CHAPITRE DIXIKMK
inteiitioiincs pour accélérer lelficacilé des secours auxquels ils se détermineraient. Enfin, reconnaissant que la ré.o-ence du royaume de France était échue à Monsieur du moment (jue le roi était privé de sa liberté, elle était prête à le reconnaître en qualité de rég^ent, dès qu'elle lui serait officiellement aunoncée, et ne ferait aucune difficulté pour recevoir un ministre accrédité près d'elle par les princes comme le comte Nicolas Romantzov(l) était déjà accrédité près d'eux.
Elle souhaitait aussi qu'ils se montrassent en armes à la France, après quoi les circonstances détermineraient s'il fallait négocier ou combattre. Dans sa pensée, toute nouvelle convocation d'Etats généraux, apporterait de j']^rands inconvénients. Avant de l'annoncer ou de la promettre, il fallait d abord , à l'exemple d Henri IV, anéantir ceux-ci. Elle observa que ce roi n'avait d abord eu que quatre cents gentilshommes, et que les dix mille qu'on disait qu'avaient les princes étaient suffisants pour rétablir lautorité royale, surtout si l'on parvenait à y joindre pour de l'argent des Suisses et des Allemands. Elle me pria de
^1) Il était le Hls de l'illuslre gém'ral russe de ce nom et résidait depuis de longues années, comme ministre de Russie, à Francfort, lorsque Catherine le désigna pour la représenter auprès des princes à Cobientz. 11 fut ministre des affaires étrangères sous Alexandre, grand chancelier, se montra partisan de la France ce qui le fit nommer, par l'empereur grand aigle de la Légion d honneur. Il quitta le pouvoir au moment de l'expédition de Russie et n'y revint pas. Ses études d'histoire et de littérature emplirent ses dernières années.
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recommander aux princes de ne pas né^jli/jer de vue le rétablissement des trois ordres et des parlements, sans quoi point de monarchie en France. Ils agiraient sagement en annonçant une amnistie, parce que le nombre des coupables étaient immense, et surtout en ne perdant pas de vue qu'un souverain qui attend son rétablissement des troupes étrangères est un souverain bien malheureux parce qu'il s'expose à voir se liguer contre lui tous les partis. En conséquence, les princes devaient n avoir que des troupes à eux, et encore en borner le nombre à l'indispensable.
Ma dépêche qui contenait ces objets n'était pas encore partie quand le courrier de l'empereur arriva. Ce qu'il apporta ne me fut pas communiqué ; mais j'appris bientôt qu il voulait agir avec méthode, qu il insistait pour que les princes ne se pressassent pas, et n'agissent que de concert avec lui. J'eus lieu de soupçonner que la cour de Vienne fondait son refus de laisser agir les princes sur le dire de Breteuil que telle était lintention du roi et de la reine, et je le marquai dans le post-scriptum de ma dépêche.
Peu après, je reçus la lettre que les princes envoyaient au roi pour l'engager à ne pas accepter la constitution. Cette lettre fut imprimée, approuvée en Russie, mais ne changea rien. Le roi accepta la Constitution; les princes protestèrent; mais, comme lavait bien observé l'impératrice, des écrits qui ne sont pas soutenus ont peu de valeur. D'ailleurs, la tiédeur de
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la cour de Vlciino, qui se refusait à tout ce (|u\ll(' avait promis, et la conduite de 1 I^lspa^jne conlirinaieul ridée que j'avais des intrifjues de Breteuil. La cour de Vienne n'envoya plus les dix mille hommes en Brlsfjaii et se refusa à reconnaître le réfjent. Celle de Beilin assurait de ses bonnes luteulions, mais m* ^()ulait a,';ir ([ue subordonnémcnt à celle de Vienne. En résumé, 1 adhésion du roi à la C-onstitution servit de prétexte aux puissances pour ne pas remplir les conditions de Pilnitz. L'impératrice en{Ta(jea les princes à ne pas se déconrager. Elle écrivit à l'empereur et au roi de Prusse, reconnut Monsieur comme rég^ent, mais ne fut j)as plus écoutée qu imitée.
J'appris bientôt f{uc l'empereur avait fait remettre aux différentes cours, excepté cependant celle de Russie, une note, qui portait qu'il se croyait d'autant plus autorisé à devenir passif dans les affaires de la France, que si son in(li.'|nati()n contre la persécution qui menaçait les jours de sa sœur avait déterminé la résolution qu'il avait fait connaître le G juillet précédent, aujourd hui que le roi avait accepté la Constitution, la politique devait reprendre ses droits, et qu'il était décidé à préférer les moyens qui le compromettaient le moins, et à n'entrer dans la coalition qu'en liant sa cause à celle de l'empire. De plus, il reçut le marquis de Noailles comme ambassadeur de France et ses ministres dirent hautement à Vienne que le roi ayant accepté la Constitution, les puissances
étranj^ères ne devaient plus se mêler de nos affaires. Le roi de Prusse s'en référa absolument à ce que ferait son nouvel allié l'empereur.
Il n'v eut que le roi de Suède qui tint bon; il renvova, à la fin d'octobre 1791, le général de Pahlen (1) à Pétersbourg avec l'exposé des projets à entreprendre au printemps. Le ministre d'Espag^ne à Stockholm lui avait donné l'assurance que son maitre re(jardait l'acceptation du roi de France comme forcée et par conséquent comme nulle, qu'il venait de faire connaître à l'empereurces dernières résolutions, et que dès qu'il serait possible d a^f^ir, le roi de Suède pouvait compter sur des secours de sa part. Galvez, son ministre à Pétersbourg-, ne tenait pas tout à fait le même lang^age ; il parlait toujours de la possibilité des nég^ociations et, en tout, il semblait penser que le vœu du roi son maître était que dans le cas où on ag"irait hostilement, les princes et les émigrés n'y fussent pour rien.
L'impératrice pensait absolument différemment, mais voyant que les puissances, même les mieux disposées ne les emploieraient pas, ou les emploieraient mal, et que même tel paraissait être le vœu du roi et de la reine de France, son opinion plus que jamais était que les princes, en vivant avec la plus sévère économie,
(1) Officier de fortune qui sut gagner la faveur de Catherine et celle de Paul I" sous lequel il occupa de hautes fonctions ministérielles. Il fut l'organisaleu)' du complot de 1801, où ce malheureux prince perdit la vie.