‹ Mémoires du duc de Luynes sur la cour de Louis XV (1735-1758) (volume 2)Chapitre 11 sur 69 · MAI · texte numérisé non relu

MAI

laissé à son successeur deux mctisons meublées , l'une à la ville, l'autre à la campagne. On estime que la valeur de ce legs est au moins de 100,000 livres.

Samediâ ilecemois. M. de Cbalmazel, preniîerm^tre d'hôtel de la Keine, apprit ici la raoPt de M. de Talaru, son père.

Le dimanche 6, au matin, M. 4ë Ponialowski , quia i déjà fait ici trois ou quatre voyages pour les affaires du poi de Pologne , prit congé du Roi et de 1fi Reine ; il retourne à Dresde, d'où il va en Pologne, L'usage ici est de ne plus paroitre ù la Cour quand on a pris congé ; cependant M. de Poniatowski fut le soir au souper, à côté j de la Rehie. .

Ce même jour, M. le duc de la Force et M. Amelot de- ] mandèrent ragrémenl du Roi pour le mariage > M"' Amelot, fille aînée du second lit de H. Amelot, la- 1 quelle atreizeansetdemi,avecM, le marquis de là Force, second fils de M, le duc de la Force, qui est actuellemeift \ en Bohème à la tète de son régiment. On lui a envoyé uh ] congé pour rRvenir ici à l'occasion de ce mariage. Oh ] donne actuellement il M"* Amelot 200,000 livres valant ] .10,000 livres de rente , et le Roi lui donne 10,000 livr^ de pension .

Ce même jour, dimanche 6, M. de Hcquigny travailla avec le Roi au sujet d'une cornette vacante dans les chevau-légers. M. de Brizé-Dénon ville, qui avoit cette charge, a demandé à sh retirer ; il avoij un brevet de retenue de 67,000 livres que le Roi a accordé à M. de Sourches, aussi cornette dans cette compagnie ; et le Roi a nommé à la place de cornette M. le Coigueux, dont le père étoit ma- * réchal de camp des armées du Roi.

Ce même jour dimanche, M. le comte de Priego, cidevant prince d'HavM, prit congé ; il va joindre l'Infant don Philippe et servir auprès de lui. L'Infant est encore en Provence, suivant les dernières nouvelles. Hier lundi 7, le Roi soupa dans ses cabinets; iiy avoit

136 MEMOIRES UU UUC DK I.UYMiS.

sept dumes, M'"" laDuchessej pour la première fois du voyage (elle n'y avoitpas même soupe le dernier voyage de Fontainebleau), Mademoiselle, M"" de laRoche-sur-Yon, M"'" la maréchale d'Kstrées , Ml"' de Mailly, de Boufilers et d'Antin , et dix ou douze hommes.

Du même jour 8. — On apprit il y a huit ou dix jours la mort de l'impératrice Amélie (1), M. le prince de Gi'imberghen en a donmi part au Roi au nom de l'empereur, comme gendre de cette princesse. L'impératrice d'aujoupd'hui (2) n'est point l'aînée de ses deux ûUes, c'est la reine de Pologne; mais il a été convenu entre l'empereur et le roi de Pologne qu'ils donneroient part au Roi de cette mort chacun en particulier. Le miqistre de Saxe étant malade, M, le prince de Grimberghen a pris le parti de faire pari.

M. le prince de Grimherghen a reçu la nouvelle que l'empereur l'avoit fait son conseiller actuel ; il étoit déjà conseiller intime de l'électeur de Bavière. La charge de conseiller actuel de l'empereur est assez considérable ; elle donne le titre d'excellence; il le reçoit même des électeurs; il donne aussi le droit aux femmes d'ôtre assises devant l'impératrice.

Le temps du départ est fixé. La Reine part la première, ce sera le 17; le Roi et M. le Dauphin le 19; Mesdames le 21. Le Roi aperniis àMesdamesde passer i Choisyens'en retournant ; le Roi y va d'ici, et il leur y donnera à dîner.

M. le Dauphin sera reçu dimanche chevalier de l'Ordre et fera demain sa profession de foi entre les mains de M. l'archevêque de Sens, comme évèque diocésain. On a expédié pour cet effet à ce prélat un brevet signé et cacheté du sceau de l'Ordre. t

(1) Guillelmiae-Amélie àe Brunswick -Hanovre, Vfuve de l'empvreur

(2) Marie-Ainélii', fille de l'eitiperfur Joseph, Fenime île Cliarlei^-AlliRi't, électeur de BavjËre, empereur sous le nom de Otiarles Vil.

M. l'archevêque de Sens a. pri'sent(5 aujourd'hui M. l'abbé de Breteuil, (ils du baron de Bfeteuîl ; il est grand vicaire de Sens depuis quatre ans.

M, d'Egiuonta présenté aussi aujourdhui son second fils.leducde Bizache, qu'il mène à, Naples pour épouser ]a princesse de CaraccioIi-la-Villa (1), elqui est héritière par femme d'une branche de la maison de Cellamare ou del Giudice. Sa mère, qui est contrelaite, bossue et boiteuse, s'appelle la princesse de Cellamare; elle a environ cinquante-huit ans. !1 y a dans la maison de Cellamare un majorât ou substitution , en vertu duquel tous les biens de cette maison, montant à 250,000 livres de rentes , après la mort du cardinal del Giudice et de la princesse de Cellamare, viennent nécessairement A l'alné des enfants de M, le comte d'Egmout qui sera établi en Italie. C'est ce qui a. déterminé ce mariage , d'autant plus que SI la princesse Caraccioli-Ia-Villa en avoit épousé un autre, cela auroit pu donner occasion à des contestations, qui par là sont prévenues.

M. l'archevêque de Sens a été aujourd'hui chez M. le Dauphin pendant son dîner. Aux grâces, le chapelain qui étoit là pour les dire s'est retiré, et c'est ce prélat qui les a dites.

Ou samedi 12, Fontainebleau. — Jeudi 10, M. le Dauphin fit sa profession de foi entre les mains de M . l'archevêque de Sens. Elle se doit faire ordinairement entre les mains du grand aumônier, qui est toujours prélat de l'Ordre ; en son absence, elle se feroil entre les mains du premier aumônier, s'il étoit prélat de l'Ordre, comme cela s'est pratiqué du temps de M. Coislin; mais lorsque le

(1) C'est le nom qu plusieurs noius, cart

(!) Il parult, par [i?s nouvelles que l'i mont, qne ce indriage Lv^nef, <litéi: du 12 juin 1742.)

n'a dit M. d'Egmont; il Taul cependant qu'elle ait 'appelle la princesse del Je&so. ( Xole du duc de

depuis le •U\<:irt de M. d'tgdts difliculléa. {Seconde utile du dut de

§rand aumônier n'y est point et que le premier auuiAnier n'a point l'Ordre , la profession de foi doit être faite devantrévéque diocésain. L'êvèque doit naturellement recevoir cetleprofession de foi chez lui, maïs comme M. l'archevêque de Sens n'a point Je logement au château, mais seulement une maison à la ville, on ajugé à propoia que cefàtchez M. le Cardinal. C'eM donc dans la chambin de M. 1(1 Cardinal, qui est après son cabinet, dans ïe bâtiment neuf delà cour de la conciergerie. Celte chambre a été faite pour être sa chambre k coucher, mais il n'y couche point, et il la prêta il y a quelques jours à M. l'archevêque de Paris. Il n'y a eu aucune cérémonie ; un fauteuil pour M. l'archevêque de Sens, un can'eau poiw M. le Dauphin, qui lut lui-même sa professiou de foi; après quoi M. le Dauphin se leva, et M. l'archevêque àfi Sens debout lui fit Vine petite exhortation qui ne duia qu'un moment.

Mercredi au soir. M*" la Duchesse étoîl à souper chez moi; M. le duc de Villeroy y arriva vers minuit et parla assez longtemps tout basa M"" la Dncliesse. C'étoil pottt lui proposer d'aller le lendemain jeudi souper dans les cabinets; M"^ la Duchesse lui répondit qu'elle étoït extrêmement touchée des Iiontés de S. M., mais qu'elle étoit bien vieille pour en profiter aussi souvent. Cependant le Roi lui ayant fait dire le lendemain qu'il ne la trouvoil point vieille et qu'il seroit bien aise qu'elle y soup&t, elle y fut souper le dit jour jeudi. U est inuti]^ de répéter les dames , parce que ce sont toujimrs à peu près les mêmes. M. de Maurepas y soupa le même jour. IP" de Montéclaire fut présentée il y a quelques jours par M" la princesse de (^nty ; elleest fille de M. de Moothulé , chef du conseil de M. le prince de Conty, et son mari est second cornette des chevau-légers de la Reine; elle est grande , bien faite et a une ligure assez agréable. La Reine a fait ses dévotions aiJÛourd'huî veille de la Pentec6te. Le Roi est allé à la chasse, Mesdames y sont

Page 1