‹ Mémoires du duc de Luynes sur la cour de Louis XV (1735-1758) (volume 2)Chapitre 3 sur 69 · TOME QUATRIÈME 1741 — I7/IO · texte numérisé non relu

TOME QUATRIÈME 1741 — I7/IO

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10 MI%MOIRKS nu DUC T>V. LUYNKS.

ce m^me cabioM queles grandes et premières eotréH et les peraonnef

qui me seront annoncées.

Ils ne laisseront à l'avenir entrer dans le cabinet doré qne les gran^ des entrées et les personnes quej'y fais eairer, ce cabinet devant être regardé comme celui du Roi qui est après le cabinet du conseil. Au surplus ils coDtiDueronE ce que j'ai ré^lé ci-devani pendant que M^^ le Dauphin eit à son étude, n'y changeant nen par ce règlement.

M. de Ch&tillon, en me reraellant l'écrit que j'ai fait copier ci-dessus, me fit quelques observations.

L'ordre qu'il a donné aux huissiers depuis lo règlement a été pour faire voir que, bien loin de vouloiF faire de la peine aux officiers des gardes , comme peutêtre quelques-uns l'ont cru, il chercholt à leur faire plaisir, puisqu'il ordonnoit qu'on les laissât entrer tous les jours, au lieu qu'aux termes du règlement il aurait pu chaque fois se les faire annoncer et les faire entrer ou non suivant qu'il auroit jugé à propos.

il faulolaerver que cet ordre n'est que pour lechef de brigade et non pour Texempt ; lorsque le chef de brigade est absent, c'est-à-dire lorsqu'ila demandé permission à M. dd Ch&tillon, car suivant la règle il ne peut s'absenter sans cela, alors l'exempt le remplace. Il a les mêmes privigesque lui; mais lorsque lechef de brigade ne se trouve pas dans le moment, l'exempt n'a pas droit de prétendre d'entrer dans le cabinet, Le cas est arrivé ces jours-ci, depuisle règlement, M. de Vandeuil est le chef de brigade en quartier, depuis le l"octobre, chez M. le Dauphin ; son fils, qui est exempt, étoitlasemaine dernière chezM. le Dauphin. M. le Dauphin étant rentré dans son cabinet après la messe, M. de Vandeuil le père étoit dans ce moment à causer dans le caveau de M. le Dauphin ; le fils se présenta pour entrer dans le cabinet; l'huissier lui dit qu'il n'avoit point d'ordre de le laisser enti-er, que M. son père ne pouvoit pas être bien loin, qu'il n'y avoit qu'à l'avertir.

M. de Vandeuil le père est de la compagnie d'Harcourt ;

OCTORRE 1741 H

|sfut à M. le duc d'Harcoiirtqu'ilallase plaindre lors de la ntestatioD. M. le duc d'Harcourt prit faitet cause, présidant qiiele chef de brigade doit avoir chez M . le Daubin les mêmes prérogatives que le capitaine des gardes tk chez le Roi. H. de Cb&tillon répond à cela que si cela 1 Ast ahsolument égal, il faut donc que le chef de brigade monte dans le carrosse de M. le Dauphin comme le capitaine des gardes monte dans celui du Koi; et comme ils ne l'ont même pas prétendu jusqu'à présent, M, de Ghâtillon en conclut qu'il y a donc quelque différence. MM. les capitaines des gardes disent encore que le major même des gardes prend bien l'ordre du Roi dans le cabinet. M. de Cblitillon , sur cela, demande ce qui arriveroit si par hasard le major ne s'y trouvoit pas, si celui qui le rempiaceroit, soit un aide-major, soit un chef de brigade, entreroit dans le cabinet pour prendre l'ordre. ( On peut voir dans les mémoires de M. de Dangeau un exemple qu'en l'absence des quatre capitaines le major a remplacé; mais on ne voit point que cela ait été jusqu'au chef de brigade ni unaide-major). llparottque l'intention de M. de Châtillon est de donner l'ordre dans la chambre, au retour de la me-sse , d'autant plus que cela s'est toujours passé de la même manière le soir chez M. le Dauphin; et l'entrée aux officiers des gardes dans le cabiuel pendant l'intervalle entre le lever et la messe n'est qu'une facihté donnée au chef de brigade pour faire sa cour plus agréablement.

H. le marquis de Lignerac, enseigne des gendarmes de la garde, gendre de M. le marquis de Broglie et beautrère de M. du Chayla, a demandé permission de vendre sa charge ; il se meurt de la poitrine. Cette charge donne le rang de mestre de camp. Le Roi a bien voulu luiconKerirsoD rang de mestre de camp, ce qui seroit une grande I grt.ce si la santé de M. de Lignerac n'éloit pas sans espérance. Par la retraite de M. de Lignerac, M. de Marcieu inoate à l'enseigne, en donnant 50,000 livres, M. de

IS

MEMOIRES DD DUC DE LUTIfES.

PDjanDe, qui étoît premier gnidon , étant présealefflenfr mettre de camp du rég-imenl de Bretaçiie depoîs la mort de M. le comie de Gassioa, V. de la Salle, troisième enseigne, devient le second. M. de Saînt-Chamanl, second gnîdon, devient le premier. M. de Herînville, qoi étoit le troisième, devient le second, et le troisième gaidon vient d'être donné à H. de Coas, neveu de H. de Fimarcoo, i d'une de ses sœurs.

Je mets ici des vers qui ont été faits au sujet de la s cession de l'empereur Charles VI et de la situation pré sente de la reine de Hongrie ;

Des Tiers Autrichiens gitici le dernier,

Trop lard pour bod honneur, trop tôt pour sa famille.

En attendant un héritier. Ce prince trouva l'art de laisser à sa Slle Un héritage en l'air, des droits litigieux , Un épou\ méprisé, déchu de ses aïeux.

De œnt titres brillants la pompeuse fumée, Point d'argent, nul conseil, sans amis, sans armée.

Du lundi 30, Versailles. — Je n'ai rien écrit depuis plusieurs jours parce qu'il ne s'est rien passé de nouveau ni de considérable. M. de Soubise partit il y a quelques jours pour .Saverne ; M"'" de Carignan et M"" sa fille partirent à peu près dans le môme temps. Le mariage doit se faire d'aujourd'hui en huit, 5 du mois de novembre. M. le prince deRohan, dont la santé n'est point rétablie , a pris le parti den'y point aller; il est ici depuis quelques jours avec M"" la princesse de Rohan. Il parolt fort flatté de ce mariage ; mais en même temps il se fait un plaisir de dire qu'il n'a pointachetécethonneur, et défaire voir que cette alliance n'est point au dessus de celle qu'il pou voit prétendre. M"' de Carignan a 20,000 livres de douaire et 10,000 livres d'habitation. Sa dot est 100,000 écus valant 18,000 livres de rente, à cause de la différence delà monnoie.

Le Roi n'a point sorti d'ici depuis le dernier voyage de la Meutteque j'ai marqué. Il y eut hier huit jours qu'il

iaapoarla première fois dans le petit appartement dont

fcjaip

:, qui est

de la galerie ; depui

il a continué à y dîner ou souper presque tons les jours ; il n'y a de femmes que W de Mailly, et d'hommes admis que M. de Meuse, le duc d'Ayen, le comte de Noailles, et le duc d'Harcourt, qui est eu quartier. Le Roi a continué d'aller | chasser] la semaine passée comme à l'ordinaire. Jeudi, il chassa dans le parc un cerf qui y étoit entré par une brèche. M'"'^ de Mailly etM. de Meuse étoient à celte chasse dans une calèche du roi.

Hier étoit le premier jour de la semaine de M'"" de Mailly ; elle vint chez la Reine pour la première fois depuis la mort de sa sœur.

Du mardi 31 , Versailles. — Aujourd'hui, veille de la Toussaint, le Roi a été à la chasse. LaReine ne vit hier personne l'aprés-dlnée, et aujourd'hui elle a fait ses dévotions; c'est l'ahbé d'Alègre, son aumônier, qui a dit la messe.

M, le Dauphin se confessa hier au P. de Linières (c'est toujours le confesseur du Roi qui confesse les enfants de France); il a fait sesdévolions ce matin à la chapelle Saint- Charles en haut. Lorsque M. le Dauphin est arrivé, son prie-Dieu étoit en dedans de la chapelle ; M. de Chàtillon Va fait reculer et mettre au pied de la marche qui monte dans ladite chapelle. Le P. de Linières étoit à droite du prie-Dieu le plus près de M. le Dauphin, et l'abbé d'Andelot, aumônier du Roi de quartier, en habit long, à la droite du P. de Linières, du côté de l'autel; à la gauche du prie-Dieu étoit M. l'évéque de Mirepoix en rochet et encamail. C'est M, le cardinal d'Auvergne qui a dit la première messe ; il a premièrement donné de l'eau bénite iH. le Dauphin par aspersion, comme cela se pratique pour le Roi et pour la Reine. Après l'Évangile, un des clercs de chapelle a apporté le livre couvert du voile du calice, l'a présenté à M. l'évoque de Mirepoix, en ôtant le voile, et M. de Mirepoix l'a donné à baiser à M. le Dau-

M.r«fché#i«*lil»fiH«— — >

aUyifMliriiliilB ha itiB.iiwiillii delot a p«li r^riis A ïm

de r«ald «wk^ad «■ • ■■ MCMi tfBMopènéKlifè^ctp ili miw— in» 1 h Dmi^iw ^atajaseé anprcsdeee tabouret, et s'est mis à gcaoBS mmm «■shm. Ikax deres de cfaapc&Mt défbékaafp et ■■ iMkpàsehaoBa na boal; d« aélide l'Mld, M. k 4m ^ (^tiUan teooik lecAtèidroile, et j'ai tmalecoôi émtùté gvmtke (sutvantla ri^e, le plw SMaca ^c dsmitfaav le eOté drail-) M. le eerdkkal d'Anvei^Be a oMBiniuiè M- le Dauphin ea laifaisaDtaiipa>mvanttwi5eriDoaBike*a,saivaiit l'usage des éTèi|iK». I. le Daaphin a entendu tout de suite une seconde messe dite par an chapelain du Roi^ lequel loi a préseotédereaD bénite comme âU première.

Le Hoi est reTeoa de la chasse d'assez bonne heure poar entendre lespremièresvépres; illeaa entendues ea bas; laheiney étoit; M. le Dauphin elMadame sur le drap de pied. C'est H. l'archevêque d'Arles (Tabbé de Bellafonds) quia officié.

M . le cardinal de Polignac est fort mal.

Office lin la TouBMint; sermon liu P. Fltnirj. — Le Roi, M"' .le Mailly et M, ileMi^uite,— DéUil sur lea xuilirncea des ambassadeurs lurcsel persans. — NouvellBs il'Allemngne et Je SitèJe. — Lettre da roi de PniKse. — Le Itol «tourrre » Choisy. — MariasB du comte da Noaillei avec M"" d'Aïpaloii ; iirlvll«se <1« lii miUson d'Arpajon de porter la eroix de Malle. — 1^ priniw <lu Skxe-Gollm et sa »i<ur U prini^esse île Galles. — Mort du cardinal 'l<i t^lllglluv. — NuuTel apparleiuent de Mn^ de Uailly; elle a clai| a|)' iwrtwniitii à VerMlllei. — Nouvelle» ito Bobiine.

NOVEMBRK lIAt. ir.

Ï^VaruHlles. — Le Roi Fut hier à ]a graoïle lacbapells an bas; M. d'Arles y oflicia. LaReiae, le Dauphin et Mitilame y fiu'ent aussi, L'après-dloée, entendirent lesermon du P. Fleury, jésuite, prôdicalui'de l'avenl. Ce prédicateur n'a ni le son de voix uile '.geste agréable, et n est 'point orateur. 11 parolt qu'il prêche apostoliquement; il lit un compliment suivantl'n- SBge, lequel me parut assez bien et même touchant ; il ^—aarcourut dans ce compliment tous les dill'éreiits sujets ^■Ée gloire du Roi, par les heureux succès de ses armes et ^B» ses oégoeiatioDs, par la saj^esse de ses conseils et pur ^Bt bénédiction que Dieu avoit donnée à sa famille, n'ou- HUlant pas même la circonstance que le Roi, quoique P^joune, allait être bientôt grand-père, etiinit par lui souhaiter de vaincre ses passions pour mériter la véritable gloire, qui est le bonheur des saints.

Le Roi continue toiyours à dîner ou souper dans le

^ -flou veau petit appartement dans lequel M'°* de MaiUy se

HttfiDttoute la journée; il n'y est servi que par un of&cier

r de la bouche et un du gobelet, etc'estle valet de chambre

de M"* de Mailly qui met les plats sur la table ; il y joue

quelquefois- à quadrille, fort petit jeu; souvent la conver-

Mtion y est sérieuse et triste; il y amème des temps où

M""' de Mailly a de l'humeur. Aussitôt que le Roi entre

dans l'appartement, H"' de Mailly y étant, si M. de Meuse

In'y est pas encore arrivé, on l'envoie quérir sur-le-champ . U parolt que les amusements du Roisonttroublés par de {réqaeDtesréflexions.ll y a quelques jours qu'en parlant d'un rhumatisme qu'il a sur le bras droit et dont il souffreassez, il dit à M. de Meuse : u Je ne suis pas fâché de souffrir, et si vous en saviez la raison, vous ne la désappoaveriez pas. n La vaisselle dont on se sertdansce petit appartement est marquée aux trois couronnes. La communication avecle petit cabinet n'est pas fermée.

fl« vendredi 3, Versailles. Le Koi entendit hier la mess.: iVordinaire ; dn'y eut point de grande messe; ilpiutitâ

onze heures et demie pour le bois de Boulogne (1);

M"'d'Antin et M"' de Mailly montèrenl dans son <

M. ledacd'HarcourtetM. de Richelieu. Iljouaà l'hombre

et au trictrac, fut environ deux heures à table, et repartil

à onze heures et demie.

M*" de Mailly, avanUhîer à la chapelle pendant les pi mières vêpres des Morts, paroissoit dans une grande Diction; cependant hier elle parut à peu près comi fL l'ordinaire. Le Roi ne fait point aujourd'hui la Saint Hubert, à cause delà fête de Saint-Marcel ; il va tirer dani le petit parc. M"' de Mailly, qui est de semaine, ne di voit point aller àla chasse, etM. de Meuse, qui y va toi jours avec elle, étoit sorti pour quelques affaires, Roi l'a envoyé chercher plusieurs fois et l'a attendu u^ quart d'heure ; ensuite il lui a dit, en montant en carrosse, d'aller dire à M"" de Mailly que si elle voaloit aller à la chasse, il alloit lui renvoyer une calèche. Le Roi effectivement, d'auprès de Trianon où il a monté à cheval, a renvoyé la seconde calèche ; M"" de Mailly y a monté en grand habit, avec M, de Meuse, et a été trouver le Roi; elle est revenue un peu avant S, M. pour suivre la Reine' à vêpres, étant de semaine.

Du samedi V, Versailles. — Le Roi a été aujourd'hui' faire la Saint-Hubert aux AUuets ; il soupe ce soir chez M'"" la comtesse de Toulouse.

Du mercredi 8, Versailles. — H n'est point encore décidé comment les dames seront habillées à l'audience que le Roi doit donner à l'ambassadeur turc le mois prochain. Il parolt comme certain que cet ambassadeur ne verra pas la Reine; c'est M. de Sainctot, introducteur des am-

(1) MaJemoisi'Ite, qui est à Ma<lri<l , aroil élé averlie de ta part du Roi àe venir souper A la Mi^iilte ; elle y arriva pendant que ie Roi étoit il la chasse ; elle j doupa et s'en retourna après le souper à Madrid. La réception fut asiet froide et & peu près comme celle du voyage précédenl. {Addition du duc de Luynes, datée du 4 novembre 1741.)

KOVEMBRE IT4I. I7

■a en exercice, qui est chargé de faire sur cela la icherche des exemples. Je demandai il y a quelques pursà M. de Verneuil, l'autre introducteur, s'il ne savoit e qui s'étoit passé ; il me dit que cela ne le regar- [oit point, que cependant il chercheroit pour me faire Uisir, mais qu'il demaudoit sur toutes choses de n'être toint cité. Il m'a envoyé aujourd'hui le petit mémoire lont voici la copie.

En 1669, le Grand Seigneur envoya à Louis XIV un ministre, lequel reçut depuis Toulon jusqu'à Paris les honneurs dus ù un ambassadeur, parcequ'onlecroyoit revêtu de ce caractère. On reconnut dès qu'il fut ici qu'il n'étoit qu'envoyé ; cependant lu 5 décembre 1669, le feu Roi lui donna une audience à Saint-GermainenLoye avec beaucoup d'appareil. La Reine n'étoit point à cette audience, et elle n'en donna point à ce ministre.

En 1716, Mehemet Riza Beg, ambassadeur de Perse, ne prit point audience de M'°^ la duchesse deBerry.

En 1721, l'ambassadeur du Grand Seigneur eut au palais royal une audience en cérémonie de M. le duc d'Orléans; il ne vit ni Madame ni son Altesse Royale.

tl U paroit par les nouvelles d'Allemagne que nous agisppDS toujours de concert avec le roi de Prusse. Le général Neuperg, qui avoit toujours ohservé jusqu'à présent l'armée du roi de Prusse, a quitté la Silésie depuis peu de temps, et est cntréen Moraviepour être également à portée de l'Autriche et de la Bohème. Le Roi de Prusse a écrit à l'électeur de Bavière pour le remerciei' de l'avoir débarrassé de ce général. Malgré l'uniou de ces deux princes, les Autrichiens ont fait publier qu'il y avoit un traité de fait entre la Reine de Hongrie et le roi de Prusse. La ratification de ce prétendu traité aété remise àVienne au ministre du roi de Pologne, électeur de Saxe, de manière que la cour de Dresde a été plusieurs jours à croire lue ce traité étoit vrai. Pareille copie a été envoyée ici ■i M. de Wassenaer, ministre de la reine de Hongrie; ImaisM. de Wassenaer, sachant que l'on est ici prévenu et

l« MEMOIRES ttU pDC PE I.ÏJYNES.

que l'on ne donneroit point dans ce panneau, n'a pas en

en parler.

Les dernières nouvelles sout que l'avant-garde i troupes derélecteurestentrée en Bohême par Freistadtq Budweiss.

H. de Loss dlnahier ici avec M. lecomte de Wislown ; n'est point une chose d'étiquette que ce dîner ; c'est uoa politesse. M. de Lossparolt avoir environ cinquante ans; i{ est grand et bien fait. M. de Wistown parolt avoir vingtquatre ou vingt-cinq ans. 11 esl grand, bien fait, a u sage agréable; il sait bien la musique et joue bien dv clavecin.

On parle d'un petit combat entre quelques vaisseaux angloiset espagnols, dans lequel les Angloisont étébab* tus. Celte nouvelle même paroti assez certaine.

Les gazettes ont beaucoup parlé d'un combat qu'il y eut il y afjnviron sixsemaioesen Finlande, entre les Suédois et les Kussiens. Il est certain que les Suédois ont été battus; mais on a fort augmenté, de la part des Russiens, le détail de cette victoire, prétendant que le corps des Russiens n'étoit que peu supérieur à celui des Suédois. Ouoique les nouvelles de Stockhohu aient appris la vérité de ce qui s'est passé dans cette action et aient fait connoltre que les Russiens étoient cinq contre un, cependant ils ont omis nue circonstance qui me fut contée hier par M, de Tessin, chargé ici des affaii'es de Suède, quoique sans caractère , et qui compte s'en aller incessamment dès qu'il seraarrivé un envoyé du roi son maître. Cette circonstance est, que les nouvelles de Stockholm ont dit que le corps des Suédois étoit de deux mille huit cents hommes; surce nombre, il y avoii treize cents Finlandois ou Finnois qui prirent la fuite au commencement de l'action, de sorte qu'il n'y eut que les quinze cents Suédois qui combattirent réellement. On a caché celte circonstance delà part de la Suède pour conserver la réputation des Finnois. Ce que l'on sait depuis ce temps-là, c'est

NOVEMBRE 1741. |b

les Russiens se retirent en hrùl^nt tout leur paya.

Voici une lettre écrite par le roi de Prusse (1) au sujet

ç H. Robinson. M. Robinson est un ministre de la reine

) Hongrie qui a été chargé de négocier avec le roi de

ifasae et qui a fait uae multitude de voyages sans succès.

> L'iafatigable RobtDson est veau me faire des propoaitious aussi

bériles qu'impertinentes ; il a eu ta lûcbelé de vouloTr me détacher

b mes meilleurs et plus désiatéressés amis de qui j'espère tout, la

■9«anee et la Bavière. Qu'il sache, aiosl qii» t'imiven, que Je ne m'en

aéçawrai jamais. »

Du Jeudi 9, Versailles. — Les comédies ont recommencé mardi dernier ici ; ce sont les François qui ont commencé; les Italiens mercredi, et tragédie aujourd'hui. Dulundi 13, Versailles. — Le mariage de M. le comte de Noailles fut public avant-hier, avec M'" d'Appajon. Il y a longtemps que l'on savoit ce mariage; M"* d'Arpajon est petite-fille de Montargis.

Le Roi va mercredi à Choisy, et revient le lendemain jeudi. Il a eu beaucoup de J)eîne à se déterminer à ce voyage, craignant pour M"'" de Mailly et pour lui de rentrer dans un lieu où ils ont beaucoup vécu avec M°" de Viritimille. M""' de Mailly, voyant combien il étoit difficile de résoudre le Roi à y aller, lui dit que s'il ne vouloit pas y aller, elle iroit toute seule voir ses bâtiments. Je demandai avant-hier au Roi permission de lui aller faire ma cour à Choisy, commej'ai coutume de le faire; et j'ajoutai que je lui demanderoîs même une chambre s'il vouloit bien m'en donner une. Le lendemain. M"" de Mailly m'envoya prier de passer chez elle, et me dit que le Roi l'avoit chargée de proposer à M"" de Luynes de venir à ce peUl voyage. En conséquence M"" de Luynes en alla parler sur-le-champ à M. le Cardinal, qui lui dit qu'elle Be pouvoit pas s'en dispenser. Le lendemain, elle en

(I) A M. IliDdfort. (mie du duc de Luynes.)

parla k la Reine, qui la reçut parfaitement bien, et lui dîf I qu'il falloit nécessairement qu'elle y allât puisque le Roîl le désiroit. 11 n'j aura point de liste pour ce voyag'e.*a Il n'y aura de femmes que M"* de Mailly, M°" la da— chesse de Gramont et M"" de Luynes. M. le prince d^ Con ty avoitfait demander au Roi permission d'y aller ; mais! le Roi lui a fait dire que ce voyage étoit court et qu'il' ' feroit mieux d'y venir un autre voyage.

M. le cardinal de Fleury a été un peu incommodé ce* jours-ci d'un dévoiement^ et a mangé seul; il estmieoï [ présentement.

On attend à tous moments des nouvelles de H. de Belle- Isle ; LI doit être à l'armée, et il est vraisemblable que l'oa^l va faire le siège de Prague.

Mardi ^l, Versailles. —Le Roi fut mercredi à Choisy et en chemin faisant courut le cerf ici aux environs , du côtéde Verrières. 11 mena dans son carrosse M"' de Luynes, M™* de Mailly, MM. le duc d'IIarcourt, d'Ayen, comte de Noailleset moi ; il y avoit une calèche au rendez-vous, où les deux dames montèrent avec M. de Meuse et moi . Après lâchasse, ilmontadansun carrosse avec quelques hommes, et laissa un carrosse pour les dames et les hommes qui restoient. il nous parut de fort bonne humeur, M'"' de Mailly fort occupée de lui, cependant sans aucune affectation. A l'égard du Roi, il parolt traiter H'"' de Mailly avec amitié, mais on ue peut remarquer ni amour ni empressement. M"" de Mailly jeta quelques larmes en approchant de Choisy; elle n'y avoit point été depuis la mort de sa sœur. Quand nous y arrivâmes, le Koi étoit à se promener et à voir ses nouveaux bâtiments, qui sont fort avancés. Aussitôt que les dames furent arrivées, il les mena voir un meuble nouveau dans un appartement que l'on - vientd'accommoder pour Mademoiselle. M'^'laduchessede Gramont étoit de ce voyage ; elle y étoit arrivée et étoit venue avec M. le duc de Gramont. Comme c'est à M. du Bordage à qui le Roi a donné l'exercice du gouvernement

soc

HOVEMBRF, 1741. 21

Choisy, en l'absence de M. de Coigny, M. du Bordage i fit les fonctions pour la première fois; il voulut servie Roi à souper, etle Roi lui ordonna de se mettre à table; restaau coucberdu Roi après que tout le monde fut rti, etle lendemain je le vis entrer au lever avant M, de 'Bouillon et M. de Rochechouart. Il faut observer que les entrées i Choisy ne sont pas réglées dans la journée, au moins au débotler, comme elles le sontici. Tous ceux qui sont du voyage entrent et voyent déshabiller et ha- [iller le Roi entièrement; mais le matin et le soir on fait lirer et sortir à l'ordinaire. M. le Prince de Conty étoit Venu de Paris, et coucha à Choisy ; on fut un peu étonné de l'y voir arriver, le Roi lui ayant fait dire, comme j'ai marqué ci-dessus, que ce voyage seroit bien court et bien peu amusant, et que cependant il étoit le maître. M'"' de Hailly me parut trouver que M. le prince de Conty auroit miens fait de remettre à. un autre voyage, Cependant je ne l'entendis pas désapprouver la visite que fit le lendemain ^. le comte de Gharolois, qui vint faire sa cour, et qui ne 4l'en alla qu'un peu avant le souper du Roi. Le Roi u'a joué qu'à l'honibre et au trictrac pendant ce voyage. Le jeudi, il soupa à cinq heures, et repartit à neuf pour revenir à Versailles. On ne peut pas marquer plus d'aisance et de facilité dans le commerce que le Roi en marque à Choisy; il est occupé que l'on soit bien chez lui comme un particulier pourroit l'être, et l'on peut ajouter que l'on nes'aperçoit de ce qu'il est que parce qui l'environne. U parIaapressouperdeM.de Belle-Isle, et nous dit qu'il étoit parti de Francfort pour aller à Dresde joindre les troupes du Roi de Pologne, électeur de Saxe, et que ce prince lui avoit donné une patente pour commander ses troupes. Le Roi parolt toujours fort occupé de ses jardins et de ses bâtiments, et l'on n'entend de lui ni de ceux qui l'environnent aucun propos qui ne soit très-convenable.

Dimanche dernier nous vîmes ici la signature du con-

trat de mariage de M. le comte de Noaittes avec M"* d'Arpajon; on toe peut S* empêcher de marquer à cette occasion le privilège singulier de cette maison de porter la èroix de MaRe. HH. «d'AT^ajon descendent des anciens comfteâ «de Toulouse, et eofmptent pour le premier de leurs ancètires Mrauld de Toulouse, vicotote de Lautrec^ secoBfd *ls d'A^pholnse dit lourdsân, comte de Toulouse, qui vîvoit vers Tan 1207 ; il épcW^ GaîBarde, fcéritière de la maison d'Arpajoû. Leur fils Hugues 1*' quitta le nom de Toulouse, et prit oèlùi de site d'Arpajon. Le septièfine de (5ette fatMlle, nommé Jean 1*% qui vîvoit sous Louis XI, fut substitué aux biens de Séverac par Amaury de Séverac, maréchal de France, cousin de samère,.en 14^30. Le onzième de cette maison, nommé Charles, fntnommépar Henri ni chevalier duSaint^Ë^rit, honiieur qu'il r^sa, ne voulant point changer de religion et étant né^salviniste. Le treizième de cette maison fut Louis, vicofmte^l'Arpajon, qui fut marié trois fois ; sa troisième femme, qiri étoit fiarcourt- Beuvron, futdame d'hcfimeur de M^SaDauphiUe-'Bavière; il eut de celle-ci une fille qui épousa'M. le comte de Roucy et fut dame du palaiB de M""^ la Daupkine-Savoie ; et Louis vicomte d'Arpajon eut de Louis KlViin brevet de duc en 1651 . Il étoit lieutenant général des armées dû Roi cft gouverneur de Lorraine; il servit avec distinction sous Louis XIV, «t en 16(h5 il demanda à ce prince permission d'aller à Malte, volontaire, dans ie temps que cette lie étoit tnenacée d'une irruption par les Turcs. Il fut fait généralissime des armées de la fkfligion (1). Le grand mallre

(1) Ibrahini, ayant appris la perte de «on grand galkm enlevé aTee'tootes les richesses dont il étoit chargé, envoya un hérault déclarer la guerre au grand maître et à l'Ordre.

On tnn^ilA avec soin t teettre'ies forces de la Religton*én état dfe-fési^r à la paissanee formidable da Grand Seigneor ; on envoya chereher de tous cMés do secours et des munitions de guerre et de bouche.

Belle action et à jamais mémorable de Louis vicomte d'Arpajon, s^gneur delapréntièfe tfmm 'et 4e la haute 'noMes^Hti t^fàmÊt^ de^Mée, qoi'fiBiit

Jcnn Pflul Lascaris fui si satisfait des services importants que rendit H. d'Arpajon , qu'il lui donna pour lui ef ses desceudants aînés, le droit de porter sur le tout de leurs armes celles de la Religion avec l'éciï posé sur la croix octogone, les extrémités saillantes, et qu'un de leurs fils au chois du |>^ùe seroit chevalier en naissant et grand croix après avoir fait profession, A l'Age do seize ans. Ce privilège (1) fut confirmé, en 1715, par le grand maître Raymond de Perellos; et le grand maître d'aujonrd'huy, en faveur du mariage de M. le comte de Noailles avec l'héritière de cette maison, a bien voulu accorder h M, le oomte de Noailles le di'oit de porter la croix de Malte sans aucune obligation, et sans que cet honneur puisse l'empêcher de porter les autres ordres qui pourront lui être conférés (2).

prendre Ibb armes à tous ses vassaux , lËve deux mille liomme!i à se» déppns, ebar^ plusieuDi vaissesax de mimMons de guerre et de l>ouche ; el, aecotn- >fMgnéi)e plusieurs Kentilsltommea de nés pirentx el de segamia, melïla vcnle, ae rend h Malle, el présente au grsmJ- maître aa «ecours ei uunsideratile qu'il ' D'edl Qsé en espérer un pareil de plusieurs souverains. Le Krand-maltre crut ne pouToir mieux reconnoltre un aerrice si împorlanl qu'en lui dflïrani le igBnJnlat des armées, arec le pou*t)rr de se choisir lui-même IniiH lieulenaols ïraoK pour cocnmaDder BOUS ses ordres dans lea eadroiUoii il ne pourtnnspoTler. ( A'ofe du due àe Lvynes. )

trouva que la guerre dont le Turc menaçoil Malte n'étoit qu'une Tausse Il il s'attacha a l'Ile de Candie, assiégea el prit la Caiiée. Toutes ses tant de terre que de mer, de putatantea Hottes «t de^ armées considéfoodirent snr celle Ile. Malte, délivrée <)e l'effort de leurs armes, envoie MM eseadre au secours des assiégés. Le vlcumte d'Arpajon prt«d congé du f9BA maître. Ce prioce , de l'avis ^u conseil, pour reconnoltre le généreux «MOOTS qnll lui SToil amené, par une bulle expresse lui donna la permiasion fnor Ini et pour son dis aîné de porter la croix d'or de l'Oi'dre ; qu'un de ses «id«ta on de ses desoendanls wroil reçu de minortié qoHIe et franc des droits <•« fnsage ; qu'après u çnft»»\<m II seroit honoré de la grande croix ; que les ■fliMh et les sinës de lenr maison pourroient porter la craix dans leur écu el dans leors armes. (Rliloiredr rsnlleAe l'abbé de Verlot, p3fle!05, tome V.) (1) C'est «iiTBi que Moréri le rapporte ; mais ce privilège accorda par tout l'Ordre n'avait pas besoin de cuntirmatton. 11 } eut aeulemenl une lettre Je Té- KcitBlkin dn grand maître. ( !tole dit duc de Ltiynes. )

(1) Il faut dislinguor les deux croi\ que poilent MM. lea chevfrHers de Malle. Cet ordre est milHaireet religieux. Lee chevaliers q>i< n'ont point faH

^ Mrftse

M. le duc d'Arpajon mourut eu 1679 ; il éfoit grandpère de feu M. d'Arpajon, gouverneur de Berry, chevalier de l'ordre de la Toison, qui épousa en 1715 M"° de Montargis, qui a été depuis dame d'honneur de M"' la duchesse de Berry. II en eut deux garçons, qui sont morts, etM"^ d'Arpajon qui épouse M. le comte de Noailles.

Le Roi a soupe samedi et dimanche au grand couvert, hier dans le petitapparteraent deM°"'de Mailiy, et aujourd'hui chezM°" la comtesse de Toulouse. Ce matin, comme il est parti de fort bonne heure pour la chasse, et que c'étoitmardi, jour desétrangers, quelques-uns de ces ministres ne sont pas arrivés assez tôt pour faire leur cour au lever. M. le comte de Loss, envoyé de Sase, qui n'avoit point vu le Roi, m'est venu demander s'il ne pouvoit point faire sa cour au débotter. Je lui ai dit que je ne croyois point que ce fût l'usage, n'y ayant jamais vu d'étranger, M, le duc de Kochechouart, à qui j'en été parler, m'a confirmé la même chose, et m'a dit qu'il ne pourroit pas le faire entrer sans prendre l'ordre du Roi, Comme ce n'étoit point l'intention de M. de Loss de demander une grâce particulière, il n'a point été chez le Iloi.

M, de Loss a présenté aujourd'hui à M"" de Luynes M, le prince de Saxe-Gothaet M. le baron de Stoudnitz, qui

profession ne sont encore que militaires, et ne parlent il'autrc croix que cellfl qui est peDilue au col et attachée avec un ruban noir; c'est cette croix qne M. le comte île Moaliies est en droit àe porter et qu'il porte eirectivemait, quoiqu'il ne soit point eneore marié, en vertu de la grâce qui vient de lut âtre accordée. Ce droit s'étend noa*seu1emeat à Ini mak même i ses enfBQta et petits earantsalDésàl'ln<ini,et ilentredès ce moment dans Ions les droits de la inaiBon d'Arpajon comme s'il de»cendoit lui-même de celle maison. Celle grâce ne peM être an»rdée par le seul conseil de Malle, il faut que ce soit par le tœn unanime de tout l'Ordre. Elle l'a été dans celle occasion-ci sans que personne ait été d'un sentiment diflérent. Cette croix ainsi pejidue au col n'empedie point que l'on ne reçoive tous les autres ordres ; il n'y a que l'autre croix qui puisse en empêcher. Cette autre est une pelile croix blanche cousue à l'habit du cdté gauche; il n'j a que les chevaliers qui ont fait profession, et qui sont par conséquent religieux , qui aient droll de la porter. {Note du duc de luynes.)

eet un jeune homme quiestavec lui elqueTon dit mftme être de ses parents. Le prince de Saxe-Gotha n'aiiroit point une figure désagréable s'il n'avoit point le nez un peu long et tombant, La princesse de Galles (1) est sa sœur;on dit qu'elle a de l'esprit et (jue sa figure n'est pas mal.

M°"de Bulow(2), sœur de M"" de Saint-Florentin, dont le mari demeure à Hanovre et est au service de l'électeur de Hanovre, roi d'Angleterre, laquelle est ici depuis peu de temps , contoit hier à la Iteine que lors du mariage du prince de Galles, le roi d'Angleterre déclara qu'il ne marieroil jamais son fils sans voir auparavant celle qu'il lui feroit épouser; le mariage étoitdéjà conclu avec la princesse de Saxe-Gotha ; mais sur cette déclaration, la princesse sa mère dit qu'elle n'enverroit point sa fille pour être examinée parle roi d'Angleterre, et en conséquence le mariage fut comme rompu; la fille, qui le trouvoit assez avantageux pour ne pas le laisser échapper et qui croyoit apparemment pouvoir être assurée du succès, demanda permission à sa mère d'aller passer quelques jours avec des dames à la campagne chez son frère. Gomme cette maison de campagne n'est qu'à cinq ou six lieues d'Hanovre, elle partit de cette campagne, avec quelques dames, se rendit à Hanovre, et fit dire au roi d'Angleterre qu'elle seroit à telle heure dans tel jardin. Le roi d'Angleterre s'y rendit, s'approcha de la compagnie, et ayant fait la conversation pendant quelque temps, fut si content de l'esprit et de la figure de la princesse, que le mariage Ee fit peu de temps après.

M. le cardinal de Polignac mourutla nuit de dimanche

{!) Auguste deSaxe-Gotlia, fille deFràJéric II, ilucde Saxe-Gotlia, née en 1719; mariée le 8 mai 1T3S à Frédéric- Louis, prince de Galles.

(a) Elle esl Platcn et aiaée de quelques années de M"*" de Snint-Florentin. Ell« lui ressemble ass«r,; cependant Moio de Sainl-Florentin est mieux; elle eat latbérienDe. (A'ofe da duc de Luynes.)

à lundi, à cinq heures du matin; il étoit dfins sa guatre- 1 vingt et unième année. Il vaque par sa mort rarchevèché I d'Auch, où il y a des réparations immenses et où il n'ill jamais été; il avoit oUtre cela plusieurs abbayes, entrti autres celle de Bonport valant 20,000 livres, celle d« | Corbie 38 à iO.OOO livres, celle d'Ancliin a8,00(» liv celle de Béçard deîtjOOO livres, celle de Mouzon de !2,000 livres, et celle de Melet, Son cteur doit être porté A Ao" c4iin ; il aimoit beaucoup cette abbaye ; cesl celle où il avoit été exilé. Il étoit grand maître de l'ordre du Saint- Esprit de Montpellier. 11 a fait un lestaraent par lequel il ordonne que son cœur sera porté à Anchin . Il donne à ses deux neveux, les deux tiers à l'alné , l'autre au cadet, àe i ce qui restera les réparations payées; mais quoiqu'il ail | beaucoup d'effets, entre autres la famille de Lycomède, roi ' de Scyros, fameuse parmi les curieux par la l>eauté des statues, il y a lieu de croire que les réparations con* sommeront la plus grande partie desdits effets. L'aiibaye d'Ancbin, dont lerevenuest fort considérable, nepeutêtre possédée que par un moine ou par un cardinal ; et mèntie quand c'est un cardinal, les religieux ont grand soin de faire nommer un moine de lenr ordi-e pour coadjuteur; c'est ce qui est arrivé quand H. le cardinal de Polignac n eu cette abbaye, de sorte qu'elle passe actnelleraent à utt religieux. Le cardinal d'Auvergne avoit demandé ■ceW» de Corbie ; niais le Roi Va donnée aux économats.

On attend à tout moment des nouvelles de Bohême et de la prise de Prague, dont nos troupes sont fort peu éloignées. Suivant les dernières lettres que Ton a reçues , l'on n'est pas sans inquiétude sur le général Neuperg que l'on dit avoir un corps d'armée considérable , et l'on n'a point encore appris que nos différents corps de troupes soient r&ssemblés.

Du mercredi 29, Versailles. > — Le Riâ revint hier de la Meutte ; il n'y étoit que depuis avant-hier ; il n'y avoit de dames à ce voyage que Mademoiselle, M°" de Mailly,

NOVKMBRK 1741. 27

M"' (lAntin , M""" la duchesse de Rulïec. Il paroltqu'îl y a toujours du froid entre Mademoiselle et H™" de Mailly; et Mademoiselle, qui éloit ici depuis plusieurs jours, avoit toujours été dans l'incertitude, j usqu'à ta veilledu voyage, si elle en seroit.

L'appartement (ju'avoit feu M, le cardinal de Poliguac, au-dessus de l'appartement de M"" de Mailly, mais deux étages plus haut, vient d'être donné ;\ M. le comte de Matignon (Gacé), qui avoit celui immédiatement au-dessous; et celui de M. le comte de Matignon, qui est immédiatement au-dessus de celui de M'"'' de Mailly, a été donné à H"" de Mailly. On fait uu escalier en dedans de son appartement qui montera fV celui-ci; elle couchera dans celai d'en haut, que l'on fait accommoder, et fait de sa cbambrecn bas, oùelleétoit incommodée par le bruit, un grand cabinet.

L'ancien logement de M, l'abbé de Pomponne, qui lui avoit été donné, s'est trouvé dans l'impossibilité d'être accommodé, parce que les poutres sont pourries ; et on a pris le parti d'en murer lesportesjusqu'àce qu'onjugeà propos de le rebâtir, Par toutes ces circonstances, en comptant le logement qui est dans les petits appartements et celai du petit de Vintimille, on peutdire que M'"" de Mailly a présentement cinq appartements dans le château.

Le Roi courut avant-hier le daira dans le bois de Bou- 1^'ne. M"'" de Mailly étoil à. la chasse dans une calèche avec M. de Meuse; après la chasse elle l'ut dans la même voiture dans laquelle elle avoit couru, qui est un soufflet du Roi, en habit de chasse, avec M. de Meuse , au Roule, voiria statue équestredu Roi, qui a été faite pour Bordeaux, l-'ouvrier (1), nommé Lemoyne, qui l'a laite, fut si content

(l) Le nom fl'srtiBt* u'ëtait pas encore eraployé géniSralement pour désigner lensatenrsiI'oLivnigead'srt. Pignoioldela Korw, .ians lu pjiStBwile laG'éili- Von Se M Bescriptioit de Vfrtailla (1730) liit pncore : " nés deu\ tables que j'ai ajoutée!' a U lin de l'ouvrage, il y en a une [|ui contient an abrétté df

des louanges qu'elle lui donna, qu'il lui promit de lui e faire une en petit, pour elle, sur le même modèle. De U, elld^ entra dans Paris pour aller  Sainte-Agoès ; elle trouva e^l chemin M. le comte et M'°* la comtesse de Noailles avec M"' d'Arpajon.dont le carrosse vcnoit de casser; elle mît pied à terre dans un cabaret où elle leur rendit visite. Le mariage de H. le comte de Noailles avoit été fait ce même jour-là.

M"" de Picquigny accoucha la nuit d'avant-hier à hier d'un garçon, qu'on appelle le vidame d'Amiens- Le Itoi vient de donner ordre tout à l'heure devant moi, à un gentilhomme ordinaire d'aller savoir de ses nouvelles de sa part. Le Roi envoie toujours chez les femmes titrées. J lors même qu'elles accouchent d'une fille ; il me sembla I que la Reine se dispense souvent d'y envoyer.

Les nouvelles de Bohème sont que M. de Belle-Isle est resté malade quelques jours à douze lieues de Dresde; que l'électeur est devant Prague, où les Saxons, les Prussiens, les Bavarois et nos troupes doivent être présentement rassemblés; et que d'un autre côté le général Neuperg s'est avancé jusqu'à Tabor avec une nombreuse armée; on dit même qu'il est à Prague. La rivière de Moldau , qui passe au travers de Prague, sépare les deux armées.

On croitdonPhilippeparti pour aller en Italie. Madame Infante écrivit il y a quelques jours ici à Madame sa sœur; elle lui mandoit que quelque afOigée qu'ellefùt dans l'état où elle est (étant prèle d'accoucher), de voir partir don Pliilippe, elle aimoit encore mieus qu'il fût parti que s'il avoit fait comme le duc de Lorraine (i). On rapporte une réponse de Madame Infante à la reine d'Espagne qui

1b vie den ouvriers dont 11 esl parlé dans le corps du livre, e Ce n'est que duna la 7* édition (1738) que ce mot est remplacé par telui tl'artisle».

(l)0n a reproclié au duc dit Lorraine d'avoir balancé longtemps d'aller ae mettre ï la tËte de l'armée du général Neuperg ; cependant on dît qult y eat liréscnlemeot. ( Note du doc de Litynes. )

£éritè de n'être pas oubliée. La reine d'Espagne lui dek ùiandoit si elle seroif bien affligée du départ de don Philippe; Madame Infante lui répondit qu'elle en seroit trêsaffligée, mais cependant pas tant que la Reine. La Reine, I surprise de cette réponse, lui en demanda l'explication : L Madame lui répondit: «C'est que j'irai Je trouver par- E'tout où il sera; mais que pour la Reine elle pourroit ■être longtemps sans le revoir. »

Priâede Prague. — Préseùtalioa de M"" ie Soubise. — Mort de M°^ de la Molhe, de M. de LigDerac et de M. de Muntbruji. — Coatcslatîon enlie le» premiers genliliiliDmmes de la cliambre et le contrâleur gênerai . — Nuu- Telles desarindea,— M'i' de Loss. — Mémoires dii directeur générât dcstdtimeats , dea premiers genlilshumniea de la chambre et du contrûleur gênerai, préaentéd au Roi. — Relations du duc de Chevreuse sur l'escalade de Prague. — Dispositions pour l'audiraice de l'ambassadeur turc, — Présen- K'ialion de M™ de Mirepoix. — Mort de la reme de Suède, — Réïolulion de ^kHoMie. — Ëttennea de M°" de Mailly il Mademoiselle.

Du vendredi 8, fêle de la Vierge, Versailles. — Dimanche dernier, 3 de ce mois, il arriva un courrier de M. Blondel, ministre du Roi à Mayence , lequel est présentement àFrancfort.U apportoitune lettre de M. de Relle- Isle pour M. Amelot , à laquelle étoit ajouté pac apostille que Prague venoit d'être pria par escalade ; il y avoii fort peu de détail. Cette nouvelle étoit arrivée à M, de Belle-lsle par un des gens de M. de Séchelles qui étoit parti pour Dresde (1] avant même que l'affaire fût finie. H. de Montijo, qui est à Francfort, mandoit la même louvelle par le même courrier à M. de Campo-Florido.

F(i] Aussitât que M. de Beltc-tsle eut reçu le courrier de M. de Séclielles, il

T partir un courtier pour Francfort, qui étoit tout prêt. Indépendamment de

la nourelle de Prague, comme il se trouva à Francfort un courrier du M. de Montiju prêt à partir pour Paris, on remit «on paquet au courrier de M. Blondel, (Note du duc de Luynes.)

30 MÉM01RE& DU DVC PS {.UTNES

Le londi le Roi alla à. Choisy, et l'oo comptoit à eha^: I que moment avoir un courrier de l'Électeur; cepenâanttl le mardi et le mercredi se passèrent sans aucune nouvelle JFl enfin le jeudi, à. une heure après midi, le itoi reçut uim I lettre deU. leCardinalpar laquelled luimarquoit que lof courrier de l'Electeur venoit d'arriver. La lettre conte» T noit le détail de ce qui s'est passé à l'action. Ce courrier de l'Électeur est H. de Tavannes, cousin de H. l'archevêque de Rouen ; il a été lieutenant de cavalerie dans mon régiment; de là, capitaine de dras;ons dans le régiment de Coudé; il fut ensuite quelque temps attaché à feu M. le Duc, en qualité de capitaine de ses gardes. Ce fut dans ce . temps-là qu'il enleva M"' de Brun ; cette affaire, suivi vement par M. de Brun, a été terminée par un arr£t1 quia condamné M. de Tavannes à avoir la tète coupée; il avoît déjà pris le parti de sortir du royaume , et il s'é- "^ toit attaché à l'électeur de Bavière auprès duquel il a ' toujours demeuré depuis. Il y est en qualité d'ajdudant général et y a le rang de colonel. La circonstance où il se trouve l'a obligé à changer de nom en arrivant ici ; il a été présenté aujourd'hui au Roi sous la nom de M . le baron de Montarlo. Le Roi est sorti de son cabinet et lui a parlé à la porte de sa chambre ; il a aussi été présenté à la Reine, à M, le Dauphin et à Mesdames. Il rapporte que l'Électeur, assezembarrassédece que l'artilleriede Saxe sur laquelle l'on comptoit n'étoit point encore arrivée le 25, avoit pris le parti de faire escalader la ville. Ce projet avoit ét^ formé sur le plan donné par M, de Gourutz , Suédois, aide de campdeM. leducdeBoufflers. M. de Gourutz, qui sait pais lerla langue bohémienne, s'étoit avancé quelques jour» 1 auparavant du côté de la Moldau, déguisé en paysan et ' s'étoit promené assez près de la ville pour faire laconversation avec les sentinelles, et après avoir remarqué qu'il étoit aisé d'escalader la ville de ce côté-là, pendant le temps qu'on attiroit la garnison de la ville d'autre côté par d'autres attiiques, il avoit communiqué ce projet à l'Elec-

DËCEMBai': 1141. 3t

leur, lequel, adirés avoir écouté plusieurs raJsonuemeu ts dtfl'érealspeûdantquelques jours, s'étoiteufiD déterminé à le suivre. En conséquence, M, le comte de Saxe avoit passé la Moldau et s'éloit allé poster dans un petit village assez près de Prague; et , pendant que l'on faisoit trois autres attaques, deux par les Saxons à, la t£te d'une desquelles étoit le frère de M. le comte de Saxe, et l'autre par Qos troupes, M. le comte de Saxe lui-même , à la tête des François, ayanttait escalader la ville parles grenadierset les dragons, s'étoit rendu maître d'une porte par où tout le détachement, qui étoit d'environ deux mille hommes, étoit entré. Il paroit que toutes nos troupes ont observé la plus e-xacte discipline ; il n'y a pas eu le moindre désordre. La ville de Prague est fort grande, suivant le rapport de M. de Tavannes; elle a trente-quatre bastions. Il n'y avoit que deux mille sept à huit cents hommes de garnison et peut-être douze ou quinze cents écoliers ou bourgeois armés. Les ennemis, persuadés cfue l'on vouloit ouvrir la tranchée du côté d'une des fausses atta(jues, y avoient porté toutes leurs forces, de sorte qu'il n'y a eu presque .lucune perte de notre côté. 11 y a eu trois officiers tués ou blessés parmi les Saxons (1). La ville de Prague est remplie de toutes sortes de munitions, ce qui s'est trouvé fort à propos pour l'armée. M. de Belle-Isle adil y arriver le 1°' ou le 2 de ce mois, eu litière.

Le Roi revint hier de Choisy, et soupa dans le petit appartement de M'°' de Mailiy; avec elle, MM, de Meuse, d'Ayen et de Noailles. Les dames qui ont été à Choisy étoient Mademoiselle, M"" de Mailly, M"" la duchesse de Ruffec, M""' de Chalais et de Talleyrand et M"'" la duchesse de Gramont. Le Itoi paroit plus occupé que jamais de M°" de Mailly; aussi se conduit-elle de façon à marquer l'amitié la plus véritable et en même tem^^la discrétion la plus grande.

(I) \oyi-r. IrsiKliitions, |i. ■iS.

» M ËMOIBES DU OTC DE UTT^nS.

V"bpriiicesedeCroy, fille de 11. le doc dni aeeoodiAilyaqaelqaesjoarsd'atiefilIe. S~*deGaef antre fille de M. d'Hareoart, esiaccoachée aussi j'ai fille il y a quelques joars. M" de Fiti-Jaines accoad son d'une fille tly a cioqoa dijonn.

Lr Boî, M. leI>atipliiD el Mesdames envoient chez 1 daines tiiréesencoacbes, quoique ce ne soit qn'ane fille, IJ premier enfant. Ils ont envoyé chez SI" de Picqoig-ny, M î'oocaajoo de la naissance de son fils , et la Reine n'y f point envoyé.

Aajoard'hai il y a ea senoon, ensuite duquel le Roi 9m la Reine ont entendu en bas les vêpres chantées par h chantresdela chapelle en bant; ilyaeti ensuite salut qdl le Roi aentendu en haut. Un moment avant le salut, M"' Soubise a été présentée au Roi par M"* de Venladour. A cette présentation étoit M°" la princesse de Rohan, M" de Tallard, M"* la princesse de Montauban et M"* de Marsan. M"* de Ventadour a fait aussi la présentation chez IftJ Reine, chez M. le Dauphin et chez Mesdames. M°" In princesse de Rohan a lait les antres présentations. M^dé^ Soubise n'est pas grande ; elle a une belle peau, est blanche; elle n'est pas jolie, mais elle plaît et a l'air vif.

M"* de laMothe (1) mourulle 6 de ce mois; elle étoit Tressan, tanlede feu M. l'archevêque de Rouen; elle avoît quatre-vingt-dix-neuf ans.

M. deLigncracmourutle5decemois; ilavoittrenteet un ans.

Du mardi 12, Versailles. — M. de Montbrun mourut samedi dernier9du moispln'avoit été quehuit jours malade. Il étoitfrOire de la belle M"° de Villefranche et fort ami de MM. de Bouillon. Uavoil outre cela beaucoup d'amis (2);

(IjÉllMbelli Jets Vergne de Tressan, veuve de Charles, comloiie la MotUe- -j Houilannuiirt , granJ d'Espagne, lieutenant géni^ral dei armées du Roi.

{1) Il 6toH cliarnbellan de M. le duc d'Orléans; il avoil Élu abbé et n'avoit A junalB été dans le sertice. ( A'ofe du due de Lvynes.)

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lîétoit uu fort hoQRëte homme, un peu singulier. Il ne se lettoit presque jamais à table pour souper, mais il faiit son souper debout , dans trois maisons différentes ips(ju'il étoità Versailles; il y venoit assez souvent et ne 'oyoit jamais le Roi ni la Reine, ou du moins fort peu. M . de Wasseuaer (1) a eu aujourd'hui audience de congé; iloit une audience particulière; il s'en va en Angleterre. Il y a actuellement une dispute entre MM. les premier.^ gentilshommes de la chambre et M. le contrôleur général au sujet du trône et des gradins dans la galerie de Versailles, au sujet de l'audience de l'ambassadeur turc. Ils ont présenté de part et d'autre chacun un mémoire au ~ioi. M. le Cardinal dil qu'il ne veut point se mêler de !ttearfaire,parceque son neveu est premier gentilhomme de la cliambre. Ceux-ci prétendent qu'étant aux droit du chambellan pour tout le commandement, il y a trois ou quatre cents ans qu'ils sont dans l'usage d'ordonner tout ce qui est pour les fêtes et audiences dans l'apirtementdu Roi; que d'ailleurs ce furent eux qui en '22 firent faire le trône et les gradins et ordonnèrent de tout pour l'audience de l'ambassadeur turc aux Tuileries àParis. Ils ajoutent qu'au mariage de Madame ils ordonnèrent de tout, tant dans le salon d'Hercule que dans la galerie, et même du feu d'artifice et de la décoration qu'U y eut sur la terrasse. MM. des bâtiments réirésentent que ce furent eus en 1715 qui firent faire le ine ellesgradinsdanslagalferiepourraudiencede l'amdeur de Perse, et que si depuis ils n'en ont pas été irgés dans des occasions semblables, c'est à cause du rèou plutôt de la convention faite en 1722, à laquelle M. d'Antin voulut bien souscrire; mais que la eomplaisance qu'il eut alors ne doit nuire eu aucune fon àleurdroit. Si je peux avoir les mémoires des deux

cûtésje les Ferai transcrii'e ici; ce que je viens demi qaerest sur ce que M. defiesvres m'en a dit.

Depaisla prise de Prague on anouveUequeM.lecoD de Saxe a été détaché avec un corps assez considérai pour écarter des hussards eunemis, qui vanoient à dea lieues de Prague lever des contributions. Le général Nei perg,quis'étoitavancé Aquatreou cinqlieues de Pragut^ a cru que ce détachement étoit la tête de l'armée, et il a pris le parti de se retirer vers la Moravie. Il parolt qu^ l'on songe à mettre l'armée en quartier.

Le Hoi ne sort point de celte semaine; c^est la semaiot de M™" de Mailly ; il va la semaine prochaine à, Choisy, da lundi au mercredi.

Du vendredi 15, Vertailks. — Mardi dernier 12 de mois, nous fûmes assez étonnés d'apprendre que M. U marquis de Vassé venoit d'arriver de Prague, n'appol tantd'autresQouvellesquedesclétailssurla prise de cetl ville. Comme j'ai déjà parlé ci-dessus de cequi s'est passé à cette action et que l'on trouvera ci-après trois relations que mon fils ma envoyées, je crois inutile de m' étendre davantage sur cette affaire.

M. le maréchal de Broglie doit i^tre présentement^] Prague. Le public a été un peu surpris ici d'appreudrê cette nouvelle. M. deBroglie estl'aucien de M. deBelle-Isle, et d'ailleurs il a paru dans les discours qu'il a tenus A Strasbourg qu'il désapprouvoit hautement presque tous les projets de cette guerre ; cependant il parolt que le ministère croitque MM. deBroglieet deBelle-lslesontftfft bien ensemble; et l'arrangement d'envoyerM. le maréchal deBroglie a vraisemblablement été fait dans le temps que M. de Belle-lsle étoit restémalade àSaiut-Hubertsboui>g et à Dresde, et dans un état oïl l'on ne croyoit pas qu'il put jamais aller à Prague. U'ailteurs les circonstanoea obligeant M. de Belle-lsle à retourner à Francfort au plus tôt, on a jugé avec très-grande raison qu'il falloituu chef àcette armée. L'assemblagede différentes nations la rend

DgCt:MBRK 1741. u

1 <plus diflicile ^commander, et même il s'étoit glissé beaucoup d'abus dans nos troupes, à la réformation desquels M. de Belle-lsle n'a cessé de travailler depuis qu''l estar-

S' vé à Prague. Reste à savoir si la confiance que M. de ille-lsle personnellement s'est attirée de la part des lis de Pologne et de Prusse passera de môme à M. de Jiroglie. Nous avons vu que M. de Belle-lsle devoit marcher de Dresde à Prague à la téta des troupes saxonnes, ayant une patente du roi de Pologne pour les commander. Le loi de Pru&se, sachant que dans notre armée nous n'afions pas assez de hussards, a envoyé un régiment des s à notre armée, disant que c'étoit à M. de Belle-lsle personnellement qu'il l'envoyoit et qu'il vouloit qu'il ne tAt que sous ses ordres.

Notre armée est actuellement en quartiers d'hiver. On a envoyé des détachementss'emparerde nouveau de Tatoretde Budweiss pour rétablir la communication avec a, haute Autriche. Le grand-duc et M . de Neuperg se sont ^irés dans la basse Autriche et dans la Moravie. Celni Ijui commandolt dans Prague est un officier général qui jt environ soixante ans ; il s'apelle Ogilwi ; il est de Bo- ^me. H. le comte de Saxe avoit trois de ses frères dans es troupes saxonnes à la prisede Prague.

M"" de Loss vint hier ici voir M. le Cardinal; elle ne sera boint présentée parce que les femmes d'pnvoyés ne sont ^^^int assises et qu'elle voudroit l'êti-e. Elle fut à la comédie; M"" deLuynesavoit demandé permission à-la Keine; ■flest de règle de demander cette permission, et ilestd'uitege denelapointrefuser. Elle dîna chez moi ave cM. de toss et M. de PoniAowski ; M. et M"" de Loss soupérent aussi chez moi et ont couché à Versailles.

Lie Roi soupoit au grand couvert; lorsque S. M. fut à. table, M"" de Loss, en robe abattue avec une mantille, passa car la galerie, le cabinet et la chambre de la Reipe, vint au souper, où elle resta en bayeuse pendant un bon quart d'heure, M. de Loss y étoit aussi, et le Roi lui pirla beau-

se MÉMOIRES DU DUC DE LUTÎSES.

coup. Le Roi parott le traiter tout au mieux; il lui dît' même avec bonté : « M. \otre frère est-il aussi grand e4 aussi bien fait que vous? » M°" de Loss est extpêtneraent grande, au moins aussi grande que M™^ la princesse de Rohan;eUe est maigre, bien faite, elle a l'air noble. On dit toujours avec quelque raison qu'il est ridicule de dire: « Elle a l'air étranger; » cependant M"'' de Tesstn et M'"" de la Mina, M"" d'Ardore même, M'"" de Castro-Pignano, n'avoient pas l'air étranger ; on ne peut pas dire la même cbose do M"' de Licbtenstein ni de W"' de Loss. W'^de Loss pareil avoirquarante-cinq ans ; elle parle assez bien françois, et son mari encore mieux.

Mémoire au sujet de la dispute entre MM. tes premiers gentille hommes de la chambre et MM. des bâtiments à toccasion dt l'audience de Cambassadeur turc.

Il s'Élève une contestation entreMM. les premiers gentilshommes de la chambre et le directeur général des bâtiments â l'oucaaion de l'audience de l'ambassadeur du Grand Seigneur. Il est question de savoir qui doit être chargé de la coustruction du troue du Roi dans la grande galerie de Versailles, en c« qui peut concerner la charpente et les décorations en peinture , indépendamment de tout ce qui est ameublement.

Le directeur général des bâtiments représente à S. M. que c'est à Ini à recevoir etfaire exécuter ses ordres pour cequi concerne la construction du Iritne, et non à MM. les premiers gentilshommes de la chambre. !1 se fonde sur tout ce ^i s'est pratiqué pendant tout le cours du règne du feu Roi, et notamment pour l'audience de l'ambassadeur de Perse. 11 fut alors construit un trâue dans la grande galerie pareil à celui qu'il s'agit de construire aujourd'hui, et il est constant que ce fut sous les ordrte du directeur général et par les soins des ofliciers des bâtimeuts de Sa Majesté. •

t.c directeur général des bâtiments convient en même temps que pendant la Régence, en 1721, lors de l'audience que V. M. donna dans le palais des Tuileries à l'ambassadeur du Grand Seigneur, M. de Morlemurt, premier gentilhomme de la chambre, ordonna seul toutes les constructions et décorations pour cette cérémonie et m^me des feux d'artiliccet illuminations extérieures qui furent faites ensuite; et c'est sur cet exemple de M. le duc de Mortemart que MM. les premiers gentilshommes de la chambre se croient endroit de faire, dans l'occasion qiri

DÉCEMBRl". 1741. * 37

Ee aujourd'hui, toutes les mêmes foneiious ciui nnt été fniti^g 1 I73I par M. le duc de Morlemart.

' Un jgaorc si i>our lors il y eut quelques rcpi'êseutatinns de In part e M. le duc d'Antia et des oflieiers des bStimeats ; ce qu'il y a de f certaio, u'esl qu'il ne paroît poiul de décision ; an moyen de quoi, on I Iwut regarder la question entière entre MM. les premiers gentilshom- L-niPS de la chambre et le directeur général des bâtiments. Ce dernier e fonde sur un droit attaché à sa place et sur un usage observé de tut temps et dans toutes les occasions sous le règne du feu Roi, penmt lequel il met eu fait que les officiers des bâtiments ont tou- ;é chargés de tout ce qui concerne contruction et décoration de ^intures aulresquecequi est ameublement, à l'occasion des cérémo- ' " « et fêtes publiques, soit dans le dedans, soit dans Icdehors des chaux et maisons royales, ainsi que des feu\ d^artifice et illuminations. Il rapporte pour preuve de ce qu'il avance, des monumirats qui ne peuvent être suspects ; ce sont les recueils gravés des fêtes données eu ]664,'fGe8 et 1(174 par le feu Roi. Ils sont dans la bibliothèque duRoi et dans les mains du public. 11 est fi observer que ces recueils sont faits sous les ordres de M. Colbert et dressés par le S' Féljbien, bïslorîographe des bâtiments, circonstances qui du premier coup d'ceil font bien reconnoltre que ces fêles étoient principalement dirigées par ces mêmes officiers. Mais on le reconnaît encore bien plus précisément par ce qui est rapporté dans le détail de ces fêtes.

On y voit précisément que M. Colbert et les officiers des bâtiments yont toujours été chargés de tout ce qui regarde construction, décoration, feux d'artifice et illuminations extérieures. Il semble même, parcequiestrapportii dans le détail delà fête de 1668, qu'on ait voulu prendre soin de distinguer quelles sont et quelles doivent être dans .ces fêtes les fonctions des officiers de S. M., et voici comment l'hislotien s'explique.

^^p Pour l'exécution de cette fête, le duc de Créquy, comme premier ^^feintilhomme de la chambre, fut chargé de'ce quiregardoit la comé- ^H|e. Le maréchal de Bellefonds, comme premier mattred'bôtel du Roi, ^^HSt le soin de la collation, du souper, et do tout ce qui regardoit le ^^WRvice des tables ^ et M. Colbert, comme surintendant des bâiimcnts, ^^pt construire et embellir les divers lieux destinés à ce divertissement ^Bloyal, et donna tes ordres pour l'exécution des feux d'artifice.

Peut'il y avoir rien de plus clair et de plus décisif pour constater les différentes fonctions de ceux qui sont chargés d'exécuter les ordres du Roi ?

Aussi, depuis ces différentes têtes, on trouve qu'en l(i97 M. de Villacerf, alors surintendant, lit exécuter par ordre du Roi un feu d'artifice et illumination sur la pièce des S.uisses, pour le mariage de

38 • MKMOIRKS DIT DUC Mf. LllYMiS.

M. leduu de Bourgogiii'. Les plaus et délaiis di; cette fête subost^nl^l

dans k liureau du premier architecte.

I^ S' Galiriel, aujourd'hui premier architecte, fut camniandé, ' roiij ointe ment avec le S^ de Cotle et le S^ Desjardins, coatrâleur, pac J M. Maiisart, Burintendant. pour construire et faire exécuter à Marlf 1 l'ijjuminatiou et le feu d'artiQce que le Roi avoit ordonné, pour b|l naissance dcM. le duc de Bretagne, en l'année 1707.

Cette même année M. Maosart reçut les ordres de Monseigneur poiiv^ le feu qui fut exécuté à Meudon pour le même sujet. Ces faits prou- . vent une possession constante et suivie ou faveur du directeur généra). ^ des bâlimeuts pendant tout le cours du régue du feu Roi. Mais indAt 1 pendammeot de. celte possession on croit pouvoir dire que les fooGii 1 tions que le directeur général des bâtiments réclame sont naturel le meaf 1 et même nécessairement de sou ressort. Il est par la place dont le Roi l'a honoré le directeur naturel des arts. Il est à la tête de l'architec" ture, peinture et sculpture. Toutes les constructions et décoralions lui sont naturellement et comme de droit confiées , parce qu'il' commande à tous ceux dnut le uiinislèrn est nécessaire pour l'exécution ; le soin et l'entretien des licut m se fout les fêtes sont do son ressort. Lesouvricrs, artistes, non-seulement luîsont subordonnés, mais lesjaidiniers -, les eaux jaillissantes, dont ou faisoit et dont ou peut cncoie faire un grandusage dans lestâtes, les jardins et tout ce qui ya rapport sont sous sa directiuu.

Enfin il réunit sous SfS ordres tous les secours, suit pour les desseins soit pour l'exécution, ce que personne que lui n'est en étatde foire aussi aisément et à aussi peu de frais.

Réponse

u précédent

M. k'direrteur général des bâtiments croit pouvoir ordonner, à l'exclusion des premiers gentilshommes de In chambre, tout ce qui sera nécessaire pour les constructions et décorations du trône qui doit être élevé dons la grande galerie de Versailles à l'occasion de l'audience de l'ambassadeur du Grand Seigneur.

11 sefonde surdeux considérations: l'uiie,que par sa place il est directeur naturel des arts et que toutes les constructions et déforations Itii sont naturellementet comme de droit con liées, parce qu'il commande à tous ceux dont le ministère est nécessaire pour l'exécution.

L'autre, que pendant le règne du feu Roi il a acquis la possession de donner les ordres dans toutes les occasions semblables s. celle qui se présente et dans beaucoup d'autres, telles que les fêtes et les cérémoDJes publiques.

[.es premier» genlilshoiiinies de la chambrp n'ont ^arde de contester

l)b:CKjVIBItt: 1741, 39

à M. le directeur général de» bâtiments le titre de direclcur général des arts; iU recoonoisseat aussi qtie tolis les ouvriers lui aonl naturellement (uburdounés ; enCu ils cauvieuiiâDt qu'il a sous sa direction tous ceux qui peuvent prêter les mains pour l'exécution des desseins d'architecture, peinture et sculpture ; mais il s'en faut beaucoup que tous ces avantages atUcbéa à sa place lui donnent la prérogative d'ordonner indistmctemenl dans toutes les occasions où il s'agit, pour le service du Roi, de construction et de décoration.

Lesarvice de M. le directeur général des bâtiments et les fonctions des premiers gentilshommes de la cbatnbre sont, à cet égard, distingués par des caractères si sensibles qu'il n'est pas possible de les confondre.

Lorsqu'il s'agit d'élever ou de décorer des édifiées solides et permanents, de construire des châteaux, de former, d'embellir desjardins, il n'est pas douteux que toutes ces constructions, toutes ces décorations durables ne soient du ressort de M. le directeur général des bètimenla.

A l'égard de ces constructions, de ks décorations momentanées de tbéfitres, de trônes, de cérémonies, de fêtes, d'artiiices, qui se font moins pour l'utilité que pour le plaisir de S. M., et qui ue sont en quelque sorte que des jeux passagers de sa magnificence, elles ont toujours été regardées depuis plusieurs siècles comme menues affaires de Sa Majesté, et comme telles essentiellement dépendantes des fonction^ du premier gentilhomme de la chambre.

Ainsi, les premiers gentilshommesde la chambre, detcmps immémorial, c'est-à-dire depuis la création de leurs charges, sont en possession d'ordonner toutes les constructions et décorations qui se font dans les fêtes, pompes et autres cérémonies publiques, pour le service de Sa Majesté.

C'est ce qu'il seroitaisé de justifier par une foule de monuments non suspects, si la circonstance présente laissoit le temps de faire les reeberdies nécessaires et de rassembler tontes les pièces qui établissent cette ancienne possession.

Les premiers gentilshommes de la chambre se contentent donc de flouteiiir,et ilssont enétatdc prouver, soit par les registrcsde la chamijrre des comptes, soit par des titres également authentiques, que sous le règne de Charles VHI (1 ), de Louis XII, de François I", de Henri 11, de PrançoisII.de Charles IX, de Henri III, de Henri IV, de Louis XIU, ils ont ordonné toutes les constructions, décorations, artlGces, illumi-

(1) Sous Charles VIII et Louis XII Ifs ordres se donnuient par<leux cttambellans, aux fondions de qui leti premiers gentilshommes ont snccëdé lors lie kar création souk Frangin 1", {Soie du dvc de Lagnet.)

nations, qui ont été faites pour les sacres des rois, pour les céréi nies de leurs mariages, pour In naissance des enfants de France, les pompes funèbres, pour la réception des ambassadeurs, poui bals,joui«s, lices. tournois, carrousels, combats, jeux , triomphes, généralement pour toutes les fêtes publiques.

On voiï dans les registres de la chambre des comptes que depuis' cents ans le trésorier des Menus y a toujours compté des dépei faites pour ces cérémonies et pour ces fêtes, tant en menuts flces, peinture, sculpture, que charpente et maçonnerie L'ancîi possession des premiers gentilshommes de la chambre est donc ji Oée par une longue suite de preuves qui ne sont point équivoques.

Leur possession a continué de même pendant le régne du feu Roi. Ce sont les premiers gentilshommes de la chambre qui ont ordonné toutes les décorations elconstructionsnécessairespoor le sacre de ce prince et pour les cérémonies de son mariage.

Ce sonteux ans» qui ont rei;u immédiatement les ordres du Roi daU'. les fêtes dont parle M. le directeur général des bâtiments dans moire, et ce n'a été que sous leurs ordres que les officiers des bâtiments ontprétéleur ministère pour l'exécution des desseins. C'est ce qui se justifie par le témoignagemémeduS'Félibien, historiographe des bâtiments. Cet historien, en parlant des fêtes donnéesà Versailles en 1664, s'explique ainsi: «M de Vigar3ni(l), gentilhomme modénois fort savant en tontes choses, inventa cl proposa celle-ci, et le Roi commanda à M. le duc de Saint- Aignan, qui se trouva lors en fonction de premier gentilhomme de sa chambre et qui avoitdéjà donné plusieurs sujets de bals fort agréa- Lies de faire un dessein où elles (ces fêtes) fussent toutes comprises avec liaison et avec ordre, de sorte qu'elles ne pouvoient manquer de bien réussir. Il (M, le duc de Saint-Aignan ) prit pour sujet le palais d'AIcine, etc. "

C'est ce qui se justifie encore par l'exécution d'un feu d'artifice tiré dans la même année IG64etquifutexéculésousles ordres des premiers gentilshommes de la cbambre par les intendants des menus plaisirs.

Ainsi les faits allégués dans le mémoire de M. le directeur général des bâtiments ne donnent aucune atteinte au droit ni h la possessiondes premiers gentilshommes do la chambre. Ces faits au contraire n9 font que concourir à confirmer leur longue possession. Tout ce qu'ov en peut inférer, c'est que par des raisons qu'on ne sauroit deviner, le» premiers gentilshommes de la chambre, pour l'exécution, se sont quelquefois servi de la main des officiers des bâtiments.

Ce furent aussi les premiers gentilshommes de la chambre qui soua

(1)11 jouia»)itd'une|)ei]B<0D(1e G.OOO livre nus plai^rs. {Tfote du duc de Lugiies. )

payée par le trésorie'

Op;CEMBRK 1741. 41

te règne d'i feu Boi eun^iit la direction detout cequi fut fait pour la décoraiioit du trône élevé dans la grande ^lerie de Versailles pour ■ l'audience de l'aDibasEadt^ur de Perse, et c'est sans doute par erreur que le fait contraire est échappé dans le mémoire de M. le directeur général des bâtiments.

Ce fut encore sous leurs ordres que se lirent toutes les constructions 'et déeorations qui furent jugées nécessaires pour la cérémonie du sacre de Sa Majesté.

Enlin lorsque S. M., en 1721, donna audience dans le palais des Tuileries h l'ambassadeur du Grand Seigneur, ce fut M. de Mortemart, premier gentilhomme de la chambre, qui ordonna seul, comme M. le directeur gênérni en convient, toutes les constructions et décorations nécessaires à cette cérémonie, et tous les feux d' artifice et illuimnations qui furent donnés dans la suite.

On ne peut imaginer que si M. le directeur général des bâtiments eût été en possession d'ordonner les fêtes et illuminations, et nommément la construction du trdne, IVl. le duc d'Anlio, qui avoiteu cette place sous le règne du feu Roi et qui n'en ignorait aucune prérogative, eilt abandonné ses fonctions au premier gentilhomme de la chambre. Depuisce temps jusqu'à présent, soitavaut. soitdepuis la majorité du ..Roi, ils ont toujours reçu les ordres de S. M. pour toutes ces mêmes ^lépenses sans en excepter une seule.

I Les intendants des menus plaisirs et affaires de la chambre du Roi, ■.créés en titre d'office pour servir sous eux dans l'exécution de ces fêtes et de ces cérémonies, s'en sont acquittés jusqu'ici avec tant de zèle et de capacité, qu'en plusieurs rencontres S. M. a bien voulu leur marquer sa satisfaction.

Ces fonctions sont même et ont toujours été les principales des charges qu'ils ont acquises.

En établissant donc une possession de trois siècles et qui depuis le règne de S, M. n'a jamais souffert la plus légère interruption, les premiers gentilshommes de la chambre espèrent que S. iVI. sera trop équitable pour les dépouiller d'une prérogative dont ils jouissent depuis (iloDgtemps, dans laquelle elle les a elle-même toujours maintenus, et Nont la privation leur seroit d'autant plus sensible qu'elle sembleroit leur nniODcerdelapartdcS. M. quelque méconlentement de leursservices, Ww qui les toucheroit beaucoup plus que la perte même de leur droit.

Béponte de M. Orry, contrôleur général et directeur général des bâtiments, au mémoire de MM. les premiers genfi/s/tommes de la - chambre.

Quoique le directeur général des lifltimenls ait eu dessein, dans le r Wémoire qu'il a pris la liberté de présenter au R oi, de fixer l'objet de

<2 ytfMoïKm ik; ouc de u.ï-\es-

sn nfrtÊOtaÉem sut les eboa» présento «fart, rt qu'il «vit Hre ■ miifÊBUÊat et MB reMori, il lui rsl rrteau qw: )IM. ks firani«n g>Mïlliiiiiiniin ik la chambre p«D$oieDt qu'il vouloit leur conte&lvr des foaetwoi qa'ils an! lira de croire ^tre tn droit de prelendre coatma élâot des attributs DstureU de leurs uharaes.

Poijr tever fou* les doutes qui pauTroieut naître a ee «ujet. le directeur général de* bélioioiia croit devoir de nouveau fixer précisa ment iguelles Mut les fuiM?lioiis qu'il croit pouvoir réclamer.

Quand le Itoj juge à propos dedonoer quelques fêtes, ou qu'il s'agit de quelques cérémonits qui donnent lieu u des préparatiË dans l'iatérieur deschdteauiel J3rdiDsdeS-U.,elle donne ses ordres au premier gntilhonnne de ta chambre. Il n'est question qued'omements, ameuhlements, que danses, jeux, comédies, etc. IjB dJret;teur général des bâtiments convient qu'il n'y a rien en cela de son ressort. Il pense eependant qu'il est du Uendu senicedu Itoi qu'il plaise a S. M. de donner ordre â son directeur général des Bdtimeuts de concourir, pour l'exécution, à ce qui peut intéresser ses foDcli<ms, soit pour préserver les peintures des plafonds ou des dessus de portes , soit pour faire Teiller a \a conservation des vases, statues, bustes et autres décorations de (-elle nature, soit en faisant enlever ce qui est susceptible de l'être, Hoit eolin en prenant les précautions nécessaires pour que ce qui ne peut être enlevé soit garanti de façon qu'on ne puisse y causer aucuit dommage. Maiss'ilest question de construction d'estrades, d'éeliafauds, de Krndins, de décorations, de peintures, sculptures, dorures, etc., dans les dedans, s'il est question dans les dehors et jardins de constructions et décorations, de salles, de feux d'artifice, de théâtres, d'éehafauds, alors commeces constructions sont du ressort des Bâtiments, il pense qu'il doit recevoir l'ordre du Roi pour le faire exécuter ; bien entendu (ju'il se concertera avec le premier gentilhomme de la chambre à quiil MB dispute point l'ordonnance générale de ces fêtes. Mais quand cette ordonnance générale est approuvée parle Roi, S. M. donne ses ordres R ceu<i qui doivent concourir n l'exécution, chacun dans sa partie, et iihaciui aussi lait ses plans et ses desseins pour ce qui le concerne et les fait approuver par le Roi. Si dans ces fêles il éloil: question de carrousel^ et derwrses de chevaux, il est à présumer que MM. tes premiers geutil-r hommes de la chambre uecontesteroientpasàM. legrand écuyerrhoiineur de recevoir les ordres dij Koi pour ce qui le concemeroit. S'il est question de chasse, MM. les premiers gentilshommes de la chambre ne disputent pas le même houBeur à M. le grand veneur. S'il est question de festins et de collations, ce sera sans doute le premiermahre d'hfitel qui sera chargé de cette partie, et non MM. les premiers geoMIsliommes de la chambre. Pourquoi donc le directeur général des bâtiments se trouvera-t'il seul privé de ses fonctions dans les cérémonies

DKCKMBRK 1741. «g

i«t dans les têtes qui se font Jaits les cliàttaux tt maisons royales P I Pourquoi HM. les premiers geDtlIshommes delà chambre voudrout-il g ] introduire dans les appartonieots du Roi et dans sus jardins des ou- 'S étrangers, quand S. M. en a à son service, qu'il a des archilectes de tous les ordres . des peintres , des sculpteurs, des charpentiers, des menuisiers, doreurs, etc. P MM. les premiers gentilshommes de la chambre ont-ils desartistes danstous ces genres payés et gagés par le Roi ? on ue le présume pas. Il seroit étrange que le Roi payât des gens d'art dont on ne seroit pas sûr de faire usage une fois en dix ans. Quelle couGau('« d'ailleurs pourrolt-on avoir en de pareils ouvriers? Connoissent-iis les lieux? s'ils travaillent dans les jardins, quels désor- Uea De peuvent- ils pas y i^uscr? D'ailleurs, si faute de solidité dans SB consIructioDS il arrivoit quelque accident, quels reproches u'auroit- WpM à sefaire. Devroienl-ilsanfond se charger de piffeils événemeats • s'y exposer? Ils convie udront aisément qu'ils ne s'entendent pas à ifBBBOTteBd'ouvragfs. Il faut donc qu'ils s'en rapportent â des architeci«E. Il sera singulier de voir faire uu ouvrage dans l'appartement du Uni, danase^ palais et dans ses jardins, sous la dire^ition d'un arclii- :|Mte étranger et par des ouvriers étrangers, pendaut que S. M . a son premier architecte et des architectes de tous les ordres à son service. Mais pourquoi, dira-t-on, sera-ce le directeur général des bâtiments pli sera chargé des illuminations dans les dehors et des feux d'artilee ? quelle relation cela peut-il avoir avec ses fonctions ? Il est aisé de Ibire cette relation.

- Si l'illumination est faite dans l'intérieur du château , il ùtM en tHivre la déeoratiun et l'architecture. Qui est plus en état que les dF- Itoiers des .bâtiments d'en former les desseins ? ils les ont tous dans fgan mains, il leur est facile de les suivre. A l'égard de l'cKécutiou, jlpr qui peut-elle être faite? par des couvreurs , des charpentiers et ■Mines de cette espèce. Ira-t-on eu chercher d'étrangers quand le Itoî n a qui sont payés toute l'année? D'ailleurs, si on introduit des étranffn qu'ea résultera -t-il ? qu'on brisera les couvertures et les plombs ; |ii'0D gâtera les corniches et les ouvrages de sculpture, les statues et Im décorations ; au lieu que les ouvriers du Roi qui sont chargés eu\- BËinGE des entretiens, sont engagés , et par interdit , à apporter tous Mirs soins pour que rien ne soit euJutiiiiiagé.

L«s illuminations dons les dehors, qui se fout dans les jardins, sout lant le tiiéme cas; il faut prendre des précautions et des mesures ■Mtit gâter le mnius qu'il est possible le sol des jardins, les plantes, les arbres, lesebarmilles, les haseins, le^ statues, les vases et autres choses ^teieusea; par conséquent il faut n'employer que les ouvriers du Roi, uxquels se joi gneul les jardiniers, les toulainiers. Quand ce sout les I Bftiniers des bâtiments du Roi qui sont chargés de l'exécution, ils cou-

courent tous à éviter de causer quelque dommage. Quand on se servira d'étrangers, ils agiront sans attention, sans ménagement. Qu'en résuU tera-t-jl ? une bien plus grande dépense pour le Roi et beauc-oup de dommages et de dégâts.

Il en est demâmc pour les feux d'arliUce qui se font dans les jardins) il faut y construire une charpente énorme ; on en a vu un exemple il y a quelques années.

Comment MM. les premiers gentilshommes de la cliombre peuventils prétendre se charger de pareilles constructions, et par qui peuventils les faire exécuter ?

Pourquoi se faire peine d'en user dans toutes ces occasions comme on a fait au feu que la ville de Paris a donné à l'occasion du mariage de Madame? M. le duc de Gesvres reçut l'ordre du Roi pour faire disposer tout ce qurétoit nécessaire pour S. M. et toute sa cour. S. M. lui dit qu'elle se placeroit dans le cabinet de la Reine. M. le duc dt! Gesvres Gtses dispositions, et en même temps le directeur général des bâtiments reçut l'ordre du Roi pour y faire construire un baldaquin au lieu du balcon de ce cabinet. 11 eut ordre en même temps de faire construire desespèces de logessur la terrasse du jardin de la Reine, pour placer la suite du Roi ; en conséquence, il se concerta avec M . le duc de Gesvres et convint avec lui des dispositions générales. Ils se portèrent ensemble plusieurs fois sur les lieux . La construction du baldaquin et des loges fut exécutée et décorée pour l'extérieur en peinture et dorure : voilà à quoi se borna la fonction du directeur général dei bâtiments. M. le duc de Gesvres, chargé de tout le reste, le lit exécuter. Ce qui s'est fait en cette occasion se peut faire facilement dans celle quise présente aujourd'hui. M. leducd'Aumont reçoit l'ordre du Roi pour l'audience de l'ambassadeur du Grand Seigneur. Il est question de faire dans le fond de la galerie , ou ailleurs, une estrade pour y placer le trône du Roi ; il faut aussi placer le dais et peut-être faire faire des échafauds dans quelque partie de la galerie. Que fera alors le directeiu- générai des bâtiments ? il recevra du Roi les ordres pour faire exécuter les choses qui sont de son ressort, et se concertera avec M. le duc d'Aumont pour l'exécution des ordres de S. M. V a-t-il ea cela quelque chose qui doive blesser MM. les premiers gentilshommes de la chambre? on ne peut le présumer ; ils sont conservés dans leurs véritables prérogatives, ils reçoivent les ordres du Roi et les font exécuter en ce qui les concerne. Le directeur général des bâtiments reçoit aussi les ordres du Koi pour ce qui concerne ses fonctions et les fait exécuter deconcert avec M le premier gentilhomme de la chambre; et l'ona tout lieu de penser qu'il ne se trouvera pas plus de diflicultés dans l'exécution de ce qui concerne cette cérémoniequ'il u'y eaaeu àl'occasion du feu donné par la ville de Paris, que le Roi a honoré de sa présence.

Au surplus, tout ce que rédanie aujourd'hui le directeur général

s bâiîmeats, il De le réclame que pour les châteaux et maisous

royale et leurs dépendances; comme il ua que la direction générale

^ides bâtiments du Roi, il ne porte point ses vues sur tout ce qui se peut

t^re ailleurs, et n'est par cette raison qu'il ne conteste à personne le

Vdroit d'ordonner et de faire faire tout i^e qui a rapport aux sacres et

Paux pompes funèbres, qui se faisan tord in a ire ment dans deséglises qui

n'appartiennent point au Roi , ne sont point de la dépendance de sa

place, d'autant qu'on y peut sans inconvénient employer toutes sortes

d'ouvriers, et que les m^mes raisons qui peuvent empêcher de s'en

r dans les maisons royales ne subsistent point pour les autres b^

Héponse de MM. les premiers gentilshommes de la chambre.

in faut beaucoup qiie les premiers gentilshommes de la chambre

^ent passé à M. le directeur général des bâtiments son premier moyen

£finidé sur sa qualité de directeur des arts. Ils lui ont au contraire dé-

JBontré que ce moyen porte à faux, en établissant la différence essen-

Ftellequ'il y a entre leurs fonctions et celles du directeur général des bâ-

"inents. C'est un article sur lequel il ne sauroit rien répondre. Au reste

fcjl veut jeter les yeux surleséditsdelTOSet deiTlfi, qui contiennent

a long détail de toutes les fonctions attachées à la charge de surin-

hidant des bâtiments, s'il veut même consulter son propre titre, c'e^t-

l^dire sa commission, il se convaincra de plus en plus qu'il n'a au-

e sorte de droit sur les fonctions qu'il dispute aux premiers gen-

hstaommes de la chambre.

rOn ne conteste pas moins à M. le directeur général des bâlimenlsla sion qu'il réclame. 11 n'en a point; il convient au contraire qu'elle t en faveur des premiers gentilshommes de la chambre , puisqu'il «expressément que leur possession est prouvée rfer^jne en régne :re de Louis Xlf. Ce sont ses termes. Peut-on sérieusement faire envisager une possession si ancienne et si suivie comme une chimire 7 ^^ M. le directeur général des bâtiments convient encore que depuis le ^^^e de S. M. leur possession est universelle, constante et non inter-

^P'il met donc toute sa ressource dans le règne de Louis XIV, éomme si ce règne devoit plutôt servir de règle que les règnes des rois qui ont précédé et que celui-méme de S. M. aujourd'hui régnante. Mais qne trouve-t-on dans le règne de Louis XIV ? rien de Bm, tien d'uniforme sur l'objet présent; on y remarque quatorze ^tttïs ou grandes cérémonies, dont huit, du nombre desquelles sont ^ lieux entrées d'ambassadeurs , ont constamment été ordonnées par les

M> A1ËM01KU DU DUC DK LUYNES,

premiers f^ntililiiimmag de la cbambre , et six dont le direet«ur ^atral des bâtijneDti prétend stoît eu la eotiduite ; cnr FDfm en av i teslanl niSme aucuD dei exemples cités par M. le directeur général dei ' bâtimeDts, quoique Ici preuves en soieDt fort équivoques, la question H réduiroit à savoir qui doit l'emporter ou de six exemples pour le direo- 1 teur général des bâtinienls, ou de huit exemples pour les premiers gentitsliommes de la chambre, qui outre ces huit exemples sous le règiw j del^uisXIV, ont encore eu leuc faveur tout ce qui s'est fait soit gouff | les règnes précédents, soit sous le règne de Sa Majesté.

Or, de quel droit et par quel privilège singulier voudroit-on qui exemples assez mal justiliés l'emportassent sur huit qui sont constants \ el bien prouvés par les registres de la chambre des comptes ?

Qu'il soit encore permis de demander sur quels motifs d'équité et ] par quelles raisous déterminantes on propose au Roi de chaoger, de ' -renverser, de détruire tout ce que S. M. a approuvé , tout ce qu'elle a fait depuis le commenuement de son règne jusqu'à présent. Plus les I premiers gentilshommes de la chumbrc se sont fait jusqu'ici un devoir inviolable de respeeler les volontés et les ordres du Roi, moins ils conçoivent ce qui peut autoriser M. le directeur général des bAtimeiits à écarter comme indifférent et sans conséquence tout ce qui s'est Fait sous le règne et par les ordres de Sa Majesté.

Pour Unir par une rétiexiou qui devroit faire impression, on croit pouvoir rappeler à M . le directeur général des bâtiments qu'il succéda b feu M. le duo d'Antin. 11 n'ignore pas combien il étoit jaloux de conserver jusqu'aux moindres prérogatives d'une charge qu'il espéroit transmettre à ses descendants Peut-on se persuader que, dans cette po- ' sitiou, M. le duc d'Aotin eût volontairement abandonne des fonctions qu'il auroit regardées comme essentiellement attachées à sa charge, et qu'ilcdt laissé tranquillementpasseraux premiers gentilshommes delà chambre un droit qui leur auroit été étranger et dont il se seroit luimême cru en possession? Peut-on se persuader qu'il eût ignoré ou négligé les raisons que M. le directeur général des bâtiments emploie aujourd'hui ?

[IrésultenaturellomentdecetteobservatioufrappantequeM. le duc d'Antin, bien instruit des droits de sa charge et à qui rieu ne manquoit de tout ce qui poiivoit tendre ii les conserver en leur entier, n'a jamais regardé quelques exemples singuliers du régne de Louis XIV uomme capables de lui attribuer un droit qu'il reconnoissoit ne point avoir par les édits de création do sa charge, et qu'il savoit par les exemples do tous les régnes précédents avoir toujours été attachés de temps immémorial aux fonctions des premiers gentilshommes de la

Aiohi les droits des premiers genlilshommes de la chambre sont

Uh^CEHBRE 1741.

luiiiléa sur l'uiii vénalité des exemples puises dant les règoea précédeiita, sur la pluralité des exemples du légoe de Louis XiV, et géuéralement sur tout ce qui s'est fait depuis le règne de S. M., comme en «onvient M. le directeur géaéral des bâtiments.

BelutioR de M. le duc de Chevreuse mr /'escalade île Prague

îja nuit du 34 au 35 décerabrp 1T41, M. le comte de Saxe passa la Moldoii sur ud poDt de bateaux avec un détachement composé de huit c«nts hommes des piquets et de l'infanteHe aux ordres de MH. de Broglîe et de Chevert , lieutenant -colonel du régiment de Beauce , de quatre compagnies de grenadiers, six cents dragons , huit cents carabinier! et six cents chevaux de la brigade du Roi. Il alla avec la cavalerie et les dragons jusqu'au village de Couratitz, où il trouva son infanterie qu'il avoit envoyée devant lui , aux ordres de M. le marquis de Mirepoix , maréchal de camp ; M. de la Tour, auHsi maréchal de eamp, ^nt à la cavalerie. M le comt(< de Saxe s'avança avec sa cavalerie Seulement, précédée des dragons, qu'il découvrit seuls, jusqu'à une hauteur qui est à une demi-porlée de canon de la ville de Prague, et surtout de la citadelle. On nous reçut avec huit ou dix coups de canon qui passèrent au milieu de nous sans toucher personne. Quand M. le comte de Saxe eut reconnu ce qu'il vouloit voir, il fit retirer son détachement jusqu'à r<auratitz ; il venoit de recevoir une lettre de l'électeur qui lui défendait de rien entreprendre sans ses ordres. Il mit ■a cavalerie en bataille, envoya M. de la Tour porter deux troupes de dragons eu avant et voulut bien me charger de couvrir ses dancs avec les six autres troupes de dragons (I) ; il resta au village de Counlitx, avec tous les principaux ofQeiers, qu'il fit garder par les quatre compagnies de grenadiers, attendant le jour pour pouvoir se détermhier

(I) • /.élire de M. le comte de Saxe à M. le maréchal df Chaulnes, du 111 décembre 1741, de Prague.

• Je ne «aurais vous dire aaiez de bien hl voua f*lre asse/ d'éloi^ei de M. le due de Cbevreuset il a acquis ralTection, l'amitié et l'ealiiné ite toutes les troupe*. Permettez que je vous time ce cumplimeiil, n'otiant le faire a luiwânu; tà vous lui éai\ei, je vous iirle île lui exprimer les lentimenlii d'attachement que j'dl pour lui , personne ne peut mieux s'en acquitter plus beureiifi(m«)t que vous

■ Je eraluA de tous dire une plnliturli' que de (ou>. Lonfler que j'bi élé ftbHg^ de me «eriir Je loiile mon flutontf pour einpMiPr M W rluc lîe ChevKuse de monter i l'éelielle «>«■ les piïmieri «reiiBdii'n » ( Archivet dit chdlean de Dampterre )

au parli qu'il preiidroJt sur sa besogne du lendemain, qu'il croyoitue devoir plus être que de savoir des uouvelles des. ennemis. Pour mettra mieux au faitd» la situation de M. le comte de Saxe, je crois qu'il est nécessaire de dire quelle étoît en général la position de l'armée. L'é> lecteur avoit ses quartiers à une lieue de Prague, à [)eu près autant de l'armée saxonne et de la partie des troupes de France qui est auK ordres de M, de Gassion ; l'artillerie françoise ni celle des Saxons n'étoient point encore arrivées, ce qui empêchait de pouvoir entreprendre le siège de Prague. Cependant le grand-duc s'avançoit avec son année dans le dessein de secourir la ville ; l'électeur ne pouvoit lui opposer une armée aussi forte que la sienne, n'étant point joint par les Prussiens, par M. de Leuïille, ni par M. de Terring, qui commande les Bavarois. S'il avoit passé la Moldau avec son armée, la balaille étoit inévitable ; s'3 ne la passoit pas, les ennemis secouroient Prague ; leur armée empêchant absolument toutes nos entreprises sur celte ville, nous ôtoit toute espérance de quartiers d'hiver et obligeoit vraisemblablement l'électeur à aller prendre des quartiers en Bavière , à tout abandomur et tout manquer. Toutes ces circonstances firent sur l'esprit de l'électeur l'impression qu'on en devoit attendre; et, aidé des instances réitérées de M . le comte de Saxe et de l'armée saxonne , il envoya à Couratilz un aide de camp de BI. de Boufders , qui avoit reconnu lo portencuve, qui vint dire qu'une partie de l'artillerie étoit arrivée et que M. de Saxe pouvoit suivre son projet. Nous partîmes de Conratitz à dix heures du soir, et nous avançâmes par un fort grand détour jusqu'à une demi-lieue de Prague , où nous arrivâmes à une heure «A demie du matin. M. le comte de Saxe alla reconnottre seul avec M. de Clievert; il vit que le front que nous allions attaquer étoit couvert d'unravelin détruit; il revint à nous, et fit avancer les grenadien et les dragons pied à terre avec des échelles que nous avions ramassées, qu'ils mirent contre la courtine du front que nous attaquions. Les grenadiers et deux troupes de dragons y montèrent, et dans le moment le tambour des dragons battit la marche et on cria : Vive le Roi! Pendant ce temps, les ennemis firent un assez grand feu sur nous; nous n'eilmes cependant qu'un brigadier de mon régiment de blessé, et nous tuâmes et mimes en fuite tout ce qui étoitsur le rempart, et nous nous emparâmes de la porte neuve. D'abord tous les grenadiers et dragons, qui n'avoient pas encore monté, entrèrent par la porte; ils furent suivis de l'infanterie et de la cavalerie ; ces detix dernières troupes occupèrent les places de la ville, et nos dragons restèrent à prder la porte qu'ils avoient prise. Avant notre attaque, M. de Gassion eu avoit tenté une qui ne réussit pas; c'étoit le projet d'alltm> tout le feu de ce côté et du notre pour favoriser l'attaque des Saxons qui devoit être la seule véritable. Le feu fut considérable à celle de M.

mt de sa part que de celle des ennemis ; il le fut autant à i Saxons qui entrèrent aussi dans la ville, après que nous nés Tait ouvrir la porte; ils perdirent un général-major et un :r subalterne dangereusement blessé, et aussi quelques soldats. e la perte des ennemis à environ cent liommes et quelques !. Toute la garnison s'est rendue prisonnière de guerre ; elle t composée de troupes réglées, des hussards de Sechendorf et bWallis, dea invalides etd'environ quinze cents bourgeois armés; •gouverneur s'est aussi rendu prisonuier. Ainsi, leSe, àsi\ heures du :s étions maîtres de toute la ville et même de la citadelle ; fat de cette façon qu'a réussi le grand projet, qui est l'ouvrage de I. le comte de Sa'(e{l).

Aalre relation de M. le duc de Ckevreuse.

' t* 29 novembre, SI. le comte de Saxe, lieutenant général, MM. de 1, de Mirepoix et de la Tour, maréchaux de camp, M. d'Armenfières, brigadier d'infanterie, M. de Mortemart, colonel d'infanterie, ■". de Fougères, brigadier de cavalerie, qui avoient montré delà brap<ire et de la sagacité, et moi commandant les dragons, parltmes de ^e avec douze contpagnies de greuadiers, 24 piquets des brigades 1^ Piémont et du Roi, 16 piquets de Saxons, 13 troupes de la brigade 6 troupesde carabiuiers,2lroupeBde hussards dcBerehiuy, $.troupes de dragons, IG troupes de Tartares (2) et six pièces de caa de l'artillerie dea Saxons. Le projet de ce détachement étoit de nouvelles des ennemis, qui avoient eu envie de nous attap'ijuer avant que nous puissions le prendre et nous réunir avec les corps ' deMM.de Leuvilleet duTerring. La prise de Prague avoit dérangé une partie de leurs vues-, mais on igooroit s'il ne leur restoit point celle de nous attaquer ou de nous couper les vivres. EnPm il éloit important [ ll'étre informé de leurs manœuvres. En conséquence de tout cela, «détachement partit; nous nous avançâmes jusqu'à Kundratiize, liage à une lieue dcPrague. M. de Saxe y fut joint pV son mfauterie, Hi venoit d'auprès de kon'gsal de l'antre cûté de l'eau. &1. te comte e Ssxe mit en cet endroit son détachement en bataille, la cavalerie et » dragons à la première ligne et l'infanterie à la seconde ligne ; il ibvoya sur les flancs deux petites troupes de hussards et environ 600 m avant, soutenus de 4 troupes de dragons. Les hullans virent quelques troupes de hussards, fondirent dessus ; une de ces troupes livec

Ijfli) J'aimontrécemtinnireàM. lieLosS, cnvoyéde Saïe, <|iille Irai

i. (Noie du diie de Ltigies. ) '"(ai Yoy. p. .'il la rdalion sur les Tarliuv;.

la plus grande legèreU et beaiieoup df valeur essuyèrent le feu MiM hussards, les poussèreut ensuite vivement, les mirent ea fuite, en tuè'fl reul plusieurs s coups de fiisil et davantage avec leurs lances, en itt*l menèrent cinq ou six prisonniers dont quelques-uns ëtoient blessés. Q'I vint aussi ce jour-là quelques déserteurs des ennemis ; mais les prison^a niers et déserteurs dirent seulement que l'armte des ennemis devtrirfl marcher, sans expliquer oii. Ce peu d'éclaircissement fit juger à I M. le eomie de Saxe qu'il n^étoit pas prudent de se commettre et dè-l rester en bataille à Kundratilze, sans se couvrir de quelques défilésj V il fit retirer ses troupes a Kerisen. h environ une demî-lieue veW ^ Prague, leur 6t passer le dé6lé, y mit deux compagnies de grenadiers, couvrit les flancs de sa cavalerie par les dragons, mit quelques piquets d'infanterie dans des broussailles, Kt coucher ses troupes au bivac, et le lendemain s'avança à Urzeniowes, où il mit toute sa cavalerie sur une ligne, ses lianes couverts de dragons; il jeta sou infanterie elle canon dans le village. Nous ne vtmes rien cejuur-ln que quelques cavaliers du régiment de Cordoni des ennemis qui sedirent déserteurs, mais que les hullans attrapèrent cependant à la course, et beaucoup de déserteurs, tant d'infanterie que de cavalerie et dragons des ennemis, qui nous dirent que l'armée du grand-duc s'étoit arrêtée sur le bord de la Sahura, quand on y avoit appris la prisede Prague, etque plusieurs prétendoient même, qu'elle alloit rétrograder.

Le I " décembre, nous allâmes à Tessenitz ; M. le comte de Saxe nous lit fiiire la marche de ce jour-là sur trois colonnes ; la plus près des ennemis étoit celle des huilans, qui couvroit el éclairoit la nôtre, ta seconde celle de la cavalerie et dragons, et la troisième de l'infan- ' lerie. Cet ordre de marebe étoit pour persuader au pays et aux ennemis que notre armée allait a eux et pour les déterminer par là à nous laisser le terrain libre. Cependant les hussards, qui vraisemblablement vouloient avoir leur revanche de la reconduite des hullans, parurent au nombre de 400. Les hullans envoyèrent demander à M. le comte de Saxe d» troupes pour les soutenir ; il envoya quatre troupes de dragonsavec ordrede ne se point éloigner du gros du détachement. Les hullans fondirent sur les hussards, en tuèrent environ quarante, en tirent autant de prisonniers et les chassèrent. Il nous vint aussi ce jour beaucoup de déserteurs qui nous assurèrent de la retraite des ennemis.Nous nedoutions pas d'être attaqués cette nuit, ayant appris qu'il y avoit six régiments, de 800 hussards chacun, à une lieuede nous, et le 2 décembre nous rentrâmes à Prague. La tfite de notre détachement y étoit déjà, lorsque M. de Beauvau, le ministre, apporta à M, le comte de Saxe une lettre de M. le maréchal qui le prioit d'aller avec son détachement tâcher de charger l 'arrière-garde des ennemis ; mais étoit trop tard. On avoit trompé M. de Beauvau sur le nom du

itous ét40DS,>l avec cela le d^tdiement étoit si harassé d'avoir couclié quatre nuits au bivac, par nue saison aussi nide , manquant même de pain, qu'il eût été diflicile d'exécuter ce projet. SIM. les princes des Deux-Ponts et de Beauvau et MM. les comtes de Poniatowski et Boroski, qui étoieni volontaires au détachement, allèrent avec toute la valeur possible combattre à la tête des hullans.

Les déserteurs des ennemis prétendent que dans peu il s seront suivis de toute l'armée.

I envoie demain un gros détachement d'iu&nterie et de cavalerie le même pays où nous avons été. i.es Bavarois vont reprendre lepostedeTabor, etonenvuieungros détachement occuper ou reprendre celui de Budweiss ; et les autres troupes s'établiront, dit-on, dans leursquartiers. Jenesuispoiutdeces deux détachements; j'aurai l'honneur de vous mander ce qu'ils auront fait.

Autre relation sur leskicUans ou Tartares.

Les hutlatis viennent d'uue famille tartare qui s'établit en Pologne et 'qui successivement s'agrandit au point de composer presque un peuple entier de noblesse qui porte les armes. Ils sont prcsijue tous mahoroétans. Voici de quelle façon ils sont armés et vêtus. Ils portent

des bonnetsronds en formede loque, doublés de fourrures ; des vestes assez courtes, à peu près comme celle des. hussards; un manteau quîneeouvreque l'épaule, aussi comme ceux des hussards; des calottes beaucoup plus étendues que celles des Cent-Suisses. A l'égard de la couleur de leur habillement, la plupart sont blancs ; mais ils en ont aussi de plnsieurs couleurs.

Ces hullans rappellent assez l'idée des andens hommes d'armes ;

car dans ces troupes il en est de deux espèces; les premiers sont nobles

ou de bonnes familles, ils s'appellent Ta varitches, et ont chaeun un

liecond ou écuyer nommé pakelet. Le Tavaritche est armé de pistolets,

1 sabre et d'une lance d'un bois ferme et léger, d'une gros-

T égale partout , longue d'environ huitpicds, au bout de laquelle

t une pointe de fer longue et extrémementaiguê avec une flamme

Kâe taffetas bleu et blanc ; et le pakelet a deux paires de pistolets, dont

me à la ceinture et une carabme. Ils remuent en approchant les

es auxquelles ils ont affaire, et lebruit qu'ils font, joint â l'effet de

lïlances, effraye les chevaux et rompt sûrement un escadron. Ils

mt montés sur de jietits chevaux tartares, de vilaine ligure, harnachés

lia hussarde et qui n'ont qu'un bridon avec deux gros anneaux qui

lôument à l'embouchure. Ils gagnent les hussards à la course et sont

très-braves. Ces troupes légères sont d'une grande ut lité contre les

hussards el pour éclairer In marched'ime armée ou d'un détachemenl ;

<>|Wlii'>tpiM>lil'k'<p»W

ii*ÉM«>>

lieutenaots-eolooelsSchedeus, Schlegd, Gersdorf et Carlo» ilz, sous le commaDdemeot du colonel comte Cosel et le major géuérsl Weisbach.

CcsquatrebatailluDS furent suivis par huit cents travailleurs, et ceuxci par dix-huit cents hommes d'infanterie, rangrs aussi en quatre bataillons sous les onires des colonels Ralzmer et t'raukenberg et des lieutUDanls-colonels Crousaf et Watzdorf.

Le comte de Cosel, à la téie du premier bataillon grenadier, se jeta dansle fossé avec ses gens, le passa et lit attacher les échelles de l'autre côté ; il y fut repoussé par un feu très-vif de la part des assiégés ; mais à la seconde attaque, ayant ramené courageusement son monde à la charge, il parvint enfin au haut du rempart. Ijes trois autres bataillons suivirent cet exemple, et ce fut à cette occasion que le général Weisbach fut tué dans le fossé.

t^ lieutenant général Renard ayant pénétré dans la ville fit d'abord débarrasser et ouvrir la porte, où la garnison mîtbas les armes, de sorte que les troupes y entrèrent sans résistance, occupèrent le marché, les autres portes et toute la ville.

Le nombre desprisonniersdeguerrcmonleà 3,000et celui des drapeaux qu'on 0 pris à treize, qui seront envoyés à Dresde.

A la seconde attaque du côlé de la rivière, qui se &t par neuf bataillons commandés parles généraux Jasraond et Rocho, on trouva au commencement beaucoup d'embarras en passant deux fossés à moulin, ce qui occasionna que ces troupes pénétrèrent dans la ville plus tard que les François sous les ordres du comte de Saxe ; cependant ils n'y trouvèrent aucune résistance. KnGn le - 6 décembre, à la petite pointe du jour, les troupes de S, M. entrèrent, et les clefs de la ville qu'on appelle le petit côté furent remises au comte RuUiuski. Parmi les morts on compte le général Weisbach, le capitaine Uourt, l'enseigne .lordan et une vingtaine de soldats ; le nombre des blessés pourroit bien montera quarante. I,a garnison ennemie étoit distribuée sur les remparts, et la plus grande partie des troupes régulières se trouva du calé de l'attaqne saxonne. A présent le petit câtéest gardé par cinq bataillons. Dans la vieille ville, on a mis les régiments Weissenfels et Frankeuberg , et le reste a été renvoyé au camp. On va dresser un nouveau camp proche de la ville etfaire cantonner les troupes. Ceux qui se sont ' le plus distingués à celte occasion sont : le général chevalier de Saxe; le lieutenant général Renard, quia ordonné toute l'attaque; le général Weisbach ; le colonel Neubourg ; les lieutenants- colonel s Chmiclinski, comtes Nostis etPoniatowski; les lieutenants-colonels ûersdorf, Carlowilz.Dyherr; le capitaine Trutschleret le lieuteuaut Brîeggen.

Voici la copie d'une mauvaise plaisanterie faite an sujet de la situation présente de la reine de Hongrie :

La belle Hougroise est aujourd'hui fort mal pour avoir mangé trop de fromage de Hollande et bu trop de bière d'AoRleterre. Elle a eu trop de coolianue dans l'empirique Sinzendorf, moyenoaat quoi la gaogrène a gagoé ses membres ; le cbirur^en prussien lui a fait une ample saiguée; elle eût mieux fait de se mettre entre les maius du médeciu cbarilablede Fraiu'«. qui, au moyen de quelques évacuations lémètes, l'eût beaucoup soulo^. Elle preod actuellement des bavaroises à la françoise.

Le solitaire pLéinoDtJiis lui fait espérer d'empêeher i^ue le mal gagne les jambes, mais il lui défeud le fromage de Milan, dont la privation lui coù te infiniment .

Du jeudi 21, Versailles. — J'ai fait copier ci-dessus tous les mémoires qui ont été donnés de part et d'autre concernant la question entre les premiers gentilshommes delà chambreetledirecteurgénéral des bâtiments. M'"' de Maillyétoitpersuadéeque les Bâtiments gagneroieot leur procès, et cela, je crois, fondé sur le crédit qu'a le contrôleur général d'une part et M. Gabriel le fils. Celui-ci travaille presque continuellement avec le Roi pour tout ce qui s'appelle bâtiments et jardins, et entre autres pour tout ce qui regarde Choisy dont il est contrôleur, comme je l'ai marqué plus haut. 11 n'y a point eu de véritable décision.Les deux partis sont convenus de conserver respectivement toutes leurs prétentions, et que cependant les premiers gentilshommes de la chambre, étant en possession, ordonueroient de tout ce qui regarde l'audience de l'ambassadeur turc, sans que cet arrangement pût porter aucun préjudice ni tirer à conséquence contre le directeur général des bâtiments. C'est donc M . le duc d'Aumont qui prend l'ordre du Roi pour la cérémonie. La Reine y sera incognito dans une tribune ou niche. Lea dames présentées, quoi qu'elles puissent être en robe de chambre avec une mantille, seront cependant vraisemblablement on grand babil; îlparolt que l'avis de M. d'Aumont est de les y déterminée.

Le Roi revint hier de Choisy après yavoirfaitun di-

ORCEMBRI:; 17*1.

ai

ner-souper à cinq heures. 11 y étoit alléluudideriiiei'. Il pai'tit d'ici en jour-l;\ menant dans sou carrosse M"' de la Koctie-&ur-Yon, M"'"deMailly et Sl""'d'Aotîn;Mademoiselle y arriva de Paris peu de temps après le Roi ; elle y avojt amené M"" de Sasseaage. M"° delà Roche-sur- Voa et Mademoiselle n'avoient point encore été à Choisy. Ilparoil quei'intentionduRoi est queles hommes nesecroient pointendroitd'allerà Choisy quand leurs femmes y sont. Ce voyage-ci, M'"^ deSassenage y étoit et M. de Sassenage a été refuse ; le dernier voyage, M"" de Ruffee y étoit et son mari fut refusé. Le Roi a été fort occupé à faire planter un nouveau bosquet, qui est auprès du jeu d'oie en deçà, et à faire couper plusieurs arbres anciens; il a toujours resté dehors depuis une heureaprès midi jusqu'à la nuit, malgré le vent et la pluie. Lesh&timents avancent beau-

Icoup ; celui qui sert de communication de ta cuisine il la , salle à manger est entièrenient élevé et couvert; on travaille au dedans. Le Roi a été d'assez lionne humeur jiendaot tout le voyage ; il n'y eut qu'hier qu'il fut fort sérieux pendant tout le souper; il jouoit à l'horabre et au irictrac pendant que les dames jouoient à. cavagnole. M. deCoigny, qui commandoit les dragons à l'armée de M. de MaiUebois, arriva hier et fit sa révérence au Roi à Choisy.

On eut nouvelles, il y a deux ou trois jours, par un courrier deM. de Grimberghen, que l'électeur de Bavièreavoit été proclamé roi de Bohême à Prague le 7, et qu'il assista le lendemain au Te Deum chanté par le doyen et non par l'archevêque.

Du vendredi 'i'i , Versailles. — M""' de Mirepoix a été. [■présentée aujourd'hui par M"' la duchesse de Tallard. J'ai I- déjà marqué ci-dessus qu'elle est fille de M, de Craon; elle avoit épousé en premièresnoces M, le prince de Lixin . ■ On croyoit qu'elle ne seroit pas présentée, pour n'avoir I pas le désagrémeitt de demeurer debout après avoir été r.^idse; je crois même qu'il yapeu d'exemplesde femmes

5ii MKMOIRES DU DUC DE LUYS?:S.

titrées tlevemies veuves qui, s'étant remariées à des gens non'titrés, aient voulu reparoltre A la cour. Le frère aîné de M. le duc de Chaulties, l'ambassadeur à Rome, avoit épousé la veuve de M. de Touruoii, qui étoit Neufville- Villeroy ; après la mort de M. de Cbaulnes, elle épousa le marquis d'Hauterive, mais elle ne revint point à la cour et ne fut jamais présentée comme M"" d'Hauterive.

11 y a quelques années que nous n'avions vu ici M"" de Mirepoix; elle n'est point changée et a toujours l'air plus jeune qu'elle n'est.

M. le comte d'Evreux vend son gouvernement del'lle de France à M. le duc deGesvres; cela n'estpas encore absolument public; M. de Gesvres n'en reçoit pas les compliments et dit même que cela n'est pas encore absolument fini; mais c'estdepuis deuxjourslanouvelle de Paris. On disoit même que c'étoit pour réunir ce gouvernement & celui de Paris; mais M. de Gesvres l'achète personnelle-ment pour lui.

Il parolt certain qu'il n"y aura point de promotion de chevaliers del'ordre du Saint-Esprit au jour de Fan, mais bien à la Chandeleur, le Uoi voulant faire la grande cérémonie fi la Pentecôte pour la réception de M. le Dauphin . On dit que M, le duc de Rohan portera la queue de son manteau et qu'il sera fait chevalier pour cette raison, et que M. deTillières, capitaine des gendarmes-Dauphin et beau-frère de M. de Châfillon, prétendavoir droit de l'ôtre à cette occasion. On nomme aussi M. de Flammées comme favori de M, le Cardinal.

Du sameJî 23. — Avant-hier fête de Saint-Thomas, il ■^ eut vèpresdes Missionnaires etsalut à cause dujeudi; le Roi ne lut ni à l'un ni à l'autre, quoique ce fit une fête d'apôtre.

Depuis l'année passée, on a ajouté au salut à la cha^ pelle une prière que l'on a coutume de dire au salut à la paroisse Notre-Dame; cette prière est te Rorale, pendant î'avent, et VAUtnde Domine, pendant le carême. C'est Is

DÉCEMBRE ITil. 57

Reine qui a demandé ce changement. Pour ne point allonger le salut on avoit supprimé l'Exaudial, dont on ne disoit plus que le dernier verset, Domine salvtim fac Régent, C'est M""" de Mailly qui a remarqué ce changement, et qui en a été choquée; il lui a paru peu convenable que l'on supprimât la prière pour le Koi ici dans la chapelle. Elle en a parlé au Roi et à M. lecomledeNoailles; enfin il a été dit que l'on chanteroit l^Exaudiat comme à l'ordinaire après le Rorate cœti ou PAUende, suivant le temps; et cela s'exécute.

On aeu des nouvelles, du 15, de M. de Belle-Isle; Use porte assez bien (1), marche dans sa chambre, mais Une sort point encore. Il ne parolt pas qu'il sût encore que le maréchal de Broglie dût arriver; il doit cependantétre arrivé le 21.

M. de Guerchy, qui étoit resté dans la Haute- Autriche, y a fait une action qui lui t'ait honneur : il a emporté, l'épée Ma main, un petit château auprès d'Unns. Un frère de M. de Faudoas qui étoit dans les vaisseaux y a eu la - cuisse cassée et en est mort; il étoit bossu, mais on dit qu'il avoit de l'esprit et qu'il étoit aimable.

J'ai cru devoir mettre ici des observations que mon fils a envoyées à safemme et qu'on sera peut-être bien aise de trouver dans la suite.

Portrait ducaractére et

1 L'électeijr (3) pat la brièTeté de ses lumières a pensé faire échouer notre entreprise ; son irrésolutioD n'a rien d'égal, et sa facilité àsiiivre tous les conseils prouve assez qu'il est peu capable d'un bon avis.

• Le maréchal deTerrÎDgveuttout faire, et cette besogne est ab-

(]} Le inarëcbal de Belle-Isle étail d'une Irèi-railile eanlé; il n'avait pas assisté au si^ede Prafaie; envoyé en Polt^^ne, aujirès île l'électeur deSaie, il y éUit tombé malade, if'iine sclatrqne ou de la giiiitte, et était revenu à Francfort, où il se rétablit un peu. Le maréclial île Brofilie fui eovojé en BoliCnte pour r^iininanrli^r rai-mëe TrançaiM ; il était très-âgé et |>eu actif.

[1] L'électviii' ik Bavière Charles- Albert. Il ctaK alors pre.siiue mourant île la fp\Me et de lu gi'avelle.

58 Mf:iM01RES DU DUC DK LUYNRS,

solument au-dessus de ses forces, surtout celle de général ; il est pw

estimé dans t'arraée fraui^ise.

• Les ofliciers gêoéi'aux bavarois sont d'uun prudence si parfaite qu'ils voient toujours des ennemis partout.

" Le comte de Saxe mène les Frant^ois sans précaution ni détaS, et à la tartare ; u'est oependant celui de tous qui vise le plus au grancL

■ Vous me dispenserez de parler sur les Leuville, d'Aulûgné, Gassion et la t'are ; ce qui est certain c'est que tous se réunissent pour avoir cuseiuble les tracasseries' les plus misérables. Les BoufQers, Luxembourg et Mirepoix sont ceux dont on fait le plus de ras. »

Du mardi "iG, Versailles. — Dimanche, veille de Noël, premières vèprescomoie à l'ordinaire, en bas; U. l'évéque de Séez qui est Tabbé Néei, y officia ce joor et le lendemain. Le Roi et la Reine enteodireat la messe de minuit dans la tribune, suivant l'usage.

Hier lundi, juur de Noël, le Roi entendit là grande messe et les vôpres en bas. Ce fut M"" de Clievreuse qui quêta ; le total de la quête monta à 45 louis. Ce fut hier le dernier sermon du P. Fleury ; il fut assez médiocre; Je compliment fut assez bon, un peu trop diffus.

On reçut il y a deux jours la nouvelle de la mort île lar reine de Suède, arrivéeleSdece mois; elle est morte de la petite vérole; elle étoit ûUa de Charles XI, roi de Suède, et d'Ulrique-Eléonore, princesse de Daneiuark, et sœur deCharlesXll, roi de Suède, tué au siège de Frederickshall, euNorwége, en 1719, auquel elle succéda. Elle avoit épousé le 1 avril 1713 le prince héréditaire de Cassel, lequel fut proclamé roi de Suède le 2 avril 1730; c'est le roi de Suède d'aujourd'hui. La reine de Suède s'appeloit Ulrique-Éléonore et avoit cinquante-trois ans deux mois.

Samedi dernier, M. de Verneuil, fils de Tintroducteur des ambassadeurs, arriva de Francfort avec la nouvelle que réleclion d'un empereur avoit été fixée au 2i janvier.

Le Roi va demaînâlaMeutte et reviendra vendredi; Les dames de ce voyage sont Mademoiselle, M""' les duchesses deRuffeceide GramontjM""^ de Mailly, M"" de Luyneset .

■ de Chevreuse. Hier au soir, M"" de Mailly vint à

liinuit ou une heure dire à M""^ de Luynes que le Koi

B^i proposoit d'aller à la Meutte et à M™" de Chevreuse;

Ue me dît en môme temps qu'elle me conseilloitde me

litire écrire.

Du mercredi 27, Versailles. — La liste de la Meutte pa,iit hier après le coucher duRoi.

' Hier, fête de Saint-ÉUenne, le Koi alla à la chasse et

upadans le petit appartement dont j^ai parlé ci-dessus.

. de Bouillooacté unel'ois admis à un de ces soupers.

I Avant-hier matin, le prince de Cantimir vint ici ap-

iort«r la nouvelle, qu'il venoit de recevoir par un cour^

ïàBi-,de la grande révolution arrivée en Russie. Le petit

« du duc Ulrich de Brunswick et delà prin-

e Anne, qui fut proclamé czar de toutes les Russies

ï y a environ un an en vertu du lestament de sa grande

nie, vient d'être déti'ôué, et la princesse Elisabeth Pe-

, la seule qui reste de Pierre le Grand, a été re-

I^Duue impératrice. Cet événement est regardé comme

i plus importants dans la circonstance présente; les

oubles qui en doivent être la suite, joints à la guepre

contre la Suède , doivent empêcher la Russie de donner

aucun secours à la reine de Hongrie,

Avant-hier au soir, M. le duc de Gesvres remercia le Roipour le gouvernement de nie de France. M. de Gesvresdit qu'il vautâSîV 26,000 livres de rente. M. le comte d'Évreux vouloit le vendre 140 ou 150, 000 livres à M. de Gesvres avec la charge des 200,000 livres qu'il a assurées à H™' de la Trémoille sur le dil gouvernement, et qui ne sont remboursables qu'après la mort de M"" de la Trémoille; elleeo touche l'intérêt au denier vingt. Depuis, H. le comte d'Évreux a proposé un autre mardié qui a été accepté; M. do Gesvres donne 20,000 ccus, et M. le comte d'Évreux garde sur le gouvernement 12,000 livres de pension sa vie durant ; le Roi a la bonté d'entrer âans cet arrangement et a bien voulu promettre que, si

M. de Gesvres mouroit avant M. le comte d'Évrenx, il ne donnerait le g-ouvemement qu'avec la même condition de payer les f 2,000 livres de pension. H. de Gesvres a m'. brevet de retenue de 200,000 livres pareil k celui qu' voit M. le comte d'Évreux. Le gouvernemeot n'est point réntii A celui de Paris; il est nommément à lui.

J la Meulte, /e 28. — Le Roi vient de dire à son lever qu'il avoit reçu des nouvelles de M. de laChétardie fl); qu'il n'y avoit point eu de sang répandu dans celte révolution; que la nouvelle en avoit été portée par des e8tafettefl ou relais de courriers h plus de cent lieues de Pétersboupgf, d'où l'on avoit dépêché le courrier qui est, arrivé à M. de Cantimir, etque parconséquent cecoorrier. n'a pu voir les rues pleines de sang comme on prétend qu'il l'a dit; que cette révolution est arrivée à l'occasion de la Finlande. Le régi ment des gardes étoit destiné pour y marcher ; cette destination leur ayant déplu, quatorze grenadiers de ce régiment ont résolu d'y mettre obstacle' par une révolution. Pour cet effet, ils ont été trouver la- j princesse Elisabeth, ils l'ont priée de se mettre à leuï tôte, et comme dans sa petite chaise elle n'alloit pasasseï vite à li;iir gré, ils ont voulu la porter eus-mèmes. Ils oni, été au corps de garde avertir tous leurs camarades; leur» ofiiciers, ayant voulu s'opposer audésordre, ont été si maltraités qu'il a fallu céder àla force et suivre le torrent. Ils ont été au palais du petit czar, ils l'ont enlevé et mis en lieu de sûreté sans lui faire aucun mal. I^ duchesse sa luôre a aussi été traitée avec considération et emmenée dans le palais de la princesse Elisabeth. Us ont promené leur nouvelle souveraine dans toute la ville, ont soulevé le peuple en sa faveur, l'ont reconnue et fait reconnoltre impératrice, et ne lui ont demandé d'autres récompenses que de vouloir bien être elle-même leur commandant.

(I) Lu inari|ul$ de la Cliiïlai'diu. nolru ambï^tsailcur en Russie. Il eut une pai't in>|>orUnte dans celle révolulwn. Il Tut l'ainaal de la czarine

DÉCEMBRE t74|, 61

Hout le parti aUemand a. été chassé (1) ; le duc Ulrich de

Brunswick elle général Osterman maltraités; onnedît

oint qu'ils aient été blessés; le général Munich arrêté et

B général Lascy rappelé de Finlande, Je n'ai point lu la

relation; le Roi ne Ta montrée à personne.

J)u dimanche 3i . — Le Roi revint avant-hier delà Meut te,

" de Mailly y a donné une fort jolie Ijolte à Mademoiselle,

givant son usage de lui donner des étrennes. A l'exté-

feur tout va bien entre elles, et Mademoiselle a beaucoup

ffattention pour W de Mailly ; mais il y a cependant lieu

e que l'amitié est assez médiocre.

' Jeudi, leRoifutcourre ledaimdansleboîsdeBoulogoe; '" de Mailly y étoit tète à tête avec M. de Meuse dans une ïlècbe, et Mademoiselle aVec M"" de Gramont, de Luynes ' et de Chevreuse dans une autre. La douleur de W de Mailly sur la mort de sa sœur continue toujours et se renouvelle à chaque occasion qui se présente. Le jeudi au soir le Roi parla d'enterrement; c'est un propos qu'il répète assez souvent; les larmes vinrent aux yeux à M™ de Mailly,et le Roi, voyantVétat oùelle étoit, sortit de table sur-le-cliamp ; c' étoit au fruit à la vérité , mais sans cela le souper auroit duré un quart d'heure de plus.

Aujourd'hui M"" de Saint-Florentin a présenté M°" de alow sa sœur; elles étoient toutes deux seules à cette FésentatioR.

Extrait d'une lettre de Prague du 8 déctmbre 1741 écrite à M. liaiidd.

■ Vous avez appris toul ce qui s'est passé ù la prise de Prague et l'état ù nous étions réduits si cet évéDemeutn'CLlt pas réussi ^ et ai il n'étoil pas vraisemblable qu'il dût réussir, )e gouverneur Vétaat préparé depuis plus de deux mois à faire la plus vigoureuse rénsiance, ayant touU^s les munitions de guerre et de bouche doot il avoLt besoîaet eavirou cent vingt pièces de canon; et nous au contraire ni paia , ni fourrages, euviron trente pièces de cauoo dans les deux

ittout enliei' du paili alJemanil et favorable

MEMOIRES DU DUC DE LUYHES armées de M. de Gassioo et des Saxons, lune année de] trente-uiaql t prête à jeter un

trente-sLx mille hommes h irais lieues de i

puissant s(

'sdoQsIa ville, et qui avoit tout le pays pour elle. Juges

is étions

à prendre est celui qu'où a pris, c'est-à-dire de surprendre la ville, et cepartiitiémene pouvoit être fondé que surcequ'ouétoit bien informé que la {^raison n'était que d'environ 3,500 hommes, 1 ,300 bourgeois armés et autant d'écoliers dont cependant les prédécesseurs avoient d^à fait lever deux fois le siège de la ville à pareil jour, 23 décembre, 'i ce qui, quoique superstition, ue laissoit pas de faire quelqu'impressit». sur l'esprit des troupes. Enfin tout a réussi au delà de dos espérances ;' nous sommes maîtres de la ville. Le grand-duc avec son armée s'en retourne et est déjà bien loin de nous; on a envoyé de gros détachonenti pour repreodre.s'ilest possible, Tabor,queles Bavarois avoientabandonoé sur un faux bruit, et Budweiss, que M. de Leuville avait auniété obllgà d'abandonner pour venir au secours de l'électeur. Si on n-' prend ces deux postes, comme on n'en doute point, nous serons traD^' quillesen Bohême jusqu'au printemps.

» L'électeur fut proclamé avant-hier; et hier on chanta le Te iJeaur. eu action de grâces; on dit qu'il pourra être couronné la semaine pro*cliaiiie. S'il y a quelque chose de particulier h cette cérémonie, je voua, en manderai le détail. Al'égardde la proclamation, çaété fort peu de' chose. Un seul héraut avec deux timbales et deux trompettes ont feib"J tonte la besogne.

■ANNÉE n42.

Dation il« chevalieri du Sainl-Eaiiril. — Préparatifs àe l'audience de

L l'ambassadeur turc. — 6al clicz Mesdames. — Nouvelles du l'armËe, —

I Mémoires de Dangeau coasiillés par le Roi. — Accouthsnienl de M""^ In-

ite. — Mart du duc de BeaiivilUers et de M"" de DromMoil. — Entr6«

et audience de l'imbassadeur turc. — Présentation de ti"" de CrilkiD. —

Remei-ciement de M. de Mail!; d'Haucourt. — Le dac de Fleury arrive de

l'aimée. — Présentiilion de H"» de BautTremont et de M'"^ île Casleilane.

- Arrivée du chevalier de Belle-Iste. — nouvelles étrangères. ~ Bals de

, Mesdames et du Daupltiu. — M'^' de MbJUy. — M. de Meuse,

Du lundi, l" janvier. — Il y a eu aujourd'hui chapitre rOrdre, Le Uoi a nommé M. le duc de Penthièvre, !. le cardinal de Tencin, qui est archevêque de Lyon, H. l'archevêque de Bourges (Roye), M. l'iirchevèque de Narboane (Grillon), M, l'évéque de Langres (Montmorin). H. de Penthièvre et ces quatre prélats seront reçus à la Chandeleur. 11 parolt que le Roi a voulu dans cette occasion-ci traiter avec plus de distinction M, de Penthièvre que M. le prince de Dooibes et M. le comte d'Eu, qui furent reçus chevahers en 1728, mais avec MM. de Saint-Simon et de Gramont, et en même temps avec moins de distinction que H. le duc de Chartres, qui fut nommé seul en 17i0, de même que M. le prince de Conty l'avoit été seul en 1533.

Du mardi 2, Versailles. ■ — Il y a eu aujourd'hui messe de Requiem pour les chevaliers, comme à l'ordinaire.

Du vendredi 5, Versailles. — il paroit que M"" la come de Toulouse est fort contente de la nomination de

M. de Penthièvre; il est certain qu'il y avoit ea un premier arrangement de fait suivant lequel M. le duc de Penthièvre devoit n'être nommé qu'à la Chandeleur et être reçu avec M. le Dauphin à la Pentecôte. Le Roi en avoit parlé plusieui's fois; mais sur les représentations qui ont élé faites à M, le Cardinal (1), le premier arrangement a. été changé, et pour laisser à M. de Penthièvre une certaine distinction que les légitimés n'avoient point encore eue, ij a été nommé seul de laïque ; ce qui fait qu'il sera reçu seuI,parcequelesecclésiastiquessontreçus avant la messe. L'on n'a pu citer d'exemple par rapport à M. le Dauphin que celui de feu Monseigneur, qui fut reçu en [1682]; car depuis l'institution de l'Ordre par Henri 111, le 1" janvier 1579, il n'y avoit point eu encore de Dauphin reçu chevalier. Après l'assassinatde Henri HI, en 1589, Henri IV fut reconnu roi sans avoir l'Ordre; il avoit alors vingtcinq ans et n'avoit jamais pu être daupbin.A la mort de Henri IV, assassiné en 1610, Louis XIII n'avoit que huit ans lorsqu'il fut reconnu roi ; il fut même déclaré majeur l'année suivante, 1611, et à la mort de Louis XIII, en 1643, Louis XIV n'avoit que cinq ans lorsqu'il monta sur le trône.

On ne doutoit point ici que M. l'archevêque de Rouen, premier aumônier de la Reine, ne fût compris dans cette promotion, et je crois qu'il s'y attendoit. Le jour même qu'elle fut faite, à onze heures du matin, il alla cheï M. le Cardinal en habit violet, parce qu'il alloit de là àla grande messe avec la Reine; il y avoit vingt personnes chez M. le Cardinal ; on fut assez surpris d'entendre S. Em. lui dire : « Vous avez là un violet qui tire bien sur le rouge r> . C'est de M . l'archevêque de Rouen même que je le sais. Il m'a avoué que ce discours le piqua; mais que croyant que le meilleur parti étant de répondre sage-

(I) On ilit qud:'fsl [Kiv M. lie Cliillillon. (Sole du duc de Linjnes.)

JAWVIER 17«. 05

lent, il s'étoit coutenté de dire à M, le Cardinal : « C'est

une belle couleur. « M. d'Argenson, présent à cetfe con-

versa)ion,pritlaparoleelditàM, le Cardinal : « Ce rouge

a été jusqu'aux joues. »

On travaille dans la galerie à placer le trône et les grais; il est décidé qu'ilyaupadeuxlogesdanslesdeuxcoins la galerie du côté de l'appartement de la Reine, des deux côlés du trône. Les princesses se sont déterminées à suivre la Reine. M"" la Duchesse dit qu'à l'audience de l'ambassadeur de Perse (1), il est vrai qu'elle avoit un gradin pour elle, mais qu'elle n'étoit pas dessus ce gradin , qu'elle étoit dans une des loges. Il y en avoit deu.\; dans l'une étoitM""' laduchesse de Berry, et dansl'autre Madame. La Reine désiroit que Mesdames fussent toutes deux avec elle ; mais on lui a représenté que celaneseroit pas convenable, et il a été décidé qu'il n'y auroit que Madame dans la loge de la Reine, et que Madame Adélaïde seroit dans l'autre , et que les princesses du saug seroient partagées dans les deux loges. L'audience est Siée à jeudi prochain, 11 de ce mois. L'entrée de l'ambassadeur à Paris se fera le dimanche 7 de ce mois. On croyoit qu'à l'audience ici le Roi ne mettrait point son chapeau, parce que l'ambassadeur ayant toujours son turban sur la tète ne peut pas censé couvert puisqu'il ne se découvre jamais. On iportoitmôme l'exemple de l'audience donnée aux amladenrs de Maroc, où certainement l'on ne se découpoint; celle de l'ambassadeur de Perse, en 1715, où ' "aujourd'hui, alors dauphin et âgé de cinq ans, et ,nt son bonnet sur la tète , avoit outre cela un petit Lpeau qu'il tint toujours à sa main, ce qui seroit une luve que Louis XIV ne se couvrit point. On prétend

l) L'électeur <le Bavière étoit aloi's Ici et fui jilacé sur le gradia de M'"'' se; il y avoil aussi ua gradin pour la grande princesse de Conly, ; pel tfoU le rui île Pologne d'aujourd'hui , i|ui Otoît alors inwgnilo iei , ' n (ppduit le romte ite Lu!uce. (?iote du dur de Luynei.)

m MF.MOTRES DU DUC DR I.UYNKS.

enfin qu'en 1781, à l'audience de l'ambassadeur tare, l'oanfiËe couvrit point non plue. En conséquence, avan^ hier, à six heures du soir, il fut décidé que le Hoi m couvriroit point, et M. deChfilillonayunidemnndéunedé» cision par écrit pour ce que H. la Dauphin doit faire, le Roi lui en donna une portant que H. le Dauphin ne H couvriroit point. A neuf heures du soir, H. de Cesvres dIJ i a. do Ghiitillon, dans le cabinet du Hoi, qu'il étoit dd>' oidé que l'on se couvriroit (l); M. de Châtillon lui dJK que cela ne se pouvoit pas, parce qu'il eavoit précisé^ mentle contraire, et étant descendu chez lui, il lui monti!||' l'ordre du Hoi. H. de (lesvres lui soutint malgré cela qnft l'ordre étoit changé; et hier matin, M, de Chfttillon étant allé chei M. le Cardinal, S. Ém. lui confirma ce changa» ment. C'est de M. de Gesvres môme que je sais ce détail. En conséquence, MM. de Lorraine, de Hohan et de Bouillon se couvriront, et par conséquent les trois premiers gentilshommes de la chambre qui sont ici, et qui seront sur letrûne, y seront découverts, pendant que M. de Bouillon aura son chapeau. Il n'est point encore décidé ai tous les secrétaires d'État serontsur le trône. Le Roi n'a pas voulu voir encore le plan et n'a point donné d'ordre pour ceux qui doivent avoir des places surle trâne.

Il y eut hier un grand bal chez Mesdames; elles dînèrent à quatre heures ohez M™ de Tallard, Le bal ne commença que vers les neuf heures, après le souper de. M. le Dauphin; c' étoit un bal en masques, mais en beaux masques. Les gens non titrés qui dansoit^nt avec Ues^ dames, même dans les contredanses, mettoient leup^ masquas- Je vis mylord Slaffort qui dansoit une contredanse donnant la main iL Madame; W de Tallard lui dit

(1) Le Roi 'Itt qu'il ae siniïienl ilcs iIpox aucliciices oii il a i^lé. en 1731. e\ rlit qu'il eluit uoutert; Il ciuivieiit que l'on ne s'est point ci celle des ambassadeur* de Maroc. (l\'tt« da Uvc de. Luynes.)

JANVIEIl 1748 ; (17

àe mettre son masque. M"'° de Bukler (1) y dansa aussi mais avec un masqué sur le nés. La Roi viut au bal à minuit, mais sans masque; il y resta près d'une heure sans danser. Toutes les |)nao6sseti y étoieut, hors Jf'"^ de Sens. Le Rai proposa &. M"' la princesse de Conty de danserj elle dansa deux ou trois uontredanses. 11 y avoit deux pièces où l'on dansoit, et une ttoisiùme oii y il avoit in cavaguole, qui ne commqogaqu'ât deux heures, mais [ui dura jusqu'à cinq.

t Da lundi 8, Veraaiilss. — On eut nouvelle hier par un lUFi-ief que l'armée de la reine de Hongrie, commandée ir le général iVeuperg, avoit fait une entreprise sur fisek qui ue leur avoit pas réussi. M. d'Aubigné, qui s'é- :toit avaoflé Jusqu'auprès de Budweiss, se trouvant inférieur et sachant qu'il devoit être attaqué, s' étoit replié sur Pisek el avoit envoyé avertir U. le maréchal de iBrogliti, qui avoit marché sur-le-champ et avoit joint le 37 du mois p^i^é. M. de Uirepoix cummandoiL dans Hsttk- Le grand-duc, qui est à l'armée avec le prince Hurles, son frère, envoya sommer M. de Mirepoix da lui émettre cette place, voulant, disoit-il, épargner le sang ie ses sujets et de ses ennemis, On prétend que JA. deMi- ^poix répondit ; u Je ne suis ui l' un ui l'autre ; » mais le it est que le trompette fut envoyé les yeux bandés à le maréchal de Broghe, et reçut la répoose k laquelle on >uvoits'attendre.Malgrécela, les Aulrichiensenvoyèrent un détachement d'environ deux mille hommes, qui, ayant trouvé ouverte une des portes de la ville, que M, de Luxembourg gardoit, y avoient voulu entrer la nuit et roient été repoussés avec perte.

H. le maréchal de Broglie, quoique fort estimé, u a

été reçu avec plaisir de la plupart de l'armée, qui re-

ioûoiment M. dèBcLle-lsle. Il y a quelques jours

'b jainai» ^lé prÉseiitéej son mari est écuï^r lie la pelile éc.vnr. ie Ht bNijourii rim M'"" île Tallard. tHoledu duc de Ljtj/nes. )

que le Roi dînant dans le petit appartement dont j'ai parlé ci-dessus, et où it dîne présentement tons les jours , M de Meuse lui dit que dans Paris les ennemis de M. de Belle-Isle publioient que c'étoit pour lui donner un désagrément qu'on avoit envoyé M, le maréchal de Broglie. Le Koi répondit avec vivacité : « Oh! pour cela c'est bien loin de ma pensée. »

L'on continue à travailler à l'arrangement de la galerie; ce sont les ouvriers employés ordinairement par les Menus et non ceux des Bâtiments qui travaillent. Il y a eu ce matin une dispute pour les barrières. MM. des Bâtiments prétendoient que c'étoit à eux à les faire mettre. Comme cela n'a jamais été , MM. les premiers gentilshommes de la chambre ont donné ordre de continuer, et cela s'exécute.

11 n'est pas encore absolument décidé si M. le Dauphin se couvrira. Outre ce que j'ai marqué ci-dessus, j'ai appris depuis que M. de Verneuil porta, il y a quelques jours, deux mémoires au Roi pour avoir son bon , l'un pour se couvrir, l'autre pour ne se point couvrir, et que le Roi avoit signé celui pour se couvrir; qu'en conséquence M. de Verneuil comptoit faire avertir les amt>assadeurs pour qu'ils ne se trouvassent point à l'audience ; que cependant le lendemain M. le Cardinal lui avoit dit de ne les point faire avertir. J'ai appris aussi que le Roi avoit déclaré qu'il s'en tiendroit à ce qui s'étoit passé en 1721, et qu'il n'y avoit qu'à consulter les registres de M. de Dreux. En conséquence, M.deRocbechouart a été demander à M, de Dreux les dits registres, sur lesquels il est marqué qu'on ne s'est point couvert en 1721. La même chose est confirmée par le Mercure de mars 1721. U est prouvé aussi qu'en 1715 on n'a point été couvert au Persan. Les Hémoires de M- de Dangeau ont été rapportés, et cela y est dit précisément (1); cependant

W \oh\e Journal de Dangeau &\inUli lin 19 février i7lj, t, XV, p. 365,

■Cela ne sera décidé que mercredi, au retour de Clioisy. Dumercredi 10, Versailles. — Le Roi revient aujourd'Imi de Choîsy; les dames de ce voyage sont Mademoiselle, M"" de la Roche-siir-Von, M'°^ de Maitly, M"" les duchesses d'Anlin et de Gramont, et M"' la maréchale , d'Estrées.

Dimanche dernier, l'ambassadeur d'Espagne reçut un I courrier avec une lettre de M. le marquis de VilladariâE I qui lui écrivit de la part du roi d'Espagne l'heureux accouchement de Madame lofante, accouchée le 31 décembre d'une fille.

La lettre porte que cette princesse a été baptisée sur-lechamp et nommée Élisabeth-Marie-Louise-Antoiuetle (1). M. de Rennes doit dépécher un courrier; mais on n'a pas voulu tarder un moment à apprendre celte nouvelle ; elle est accouchée k cinq heures et demie après midi. Aussitôt que M. de Campoflorido eut reçu cette lettre, il alla à Issy, et demanda à M. le Cardinal ce qu'il devoit faire, s'il devoit aller à Choisy ou non, M. le Cardinal lui dit qu'il étoit le maître de faire ce qu'il jugeroit à propos. M. de Caropoflorido, qui se conduit ici avec toute la sagesse possible et qui ne veut rien faire que ce qui platt au Cardinal, répondit qu'il prioit S. Êm. de lui dicter la conduite qu'il devoit tenir. M. le Cardinal lui dit qu'il pouvoit ^leràChoisy; en conséquence il partit; il trouva le Roi quijouoit au tric-trac, et après s'être acquitté de sa commission, il retourna à Paris et vint avant-hier ici donner part àla Reine de cette nouvelle.

Dimanche dernier, M. le duc de Beauvilliers mourut à Kparisdela poitrine; il étoit fils aîné de M, le duc de Saint- * Aignan, à qui il reste encore quatre garçons. M. de Beauvilliers avoit épousé M"" de Creil, dont il n'a point d'enfants.

On apprit hier la mort de M"' de Dromenil ; son c

TO MKMOIRtS DU DUC Dt, lAlYISKS.

est iieveu de M- l'évèque de Verdun; elle est morte 1 Paris de la petite vérole, le troisième jour; elle étoit aimable, d'une jolie figure, et de l'esprit.

Dimanche dernier, Zald-EtTendi , ambassadeur da Grand Seigneur, lit son entrée à Paris. On trouvera ciaprès la marche de cette entrée. Je mettrai aussi ci-aprës Taudience du Itoi de demain, dans la galerie , avec 1& copie des billets qui ont été donnas. Les femmes jde chambre de la Heine demandoient h Être dans la galerie; on a fait une distinction sur cela. Celles qui ne seront pas en grand habit seront placées au bas de la galerie après les femmes de condition, Cellesquisorouten grand habit, comme par exemple celles de service qui sont obligées d'y être, seront placées sur un gradin dans le salon de h Guerre, en face du trône. Comme il y a des barrière! partout, jusque dans la cour, on adonné des billets, noi» par nom , pour passer dans les appartements , aux valets de chambre , huissiers et autres ofiîciers de la maison de la Reine nécessaires à son service.

Du vendredi 12, Yersailleg. — Avant-hier, au retour de Choisy, il fut décidé qu'on ne se oouvriroit point à l'audience.

La maison du Roi qui devoit relever le quartier, le premier de l'an , eut ordre de rester jusqu'à cette audience.

Hier jeudi, 11 de ce moisj l'ambassadeur turc arriva dans les carrosses du roi, sur les onze heures, à la maisoo de Bontemps, où il y avoit quelques rafraîchissements pour ses gens; ila'y prit point de café, et monta achevai presqu'aussitôt. Il arriva ici dans la cour du Roi avec M. le comte de Brionne, à sa droite, et M. de Veroeuil, i. sa gauche ; il descendit â la salle des aml>assKdeurs. Tout le monde étoil déjA plicé, il y avoit loot^-teraps, dans la galerie et dans les appartements. Tout se passa sans aucune confusion. Tous les hommes de la Cour n'avoient point de billets et étoient entrés par l'œil-de-bœuf, de là,

JANVIEK 1742. TI

lambre du Hoi, t« cubinet du conseil, le caliinetdes

3iTuques6tla poi'te de ^laoe. Le Roi a'étott habillé dans

t nouvelle cbambre , d'où il sortit pour aller â la messe

ssaot par la galerie, comme à l'ordioaire; il ne mit

bu babit pour l'audience qu'un peu auparavant. La porte

^luce qui dofine de l'œil-de-bœuf dans la galerie

loit fermée, et il y avoit un gradin tontre celte porte.

JBUtes les dames habillées passoieni par la cbambre du

i et par le cabinet des perruques pour entrer dana la

klerie. Les dames bahillées eties hommes de cepayg-cî

Havoient point de billets ; mais tous les antres hommes

tlesdames non habillées qui avoientdemandé des places

piroient des billots; les uns et les aulreiii entroient par le

jiftté de la chapelle. Je mettrai ci-apri^s la copie de ces

billets (1). Les uns étoieutpour la galerie, les autres pour

9 salon de la Guerre, les autres pour les appartements.

I n'y avoit point de gradins dans les appartements, hors

s deux tribunes de la musique, 11 y en avoit des

l^ux côtés dans le salon de la Guerre; celui du fond de

t sajon occupoit les trois croisées qui donnent sur la tei>

, etfermoitpar conséquent la première croisée de ce

lloD, du côté du parterre du nord. La seconde, qui est

k-viEdutrône,etlatruisiëme, qui est à. côté de la porte

fi appartements, dévoient être libres; mais comme ily

ifoiteuuii embarras pour placer lès femmes de chambre

e la Reine et de Mesdames, qui étant de service doivent

e en grand babit, on avoit mis dans cette croisée du

ilieu du salon de la Guerre, \is-à-vis le trône,,un gra-

Itii bas pour placer les femmes de chambre de la Reine

tabulées. Par l'événement elles n'y ont point été placées;

Wia gelée, la neige et quelques incommodités ayant em-

1 péché plusieurs dames et femmes de Paris, qui avoient

(l>Us portraent [|ae les .portea seraient ouverlcs à buit btnrea, el rcrcni^A I 4 in Iwureâ et demie. {Note d« dtK ('« Luynes. j

72 MEMOmtS DU DUC DE l-UYINtS.

des billets, de venir, il s'est trouvé plusieurs places dans la galerie à remplir, où les femmes de chambre delà Reine et de Mesdames ont été placées. L'ambassadeur turo ne monta que sur les deux heures; le Roi vint un moment auparavant s'asseoir sur son trône. L'Habit du Roi étoit d'une étoffe d'or brodée, avecun Saint-E^ritde diamants; et l'habit de M. le Dauphin à peu près de même, excepté qu'il avoit des boutons de diamants, et le diamant d'Angleterre (1) à soa col.

Voici qu'elle étoit la séance : Il n'y avoit d'assis que le Roi, les dames qui étoient sur les g:radins et celles qui étoient à côté du trône. A la droite du trône éloit M. le Dauphin (2), à la gauche M. le duc de Chartres (3). A la droite de M. le Dauphin , M, le comte de Charolois, M. le prince de Conty et M. le (îomte d'Eu. A la gauche de M, de Chai'Ires, M. le comte de Clermont, M. le prince de Dorabes et M, le duc de Penthièvre.

Derrière le trône, un peu à droite , M. le duc de Bouillon, grand chambellan (4), et à la gauche MM. de Gesvres, de Rochechouart etd'Aumont , premiers gentilshouimes delà chambre (5).

H y avoit deux tribunes aux deux côtés du trône, fermées par des planches d'environ quatre pieds de haut, posées en figure de demi-ceintre et prenant à peu près depuis la porte du salon de la Paix, dun côté, jusqu'à la

(1) Ce doit être le diamant appelé U Régent, qui ataitélé acheté, en 1717, eu An^elerre.

(2) Derrière M. le Dauphin étoient M. le duc de CliïlilloD, M. l'évéque de MirtpuÏK, M. de Mu;, sous-gouTerneur, et les deux gentil shomtnea de la mancbe. i JVola du duc iJ« lugnes. )

(3) M, le duc d'Orléans n'étoil point ici. (Aole da tluc de Lui/iies.)

(*) Il n'y a»<Mt point de capitaine des gardej. M. le niaréclial de SoaiUei élirit occupé A recevoir l'ambassadeur à la ulle des gardes et ne pouvoil dani cette occanion être remplacé parM. le dncd'Ajen. (IVol' dttduc de Lufnes.)

(i) H. deFIcurr. quictt le (|iulTtème, n'étotl point ici. f K/nle du due dt

.lANVlKR 174a. 73

e qui y étoit entièrement enfermée, et de l'autre usqo'à la glace. Du salon de la Paix, l'on moDtoit trois marches et ensuite autant à droile et à gauche; le dehors de ces deux tribunes couvert d'un lapis de velours cramoisi bordé d'une frjinge d'or. On comptoit qu'il pour- Toit tenir quatorze personnes dans celle qui étoit à. g^auche, fit huit dans l'autre. Dans celle de la gauche , danb l'em- Èrasure de la fenêtre, il y avoit un gradin seulement de lieux bancs. La Reine avoit choisi cette tribune; elle y i^it dans son fauteuil censée incognito, mais tout aussi à Recouvert que le Roi; Madame sur un pliant à sa droite, * la Duchesse à sa gauche. M"" de Sens à la droite de Madame, le chef de brigade derrière le fauteuil de la Reine (c'étoit M. de la Dillarderie, frère du major); M. de Nangis à sa droite et M"'" de Luynes à sa gauche. A la droite de M. de Nangis, M""* de Tallard; derrière, " de Talleyrand , de RouftLers, de Uérode et M"" la prinse de Talmond ; et M. de Ralagny, secrétaire des com- Biandemenls de la Reine, quoiqu'il n'y eût point de ^ace , s'étoit mis aussi derrière. Dans l'autre tribune, M"' Adélaïde, sur un pliant, au milieu; Mademoiselle à sa droite. M'"' de la Roche-sur-\on à sa gauche. Derrière , H"' Adélaïde, un exempt des gardes qui est de quartier ||(t'é(oit Laferrière), M"""^ de Villefort et de la tandc, sous- [ouvernantes, et M""" d'Andlau et de i'Hùpital. Par ce que je viens de marquer, l'on voit que la pre- ■loièFe glace de la galerie, à droite, de même que la pre- ■.nière croisée , à gauche, à compter depuis le salon de la ■'faix, étoient enfermées dans les deux tribunes; ensuite lu y avoit trois marches. A la seconde glace à droite, il y avoit une petile banquette où étoîent les quatre secrétaires d'État. M. de Saint-Florentin n'arriva qu'en même temps que le Roi, les trois autres étoient arrivés avantle Roi. M. de Maurepas étoit le premier, M. Amelotle second, . de Breteuil le troisième. Dans la seconde croisée à nnuche, il n'y avoit personne. Quelques pas après l'en-

74 MÉMOIRES DU DUC Dfc I.UYhLS.

coîgtiure de la seconde croisée et de la seconde ^lace.comB j meoçoieol quatre marches an bas desquelles étoieut I posés, à droite, les gradins, pour les daines, qui alloîenfe 1 d'un bout àl'autpe de lagalerie. tl n'y avoitque la port& 1 de glace (1) pour entrer dans le cabinet da Roi où il n'y avoil point de gradins. A gauche, Is long des croi!>éea« yis-^-vis lesgradins des dames, et dans toute la longueur de la galerie, étoient des espèces de mai:>ches sur le»* quelles étoient les hommes ; il y en avoit quatre de bau^ teur. Depuis un bout de la galerie jusqu'à l'autre, uù ' avoit mis des tapis à terre et sur les marches det> hommes, de même que sur les marches et les estrades qui conduisoient au trùne. Les grains des dames étoient couvert* de pluche cramoisie. Au premier gradin, le plus élevé et le plus près du Iràne , il y avoit deux places de gardéoi pour M""* d'Antin et de Mailly, qui ne vinrent qu'un moment avant le Hoi. Au bas des gradins des hommes, ft gauche, tout auprès des premières marches, étoit une banquette pour les ambassadeurs. Le nonce étoit le premier. Derrière les ambassadeurs étoient tous les étrangers qaî avoienl eu des billets, mais sans aucune distinction ; doUë étions même plusieurs mèléa avec eus. Les dames en grand habit tenoient depuis le comraenoeraenl des gradins jus* qu'à la Diane (2), ce qui en faisoit à peu près quatre- l vingts. Dans le reote de la galerie il y en avoit euviroB ' cent soixante. Pour les hommes on ne pouvoit pas en juger aussi aisément. Ce qui est certain, c'est que tous les gradins étoient remplis et que l'on étoil fort serré ; ainsi

H) La Reine en allant à la messe passA par la chambre du Roi et le cabinet des [ipiTuqiieB, et se promena un momeni dans la galerie, s'avançanl du cMé au Uùae ï la (iiirle dn glace qui entnt dans la galerie. M. de Buiilllw) prit h robe <le la Reine et U purla jasqn'à oe qu'elle fût bors de la galerie. ilto(e d» diicdt Luynei.)

(ï) La Diane à la biche, qui Tall aujourd'hui partie du muste des antiques an Loutre , se trouvait alors dans la galerie de vergailles.

JANVIER I7ia. îà

sept ou huit cents, tout uu plus. L'ou entrait daus les appartements avec beaucoup de facilité, par le prodigieux nombre de barrières iju'on avoit mises ; il y en avoit, je crois, dix-sept ou dix-huit. Oa avoit fait une Balle des gardes dans la pièce qui est au haut de Vhbeaiier de marbre ; cefutlàqueM. le maréchal de Noaîlles ;ftlla recevoir l'ambassadeur, à là porte de cette pii^ce, au tbaut de l'escalier, et le conduisit jusiju au pied du trône tmarchant à sa droite, ou plutôt à la droite de M. de firionne, lequel étoit le plus près de l'umbassadeur ; À la gauche étoit M. de Verneuil. L'ambassadeur ûlsa première vévérence, à l'arcade qui sépare le suloa de la Guerred'avec la galerie, la seconde révérence, au milieu de la galerie, . et la troisième, au pied du tr6a&. Le Roi étoit seul «ouvert; il ôta son chapeau & la première révérence de l'ambassadeur; il l'àta encore deux ou trois fois, mais je ne l'ai pas assez remarqué pour l'écrire précisément. L'ambassadeur monta jusqu'auprès du trône, où il fit son compliment en langue mahométaue, lequel fut expliqué aussitôt après par l'interprète. Le coiuplimeut et l'exication me parurent durer assez longtemps; il n'y :t presque que \es princes du sang qui purent l'eiindre; il exprimoit, à ce que j'ai ouï dire, le désir d'enifretenir l'union, l'intelligence et la bonne amitié, faisant iflonvenir en même temps le Roi que ce n'étoit que par •A et par considération particulière pour S, M. que 'empereur aon maître avoit arrêté le cours de ses vicire» pour faîte la pais avec l'empeTeur. Pendant c«lte irangue, le secrétaire d'ambassade étoit derrière, assez )oia et seulementsur les premières marches, tenant une ipèce de corbeille ou bassin plat, couvert d'un satin cramoisi , sur laquelle étoit la lettre du Grand Seigneur. AussitAt après l'explication de la harangue, le secrétaire d'ambassade s'avança, la remit à l'ambassadeur, qui Ja irêsenla au Roi, lequel la remit aussitôt à M. Amelot. j'ai oublié de mettre daos ma detîcriptîoD de la séance.

76 SIRMOIRES du DUC DE LUYNES.

qu'à la droite du trône, à fort peu de distance, il y avoif" une petite table, faite à peu près comme unecrédence, et couverte, quiéloit destinée à mettre la lettre de l'ambassadeur. Il y avoit soixante-sept ou soixante-huit Turcs qui ppécédoient l'ambassadeur, qui se rangèrent eu haie desi deux côtés de la galerie; il y en avoit outre cela un grand nombre d'autres qui n'entrèrent que dans la pièce qui est avant celle où sont les tribunes de la musique.

Je n'ai point encore marqué ce qui s'est passé pour l'arrange ment des troupes. Les deux régiments des gardes françoiscB et suisses étoienten bataille dans l'avenue, depuis la maison de Bontemps jusqu'à la place qui est devant les écuries. Dans la place étoient : i droite, les quatre compagnies des gardes du corps , c'est-à-dire un détachement de quatre-vingts maîtres de chaque compagnie; ils formoient quatre corps séparés. Vis-à-vis d'eux, sur la gauche, étoient les quatre compagnies rouges. La compagnie éeossoise , qui est Noailles , étoit la plus près de la grilled'un côté, comme les gendarmes étoient de l'autre. C'éloit le quartier d'octobre et le quartier de janvier qui formoient ce détachement (ij. J'aimar-

(l)Les gardes ducorps eloiCDl rangés en bataille sur drux rangssur la place d'armes, leur gauche à la grille de la grande eour du diâteau , et leur droile à la petite éccn'e faisant bec an pavé. 1^ comiugaie de Noailles Tennoit la gauche et rormoit un escadron de qnalre-ringts matires arêc deux étendards ; ensuite Villeroy, Cliarost et Harcourt, qui formoient cliacane un escadron i» quatre vingt» maîtres avec deu\ étendards.

L.es quatre compagnies rouges étnient postées via-à-vis, les gendannes avant leur dnûte à la grille de la grande cour et ConniHent un escadron de. cent matlres sur deux rai^ et deux élenitards ; ensuite les cl levau- légers de même ; ensuite les muusquelaires gris el les noirs, qui avoient leur gaucbe à II grande écurie el formoietit de niCme, cliaqne coin[>agnie, un escadron de cent

L'on avoit doublé les gardes Trançoises el suisi^es qui occupoienl leurs poslea dans la grande cour desnùnistres; le surplus des gardes françoiseset soisses étoient poslér^, saToir, \r* gardes fran^oises le long de l'avenne de Paris , du

é ci-dessus qu'au 1" jan vier le capitaine des gardes avoit ilevé, et les chefs de brigade, qui prétendent relever imme lescapitaines; mais les exempts, ni le guet n'a- 'oieut point relevé ; ils ne relevèrent qu'hier. Les deux lets des gendarmes et des chevau-légers y étoieot iBsi, Pour les mousquetaires (1), on sait qu'ils ne servent tint par quartier et qu'ils demeurent toujours à Paris land le Roi est à Versailles. Dans la cour des ministres, avoit doublé la garde. La garde piit les armes et rappela suivant l'usage. Ils ne battent au champ, comme l'on sait, que pour le Saint-Sacrement, pour le Roi et pour la Reine, il y eut une contestation pour le commaniment de la maison du Roi. M. de Soubise représentoit [u'il est sans difficulté que lorsqu'il n'y a point de capitaine des gardes du corps, le capitaine-lieutenant des gendarmes, en son absence celui des chevau-légers, eten l'absence de tous deux ceux des mousquetaires, suivant leur rang, commande la Maison. Il rappoi-toit l'exemple de ce qui s'étoit passé en 1721 à l'audience de Méhéraet- Eiïendi, père de celui-ci; M. le prince de Rohan monta à cheval et salua l'ambassadeur à la tëie des gardes du corps. M. de Soubise disoit enfin que les quatre compagnies des gardes du corps n'étant que par détachement, il n'y avoit qu'un seul capitaine de quartier seul en droit de les commander, ce qui est d'un usage constant, hors le seul cas du sacre où deu.<c capitaines des gardes du

, tt les gardfts

I ttu de la petile é I hoirie,

M. le duc d'Barcourt , lieutenant général , commaDiJoit tout le iétacliement iQ du Roi. Il ne fut puiat salué par les troupes. Lorsque l'audience i, les troupes eurent oriire de se retirer. Il Fut question de satoir si I 1^ tlmau^égers formeroient la gauche des compagnifs rouges, comme ils [ ™' ir«nnieet au\ retues du Roi, ou s'ils se porteroicnt par rang de corn- I noie, liosi qu'il se pratique dans les marches du Rui lorsque toutes les I ^!^^ ^ ** maison sont assemblées pour sa garde, attendu que le poste

leur est celui qui approche le plus près de la personne de S. M, (!S'ole « Are de Luynes.) (1) H d'} en avoit que cent (lar troupes. {Note du duc de luynes.)

corps ont le bftton (1) en même temps; que par conn quent, M. le maréchal de Noailles, capitaiDe des garât en quartier, étant occupé à recevoir l'ambassadeur dai les appartements, c'étoità lui M. de Soubise à commancli la Maison- Sur tout cela il fut décidé : que les circoiU| tances n'étoient point pareilles à ce qui s'étoit passé 1721; qu'alors, il n'y avoit point le quartier montant «( le quartier descendant ; mais que le quartier de janviw ou guet n'ayant pas encore relevé, c'étoit à M. le due d'Harcourt à monter à cheval et à commander la Maison j c'est ce qui fut exécuté hier.

Au sortir de l'audience du Boî, l'ambsBeadeur se retin en faisant les mêmes révâreucea, excepté qu'il fit sa troisième révérence àquelquedistance des premières marches du trAne, marchant jusque-là à reculons ou de côté. Il étoit habillé d'une grande robe de drap vert ; c'est la couleur qui est la plus estimée chez les Mabométans. Son secrétaire d'ambassade étoit aussi habillé de verl, le turban bordé de blanc, comme les autres, mais le dessus étoit vert, ce qui désigne chez eux les gens de lois. 11 n'y a que ceux qui sont de la race de Mahomet qui portent le bord du turbau vert. Parmi les Turcs qui aocompagnoient l'ambassadeur, il y eu avoit qui avoieut des capuchons rouges sans turbau. On m'expliqua que c'était les Bo3tangis ou jardiniers. M. de Verneuil, eu reconduisant l'ambassadeur, lui fit remarquer M. de la Billorderie, major des gardes, qui étoit venu le recevoir dans la sallei et lui dit qu'il feroit bien de le prier à. dîner. L'ambassi^

(1) Le capitaine delà cnmpjgDieéeo-ïAaitea ce jnui'-iï U- liAliin H la droite Hur te rjpitaine en quartier.

Il y a encore une autre occasion où les quatre capitaines des gardes p»\ Tenl ilre ensemble av«c le btton,, c'est au lit de justice; s'il l'eu troumlC' qui .11' Tussent point pairs, ou que ceuv qui le sont eussent leurs «nraolC reçus en siirTlvance de lejira charges, ils pourroientèlrelmis quatre avec leun^ bSlona sur le banc qui leur est destiné. Ceuii qui sont pairs et reçus [irenneot sfanca comme pairs. (Noie du duc de Lugnes.)

JANVIER IMS, 19

ilfiur se retoui'na aussitôt, et avec beaucoup de politesse loi dit en françoU ; u Je vous prie, monsieur, de me jaire l'honneur da venir dlnef avec moi i la table du &oi. »

Au sortir de l'audieace, l'ambaBsadeur retourna à la

Wille des ambassadeurs, où quelque temps aprèfj M. de

Vernauil vint l'avertir pour l'audience de M. le Dauphin.

[l'on avoit dressé dansle cabinet de M. le Dauphin, contre

, muraille qui fait face à la terrasse de l'orangerie,

D trône. Aucun des princes ne descendit à cette au-

^enoe (H, après laquelle l'ambassadeur retourna encore

|k la salle. J'ai oublié de marquer une circonstance ; c'est

jgue l'ambassadeur, apn^s avoir présenté au Roi la lettre

i^u Grand Seigneur, et avant de se retirer, présenta à.

'i£. H. son gendre et son lils. Les présents du Grand Sei-

.^eur, que l'ambassadeur a apportés , étoieiit ici dès le

mercredi au soir ou dès le jeudi matin, dans la petite ga-

Bfie du Roi. Le Hoi envoya quérir l'ambassadeur dans

•tte petite galerie, et lui parla assez longtemps en pré-

mce de douze ou quinze personnes, lui faisant des

[gestions sur ses services , ses blessures. L'ambassadeur

jATut fort satisfait des bontés du Roi. Les présents con-

istenteu une tente (2) garnie de belles étoffes en dedans,

!^t les bAtons sont tournés et travaillés avec soin ; un

yuipage de cheval complet, parfaitement bien émaillé et

[upli d'une grande quantité de diamants, rubis et éme-

t|idsE(3j; dix paires de pistolets, dont une plus bellfl et

tO Les princw lorrwu, HM. de Bouillon et de Soobise, y deBcenilirent VDplaiil que l'an se coinTiroil. H. de CbAtilloD monta surle-cliamp chet le oj pour lui ilïrnaader ses ordres, «I le Roi lui dît que son Intailion étoit i\ut feot M [m»M comme dans 1* gnlerie. (Itote tiu due fie Ltignet.)

Il) tvrli- Inite a &é. tendue le jeudi et le vendredi sur h terrasse, via-A-iis |p milifii Aif Ih cour de marbre. Il j sToit dsn» la lente un topha aveodaii ow-

fMUVjft fi-- malade la tente Ploient garnis de nacre de puries. (,Vo(e du due

(31 II n'ï a pas ui

lA la grande

plus enrichie encore que les aufres ; onze ou douze fusilfi bien travaillés, mais de peu d'usage, et une douzaine dt pièces d'éloWe, Dans l'équipage du chevcd il y a jusqu'à un gros clou d'argent et une chaîne d'argent pour attacher le cheval, et un très-grand bassin d'argent, creux/ pour lui donnera boire.

L'ambassadeur fut chez M. Amelot et chez M. le Cai'i' dinal.

M^'deCrillon fut présentée par M^Ma duchesse de Tal* lard, mercredi, veille de l'audience; elle est petite, al'ùA ignoble , n'est point jolie et surtout a de fort gros yeux, et a même le droit plus gros que l'autre. Cependant c'est: par amour, et l'amour le plus violent, que Grillon l'a épousée. Le mariage a été fait en vingt-quatre heures J on n'a pas même eu le temps de dresser un contrat, et le père, qui est un banquier nommé Couvet, a mis hors da chez lui sa fille le lendemain de son mariage. 11 avoit annoncé que cela se feroit ainsi en donnant son consente-mentau dit mariage. Au reste, on dit qu'elle a eu 40,000' francs une fois payés, encore même ne sait-on pas si cela e.st bien sur. MM. de Grillon sont gentilshommes du comtatd'Avignon. Grillon a son père et sa mère qui ne jouissent' que d'environ 8 ou 1 0,000 livres de rente, à. Avignon, etqui cependant vivent assez honorablement; il est duc da Pape, mais le fils n'a rien que ce que son oncle , H. l'archevêque de Narbonne (1), veut bien lui donner.

M. de Mailly-d'Haucourt a remercié aujourd'hui le Roi pour la compagnie des gendarmes écossois. Cette compagnie étoit vacante depuis cinq ou sL\ mois que M. de Rubempré avoit donné sa démission au sujet de la dispute entre lui et M. du Ghàtelet pour le commandement de la ' gendarmerie, comme je l'ai marqué ci-dessus; et cette

quuQlilé el le travail lïiidenl le piésenl iiiagiiilii)ue. (lYoft' lia due de lugnes.j (1) Joan-Loui* <le nertottadeCrillon,

JAISVIER 1748. 81

Binpag:me n'avoit pas été remplie. C'esl M"' de Mailly, ame du palais, qui l'a obtenue pour H. de Haillyk^fiaucourt.

M. l'ancien évèque de Mirepoix, précepteur de M. le

«uphin, aobtenu la place d'honoraire à l'Académie des

^scriptions et belles-lettres, vacante pai" la mort do M. le

linal de PolignacjetM, l'abbé de Sainl-Cyr, sous-pré-

[Bpteur, a obtenu celle de l'Académie françoise, vacante

' la même mort.

Du lundi 29, Versailles. — H y a longtemps que je

fc*ai écrit, étant malade depuis quinze jours d'une grande

Buxion avec la fièvre. Depuis ce temps-là voici à peu près

î qui s'est passé.

M. le duc de Fleury arriva ici il y a environ quinze c'étoit le surlendemain de l'audience du Turc ; il it venu de l'armée de Bobême sur un congé de M. de telle-Isle. Son régiment est en garnison dans Prague, et V. le Cardinal ayant été malade, il a cru qu'il pouvoit venir ici faire un tour de trois semaines pour savoir de ses nouvelles.

Les premiers jours de la semaine dernière. M"' de Bauffremont présenta sa belle-fille ; elle est fille de feu M, de Mommeins, lieutenant général qui a servi dans les gardes a. corps; elle a dix-huit ans; elle n'est pas grande, mais iez jolie. 11 y a six ans qu'elleeslmariée; elle a toujours lemeuré en Bourgogne avec M"" de Mommeins sa mère, "de Mommeins est venue ici avec elle; elle n'a jamais feité présentée. Il n'y avoit à la présentation que la bellemêre. M. de Bauffremont ne vouloit pas que sa belle-fille fût présentée ; il a dit ici hautement qu'il ne regardoit pas comme un désagrément que sa femme ne soit point assise, quoique faite pour l'être; que puisqu'elle étoit du sang royal (1), c'étoit autant l'affaire du Roi que la sienne ;

(I) EUe eat CourteDa;. (Note du duc de Ltti/nes.) T. IV.

tnaU (]np pour ta IjellMille , qu'il regardoit comme aang, il n'iitoii pan nécessaire quMl« fitt présentée pod demeurer debout. 11 a écrit à peu près dans ce méB esprit à M. te Cardinal et ensuite s'en est allé k Paris. C a pris le temps de son absence pour faire la présentatioi il est aisé de juger que tout cela est «n jeu joué, M. c Basffremoot «'est voulu donner la satisfaction de pari< et n'a point été sûrement ÎAchéquesabelle-lille, qui viei ici pour demeurer au moins six mois dans ce pays-oi, (i h portée de pouvoir faire sa cour.

Le même jour, M°" de Castelkne présenta sa GlUu H'" de Casteilane est Roulier; elle a marié sa Slle à. ni homme de la maison de son mari, qui s'appelle Gastellanl oemme lui.

Dîmaticbe dernier, on prit pour trois semaines le deo^ de la reine de Suède (Ij.Uuelquesjoursaiipnrrtvant, M.l« baron de ^emitig', qui n'a point de caractère, mais qui ch^^ des affaires de Suède, avoit remis une lettre d« notification du roi son maître. M. 1« comte de Tessin qui est encore ici n'a point de caractère.

La mort de M. du Guesclin et celle de M. de Monlbrnn atoient fait deux places vacantes dans la maison de M, le duc d'Orléans. Montbrun étoît chambellan ; maiscomiae il y avoit un surnuméraire (2), il n'y avoit qu'une de ces places à remplir, et elle a été donnée à M. de Clermont-Gallerande, frère de M. de Clermont-Gallerande, premier écoyer de M. le duc d'Orléans; c'est la place de premier gentilhomme de la chambre.

M. de Bercy mourut il y a dix ou douze jours de la petite vérole ; il avoit été intendant des finances et éloit gendre de feu M. Desmaretz; c'étoit un homme de beau-

(I) UlrlqueËli'aaore, lille Je Cliîirles X[, roi de SiiMe, morte le à décembre précédpnl.

(ï) C est im de* fil<t de M. de MonlboiaHier. (Noie du due de luynei.)

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