TOME QUATRIÈME 1741 -
PARIS FIRMLN DlDOT FRÈRES, FILS ET C•^ LIBRAIRES
IMPRIMEURS DE l'iNSTITCT, RUE JACOB, N** 56
Tou!» droit! réservé»
DU
ANNÉE i7H.
Mort de la ptinMsse rie Tingry. — Caraclère de la douleur du Roi, — Mort de M. d'Eatourmel. — Nouvelles des armées. — Fin des voyagea de Saint- Léger. — Mariage du prince de Soublse avec M"' de Carigaan ; billet de faire part, — Cuntestaljon sur le service du Daupliio. — Audience du cotnle de Loss. — Conversation du Roi avec M. de Meuse sur son logement. — Mémoire de M. de ChAtilton sur le service du Dauphin et décision du Roi. — Permission à M. de Ligoersc de vendre sa cliai^e. — Épilaphe KO vers de l'empereur Charles Vl. — Communion du Daupliia.
Du mardi 3, Versailles. — Vendredi dernier, M"* la princesse de Tingry mourut à Paris; elle avoit vingtsix ans; elle étoit fille de M. de Senozan; elle étoit d'un caractère aimable, et avoit une figure qui plaisoit. 11 y avoit longtemps qu'elle étoit mourante, et on prétend que c'étoit par le goût qu'elle avoit pour les remèdes , se faisant saigner en cachette quand elle savoit qu'on pourroît l'en empêcher, et prenant toutes les drogues qu'on lui proposoit; elle ne laisse d'enfants qu'une fille qui a quatre ou cinq ans.
Vendredi, le Roi revint de Saint-Léger, et il y est retourné aujourd'hui pour jusqu'à vendredi prochaiu;il parolt toujours, dans des tempe de la Journée, extrêmement se-
•2 MÉMOIRES DU DUC DE LUYWllS.
rieux et de Diauvaiee humeur. Hier, il soupa dans l'appartement de M'"' la comtesse de Toulouse , avec M"' de Mailly, MM. de Meuse, d'Ayeo, d'Harcourt , de Soubise et de Noailles. C'étoit le souper de M. le comte de NoaîUes qu'il avoil fait apporter.
Hiçr, le ïtoi avoit été à Ift chaste aux epViroDs d'ici. M°" de Mailly y alla seule de femme dans le carrosse du Roi ; elle monta en carrosse au bas de la cour de marbre, au même endroit où le Roi y monte ordinairement ; elle y a déjà été de la môme manière une ou deux fois. Il parolt, par l'air sérieus du Roi et par la manière respectueuse dont i I entend la messe, que les réflexions de religion et l'habitude forment un grand combat en lui. M"^ de Mailly est toujours dans l'affliction, mais il y a lieu de croire que ce n'est point seulement une douleur d'amitié, que les réflexions du Roi, peut-être même celles. qu'elle fait, y ont quelque part.
On a eu des nouvelles de l'armée de la Meuse, que M. d'Estourmel [1] éloit mort à Nuys (9). II est mort de la dyssenterie ; il étoil inai'échaJ de camp ; il avoit corn mandé ci-devaatle régiment de Toulouse-cavalerie; il étoit malade avant que de partir, et n'avoit même pu joindre l'armée que le 10.
La compagnie de gendarmerie [Bourguignons], vacante par la mortdeM.deBelsunce, a été donnée à l'ancien, et on a donné un guidon à vendre à la famille. La charge de grand louvetier n'est pas encore donnée; M. de Flamarens la demande, et M. d'Heudicourt la désireroit pour M, d'Hautefort, son l>eau frère,
Dusamedi 7, Venailies. — Le Roi revint hier de Saint-Léger, et ramena M""' de Mailly seule de femme dans son carrosse; il n'alla point chez la Heine en arrivant, et on ne le vit point de toute la soirée. Le voyage de Saint-Léger a
II) Louis il'Eitourrni'l tlu Kn^toy, tnarqui* rl'Esluurinel. (S) Ni-iiH, ville <les l^.lulo Pruiiiuiis ( pn>«incu Khrimuf),
OCTOBRK 1741. 3
été on peu moins triste que les autres. Le Roi y a joué au trictrac, et M""" de Mailly a joue quelques parties de quadrille.
Nous apprîmes hier que la charge de grand louvetier étoit donnée à M. de Flaniarens. Le détail que j'ai marqué ci-de8sus n'est pas exact; elle ae vaut que j!3,000 livres de rente, sur quoi il faut entretenir l'équipage ; sur cela M. d'Heudicourt, en mariant sa fille, lui a assuré 200,000 livres et s'est réservé à lui-même I»,000 livres de pension.
Du mardi 18, Versailles. J'ai appris pendant que j'étoisàDampierre, où j'ai resté huit jours, que M. d'Ormesson [de Noiaeau] avoit la place d'avocat général de feu M. Diiguesseau de Plimont. M. d'Ormesson avoit quatre garçons, dont il y en a eu un de tué à une des deux affaires contre les Anglois ; des trois autres, l'alné a la survivance de M. d'OrmessoD, l'autre est présentement avocat général, et l'autre est exempt des gardes du corps.
Les nouvelles que l'on a des deus armées disent que celle de M. de Haillebois manque beaucoup de subsistances, étant dans un pays où l'on ne la voit qu'à regret, etque dans celle de Bavière l'on désireroit beaucoup la présence de M- de BelLe-lsle ; elle est actuellement commandée par l'électeur, et sous ses ordres par U. de Terring, celui qui étoit ici il y a deux ans : on l'appelle le maréchal de Terring ; il a été fait feld-maréchal à l'occasion de cette campagne.
Du mera-edi 19. — Le Roi revint le mercredi II de Saint-Léger; il n'y avoit de damesà ce voyage que M'"°de Mailly, M'°^ la duchesse d'Antin et M"'" la duchesse de Gramont. Il n'y a plus de voyages de Saint-Léger. Le Roi depuis son retour a soupe tous les soirs chez i\"" la comtesse de Toulouse, hors les jours de grand couvert, et ces jours-lù môme il y va après souper. 11 a été plusieurs fois à la chasse, et M'"' de Mailly y a toujours été seule de femaie> et au rendez-vous elle montoil dans les calèches
du Roi avec M. de Meuse. M. de Meuse et M. d'Ayen ne la quittent point et dînent tous les jours avec elle; on accommode actuellement un logement au-dessus de la petite galerie du Roi que Ton dit être pour M. de Meuse.
Le Roi alla hier courre le cerf. M"" de Mailly avec lui, et de là coucher à la Meutte, d'où il revient ce soir après souper. Mademoiselle est toujours restée à Madrid depuis un mois ou six semaines. M"" de Mailly lui écrivit il y a deux ou trois jours pour lui proposer d'aller à la Meutte ; ainsi il y aura quatre dames à ce voyage-ci, M"*" d'Antin et M"" de Ruffec y allant.
Le contrat de mariage de M. le prince de Soubise avec M"" de Carignan fut signé par le Roi dimanche dernier. M""" de Carignan et M. de Rohan ont lait imprimer à l'ordinaire des billets pour faire part du mariage. L'incognito rend ceux de M™" de Carignan assez singuliers ; ils sont conçus dans ces termes : « M"' la marquisede Buse est venue pour avoir l'honneur de vous faire part du mariage delà princesse Anne de Carignan, sa fille, avecM. le prince de Soubise. bM""" de Carignan et M. de Soubise partent ces I jours-ci pour aller fairele mariage iSaverne. M. etM^'de Rohan n'y vont point; la santé de M, de Rohan est toujours mauvaise, et il est dans un grand abattement.
J'ai marqué ci-dessus le changement qui a ét*^ fait à l'appartement de M. le Dauphin ; on l'a augmenté d'une pièce, quiétoit anciennement de cetappartemenl. Ce changement a donné occasion à une petite contestation. Avant le changement, M. le Dauphin entendoit la messe tous les jours ouvriers dans son cabinet; les officiers des gardes du corps de service y entroient et y recevoient l'ordre de M. de Chàtillon. Depuis le changement, on dit la messe dans la pièce qui est avant la chambre. Le premier jour de ce changement, M. le Dauphin étant dans son cabinet, l'officier des gardes vint pour prendre l'ordre ; l'huissier lui refusa la porte. L'officier crut que c'étoit une méprise, et persista à vouloir entrer; mais il fut toujours refusé. Il
se plaignit, et on a demandé une décision. Il a été décidé que lorsque les entrées seroient chez M. le Dauphin, M. de ChAtillon pourroit faire entrer les officiers des gEirdes qui sont de service auprès de lui. Cette décision ne leur donne rien dans ce moment-ci, puisque tout dépend de la volonté deM. de Chatillon, cependant ils en sontcontenls. M. de Chàtillon a le droit de refuser même les grandes entrées quand il le juge à propos, et d'ailleurs lorsque M. le Dauphin n'aura plus de gouverneur, le règlement qu'on vient de faire donne aux officiers des gardes les entrées chez lui. 11 est même dit par le règlement que DonseulementM.de Chàtillon, mais môme l'huissier, pourra faire entrer les officiers des gardes lorsque les entrées de la chamhre seront chez M. le Dauphin. Cette décision est un adoucissement à celle qui a été faite sur le point qui étoit en contestation ; car il est dit par rapport à l'ordre que les officiers des gardes le prendront entre les deux portes, ce qui ne se peut entendre que de la porte du cabinet en dedans de la chambre. 11 y avoit encore une autre difficulté. M. le Dauphin monte presque toujours de chez lui chez le Roi par un petit escalier qui rend dans l'antichambre à œil-de-bœuf ; on prétendoit que les officiers des gardes ne le dévoient point suivre par cet escalier. Il a été décidé à cette occasion-ci que lorsque M, le Dauphin iroitchezle Roi dans un temps où l'antichambre à œil-de-bœuf n'estpoint encore ouverteà tout le monde, l'officier des gardesferoit le tour ; que lorsqu'elle seroit ouverte, l'officier s uivr oit M. le Dauphin par le petit escalier. Avant-hier mardi, l'envoyé du roi de Pologne, électeur de Saxe, eut audience; il s'appelle M. le comte de Loss; c'étoit une audience pubhque. La Reine le reçut dans son grand cabinet avant sa chambre, et ne se leva point quand il entra ni quand il sortit. Il étoit conduit par M. de Sainctot ; il parla en françois, et après sa harangue il présenta son fils et quelques étrangers qui étoient avec lui.
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TYPOGRAPHIE DE H. FinMIN DIDOT. — MESNIL (EL'RE).
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