CHAPITRE ONZIEME 3V
avait conseillé aux princes, tout en ménageant l Cuipcreur, le roi de Prusse et les autres souverains coalisés, de se mettre en état d'agir indépcndanimont d'eux. Je crois de bonne foi que si l'on eut adopté ce plan dès le commencement, que si une économie parcimonieuse eût été la base de toutes les démarches de M. le comte d Artois, depuis sa sortie de France, et que s'il eût joint aux sommes que les souverains lui ont données les ressources que chaque individu aurait [)u prendre sur soi, les princes se seraient trouvés en 171)2 en état d'agir seuls. Mais qui, à leur place, ne se serait pas fié à toutes les promesses, à toutes les espérances (jui leur revenaient de toutes [)arts, et (jui eussent rendu cette parcimonie au moins inutile si on leur avait tenu parole?
Au commencement de juin, je fus chargée de demander à l'impératrice d envoyer quinze ou vingt mille Russes pour se joindre aux armées coalisées. Elle y était eng^agfée par ses traités avec l'empereur, et nos princes eussent été heureux de marcher avec les llusses, qui ne pouvaient inspirer aucune crainte de démembrement. Mais, le même motif qui faisait désirer aux princes que la Russie envoyât une armée engagea le roi de Hongrie à lui demander de préférence les subsides auxquels elle s'était engagée en cas de guerre. Il lui représenta que réuni au roi de Prusse, il avait plus de troupes qu'il n'en fallait, et qu'il serait préférable qu'elle prouvât l'intérêt quelle prenait à la
cause en ajoutant aux subsides stipulés par les traités d'alliance les sommes que la marche des troupes lui eût coûtées, si elle eût été effectuée. L'impératrice, qui, je crois, n'était pas fâchée de ne pas envoyer des troupes, alors qu'elle commençait à en employer en Polog^ne, ne voulut pas cependant augmenter les subsides. Elle allégua que l'argent qu'elle pourrait donner au-delà de celui qui était stipulé par les traités, serait plus utilement envoyé aux princes, partant toujours du plan qu'elle avait indiqué, de les faire agir avec les émigrés et quelques troupes, et de ne faire marcher les troupes autrichiennes et prussiennes que secondairement.
Ce projet fut rejeté par le roi de Hongrie, quoique l'impératrice eût fait remarquer qu'après avoir rétabli Louis XVI sur le trône de ses pères, il lui serait fort aisé de traiter avec lui pour les indemnités des dépenses de cette guerre, et de prendre des places ou même des provinces en nantissement jusqu'au payement des sommes convenues, qui pouvaient être telles qu'on pourrait s'assurer à jamais de garder lesdites places ou provinces. Il ne fut fait que des réponses vagues sur ces objets, et le plan concerté entre les cours de Vienne et de Berlin, et approuvé sans doute par le baron de Breteuil au nom du roi, n'en fut pas moins suivi.
Le secret qu'on gardait aux princes et la façon de penser du cabinet de Vienne, qu'il ne dissimulait pas,