‹ Mémoires du Cte Valentin Esterhazy avec une introduction et des notesChapitre 17 sur 58 · CHAPITRE ÏIIOISIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE ÏIIOISIEME

un quart de lioiio do là. M. de Belsunce se proposa d'enlever ce poste et il v réussit parfaitement. Dès lors, il n'y en eut plus et nous ne fûmes plus bloqués d'aussi près.

Enfin, après une quinzaine de jours, les ennemis s'éloig^nèrent et se contentèrent d occuper Môrin^jen d'un côté, Osterode, Auerstadt et Ileilifjenstadt de l'autre, et la communication avec Vitzenliausen et Minden fut rétablie. Nous eûmes, peu après, un convoi de poudre, et comme les cbemins étaient impraticables pour des voitures, elle nous fut apportée à cheval par la cavalerie dans des sacs à foin. Pendant le blocus, la viande était devenue rare; on n'en distribuait qu'une quantité déterminée à chaque officier; mais nous man.'rions les chevaux tués et, avec un peu de soin, on les trouvait fort bons.

Il y avait un jietit bois au delà de la papeterie où les ennemis venaient quelquefois en patrouille. M. de Belsunce voulut v aller un jour Itii-uu'me. Il envoya un lieutenant et trente hussards en avant. C'était le même M. Ernezy dont j'ai parlé. Arrivés hors du bois, nous ne vîmes point de hussards: mais en reg^ardant de près, nous aperçûmes jNI. Ernezy derrière un arbre. 11 vint à moi me dire qu'il était bien malheureux, que tout soji détachement avait déserté. Cela me parut d'autant plus impossible que le maréchal de logis Lakatos était du nombre, et que je le savais aussi sûr qu il était intelli^jent et brave.

7V MÉMOIllES DU C"' VALENTIN ESTERHAZY

Je me déterminai donc à entrer dans le bois pour voir ce qui en était, lorsque j'ouïs des coups de fusil que la direction du vent m'avait empêché d'entendre, et j'aperçus les hommes d'Ernezy espacés le long^ du bois et occupés à travailler avec les chasseurs ennemis. Lorsque le renfort que nous amenions fut arrivé, nous attaquâmes ces chasseurs. Nous en tuâmes plusieurs qui avaient voulu tenir sur un plateau où il y avait quelques arbres. La poltronnerie de M. Ernezy étant reconnue, le comte de Belsunce ordonna qu'il ne commanderait plus en détachement, ce qui fut fait.

La saison avançant, les ennemis rentrèrent leurs postes et nous en profitions pour faire de nouveaux fourrages dans les villages qui nous entouraient, lorsque M. le prince Ferdinand fit un mouvement sur la Hesse, assiégea Cassel et fit lever tous les quartiers de l'armée française. Toute communication nous fut coupée avec l'armée. Avant ce moment, le comte de liroglie avait tenté d'enlever le général de Luckner, qui était avec son corps à Heiligenstadt. Une marche combinée fut ordonnée. Quatre colonnes devaient arriver à la même heure la nuit de Noël : une, aux ordres de M. le comte de Broglie, venait de Minden; une, à ceux de M. du Chàtelet, de Witzenhausen ; la notre de Gottingen, commandée par jNI. de Belsunce; et une quatrième d'Echavagne. Les trois premières arrivèrent à point nommé sans être aperçues; la qua-

Page 1