‹ Mémoires du Cte Valentin Esterhazy avec une introduction et des notesChapitre 28 sur 58 · CHAPITRE MI · texte numérisé non relu

CHAPITRE MI

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Mort (Ir iiKMi liiaii-prro. — Naissance tic mon lils V.ilçntin, — Missions militaires. — Tiouhlos en Brclajjnc et en Daupliinô. — .Mj;r (le I.oménie de Hrienne. — I/ubbé (le Verniont. — Son influence sur le ilaupliin. — Ministère Galonné. — Necker auv affaires. — La disette du blé. — l'rolojfuo de la Révolution. — llenvoi de Necker. — La prise de la Bastille. — Rappel de iNeckcr.

— J'acconipajfne ma fcnuiie à Paris. — Je reviens à Valcnciennes.

— Mesures que j'y prends. — Arrivée du comte d'Aitois. — Kmi- •jration des princes.

Vers le mois de février I7H5, mon bcaii-père tomba malade et, après une maladie assez lon,f)^ue, il siiecomba. Je le regretterai toujours; il était bon, honnête, peut-être un peu trop facile, et avec un fond d'indécision dans le caractère qui rempécliait d être heureux et le faisait trop céder aux volontés des autres.

Deux ou trois jours avant sa mort, la reine accoucha du duc de Normandie, qui est mort en prison au Temple, sous le nom de Louis XVll. Cette année, ma femme ne quitta pas sa mère qui passa aux Troux tout lêté. Je partis seul j)our llocrov et mes inspections. Ma femme devint .'jrosse; nous allâmes à Fontainebleau, d où la reine la ramena par eau en frégate.

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Le ^t) mars, la comtesse Esterhazy accoucha d'un fils, qui fut tenu sur les fonts par ^I. le baron clHallweil, frère aine de mon beau-père, et par ma mère; il fui nommé Gaspard-Philippe- Valentin. Au mois de juin, nous aUàmes à Rocrov, et lorsque je partis pour mes inspections, ma femme alla joindre sa mère à la Celle Saint-Cyr. J y arrivai au mois de décembre et de là je partis pour aller voir ma mère. Je passai par Lyon où je m'embarquai sur le Rhône, jusqu'au Pont- Saint-Esprit. Je passai un mois au Vigan, et à mon retour de Paris nous nous établîmes dans une maison rue Saint-Dominique, que nous louâmes. L éloignementde 1 hôteld'Hallweil de toutes les connaissances, et le genre de vie retirée que menait ma belle-mère depuis la mort de son mari me déterminèrent à m en séparer, d autant que je ne pouvais pas avoir de cuisine dans son hôtel. Ma femme fut encore enceinte. Peu après mon retour du Languedoc, M. de Sarsfield. commandant du Havnaut, vint à mourir ; j'obtins sa place, et fus j)rendre possession au mois de décembre.

Le 24 avril 1787, ma femme accoucha d'une tille, qui fut tenue sur les fonts du baptême par le comte François Esterhazv, qui était alors à Paris; elle fut nommée Léonide - Françoise - Ursule . Létè, nous allâmes à Valenciennes.

Ce fut cette année que le camp de (iivet dut avoir lieu. Je fus destiné à le commander, mais il n eut pas

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liiMi. par (les laiix calculs |)()Iili(|iics ; le miiiisli'c de la tjucirc (Icmaiulait ho]) d ar^'ient. Larclicvéqiie do Toiiloiisc I , ({111 avait la j)lus {|raiulc influence siii- les affaires, ne s'oceupail que des parlements. On laissa échapper la Hollande, où le due de Ih-iinswick entra. Le j)arti français fut écrasé et ahaiidoniié, et leSladlhouder rendit à 1 An^jleterre les Provinces -Unies. L histoire, mes enfants, vous apprendra ces événeiTients. (jui ont eu les plus terrihles suites. Sans eii.v la Uévolution française n'eût pas eu lieu. Kn abandonnant ses nouveaux alliés, le cabinet français perdit tonte sa considération et le crédit (jiii lui aurait conservé 1 argent des Hollandais.

A la fin de cette année, je fus charg^é de faire lever les cartes de la frontière de mon commandement jusqu'à Namur. M. Berthier 2), aujourd hui général des républicains en Italie; -M. d Hervillv (3 , mort des blessures qu il a reçues à Ouiberon, et M. de Coimatin (A), fameux pour son attachement à la bonne cause, furent du nombre de ceux que j enq)lovai à cette opération. Pendant que j'en étais occiq)é, M. de Brienne, frère de l'archevêque, devenu ministre de la

(1) Le cardinal de Lomcnie de Hn'cnne qui venait d'être nommé contrôleur général des finances en remplacement de (Jalonne.

(2) Le maréchal Berlhiei-.

(3) Le marquis d'Hcrvillv, chargé, avec le comte de l'ni.save, «lu commandement de 1 expédition de (Juiheron, v fut morlellement blessé le 16 juillet 179.-V

\^4) Chef chouan qui joua un certain rôle durant les jjuerri'S rie Vendée.

208 MiiMOIllES DU C "^ VALEXTIN ESTEiUlAZY

guerre, avait créé un conseil de guerre. Désigné pour V siéger, je fis ce que je pus pour m'en dispenser. Mais, la reine, qui protégeait les Brienne, insista pour que j en fusse, et j obéis. Je revins à Paris et me livrai à mes nouvelles fonctions. Les membres du conseil étaient : MM. de Brienne, président; de (Jribeanval, de Puységur, de Guines et de Jaucourt, lieutenants généraux; de Lambert. d'Anticliamp, moi, maréchaux de camp, et M. de Guibert, rapporteur (1).

Je passai mon hiver de 1788 à travailler au conseil de guerre. Je venais de perdre ma mère, qui était morte d hydropisie au Yigan; la besogne allait mal, M. de Guibert faisait tout, et quand son avis ne prévalait pas, il le représentait sous un autre jour et finissait par l'emporter. Gela me décourageait. J'offris ma démission, qu on refusa. Enfin je fus chargé des hôpitaux sous M. de Puységur. Je me livrai à cette partie, et laissai aller le reste.

Pendant ce temps, les affaires générales allaient mal. Des troubles se manifestèrent en Bretagne et en Dauphiné; les finances étaient en désordre. Les notables rassemblés par AL de Galonné en 1786 avaient été dissous par l'archevêque de Toulouse, quand il était venu au ministère. Dépourvu du talent nécessaire pour faire tète à lorage, ce ministre pre-

(1) Ce conseil avait des attriijulions à peu près analojjiies à celles du conseil supérieur de la guerre actuel.

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naît (les mesures n.'ioiireuscs (luil ne soiilcnail pas; il en faisait preiulic an loi d iin|)iti(lentcs , telle ([Il Une séance roxale an parlement, dont les suites furent l'exil du due d Orléans et celui de plusieurs membres, qui furent iirrêtés par les j^ardes françaises, et excitèrent 1 intérêt de t(ius les ennemis de la cour. JjCs parlements avaient déjà prouvé leur liaiue contre ^larie-xVntoinelte dans l'affaire du cardinal de lîolian, (pie la jalousie du baron de lireleuil avait envenimée sans raison, et qui avait comj)romis la reine. L'archevêque fit tenir ensuite un lit de justice au roi, pour suspendre la justice et établir les imp(Hs. Il voulut v siip{)léer par une cour (pu iic [)ut jamais s'assembler.

Enfin, au mois d'août, voyant tous ses plans se détruire eux-mêmes, la paye des troupes prête à manquer, cet archevêque, toujours au-dessous de la réputation qu'il s'était acquise dans la société, ne sachant plus où donner de la tête, prit le parti de donner sa démission et de proj)()scr M. }^ecker pour le remplacer. C'était faire remplacer un ignorant par un charlatan. Ces deux hommes seront sûrement peints par les historiens avec sévérité, puisqu ils ont opéré le malheur du pays qu'ils ont gouverné. Mais comme je les ai connus tous les deux et (pi'à répo([ue dont je parle j ai commencé à a\oir jiait à ladministration par la création des états de Haynaut, dont je me suis trouvé, par ma place de commandant de la province,

210 MÉMOIRES DU C" VALE^'TIN ESTERHAZY le principal commissaire, je vais les peindre tels que je les ai ju(}és, sans prétendre à ne pas me tromper sur leur compte.

L'archevêque était un homme d'esprit, ayant brillé déjà alors qu'il était agent du clergé, par son éloquence et ses talents pour les affaires de son corps. Son orthodoxie n'était pas aussi reconnue. Il avait défendu un certain abbé de Pradt 1), dont la thèse avait été condamnée. Ses mœurs étaient aussi peu irréprochables que sa doctrine, et son attachement à la philosophie moderne, dont il se glorifiait, faisait douter sa foi. Il couvrait cela par un extérieur décent, de grandes charités, des établissements utiles dans son diocèse. Il était fort occupé de faire dire du bien de lui, et ses amis le citaient comme l'homme le plus instruit en finances et en administration, et le seul propre à rétablir le royaume.

Quant à moi, je l'ai toujours cru sans caractère et incapable de résister aux obstacles imprévus qui se présentent sans cesse dans les grandes affaires: d'ailleurs sans imagination pour créer, se trahiant toujours sur les idées des autres et se les appropriant. Despote dans l'âme, il avait toujours dans la bouche

(1) Après avoir siégé aux Etats généraux, aux côtés de l'aljljé Maury, il éinigra. Rentré en France, il fut tour à tour aumônier de Ronapartc, évoque de Poitiers, archevêque de Malines ; grand chancelier de la Légion d'honneur sous la première Restauration, et plus lard, député. Il mourut en 1837, à soixante-dix-huit ans, laissant la réputation d'un homme sans convictions et sans caractère. La liste de SCS (ouvres est considérable, mais ne contient rien de saillant.

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