la 61 e , et cette entreprise échoua.

Le général Friant , dès l'arrivée de la flotte anglaise, avait réparti ses troupes de la manière suivante :

A Rosette et au fort Julien , trois i n f. cavai. compagnies de la 6 1 e 1 5o »

A Edko et a la Maison -Carrée, un bataillon de la r ]5 e 9 une compagnie de grenadiers de la 2S et un détachement du 3 e régiment de dragons. 3oo 1 5o

2o6 MEMOIRES

A Aboukir, deux bataillons et les i n f. cavai. grenadiers de la 61 e , deux bataillons de la 75 e , la moitié d'un bataillon de la 5 i e et un détachement de la 25 e . . i55o »

Le 18 e de dragons m » 100

En tout , à Abouldr , quinze cent cinquante hommes d'infanterie, cent quatre-vingts cavaliers et dix pièces de canon. *

11 ne laissa pour la garde d'Alexandrie que les marins et les invalides. •

Ce corps était trop faible pour résister au débarquement d'une armée qui avait à sa disposition une grande quantité de chaloupes et tous les moyens de la marine anglaise. On ne pouvait espérer de succès qu'en parvenant à culbuter dans la mer les premiers qui aborderaient, avant que les troupes eussent le temps de se former , et en mettant du désordre dans les chaloupes par un feu d'artillerie bien dirigé.

Les Anglais , qui ne fondaient quelque espérance de succès que sur la faiblesse du corps chargé de garder les côtes, désignèrent pour cette première opération l'élite de leur armée. Ils réunirent toutes leurs chaloupes, et y embarquèrent, le 17, avant le jour, les troupes suivantes, sous les ordres des majors-généraux Moore et Ludlow :

Gardes aooo hommes.

23 e régiment 600

28 e régiment 600

4o e régiment a5o

DIT GÉNÉRAL RETNIER. 2O7

Beport 345o hommes.

42 e régiment '. 900

58 e régiment 600

Légion corse 4°°

Artillerie 200

Soldats de marine 3oo

Total 5,85o

Les chaloupes , formées sur une ligne séparée en cinq divisions, s'approchent lentement de la côte. Les troupes françaises , pour se garantir du feu des chaloupes canonnières ennemies, disposées en avant et sur les flancs de celles de transport, prennent position derrière les mamelons de sable, dans l'ordre suivant : la 61 e demi-brigade, avec une pièce de 12, deux obusiers, et ses deux pièces de 4, sa droite vers le commencement de la digue du lac Maadiëh ; le 18 e de dragons à la gauche de cette demi-brigade, le 10 e de dragons et la 75 e sur le revers occidental de la hauteur des puits. Les détachemens de la a5 e et de la 5i e forment, avec deux pièces de 8 et un obusier, une réserve entre ce dernier corps et le fort d'Àboukir.

La hauteur des puits est un mamelon de sable mouvant, de pente rapide , surtout du côté de la mer. Ce point est le seul où des troupes qui débarquent puissent trouver une position militaire

avantageuse (1). La ligne de chaloupes anglaises

(1) Après la bataille d'Aboukir du 7 thermidor an vu, Bo-

2o8 MÉMOIRES ■

reste long-temps au milieu de la baie; elle parait menacer tous les points de la cote ; enfin elle se divise en deux lignes. Arrivées à portée de canon, elles se serrent davantage , et viennent aborder au pied de cette hauteur. Les matelots ramaient debout et avec vigueur, sans s'inquiéter de l'artillerie française, tandis que l'infanterie était couchée au fond des chaloupes. La droite, en mettant pied à terre, gravit prompt ement la hauteur, et s'y met en bataille ; la gauche s'étend sur le revers, de manière à appuyer son flanc à la mer. Là 61 e demi-brigade charge aussitôt la gauche des ennemis, qui ne peuvent soutenir ce premier choc; une compagnie de grenadiers , qui s'établit sur douze chaloupes, les prend de revers; déjà beaucoup d'entre eux jettent leurs armes, mais la seconde ligne, qui venait de débarquer, leur porte du secours. La 61 e , trop faible alors pour culbuter seule les Anglais et reprendre la hauteur, borne ses efforts à soutenir le combat.

Le 18 e et le 20 e de dragons chargent, à la gauche de la 61 e , les premières troupes formées sur la hauteur; ces deux corps, repoussés à cette première attaque , essaient une seconde charge sur la

naparte avait ordonné la construction d'un fort sur cette hauteur ; mais on négligea de s'en occuper pour des fortifications moins importantes , quoique le gouvernement l'eût recommandé au général Menou. Ce fort aurait rendu le débarquement très difficile.

gauche des ennemis, mais le feu de la seconde ligne les force de se retirer.

La 7 5 e , avertie trop tard de l'instant du débarquement, trouve les Anglais formés sur la hauteur ; en un moment la moitié de ses premiers pelotons est mise hors de combat par les feux de la ligne anglaise, son déploiement ne peut s'effectuer; elle est obligée de se retirer.

Les pièces d'artillerie oui étaient à gauche, ne faisant pas assez d'effet , on voulut les rapprocher de la hauteur, avec les détachemens delà 5 i e et de la 2 5c ; mais les sables ayant apporté des lenteurs dans ce mouvement , les Anglais étaient déjà formés à leur arrivée : ils rejoignirent la 75 e demi-brigade, qui s'était retirée à la distance de trois cents toises.

La 6 i e reçoit alors l'ordre de se retirer; les soldats, mêlés depuis deux heures avec les Anglais, et d'autant plus animés qu'ils obtenaient quelques succès , quittent avec peine le champ de bataille. Cette demi-brigade effectue sa retraite dans le meilleur ordre, emmène toute son artillerie et forme l'arrière-garde. On détache dans Aboukir une compagnie de la 5i% pour renforcer la garnison de ce fort, et les troupes se réunissent à l'Embarcadaire (i). Alexandrie avait été laissée presque sans garnison, et les Anglais pouvant tenter quelque

(i) On donnait ce nom à un endroit de la baie de Canope, où la langue de terre qui sépare la mer du lac Maadiëh est fort étroite et n'a pas plus de cent cinquante toises.

2lt) MÉMOIRES

nouvelle attaque , qui aurait empêche les troupes de protéger cette place importante , où s'y retira pendant la nuit.

Le bataillon de la j5 e 9 le détachement de la a5 e et le 5 e de dragons , qui étaient à Edko, reçurent, par des signaux , Tordre de venir à Alexandrie ; d'après une mauvaise interprétation de cet ordre, la Maison- Carrée, poste fortifié, important à conserver pour défendre le passage de la bouche du lac, fut évacuée et démantelée. Il resta à Rosette cinquante hommes de la 61 e , et au fort Julien une compagnie de cette demi-brigade, et des invalides.

Lorsque les Anglais forent bien certains de la retraite des troupes françaises, ils envoyèrent un corps sur la hauteur quidomine le village d' Aboukir, pour bloquer le fort , et poussèrent leur avant-garde jusqu'au défilé de l'Embarcadaire.

On apprit au Caire , le 20, à cinq heures du soir, le débarquement des Anglais. Toute l'armée vit alors quelle faute on avait faite de ne pas marcher au premier avis. On lui avait fait perdre les momens les plus favorables, les sept jours écoulés depuis l'apparition des ennemis jusqu'à leur débarquement. La cavalerie aurait pu , à marches forcées , arriver le 17. Deux jours après, dix mille hommes et cinquante pièces de canon auraient pu être réunis vers Aboukir, et détruire entièrement cette armée, avant qu'elle eût achevé de s'organiser, débarqué son artillerie et retranché son camp : ce moment passé, le succès devenait pius douteux. On était

instruit que le visir était campé à Yabnëh, qu'on l'attendait à El-A'rych , et qu'il se disposait à passer le désert. On ne pouvait savoir si on aurait encore le temps d'aller battre les Anglais, et de revenir sur la frontière de Syrie avant son arrivée, et on avait la nouvelle qu'une partie de la flotte anglaise de l'Inde était déjà dans la mer Rouge. On ignorait si les Anglais avaient poursuivi vivement les troupes qui s'étaient opposées à leur débarquement ; s'ils leur avaient fait éprouver une perte considérable, s'ils avaient su profiter de ce premier succès pour attaquer aussitôt Alexandrie, et s'en emparer par un coup de main audacieux. Cette ville n'était pas en état de lenir huit jours contre une attaque régulière ; on pouvait craindre de n'arriver qu'après sa chute, et lors même que les Anglais ne l'auraient pas attaquée , on leur avait laissé le temps de se retrancher dans quelques fortes positions. On pouvait craindre enfin qu'ils n'eussent obtenu quelques succès par* tiels sur les trois demi-brigades parties avec le général Lanusse. Tous ces motifs devaient faire sentir la nécessité de rassembler promptement un corps d'armée considérable , d'évacuer plusieurs postes, et de ne laisser dans ceux qu'on jugerait nécessaires que de faibles détachemens.

. Le général Menou fit partir du Caire, le ai , la 88 e demi-brigade , un bataillon de la 26% huit cent cinquaute hommes de la ai*, arrivés de Beneisouef, la cavalerie et le parc d'artillerie, qu'il borna seulement à trois pièces de i a . Il écrivit au général Ram-

pon de partir pour Rahmanieh avec la 3a% les carabiniers de la 2 e et une partie du io* de dragons , et de laisser à Damiette, à Lesbëh et autres forts, le reste de la 2 e légère, cent dragons du 20 e et une compagnie d'artillerie légère. Le général Reynier reçut l'ordre de faire partir la 1 3 e pour Rahmanieh, par la route du Delta , et d'envoyer au Caire la 9 e demi-brigade , qui devait remplacer la 85 e , destinée pour Rahmanieh. Cet ordre, d'un style fort ambigu, laissait ce général à Belbéis, avec son artillerie et son ambulance , sans moyens a opposer au visir. Deux demi-brigades de sa division étaient disposées dans les places du Caire , de Belbéis et de Salêhiëh, et la marche de la i3 e par le Delta , devant être fort longue dans cette saison, le général Reynier se détermina à passer avec elle par le Caire, à se mettre à la tête des deux demi-brigades de sa division qui allaient à l'ennemi, et à emmener son artillerie.

Ces dispositions laissaient trop de troupes à Damiette, au Caire , à Belbéis, à Salêhiëh et dans la Haute-Égypte. Le général Menou ne fit pas évacuer cette dernière ; ce fat après son départ seulement que le général Belliard en donna l'ordre au général Donzelot.

Le 17, le général Lanusse arrive à Rahmaniëh, il entend le bruit du canon d' Aboukir, et part surle-champ pour aller au secours du général Friant. Le 19, il effectue sa jonction avec lui, sur les hauteurs de Nicopolis en avant d'Alexandrie. La

DU GÉNÉRAL EKYNI£R. 21 i

cavalerie, qui, depuis le 18, était reuforcéedu 22* régiment de chasseurs, fournissait une grand'garde près d'une maison située à une demi-lieue de l'Embarcadaire.

Le corps de l'armée anglaise établi à terre le premier jour, fut long-temps livré à lui-même ; le débarquement des autres corps, ainsi que celui de l'artillerie et des chevaux, ayant été retardé par la grosse mer, il ne fut terminé que le 20, Ce jour-là ,

occupé par leur avant-garde, et là ils achevèrent de s'organiser.

Us se mirent en marche le 2 1 à huit heures du matin, et repoussèrent la grand'garde de cavalerie, qui envoya prévenir de leur approche. Les généraux Friant et Lanusse, considérant que le lac Maréotis n'était pas praticable dans cette saison , et que si les Anglais s'établissaient sur les digues du canal d'Alexandrie et du lac Maadiëh , le reste de l'armée pourrait difficilement se réunir à eux, résolurent de s'opposer, avec leurs faibles moyens , à la marche des ennemis, afin de conserver cette communication importante. La garde d'Alexandrie fut laissée aux marins et aux dépôts , et ils s'avancèrent jusqu'à la pointe du lac Maadiëh, sur les hauteurs voisines du camp des Romains , avec les troupes suivantes :

2l/j MÉMOIRES

Général de division, Friaiït; . ' Général de brigade, Dklf.gorcue. Hommes. p.<*« Pièce» obm. Pièce.

de n. «le 8. de 4.

a5 e demi-brigade, 2 e et 3 e bataillons. 5oo » » » f

Artillerie » 1 3 1 »

Général de division , Lanusse ; Général de brigade , Sylli.

4 e légère « . . 65o » » » 3

18 e de ligne * 65o » » » 2

69 e idem. 800 »» » » a

Artillerie légère » » 4 a »

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