CHAPITRE NEUVIEME
d'être persécutés, ne croyaient pas pouvoir rester clans la ville an delà du 1" février, et qu'il serait bien important que le départ projeté put avoir lieu a\,int cette époque. On me répondit d'être tnuKjuillc cl de laisser faire.
Il y avait à Aix-la-Chapelle plusieurs personnes qui avaient des correspondances avec les bien intentionnés de Paris, d'autres avec M. le comte d'Artois, et avec M. le prince de Condé. M. de Calonne était allé joindre le premier à Turin, et rcinpereur Léopold, qui a\ait succédé à son frère, mort l'hiver précédent, ayant fait sa paix avec les Turcs, et accordé à ses provinces en insurrection les privilégies que Joseph II leur avait contestés, était paisible possesseur de ses vastes domaines. Prêt à se faire couronner à Francfort, il paraissait disposé à aider la cause du roi son beau-fière et à faciliter les démarches du comte d Artois.
Ce dernier avait des intellirjcncesà Lvon, et m'écrivit de me rendre à Chambéry, pendant qu'on réunissait à Bàle les différents parlements. Ayant eu des ordres du roi de rester à Aix-la-Chapelle, et espérant toujours qu'il viendrait à Valencienncs, je m'excusai près de M. le comte d'Artois, et peu de temps après, les projets sur Lyon ayant été découverts, il n'en résulta que le malheur de quelques individus, sans aucun avanta^fje pour la cause. Un camp de royalistes qui se forma à Jalès, dans le Vlvarais, n'eut pas de suites
plus heureuses (l). Les puissances étrangères avec qui les Tuileries négociaient à l'insu des princes se refusaient aux secours que ces derniers demandaient, et le défaut de concert s'opposait au succès. Le roi, trahi par ses ministres, achetait sans ohjet quelques membres de la Convention, et lintrigue continuait à Paris, à Turin, à Madrid et à Vienne. Sur ces entrefaites, le 10 février, ma femme accoucha d'une fille, qui fut nommée Marianne-Everilda-Ursule.
Cependant, on me pressait toujours de Valenciennes d'engager le roi à y venir. Je l'écrivais, mais on me répondait toujours d'avoir patience en tout. Il était évident que depuis l'entrevue du roi avec Mirabeau, on n'avait plus en moi qu'une demi- confiance. J'ai toujours été opposé à ce qu'on en accordât aucune à des scélérats, plus habiles, plus adroits que ceux qui les employaient, et les demi-mesures par lesquelles on voulait ménager tout le monde m'ont toujours paru dangereuses. La reine était malheureusement entourée de personnes qui pensaient différemment et lui laisaient faire et au roi de fausses démarches. Des vues d'ambition et d intérêt personnels déterminaient les conseils qu'on leur donnait.
Pendant ce temps, le comte d" Artois cherchait à agir de son côté, et il avait quelque espérance d'être secondé. Je demandai à la reine de ne pas me
(1) Voir mon livre : Histoire des Conspiiations royalistes du Miili sous la Révolution.