CHAPITRE SEPTIEME
les expressions pliilosophiqiies de Illicite, 'riiiude et sans prévoyance, après a\'on- ctaMi (pic les Etals g^énéraii.v perdraient la France, il les a fait promettre publiquement par le loi dans trois ans, espérant éluder cette assemblée en se donnant de la mar.'|c, et se flattant que ceux qui la désiraient se contenteraient dune promesse même éloig^née. H connaissait mal les hommes et les ju.'j^cait sur sa société, qui n'était composée que de ([uehpies admirateurs de bonne foi de ses talents, ou de flatteurs qui espéraient arriver aux places par son moyen.
Je ne sais dans quelle classe coni|)rendre l'abbé de Vcrmond ( I), qui a le plus contribué à son élévation. Cet abbé, lorsqu il fut question de marier le dauphin, depuis Louis XVI, à une archiduchesse, fut choisi par larchevéque, à qui le duc de Choiseul s'adressa, pour être envoyé à Vienne et y être le confesseur et l'instituteur d une jeune princesse qui, devant venir en France, pendant la conduite indécente de Louis XV avec Mme du Barry, ne pouvait pas sans inconvénient y porter l'austérité des principes de dévotion, qui étaient à la mode à Vienne j)cndant les dernières années de 1 impératrice-reine.
Cet abbé était très bien choisi. Simple, modeste,
il) L'ahbe de V'criiiond, protôjjé du cardinal de Loinénie, à qui il s'était d(5voué, fut envoyé par lui auprès de Marie-Antoinette, après que le mariage de celle-ci avec le dauphin cul été décidé, ne la quitta plus jusqu'aux débuts de, la Révolution. A cette époque, il éniii'ra. Il mourut en exil.
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sans ambition. [)Ius de connaissances que d esprit, indiilg^ent, menant une vie retirée, affectant de ne se mêler de rien, il prit iniprand crédit sur la princesse, qui le consultait en tout et avait en lui la j)lus entière confiance. Riche en abbayes, il a refusé un évèché et sest acquis par là une réputation de modération qui ôtait à ses ennemis le moyen de lui nuire. Content de marquer son crédit au commencement du ré(|ne de Louis XVI par quelques g^randes g^ràces qu il faisait avoir à ses amis intimes, tel que le cordon bleu au vicomte de Talaru, il se refusait à toutes les sollicitations de demandes à la reine, et lui donnait souvent des bons conseils. Toujours attaché à l'archevêque de Toulouse, il n'en parlait jamais à la reine qu avec de grands éloges, 1 indiquant comme le seul homme en état de bien administrer le royaume, et disant du mal de tous ceux que l'opinion publique mettait en concurrence avec lui, entre autres M. de Galonné, qui avait beaucoup de partisans surtout dans les gens de finance.
M. de Maurepas, dans sa décrépitude, après avoir appelé M. Necker aux affaires, l'avait renvoyé avec la même insouciance. A sa mort, M. Joly de Fleury (1), magfistrat, homme d'esprit, mais d'une probité suspecte et sans connaissances des finances, avait été
(1) Jean-François Joly de Fleury, conseiller au Parlement, succéda à Necker aux Unances en 1781 et, au bout deux ans, y fut remplacé par le comte d'Ormesson.
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aj)[)olé au contrôle ;<}c'iiér;il. où il nr (il ((iio tlos sottises. Le roi, ayant pciulii son mentor et suixant son goût naturel pour tout ce (jui était honnête, plaça de son propre inouvenieiit M. d'Ormesson (Ij, magistrat intègre, dévot, borné, et n ayant administré eu finance que la maisou de 8aiut-(Jyr. La besogne le culbuta bientôt. La Caisse d'escompte Tut au moment de faire bauqueroute, et cela eut enlrainé un bouleversement général. Les linanciers se remuèrent. On montra le danger de lÉtat au roi, et on lui indiqua M. de Galonné comme le seul qui pût rétablir les affaires. La reine fut lâchée de ce choix, mais elle ne s y opposa pas. Les (inanciers qui avaient poussé M. de Galonné prêtèrent leur argent et leur crédit. La Caisse d escompte pava à bureau ouvert, et tout rentra dans cet ordre forcé, mais accoutumé, (jui menaçait d Une explosion.
De[)uis Tannée 1741, on ne s était servi que de palliatifs pour les finances. La dépense dépassait toujours la recette. Il était devenu impossible de mettre de nouveaux impôts et M. Xecker avait épuisé le système ruineux des emprunts, n ayant pu réussir à en établir un d économie et de réforme.
Ce fut à la fin de 1783 que M. de Calonne vint en
fi) D'Ormesson avait à |)('inc trente et un ans et était intendant îles finances quand il fut appelé, bien qu il ait allégué sa jeunesse et son inexpérience, à sueeéd<T à .Jolv de Fleury. Il fut remplacé par Calonne.
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place. Il vit bientôt cju il fallait des moyens extraordinaires pour rétablir les clioses. Il aurait voulu faire payer le clerg^é comme les autres, que la noblesse renonçât à ses privilèges pécuniaires, établir un impôt en nature sur les propriétaires, et un sur le timbre pour atteindre les rentiers. Je ne discuterai pas l'utilité de ces plans, mais le roi ne crut pas avoir la force ni peut-être le droit de les suivre. Galonné proposa une assemblée de notables, dont les charges de la cour seraient exclues.
De grands propriétaires ne tenant pas à la cour, des évoques, des magistrats tirés de toutes les cours supérieures, des maires des principales villes furent nommés par le roi et réunis à Versailles. On forma des bureaux à la tète desquels furent les frères du roi et les princes du sang. On lut des plans, on intrigua. La secte philosophique, voulant porter au ministère l'archevêque de Toulouse, souffla le feu. Les partisans de la liberté qu'on avait si maladroitement établie à grands frais en Amérique, en soutenant des sujets révoltés contre leur souverain, espéraient une révolution en France, et engagèrent les notables à déclarer que, nétant pas élus par la nation, ils ne pouvaient avoir aucun droit de consentir de nouvelles impositions. Bref, Galonné fut chassé avant même d'avoir remis son plan complet. L'archevêque triomphant rompit l'assemblée des notables sans rien finir et échoua lorsqu'il voulut établir lui-même la même
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forme d'impositions ;iux<juclles il s'était oj)[)osé lors- (jiie Galonné les avait proposées.
Pendant ce temps-là, le manque d ar.';ent fit échouer l'affaire de Ilollande.M.de Verpennes, en qui LouisXVI avait confiance, qui, avec des vues étroites et sans ^énie, avait du moins une idée exacte du système de l'Europe, venait de mourir et son successeur, Montmorin (1), n'avait rien de ce cpi il fallait [)our remplir uu poste aussi difficile. Le roi voulait le bien, mais manquait de la fermeté nécessaire pour l'opérer, et était le jouet des intrigues dont il était entouré, dans la nomination des emplois. Le mauvais succès de ceux (ju il choisissait lui-même augmentait sa méfiance dans son opinion, et le décidait à se laisser aller à celle (les autres.
L'archevêque saisit le moment pour se faire premier ministre. MM. de Sé^'jur et de Castries (juittèrent les ministères de la .«jnerre et de la marine. L archevêque donna le premier à son frère et l autre à AL delà Lu/erue -2 , philosophe, homme d'esprit, mais distrait et ne connaissant pas du tout la partie dont il était char.'jé. Enfin, succombant sous le poids des affaires, Mgr de Brienne quitta au mois d'août, après avoir fait
(1) Le comte de Montinoriii. ministre des affaires étranjjères à la lin du l'ègne de Louis XVI et aux débuts de la llévolution. Il péi-il durant les journées de septendjie. Il était le père de Pauline «le Heanmont, l'amie de Chateaubriand et de Mme de la Luzerne.
(2) Le lieutenant général comte de la Luzerne, frère aine du cardinal de ce nom. Entré au ministère le 14 juillet 1789, il en sortit en octobre 1790 et émigra. Il mourut en Angleterre eu 1799.
des démarches arbitraires et ne pas les avoir soutenues, après avoir promis des Etats (généraux qu'il espérait éluder, et pour lesquels on le pressait, et dég^oùté le militaire par les opérations du conseil de guerre, absolument dirigée par Guibert, homme de lettres (1) ambitieux, plein de facilité pour le travail, et, tour à tour despote ou républicain, selon qu'il espérait y trouver des moyens de fortune.
Le comte de Brienne quitta peu après son frère le ministère de la guerre, qui fut donné au comte de Puységur (2), le plus ancien des lieutenants-généraux du conseil de g^uerre, très honnête homme, droit, sachant son métier, et très capable de remplir cette place, s'il l'eût obtenue quelques années plus tôt, alors que sa santé n'était pas affaiblie et dans des temps moins difficiles.
Ce fut l'automne de cette année 1788 que se tinrent les États du Ilainaut. M. le prince de Groy en fut nommé le président; l'intendant Sénac de Meilhan (3)
(1) A remarquer que celui qui est traité si dédaijjueviseuient d'hoiiiinc de IcUres par Estcrhazy était le général comte de Guihert dont nous avons déjà parlé, connu surtout par la passion qu'il inspira à Mlle de Lespinasse.
(2) Il ne fut ministre de la guerre que durant quelques mois, de novcnd)re 1788 au 12 juillet 1789. Comproinis le 10 août 1792 par la part qu il prit à la défense des Tuileries, il émigra et rentra plus tard, dans le Tarn, son pavs. Il y mourut en 1807.
(3) Ce très spirituel écrivain avait fait sa carrière dans les intendances de province et avait été nommé, en 1776, intendant général de la guerre. Emigré en 1791, il passa plusieurs années en Russie, honoré de la fa\eur de la grande Catherine, et ne quitta ce pays qu'à la mort de cette souveraine. Il alla se (i.ver à Vienne et y mourut en 1808.
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et iiioi vi\ fullu*:^ les cominissaii'es du roi. Le |)eii de temps (jii ds ont duré a empéelié d en \()ii- I utilité; mais la veslioii en était plus (diére (|iiee(dle (\v^ iiilcii- (lants, et les a\anla.<;es ne ni en sont pas encore hien démontrés. Peu après la tenue de ces États, (|ui oeeasionnèrent beaucoup de dépenses, nous revînmes à Paris. M. Necker tenait alors le timon des affaires.
Ce Genevois, d abord baïujuier, s'était faitconnaitic j>ar un élo^^e de Colbert et des ouvra^jes contre M. Turgot et les économistes. 8a femme tenait une espèce de bureau d esprit où les économistes étaient admis. Un M. de Pezay (l) , faiseur d'opéras comiques et de petits vers, avait trouvé moyen d avoir une espèce de correspondance secrète avec Louis XVI : il avait poussé M. Necker près du roi et de M. de Maurepas, en lui faisant donner une place subalterne sous le contrôleur (jénéral. Mais la supériorité de son esprit et les intrifjues de son ami le placèrent bientôt dans la première sous le titre de directeur. Ses formes républicaines, son éloquence, le mot de vertu qu il avait toujours à la bouche, la mode enfin lui excitèrent des enthousiastes. Peut-être alors en méritait-il. Mais l'excès de son amour-propre, le crédit que lui donnaient les banquiers et les capitalistes lui tournaient la tète.
^1) Le marquis de Pezay, mort en 1777, aiilem- de qucKjiics oiivi'aije» de iittératiii-e et d iiisloire, oubliés aujouiwl luii. Il avait appartenu à rarinée couiinc capitaine de drayons. Il fut aussi aiajor {jéncral des logis et inspecteur jjcnéral de la fléfense des côtes.
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Il voulut entrer au conseil, et voyant M. de Maurepas toucher à sa fin, il se flatta de le remplacer et de gouverner le roi de France.
Un compte rendu qui laissait voir de grandes ressources lui fit avoir beaucoup de partisans, et le nombre en eut été encore plus grand si un mémoire qu'il avait fait pour le roi, où il disait beaucoup de mal des parlements et des financiers, ne lui eiit fait des ennemis de tous ceux qui tenaient à ces deux corps. M. de Maurepas, parlementaire par habitude et par goiït, partagea leur sentiment. Un prétexte de religion ferma l'entrée du conseil à M. Necker. Il quitta, regretté d'une partie de la nation et même de la cour^ où il avait su se faire des partisans, malgré ses formes sévères.
Sa place fut donnée successivement à M. de Fleury, d'Ormesson, de Galonné et l'archevêque de Sens (1). Mais Necker ne voulut pas être oublié pendant qu il était loin des affaires. Il fit un ouvrage sur les finances de la France, où il y a de très bonnes choses et des vérités qu'on ne pouvait savoir que par ceux qui ont été à la tête des finances. Il établit une querelle polémique avec M. de Galonné pour défendre son compte rendu, que celui-ci attaquait, et ce dernier, à cause de quelques phrases peu obligeantes, le fit exiler. La persécution augmenta sa célébrité et le nombre de ses partial) De l'archevêché de Toulouse, Loménie de Brienne avait passé à celui de Sens.