‹ Mémoires du duc de Luynes sur la cour de Louis XV (1735-1758) (volume 2)Chapitre 60 sur 69 · Lbttrb de m. le comte de Saxe à M. le maiubghal · texte numérisé non relu

Lbttrb de m. le comte de Saxe à M. le maiubghal

DE MAILLBBOIS.

D'Elnbogen , 20 octobre 1742.

Quoique mes avis n'aient pas prévalu, je suis trop attaché au service du Roi pour rester dans le silence dans une circonstance si importante que celle où nous nous trouvons. L'idée d'aller sur Tlnn est une chimère; rinn n'est pas une rivière à passer devant 20,000 hommes qui n'ont au plus que douze lieues de terrain à garder. Le reste de l'armée des ennemis remettra le blocus devant Prague, et notre brave armée qui y est y sera prise. Je ne saurois me vaincre sur la douleur que me cause une idée aussi affligeante. D'ailleurs tous nos chevaux de trait sont hors d'état d'aller, et Tarmée périra dans les fatigues de cette opération dans une saison aussi avancée que celle où nous sommes. Il y a une position à prendre, qui ne sera peut-être pas du goût de M. le comte d'Estrées , aux avis duquel il me paroft que vous déférez ; c'est de vous mettre derrière la Naab, en cantonnant la droite au Danube, le quartier général à Amberg, et la gauche tirant vers Egra. Vous pourrez tirer vos subsistances par le Danube, par Nuremberg et par la Franconie. Les ennemis ne sauroient s'établir entre la Bohême et la Naab , le pays étant trop pauvre et trop âpre pour qu'ils puissent y vivre ; ils s^ont obligés de subsister dans la Bohême , à une assez grande distance de vous, pour être averti à temps de leurs mouvements ; d'ailleurs vous conserverez une position qui en imposera à l'Allemagne.

L'événement de la guerre n'est pas décidé, ce qui tient les esprits en suspens ; et si enfin le Roi veut que son armée se rapproche des bords du Rhin, l'on a le temps de faire des réquisitions, des magasins, des arrangements de marche sur plusieurs colonnes par cantonnement, les princes d'Allemagne ne pouvant exiger de la reine de Hongrie de ne pas suivre nos troupes^our la ruine du pays, ce qui conservera nos troupes et les remettra en état d'arriver en bon ordre sur le Rhin.

Sans ces précautions nous serons obligés de camper et de fourrager; nous révolterons tous les peuples par où nous passerons, et nous

pcrdroDs notre armée. Voilà, .Monsieur, i de vous devoir reprcseotcr.

J'ai rhoDDeur d'élre, etc.

f que j'ai cru de mon i

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