CHAPITRE THOISIKME
(rièiiic se tix)iii|);i (le du iiun. I^iickiicr soilit avec tout son corps par la porte (pic celte colonne devait inas- (juer et nous échappa.
JjC comte de HrOj'jlie \"onliil pr{Mi(lre sa revanche huit jours après siii' un corps cpii ctait à Dnderstadt. Nhiis K' temps était alTreux, les colonnes arrivèrent 1 une après l'autre; lennemi eut le lcm[)s de sortir de la ville et de se placer sur une hauteur où il attendit du renfort qui lui arriva dans la nuit.
(cependant, les trouj)es étaient trop harassées d une pluie continuelle et d iine lon;;iic marche dans la houe pour pouvoir retoiirnei'. Il fallut les log^er à Duderstadt. Le matin, les ennemis firent mine d attaquer la ville pendant qu uru' colonne de cavalerie passait le Ruhme au gué à un moulin pour couper notre retraite. Le comte de Broglie, fâché d'avoir manqué ces deux opérations, ne \ oulut sortir de la ville ([u à mltii. Il en résulta que trois corps de (jrenadiers qui étalent à une porte furent coupés et pris, et que nous perdîmes du monde dans la retraite, quoique heureusement l'ennemi fatigué ne fut pas en état de nous poursuivre vivement.
Lorsque le siège de (^assel eut été commencé par les ennemis, nous nous occupâmes d attacpun' leurs derrières, et nous y réussîmes en interceptant les con- \ols, en nous emparant du dépôt des malades qu'ils avaient laissés à Morlngen, en Inquiétant les postes qu ils avaient sur le Ruhme, et même diuislaHarz.
Nous allâmes en enlever jusqu à Jusum; nous en surprîmes un autre à Eberg^ôtz; enfin à quatre lieues autour de Gôtting^en, aucun ennemi n'osait paraître. M. de Belsunce, pour lors, alla s'établir avec deux mille hommes d'infanterie et quatre cents chevaux à Northeim, après avoir chassé le colonel Gollignon, pris la plus grande partie de son corps et deux pièces de canoiî.
Ce fut pendant que nous étions à Northeim que nous reçûmes la nouvelle des grâces qui avaient été accordées â la garnison de Gôttingen, savoir: à M. de Vaux le gouvernement de Thionville, à M. de Belsunce le g^rade de maréchal de camp, celui de brigadier à MM. de Durfort, de Grave, de Grand-Maison et de Chaloup, de colonel â M. de Nicolay et à moi, de lieutenant-colonel à MM. de Guétrand. Enfin, on nous fit entrer à Gôttingen, et la levée du sièg^e de Cassel ayant lieu peu après, et l'armée ennemie ayant pris ses quartiers dhiver, M. le maréchal de Broglie vint à Gôttingen. Il me dit que j'avais été attaché au régiment de Turpin que M. de Chamborant (1) venait d'obtenir, mais que ce régiment n'étant pas à son armée, il avait demandé une lettre de passer pour que je fusse dans le même grade attaché au régiment de Bercheny. Cette nouvelle me fit grand plaisir. Je fus fort aise de servir dans un régiment où j "avais des amis, et d'exer-
(1' Ce régiment, plus tard 2'" liussaids; est devenu célèbre sous le nom de Hussards de Chamborant.
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CCI- mon autorité sur ({iiel(jii('s-iins de mes camarades, qui, consultant plutôt leurs intérêts pécunaires que la Pjloire du réj«;iment, avaient trouvé mauvais que je leur eusse fait tuer des hommes et des chevaux pendant le blocus de Gôtting^en.
Peu (le temps après, ayant appris ([ue le réfjiment était à Uothemhour;;, sur la Werra, je m'y rendis et après avoir fait part à mon colonel que je venais servir sous ses ordres comme colonel en second, je dis assez haut que si quelques-uns de mes anciens camarades avaient à se plaindre de moi ou de ma conduite pendant mon détachement de Gotting^en, j'étais prêt à leur répondre de la manière qu'ils voudraient, jusqu'à l'époque où je serais reçu colonel, mais que dès ce. moment je me conduirais comme chef et ne permettrais pas que l'intérêt personnel d'un capitaine nuisit au bien du service du roi. Je passai deux jours au régiment, et ne reçus que les politesses de tout le monde, quoique {)lusieurs officiers fussent fâchés de me voir placé là, parce quils savaient que je les connaissais à fond.
Gôttingen étant toujours le poste avancé, je demandai et j'obtins que mon détachement fût relevé afin que celui qui avait passé Ihiver put se rétablir avant la campagne. Cet arrangement ne plut pas à tout le monde, quelques capitaines ayant espéré que les deux cents hommes qui avaient passé l'hiver à se battre seraient envoyés sur les derrières pendant lété, et
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(jiie le réyinieiit ne servirait que sur le pied de quatre escadrons; mais cela n arriva pas.
La fortune nous avait favorisés pendant tout 1 hiver. Le comte de Belsunce était sorti presque tous les jours pour chercher les ennemis. Quand il voulait les in([uiéter de plusieurs côtés, c'était ordinairement moi qu'il chargeait dune des attaques, et je m'en tirais toujours très bien. Je suis revenu rarement sans avoir fait des prisonniers, et à Sontheim j'enlevai un poste tout entier, quoique derrière les postes avancés.
Comme cela peut vous être utile un jour, mes enfants, j'ajouterai à ce qui précède quelques détails rétrospectifs. L'avantage de savoir l'allemand et surtout ma grande activité avaient déterminé M. de Belsunce à me confier le détail des espions. Je n'avais pas le chiffre de notre armée, qui était confié à M. de Béville, mais j'ouvrais les paquets et donnais les reçus. Le chiffre était de la musique, mais quant aux espions du pays, j'en étais seid chargé.
Unjour, l'un d eux m amena un chasseur hanovrien à cheval, qui me déclara avoir déserté de Sontheim et que, s'étant égaré dans les bois, ce paysan l'avait conduit à (j()ttingen, en l'assurant qu il était ami des Français. Les ennemis avaient deux postes en avant de Sontheim, un au Petit-Moulin, et l'autre à la Gommanderie. Le paysan nous dit que, par le bois, nous pourrions allerjusqu à un petit pont très près de Sontheim, où ce poste-là envoyait ses patrouilles, et que, par ce
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chemin, nous ne (rouvciions personne. M. de liclsnnce me proposa craller m assnrer de ce fait, et pour cela, je partis à pied avec Lakatos. Nous primes le chasseur que nous liâmes et ([uc Lakatos conduisait au hout (rime corde, un pistolet à la main, avec menace de Ini casser les reins s'il nous trompait, et moi j aUais avec l'espion, mon sahre en handoidièic et deux pistolets à la ceinture, (lent écus avaient été promis à chacun d'eux s il remplissait hien sa mission.
Nous partîmes à la nnil tons les (juatre et nous arrivâmes au but à (jualrc heures (hi matin. Il n v avait [)as un quart d heure que nous y étions que nous entendîmes venir la patrouille de chasseurs. Elle s'avança sur le pont sous lequel nous étions cachés et s'en retourna. Nous vîmes de là, à deux portées de fusil, le feu de la parde du poste qui était de cent chevaux et de deux cents hommes d'infanterie. He\cnu à Gotting"en, je rendis compte de ma mission, payai mes hommes, et M. de Belsunce m'envoya dormir après m'avoir fait déjeuner. Vers huit heures du soir, il m'envoya chercher et me dit d'aller chez M. le comte de Vaux rendre compte de ce que j'avais fait la nuit précédente. M. de Vaux en était averti, et, en conséquence, avait comnuindé deux cents chevaux et trois cents fantassins, pour aller enlever le poste. Il me demanda si je saurais retrouver le chemin. Je répomlis (pie si j'avais Lakatos avec moi, je croyais bien
être sur de pouvoir servir de guide au détachement.
— Que parlez-vous de guide? s'écria le général; je vous en donne le commandement; vous le trouverez assemblé sur la place; partez, voilà votre ordre.
Il était laconique : " Le comte Esterhazy se rendra à Sontheim par le chemin qu il a reconnu, enlèvera le détachement ennemi et dirigera son retour de manière à ne pas être coupé. " Le danger de cette mission m effrava moins que je ne sentis de plaisir d'en être chargé; je n'étais alors que capitaine et j'avais à peine vingt ans. Elle me valut d'être colonel trois mois après. Grâce à Lakatos, je retrouvai mon chemin parfaitement, bien qu'un peu de neige qui était tombée eût couvert mes brisées. J'arrivai, j'attaquai, je pris le poste, à l'exception de vingt-quatre chasseurs à cheval qui se sauvèrent parce que l'officier qui devait couper le chemin fut blessé et que celui qui le remplaça ne sut pas ce qu'il y avait à faire.
Je me retirai sans voir l'ennemi, mais je fus obligé de faire un grand détour de peur que les coups de fusil qu'on nous avait tirés n'eussent averti les postes derrière lesquels nous étions, et que si nous étions obligés de combattre, nous ne dussions lâcher nos prisonniers, qui étaient nombreux. De plus, je fus obligé de m'arréter dans le bois et de faire chercher de 1 eau-de-vie dans un village pour mes soldats, qui étaient rendus après avoir franchi les quatre lieues qui séparent Gottingen de Sontheim et qui avaient