‹ Mémoires du duc de Luynes sur la cour de Louis XV (1735-1758) (volume 3)Chapitre 1 sur 94 · PARIS FIRMIN DIDOT FRÈRES, FILS ET C'«, LIBRAIRES · texte numérisé non relu

PARIS FIRMIN DIDOT FRÈRES, FILS ET C'«, LIBRAIRES

< . IMPRIIIBORS DE L'iNSTriXT, RUE JACOB, N" Ô6

Tona droit* réierTéi

DU

ANNÉE n44.

Prise du fort de la Knoque. — Les ducs de Cliartres et de Penthiëvre Tait» lieutenants généraux . — Expériences de physique de Tabbé Noilet. — La Reine à Trianon. — Passage du Rhin par le prince Charles. — Lettre au duc de Béthiine. — Lettre du Roi au duc de Cliarost. — Le roi et la reine de Pologne quittent Lunéville. — Les Autrichiens passent le Rhin; inaction de M. de Seckendorf ; il est soupçonné de perfidie. — PortraitdeM.de Seckendorf. — Accidents arrivés à un garde du corps et à un tambour des gardes françaises. — Prise de Weissenibourg. — Lettre de M. d'Argenson à la Reine. — La Reine soupe à Lucienne». — Chute du prince Charles. — Mort de M. d'Hiem. — Réponse du Roi relative à M°^' de la Gai« clie et de Prie. — Le Dauphin va au Te Deum chanté à Paris. — Compagnie de M. de Lussan. — Le Dauphin à l'hôtel de ville; cérémonial réglé par le Roi. — M^e de Coronini. — M"«! de Brissac rend son brevet. — Capitulation de Fumes. — Arrivée du roi de Pol(%neàMetzetdela reine de Pologne à Meudon. — Le Roi marche en Alsace. — Les maréchaux de Coigny, de Beile-Isle, de Saxe et de Moailles. — Retour des ambassadeurs étrangers à Paris. ~ Les ducs de Chartres et de Penthièvre.

Du samedi k, Versailles. — Nous apprîmes avant-hier que le fort de la Knoque avoit capitulé après seize heures de tranchée ouverte ; c'est H. le duc de Boufflers qui a été chargé de cette expédition ; on a accordé au commandant de ce fort les mêmes honneurs qu'aux autres garnisons.

Nous apprîmes hier que M- de Boufflers avoit été dé-

5 MKMOIRFS DV DUC DK T,tlYNF.S

clarélieutrnnrit ^i''U*^rnl It^ loiideniain r]e la prise du fort de la Knoquo.

|,e Roi est allé faire un« tournée ù Saint-Omer, Calais, Boulogne, d'où il reviendra à Duiiketque ; on compte qu'il y fera quelque séjour. Du ne dit point encore ce que Ton fera après la prise de Furoes; beaucoup de gens croient que ce sera le dernier siège de cette campagne, et que M. le corate de Saxe, h qui on a envoyé des renforts considérables d'infanterie et de cavalerie de Tarniée du Roi, a ordre de marcher aux ennemis et de les combattre avant cju'its aient reeu quelques troupes qu'ils attendent.

M. Desgranges, maréchal de camp de l'armée du comte de Saxe , qui étoit venu ici pour le Te Deum pour Menin et étoit retourné depuis en Flandre, vient d'en arriver pour le Te Deum que Ton doit chanter iU'occasion delà prise d'Ypres. Le Roi a réglé que M. le Dauphin iroit à ce Te Deum, qui se chantera le dimanche 12 de ce mois. U n'est point question jusqu'à présent que la Reine y aille, mais elle a écrit au Roi à ce sujet pour recevoir ses «ordres.

J'ai marqué ci-dessus les lettres qu'a écrites M*"' de Luynesà M. de Fleury pour le prier de demander la volonté du Uoi. Entre autres occasions, il a été question de M™" de Jumithac, dont le mari est maréchal de campet commande les mousquetaires yris, et de M'"* de Monconseil, dont le mari a été introducteur des ambassadeurs. Elles demandoient l'une et l'autre à avoir l'honneur démanger avec la Reiue et de monter dans ses carrosses. M. de Fleury a fait réponse A M""" de Luynes que le Roi ne jugeoit pas à propos d'accorder cette grâ^e ni à l'une ni h l'autre.

Les quartiers de chez le Roi relèvent en Flandre comme ils auroient relevé ici. Je ne parle point des troupes de sa garde, parce ([ue l'on sait que l'arrangement étoit fait avant le départ <lu Roi pour que les mêmes quartiers servent toute la cflmpfigne.

11 y a déjà quelques, jours que l'on sait que M. d§ Chartres et M. de Penthièyre ont été faits lieutenants-généraux.

Du lundi 6, Versailles, — r Samedi dernier, la Rein§ alla encore chez M. l'abbé Nollet pour la dernière foj^j elle a vu presque toutes les expériences de physiquey que M. l'abbé NoUet dé.montreavec beaucoup de clarté et en de très-bons termes. La Reine n'a pas fait ce que Toa appelle un cours de physique, comme M. l'abbé Noileten fait à Paris pour ceux qui ont la curiosité de donner environ six semaines à cette étude. S. M. avoit déjà vu une partie de ces expériences d'un autre, pendant le voyage de Fontainebleau, de sorte que M. Nollet a eu. soin d'abréger le raisonnement et les démonstrations. La Reine vouloit lui f^re un présent, et elle ne savoit trop ce qui ' pouvoit lui convenir; le plus utile pour lui auroit été de lui donner un petit bénéfice ou une pension', d'autantplus qu'il est sous-diacre et à portée de pareille grâce; il dit même qu'il a travaillé pour l'Église, mais M. l'ancien évèque de Mirepoix a toujours cru que le travail auquel M, l'abbé Nollet s'est principalement appliqué n'étoit pas d'espèce à être récompensé par des biens d'église. La Reine ayant donc su que ce qui lui seroit le plus agréable étoit d'avoir des livres, et entre auiresl' Histoire eccUsiaS" tique de M. l'abbé de Fleury et les Mémoires de V Académie des Sciences, elle a fait acheter et relier ces deux ouvrages , qui montent à plus de quatre-vingts volumes.

La Reine est partie aujourd'hui après la messe pour aller dîner à Trianon , menant avec elle seulement les trois dames du palais de semaine (1) et M""* de Saint-Florentin. Les dames ont eu permission, comme dans les autres voyages, d'aller en robes abattues ; la Reine même a permis non-seulement à celles qui l'ont suivie ce matin.

(1) Mme d'Antin, qui est la quatrième, n'est pas encore venue ici, quoique les six mois de veuvage soient tinis. ( Note du duc de Luynes. )

4 MEMOIRES JJII DUC DE LlPïNKS

mais même à celles qui ne doivent y aller que l'aprèsdlnée , et de venir à sa toilette dans cet habit. Li Reine a renvoyé la garde qui avoit monté pour son départ, et n'a point voulu qu'elle attendit son retour. Elle a permis aux officiers des gardes françoises et suisses d'aller prendre l'ordre ce soir à Trianon.

Du tnererediS. — Il n'y a actuellement rien de fort intéressant dans les nouvelles de Flandre. Pendant les préparatifs que l'on fait pour le siège de Fumes, le Roi est allé faire une tournée dans quelques-unes de ses places aux environs de Dunkerque. C'est dans cette ville, où il doit être revenu aujourd'hui, qu'il doit fixer son séjour pendant le temps du siège de Fumes. La tranchée ne devoit s'ouvrir devant cette place que le 6 ou le 7 au plus tùl,

La Reine reçut hier matin un courrier du roi de Pologne; il lui mandoit que le prince Charles avoit passé le Rhin en trois endroits^ et que M. le maréchal de Coig-ny lui avoit dépêché un courrier à Lunéville pour l'avertir que dans ces circonstances sa personne et celle de la reine de Pologne n'étoient ptis en sûreté. Sur cette nouvelle le roi de Pologne est parti pour aller A Metz, et la reine de Pologne s'est mise en chemin aussitôt pour venir ici. Elle doit y arriver samedi ou dimanche. On a envoyé ici ;Y la Reine l'état le plus détaillé de la maison qui suivroit la reine de Pologne, afin queles ordres puissent êbedonnés pour les logements. La Reine a pris le parti de destiner Saint-Cyr pour loger la reine sa mère; toute autre habitation auroit demandé un nombre de gardes du corps qu'il auroit été impossible de fournir, le détachement qui est resté ici n'étant pas assez considérable; de sorte même que le jour du TeDei{m{l), que Ton doit chanter à Notre- Dame et où M. le Dauphin assistera, la Reine ne pourra

(i) Le juur «lu Te Deumtiû flxd à dimanclic lïdecs moh. {Note du duc de Lvijnes.)

JUILLET iT44. 5

pas sortir, parce que l'on prendra ses gardes pour suivre H. le Dauphin.

Comme il ne vient point ici de courrier, mais seulement des lettres particulières, on ne sait pas encore grand détail. On trouvera ici la copie d'une lettre du 3. Le lieu d'où elle est datée n'est pas marqué , mais elle est d'un officier général de l'armée de M. de Coigny; on y verra le passage du Rhin par quelques troupes de l'armée du prince Charles. On trouvera aussi copie d'une lettre du Roi à M. de Gharost.

Lettre écrite à M. te duc de Béthune, le 3 juillet 1744.

Monseigneur,

Il vient de se passer bien des choses dans ce paj's-ci dont je vais vous rendre compte. Les ennemis ont passé le Rhin en deux endroits, la nuit du dernier juin au 1"^ de ce mois; ils attaquèrent des postes de l'armée bavaroise, lesquels, M. de Seckendorf ayant fait repasser le Rhin, gardoient depuis Philipsbourg jusqu'à Spire. Les sentinelles et le poste ont été trouvés endormis; tout a été égorgé, et ils ont établi leur poste à une demi-lieue de Gemersheim en remontant le Rhin.

Si ce général avoit bien voulu marcher à eux sur-le-champ , ayant peu de monde de passé, il les eût tous culbutés. Dès que M. le maréchal de Coigny en fut instruit, le l**^ de ce mois, sur les cinq heures du soir seulement, il fit partir M- son fils avec trois régiments de dragons, lequel lui proposa le matin du 3, qui étoithier, d'attaquer; il le lui promit , fit une espèce de disposition , et ensuite ce général lui envoya dire qu'il étoit le maître d'attaquer, que pour lui il n'en feroit rien. Outre le pont, les ennemis en ont fait un autre auprès de Mayence , et pendant qu'ils le construisoient ils firent une attaque à M. du Montail pour l'occuper, laquelle ils ne se soucioient guère qu'elle réussît. M. le maréchal n'a eu d'autre parti à prendre dans ces circonstances que de replier toutes ses troupes divisées le long du Rhin. Il nous fit partir hier à dix heures du matin pour nous rendre ici, et toutes les troupes qui étoient sur le bas Rhin nous rejoignent avec toute la diligence possible. Peut-être marcherons-nous ce soir; peut-être aussi, toutes nos troupes rassemblées, attaquera-t-on les ennemis qui ont passé dans cette partie-ci. Les débouchés ne leur sont pas faciles; mais ils se renforcent de plus en plus. On pense que nous

niions garder les lignes delà Loutre (1). Voilà une iiventuri' bien {i\cht'use, et dans laquelle uous n'avons aucun tort; de Ui il résulte que nous fcrous une canipague bien désagréable et bien pénible pour couvrir notre pays.

Il y a toute apparenee , monseigneur, que nous marelicrons ce soir pour uous porter a Weissembours ; tl n'y a pas de temps à perdre , uoi» plus que pour reuforcer Lauterbourg, dont les emieoiis pourroieul chercher à s'emparer.

.rai ['houDeiir d'être, etc.

Lettre de ht tnain du Hoi à M. te duc de Chat^st.

Mou eonsiu, c^Vsl de Calais que je vous écris pour vous dire que j'y suit! arrivé eu très- bonne sa»té et que je guis très-fAclié de ne vous y pas voir. Je crois que vous ue le serez pas nioius que moi. J'ni déjà été rendre visite à la mer ; elle étoit fort douce, et le temps étoit si beau que j'ni porfaitemeut bien vu les eôtes d'.lugleterre et la tour de Douvres Le pauvre Desnngles s'est efforcé pour nie venir voir: je Tai trouvé bien changé i votre (ils sera aussi filehé que vous de n'être pas en état de m'êlre venu recevoir ici. Je vous assure l'un et l'autre de mon amitié (2).

Louis A Calais, ce 4 juillet 1741.

Kl ju dos est écrit de la main du Roi : A tuou cousiu le duc de €harost.

(I) l'ti ulluiiaiirl h Lauler. Ces. ligues de la Limier ^luil aussi coiitiuesv aoua le nom de linnei île Wisseriiboiirg; elles rouvraienl, en arriôio ih'. Landau, la IVonfiénj dii l'Alsace, (Milre le pied des Vosges et Lauterbourg sur le Rijjn.

(î) Indépcndainriient ries It^nncs ohli^eanU«t i-eiuiilis de bonté itetetlfitcttnï, c'est ralltiritioH du Roi qui en aiigmeulc le priv. M. h duc do Cliarnst avoit ('frit au Koi (mur lig Taire niîiniilirutnt sur la prise de Menin. Le Hoi lit rnponsc à teUe lellie, mais lUi la uiiiin de M. de Verneuil , s-ccrtlairu des cunmiuiidrnwuls, «]ui a lii |)luiue. M. de Cliaro^t, ciaignunt «[u'uiie seconde lellie, à IViatiioii de la prise d'Y près . ue pût ùlte regardée coiuine tino îjii- (lurlunité, ae coulenla d'écrire à AL lu niar4.<(:lial de Noailles pour te prier i(iprésenter nés respects el ses complirin'iils ii S. M. Sur îa nouvelle du vi}}a(;e du Roi h Cillais., M, lu duc de Ctiarost étant gouverneur de retle place et M. le duc, lîe IJélluine en surviviince, et l'âsc vl ta santé de M. Je duc de Cliarust lu uivClcUit hors ik; portée d'aller recevoir le Roi » Calais, et les rnrooiinodités do M. rie Héltinue l'ayant réduit ii la triste nécessité de ne pouvoir lu'inler à dicval, i>l par consétjtieul du ne pouvoir suivre le Ri>i eX servir Sun (|iiartier, M. Ii* duc de Cliarosl prit lu parti décrire ii M. Je Vilieruy, qui vient d'entrer en quartier, pour le prier de dire au Roi hod aniidion de n'être

Du samedi 11, Versailles. — Mercredi 8, sur les onze heures du matin, la Reine reçut une lettre du roi de Pologne son père, par laquelle il lui marquoit qu'il venoit d'apprendre, par un courrier du maréchal de Coigny, que les ennemis avoient passé le Rhin, et; que, pour être en sûreté, il falloit absolument que le roi de Pologne sortit de Luné ville et vint à Metz. Cette lettre marquoit qu'en conséquence il avoitprisle parti de sortir de Luné ville, et que la reine de Pologne s'étoit mise en chemin pour venir ici. La Reine, sur cette nouvelle, songea à donner des ordres pour recevoir la reine sa mère, et comme elle ne pouvoit occuper Meudon, Trianon, même Versailles, sans avoir un nombre de gardes attachés à sa personne et un officier, et qu'il est ifesté ici très-peu de gardes et tout juste le nombre d'officiers pour le service de M. le Dauphin et Mesdames, dont même il y en a un de malade, la Reine jugea que Saint-Cyr étoit la seule habitation convenable pour la reine dé Pologne. Elle chargea M"" de Luynes de faire avertir M. de Fontanieu pour qu'il donnât les ordres nécessaires pour meubler Saint-Cyr. Oncroyoitquelareine de Pologne pourroit arriver aujourd'hui, mais on n'a de ses nouvelles que de Toul, où elle s'est trouvée un peu incommodée. Pour le roi de Pologne, il n'a point été à Metz , on a su môme qu'il ne devoit y aller que pour avoir une conférence avec M. le maréchal de Belle-Isle; ilest seulement sorti de Lunéville, et est à Nancy.

Depuis les premières nouvelles du passage du Rhin, on a jugé, non sans beaucoup de fondement, que la faute devoit en être rejetée entièrement sur M. le maréchal de

pas en état de lui faire sa cour, ni M. de Bétitune, en pareille circonstance. La lettre du Roi , copiée ci à côté, est ane preuve que le Roi est sensible aux marques d'attention et d'attacitement de ses anciens et fidèles serviteurs. L'âge, la vertu , les places de M. le duc de Cliarost de gouverneur du Roi , de capitaine des gardes, de chef du conseil des finances, et l'attachement inviolable que lui et toute sa Tamille ont toujours eu pour le Roi le rendent bien digne de ces marques de bonté distinguées. ( Noie du duc de Luynes. )

MKMOIUI'S DU DUC l)h LUÏM-S.

Scckendorfj |iuisqueélajil posté depuis louglemps dans un camp li'ès-avantageuxsous Philipsbourg, et que l'on disoit môme Irès-inattaquahle, il avoit tout d'un coup pris le parti, le 30 du mois dernierj de repasser le Rbin, et que la nuit suivante les ennemis avoienl entrepris le passage du fleuve et y avoienl réussi. On ajoute que la pertidie de M. deSeckendorrestbien démontrée, n'ayant averti M, le maréchal de Coigny qu'un grand nombre d'heures plus tard qu'il le pouvoit faire; que d'ailleurs M. le comte de (^oigny Tétant venu joindre avec un détachement de notre armée et ayant été reconnoltre avec lui le camp des ennemis, M. de Seckendorf étoit convenu qu'on pouvoit les attaquer; qu'enconséquencCj toutes les dispositions avoient été faites de concert; mais que lorsqu'on avoit été au moment de commencer l'attaque, M. de Seckendorf avoit changé de résolution tout d'un coup et avoit dit qu'il n'attaqueroit pas , sans 6tre ébranlé par les prières de M. de Coigny, quis'étoitméme mis àgenoux devant lui. L'éclaircissement des faits sur ce point est absolument nécessaire à avoir pour porter un jugement, d'autant plus que les gens sages et sensés quiconnoissentM. de Seckendorf depuis longtemps, et qui ont servi avec lui, m'ont dit que ce général avoit de grands talents pour la guerre, que M. le prince Eugène en faisoit grand cas, et que la seule chose qu'on puisse lui reprocher est peut-être trop d'ardeur et de vivacité, défaut dontràge(l) et l'expérience l'avoient corrigé; qued'ailleursil hait mortellement les Autrichiens, et que depuis qu'il est attaché aux intérêts de la Bavière il a paru dans toutes les occasions rempli du plus grand zèle, entrant dans tous les détails lorsqu'il étoit nécessaire et n'épargnant ni ses peines ni ses soins. On ajoute que ce camp sous Pbilipsbourg, que l'on disoit inattaquable, n'étoit pas ii beaucoup près aussi bon qu'on lepen-

(I) Il a sohnn(i>cl-onïc' ans ( yofe du duc dp Lntjnes. )

soit, étant d'un côté commandé de fort près, et les retranchements mal faits, comme on en peut juger par un plan exact que Ton a envoyé ici. Cependant les partisans de M. le maréchal de Broglie se sont réveillés à cette occasion-ci ; ils disent publiquement que H. de Broglie avoit toujours bien jugé M.* de Seckendorf , qu'il avoit mandé que ce général trahissoit l'Empereur et le Roi , Qt qu'on n'avoit pas voulu le croire.

La Reine alla mercredi diner à Trianon , comme à l'ordinaire, avec peu de dames; elle avoit donné l'ordre avant de partir qu'il n'y auroit point de musique. Les dames y furent sur les cinq heures et demie, comme les autres jours. La Reine sortit à six heures, et se promena assez longtemps. M. le Dauphin et Mesdames y arrivèrent sur les sept heures. La Reine se mit au jeu à huit ; à neuf heures elle se àait à table; M. le Dauphin et Mesdames y soupèrent, M. le Dauphin et M"" Adélaïde à sa droite, et Madame à sa gauche, à l'ordinaire. M"" de Luynes se mit auprès de M"® Adélaïde. M"^ de Tallard ne voulut point se mettre auprès de Madame, disant que Madame seroit bien aise d'avoir une jeune personne pour causer avec elle. Il y avoit en tout dix couverts à la table de la Reine. M"" d'Ardore, qui avoit joué avec la Reine, s'en allaà neuf heures; lasurveille, lorsqu'elle s'en alla à la même heure, on lui avoit fait une mauvaise difficulté, en refusant à son carrosse, qui la venoit prendre, l'entrée dans la cour; mais mercredi cela fut réparé, son carrosse l'attendit dans la cour.

Pendant le souper, les officiers des gardes se relayèrent autant qu'ils purent pour qu'il y en ait toujours un derrière M. le Dauphin et derrière Mesdames, et que les autres puissent souper. Cependant cela ne fut pas toujours observé bien exactement, d'autant plus qu'il n'y en a qu'un derrière Mesdames, et qu'outre cela M. de Menou, qui est auprès de M. le Dauphin, est malade. La Reine jouaaprès souper jusqu'à près d'une heure. M. le Dauphin étoit parti en sortant de table, et Mesdames se promenèrent

mnooLB m nx. dc umas.

igtiaieBl «■ Jnt «le I» ftônr. ef ne revinrenl qu'ai même Insfi qvr S. IL

O même jour mercredi, à la poiale da jour, eoriron snr les trois beares, V*^ lUbrd, qm ae se coadie pas de boonefaevre, RnvdaolBar la Smélre, aneirat dan^ le jardin «t-demoaséerappartemarf de MfrfimKs un gros paqoet. qu'elle ne pot démêler. On reecMiDut enfin que c'^ioit aa g»rde da corps; eHe enroyai avertir sur-lechamp; il se trouva qœ c^éloil as farde da corps de la compagnied'BarecNirl, qoi, «tant en sentinelle dans l'antichambre de Mesdames, éiott OMNité sorle balcon de la fenêtre^ s'y étoit assis et endormi : il étoit toodbé par la fe> Qètre, et s'étoit tué tout roîde.

Cet érénement malbeoreiu £ût sontreoir d'un autre bien difrérenf, qui arriva il y a quelques années dans cette même partie du jardin. Un lambonrdes gardes françoises, badinant avec ses camarades près de la balustrade qui donne sur rorangerie et mangeant des cerises, dont il avoit ]^ndequantité dans sa poche, tomba dansie jardin de l'orangerte sans se faire aucun mal ; il continua ù manger ses cerises, et cria à ses camarades qu'elles n'avoieut seulement pas été écrasées. On prétend qu'il fut grondé par un des suisses de l'orangerie, qui trouvoit fort mauvais qu'il fûtentré dansie jardin.

Le mercredi au soir, au retour de Trianon, j'allai coucher à Paris, On y apprit par des lettres arrivées le matin à la grande poste, sur l'une desquelles môme il y avoit écrit Vive le Hoi, que M. le maréchal de Coigny avoit lait attaquer Weissembourg, dont les ennemis s'étoient emparés, et s'en étoit rendu maître après une vigoureuse résistance, et que nous marchions aux lignesde Lauterbourg pour en chasser les ennemis (1),

(1) Comme il y n un ij^l du conriiskion «lan;; lf>â noiivelltis qiip raconte le duc ilr l.iiyiu's, nnii« tiiritoim en ruilv le [ïri^ci^ Apê. ëvl'ii(-iiu;iiI^ :

1,0 |iiijic« Cliutlos iivttU l'ait mine tic menacer Majfence ; (luîs , après

JUILLET 1744. ' n

Immédiatement après le passage du Rhin, le prince Charles avoit fait attaquer Lauterbourg, où étoit M. de GensaCj maréchal de camp, avec un détiéichement et quelques milices. Tout ce qu'on sait jusqu'à présent du détail de cette action, c^est que M. de Gensac capitula et accepta la condition d'êti^e un an sans servir contre la reine de Hongrie.

Le jeudi soir, on sut que M. de Croissy avoit passé à Verdun et avoit écrit un mot en passant à M"* de Croissy, pour lui mander qu'il alloit porter au Roi la nouvelle de l'avantage remporté par M. le maréchal de Coigny (1).

Le vendredi je revins ici de bonne heure, après midi , ^ avant M""* de Luynes. Peu de temps après, un courrier de M. d'Àrgenson vint demander à me parler, et me remit une lettre pour la Reine, qu'il me dit avoir ordre de donner à M""® de Luynes. Je la portai sur-le-champ chez la Reine, qui étoit dans ses cabinets, où elle me fit entrer. On trouvera ici la copie de cette lettre. La Reine fit entrer aussi le courrier, et lui donna 10 louis.

Lettre de M. d'Argenson à la Reine, Madame, Votre Majesté a su nos inquiétudes sur le passage du Rhin

avoir attiré de ce côté l'attention du maréchal de Coigqy, qui était aux environs de Worms et de Spire, il avait surpris le passage du Rhin à Stockstadt et au-dessus de Gemershéim. Coigny, se voyant pris entre deux, se décida à rentrer en France. Les Autrichiens, qui avaient pa^sé le Rhin près de Geinerslieim, s'étaient emparés de Wissembourg.des lignes et de Lauterbourg, et coupaient la retraite aux Français. Le maréchal de Coigny les attaqua vertemient, enleva d'assaut Wissembourg , les lignes et Lauterbourg, passa sur le ventre aux Autrichiens et rentra en Alsace. Mais le prince Charles reprit bientôt les lignes de la Lauler, fit capituler M. de Gensac dans Lauterbourg, et pat pénétrer en Alsace.

(1) Lettre de M. de Croissy.

A Verdun le 7 Juillet 1744.

Nous venons de battre les ennemis et de reprendre .Weissembourg et nos lignes de la Loutre. J'en vais porter la nouvelle au Roi. Tout l& monde se porte bien, et on n'y a perdu personne de connoissance.

MÉMOIRES DV DUC DK LUY?JES.

par les Autricbieiis. Depuis k'ur passage, ilss'étoientemparés des lignes de la Loutre depuis Lauterbourg jusqu'à IVeissembourg, qu'ils orcupoient aussi. M. le comte de Crorssy, dép^clié par M. le maréchal de Colgoy, vient d'arriFer; il a appris au Roi que ^1. le maréchal deCoigny éloit marché avec l'armée pour les chasser de ces lif|[nes. Il a trouvé eu avant un gros détachement des ennemis qu'il a fuit attaquer par son avantgarde, commandée par M. le comte de Coigny. Ce détachement a été battu et obligé de rentrer dans les lignes, que M. fe maréchal a fait attaquer sur-le-champ eu trois endroits, depuis Weissembourg jusqu'au village des Picards. I-es trois attaques ont également réussi. Celle de la droite étoit commandée par M. de Montai, celle du centre par M. de Clermont-Tonnerre, et celle de !n gauche, qui étoit composée des troupes impériales el de quelques bataillons françois. étoit aux ordres de M. de Seckendorf.

L'action , qui s'est passée le 5 , a commencé à cinq heures du soir et a duré entre deux el troisliPur(«, Rien n'égale la valeur que les troupes et les officiers ont marquée dans cette action. Nous y avons peu perdu ; on ne saitd'officiers de distinction blessés que M. de la Tour du Pin, colonel du régiment de Bourbon, qui ne Test pas dangereusement. Nous avoasprJsctnq à sit cents prisonniers etdeux drapeaux, M. le maréchal de(JoJgny promet d'envoyer incessamment un détail plus étendu par uncourricr qu'il enverra; mais j'ai cru ne devoir pas différer d'un instant à mander à Votre Majesté cette bonne nouvelle, qui est également honorable à nos troupes et au général qui les a conduites.

Je suis, etc. A Dunkerque, ce 9 juillet 17^4.

J'ai oublié de marquer que mardi dernier la Heine fut souper à LueienneSj chez M""' la comtesse de Toulouse. La maison de M"'" la comtesse de Toulouse est un pavillou dépendant de la machine de Marly et que M"" de Tourbes a eu pendant plusieurs années et qu'elle a fait accommoder; depuis elle le céda, avec l'agrémenl du Roi, à M"*^ de Clermont, moyennant une somme d'argent pour les meubles et ajustements. M"* de Clermont n'en a joui que peu d'années, et à sa mort le Roi le donna à M""' la comtesse de Toulouse, qui avoitune maison àBuc, laquelle avoitété donnée à M. le comte de Toulouse par le feu Roi, el qui vient d'être détruite depuis peu de temps. La Reine arriva un peu avant siv heures, se promena assez longtemps;, joua à cavagnole , soupa, rejoua à caragnole

JUILLET If44. 13

après souper, et revint à minuit et demi. M*"* la comtesse de Toulouse ne se mit point à table ; elle demeura assise derrièrela Reine. Il y avoit à Luciennes M"* .la duchesse de la Yallière la mère, M'"*' la duchesse de Gramont et M** la comtesse de la Marck.

Avant-hier, le jour que la Reine reçut le courrier de H. d'Argenson, la Reine reçut en même temps une lettre du Roi par laquelle il lui marquoit que M. le prince Charles, grand-écuyer, avoit fait une chute de cheval, dont il étoit fort mail ; qu'il étoit tombé sur la tête, sur le pavé, en venant chez le Roi; qu'il étoit sans connoissance, et que La Peyronie en avoit mauvaise opinion. Le Roiajoutoit à peu près ces mots, que le Reine eut la bonté de me lire : « J'en suis très-affligé, car c'est un fort honnête homme, qui m'est extrêmement attaché et qui fait les fonctions de sa charge avec tout le zèle et l'exactitude possibles. » Les nouvelles qu'on a eues depuis de M. le prince Charles sont toujours mauvaises.

On apprit hier que M. d'Hiern, gendre de M. de Gofisbriant, est mort de ses blessures ; il avoit été volontaire à la tranchée avec M. deLujacetM. de la Faye contre l'ordre du Roi. Ces deux derniers furent envoyés à la citadelle de Lille. H. d'Hiern fut dangereusement blessé; il étoit fils unique de M. le marquis de Vissée, ancien lieutenant-colonel de dragons ; il avoit épousé cet hiver une des filles de H. le marquis de Goôsbriant.

M*"* la duchesse d'Ancenis est actuellement en grand deuil de M. de Montigny, son grand-oncle, dont elle hérite, et qui étoit frère de M™" Huguet.

M™* de Luynes avoit écrit il y a quelques jours à M. le duc de Fleury pour le prier de présenter nos respectueux complimenta à S. M., et en même temps lui demander, suivant l'ordre de la Reine, les intentions du Roi par rapport à M*"^ de la Guiche, qui n'avoit pas encore eu l'honneur de manger avec la Reine , et en même temps par rapport à M"' de Prie et aux autres nouvelles mariées^

iMftMomhis nu DUC de luynes.

qui n'ont pas encore «^té prôsentées. M"* d»* Luynes a reçu aujourd'hui la réponse, de Dunkerque, du 9. On en trouvera ici l'extrait.

•i Je n'ai pas manqué, Madame, de témoigner au Roi vos scntinienls ainsi que ceux de M. le duc de Luynes et de M"" la duchesse de Chevreuse. J'ai pria Tordre de S. M. au sujet de M™** la marquise de la Guiche ; le Roi approuve qu'elle ait l'honneur de manger avec la Reine et de monter dans ses carrosses. A l'égard de M°" lu marquise de Prie «l des dames qui se trouveron» dans le même cas qu'elle , elles attendront le retour du Roi, ne devant point être présentées à la Keinc auparavant de Tavoir été au Roi. Ce sont tes décisions telles que je les ai re<jues. «

M. l'abbé de Montazet, aumônier du Roi , qui sort de quartier, vint ici hier; il nous dit que Taccident de M. le prince Charles étoit arrivé par la faute de son cheval qui, ayant eu peur, s' étoit cabré et renversé sur le pavé.

Il nous dit aussi que pendant toute la campagne M. l'ëyfique de Soissoiis et les deux aumôniers du Koi avpient toujours été en habit violet et toujours Iwltés, hors pendant quelques Jours de séjour à Lille que le Roi avoit permis de ne point mettre de bottes.

Sur la nouvelle de l'état de M. le prince Charles, M"" d'Armagnac partit hier pour aller à Saint-Omer. Comme il y a longtemps qu'elle est séparée d'avec son mari, elle a envoyé un courrier à M. le maréchal de Noailles pour savoir ce quelle devoiliaire quand elle seroit à Saint-Omer.

Du lundi la, à Versailles. — M, le Dauphin fut hier au Te Deum ù Notre-Dame ; il avoit fait avertir plusieurs hommes titrés et non titrés; le» titrés étoientM. de Saint- Aignan, M. le duc de Villars, M. de Tallard, M. d'Estissac et moi ; les non titrés étoient MM. les maréchaux de Montmorency et de Maillebois, M. de Saul.v, irère de M. l'archevêque de Rouen, et le petit d'Estaing. Les billets d'avertissement pour les hommes étoient signés par M. de Châlillon, M. deChàtillon nous avoit avertis verbalement.

il y a huit ou dix jours. M, de Saint- Aignan et moi, et les lettres n'étoient que pour avertic.du joruret de l'heure. On trouvera à la fin de ce livre la copie d'un de ces billets (1). M. de ChÀtillon avoitfait avertir aussi> de, la part de M. le Dauphin, pour Thôtel de yille seulement, toutes les dames qui ont été présentées depuis que le Roi est sur le trône. On trouvera à la fin de ce livre la copie d'un de ces billets. M. le Dauphin partit à trois heures trois quarts, à trois carrosses. Dans celui de M. le Dauphin, M. de Chàtillon étoit à côté de lui ; j'étois sur le devant, vis-à-vis M. le Dauphin, et M. de Tallard vis-à-vis M. de Chàtillon, M. le maréchal de Montmorency à la portière de M. le Dauphin, M. de Créquy, sous-g<ouverneur, à la portière de M. de Chàtillon. Dans le second carrosse étoient M. de Saint-Aignan (2) dans le fond avec M. de Maillebois, M. d'Estissac et M. de Villars sur le devant, M. de Saulx aune portière. Dans le troisième, M. deHuy, M. de Montaigu etM. d'Ëstaing.

M. le Dauphin passa dans l'ancien Cours, qu'on appelle le. Cours Dauphin, qu'on vient de rouvrir aux carrosses

(i) Cette copie et celle dont le duc de Luynes parte plus loin ne se retrouvent pas dans le manuscrit de ses Mémoires.

(2) Tout cet arrangement n'a pa» été fait sur la plus grande règle. £n pareil cas, l'ancienneté de duché devoit décider des places, et par cette raison M. de Saint- Aignan devoit être dans le carrosse de M. le Dauphin avec ntoi, puisque nous, nous trouvions les deux plus anciens. On peut même voir ci-dessas ce qui se passa à la naissance de M. le Dauphin, lorsque le Roi alla au Te Deum, ce qui m'a encore été confirmé par M. le duc de Villars, qui y étoit, non titré alors; le carrosse du Roi étoit rempli des princes dii sang, le second des grands-olTiciers, le troisième de dncs placés même suivant le rang de leur ancienneté. Ici , M. de Saint-Aignan fut fort blessé de l'arrangement fait par M. de Chfltillon , et lui en parla. M. de ChAtillon, pour se justifier, dit toujours que les places dans le carrosse ne faisoient rien , et lorsqu'il fut question de monter dans le second carrosse. M.- de Maillebois eut grand soin de se placer dans le fond. M. de Saint-Aignan étoit cependant monté le premier, mais ce n'a voit été qu'en le gagnant de la main. Les deux places du fond étant prises, à la grande douleur de M. de Villars, il fallut bien soute, nir et dire tout haut que les places étoient indifférentes. ( Note du duc de Luyne». }

M SÉXOIBES DT DTC DE Ln3lf5.

jiuuilu tfimi I „JX-t— i^Lj jUmui f^al i ■ ftit ilr

défense. Ani^ à lapartrde bÛMfifCBrc, ■. k Duplmi deacendit de c«roege, et imite dM8 M •■Jgg^-^ *▼<>■* »^ layéd'attdaeesà SèTTcset de eudesaK P0iat-d»Joar ; il n^aToit en qœ six gardes depnis Tcnulks jnafa^aaFomtdn-Jiflor,. etlerelaê étoildelunt; ilavoikêtÉaccoBpagiié seaknmtpar9.deTaené.e!iaiiptdes$»desdB coips, jooqa'à la |iorte dn Conn. Là se tnmva M. àm Fkétoy, dirf de facieade 1 . On s atrançea êaoB les seeonds carroeses comme dans ks ^emios. OepniB la parle delà Cfmférenee. 1. le nanpfciw coonieBça à aller le pas jns- ^'à Xotte-Unnie. Les denx offioRs de» gardes d« eorps éteientàciKTal^adenxpoctièfcseljeiHentde Taigent à drnte et à eanciie an pcnple. Les gardes de la l^e, le snet. étoi^t ransés en diflerents endkoils.

J*oabiioB m^ne de marquer qœ la compagnie de M. le ciieTalier de Lnssan ëtott sons les anaesy tandhoor battant, sor le quai anpKS de Cfaaillot : et lorsque M. le Dnaphin vînt an Coor». elle «e tronira dans le rond dn Coors. C'est nne compagnie de jennes gensy an nomhre dequatre-Tingts on cent, qoe M. le chevalier de Losean s^est misdans Fe^nt de former anx exercices militaires. Qœlqaes-ans d'eux sont penâonnaires ciiez loi, la j^opart sternes: il lenr fournit des maltresy leur donae luimême des instmctiotts pour les fortifiicatîoas. leur apprend tous les exercices militaires, et leur en£ùt tùre les démonstiations. Actuellement ils ont eoastmit wa lort dans une ile Tis-4-Tis Qiaillot. M. de Lnssan a obtenu la permiasion que cette compagnie poct^ le nom de M. le Dauphin.

roubliois encore de marquer q^e lorsque M. le Dauphin passaàla haateur des lnvalid«s^ le cano» tira. M. le

r- tlLkteMphiarh>B|)iABc«iTOi8<>MfMit«i^Atoiait

JUIU.ET 1744. 17

Dauphin fut tout le long du quai jusqu'au Pont-Neuf, prit à droite sur le Pont-Neuf, ensuite par le quai des Orfèvres droit à Notre-Dame. C'étoit un fort beau spectacle que le parapet des Tuileries rempli d'hommes et de femmes depuis un bout jusqu'à l'autre. D'ailleurs, uûe affluence de peuple prodigieuse ; partout la curiosité et la joie peintes sur les visages, et des cris continuels de Vive le Roi et monseigneur le Dauphin (1) ! A l'arrivée de M. le Dauphin à Notre-Daine, M. le duc de Gesvres et M. de Marville se trouvèrent à la descente de son carrosse, M. l'archevêque en crosse et en mitre à la tête du chapitre en dedans. M. l'archevêque lui fit un petit discours, si bas qu'à peine M. le Dauphin même put-il l'entendre. M. le Dauphin y répondit en assez peu de mots, et s'avança ensuite, précédé de tout le clergé et de M. l'archevêque, jusqu'à son prie-Dieu, qui étoit dans le chœur, vis-à-vis le siège archiépiscopal. Toutes les cours souveraines étoient rangées dans les stalles à droite et à gauche. M. de Chàtillon étoit avec un carreau derrière le fauteuil de M. le Dauphin, M. du Frétoy à sa gauche en uniforme (2) ; derrière M. du Frétoy, un exempt qui reste tou-

(1) M. de Marville , qui est venu aujourd'hui faire sa cour h la Reine et à M. le Dauphin, leur a rendu compte d'un jugement qu'il avoit prononcé ce& jours-ci, Quatre ou cinq particuliers s'étoient battus dans un cabaret avec effusion de sang; le guet étant survenu, les mena au commissaire; le commissaire ne voulut pas prononcer, et les i«nvoya à M. de Marville. Le sujet de la querelle étoit sur la façon dont ils crieroient au passage de M. le Dauphin; les uns soutenoient qu'il falloit dire : Vive le Roi etmonseigneur le Dauphin; un autre répondoit qu'il avoit été à la Cour, et quUlsavoit bien qu'on n'appeloit pas M. le Dauphin Monseigneur, mais seulement Monsieur. Un autre enfln prétendoit que ces deux premières opinions étoient ridicules ; qu'on ne disoit point : Vive Monsieur le Roi, ni vive Madame la Reine, et par conséquent qu'il falloit dire : Vire le Roi et le Datiphin. Le vin donnant de la vivacité à cette dispute , on en étoit venu aux coups et aux blessures. M. de Marville les renvoya en leur disant de régler entre enx ce cérémonial, et leur donna un écu pour boire. Us retournèrent au cabaret, et l'affaire fut accommodée. (Addition du duc de Luynes, datée du 13 juillet.)

(2) L'usage est que dans toutes les occasions de cérémonie les oiïiciersdes

M ÉMOI lus DU DUC J)K MJYNES,

jours à Paris pour les cérémonies, el qui ne porte poitil d'uniforme (il jjoile un bâton); derrière M. de Cbàtillon, M. le duc de Sully, qui se trouva à Notre-Dame, M. de Saint-Aignau, JI. d'Estissac el moi, chacun avec un carreau (1) au milieu du chœur, M. de Tallard à côté avec son carreau.

On moment après que M. le Dauphin eut fait sa prière , M. l'archevêque^ qui étoitu .ilé dans sa chau-e, entonna le Te Deum, qui futensuite chanté par la musique placée sur le jubé; les deux jubés se coiumuniquoient. Le TeDeum, et le Domine salvum fac lieyem, que l'on chanta ensuile, durèrent environ trois quarts d'heure. Tout le clergé et M. Tarclievôque reconduisirent ensuite M. le Dauphin^ jusqu'au même endroit où ils l'avoient reçu. jM. le Dauphin remonta dans son carrosse dans le môme ordre et retourna par le même cheuiin précisément, et au pas, jusqu'au Cours Dauphin. Toutétoit dans le même ordre, et les ofticiers des gardes continuoient de jeter de l'argent. Cet intervalle de temps étoit nécessaire pour que les gardes quiavoienl été ;V Notre-Dame pussent .se rendre à l'hôlel de ville. M. le Dauphin vint jusqu'au bout du CourSj et revint ensuite par le même chemin jusqu'au Ponl-Neuf, et de là continua tout le long; du quai jusqu'à l'hôtel de ville. Il y avoit bien cent cinquante carrosses au moins dans le Cours, et tous carrosses particuliers; cependant à peine put-on y trouver trois ou quatre peiv sonnes de connoissauce. On remit à M. le Dauphin, au sortir du Cours, deux très-grandes bourses de cuir remplies d'or et d'argent; il en mit une auprès de lui, et M.

gardes prnnneiit Luitjouni leur imirornic, même ici aux grandes fêles. ( AV)/f« lin duc rie Lugnes. )

(i) MM. les luniécliaux de France prétenduient aussi avoir descarreauK ; ils aïoicnt lait ua tiiL'itioirc que M. le manUtlial de Eiron a\oit envoyé au Hoi. lui if|i(>n.S(3 ilii Hoi a cU'; 4111^ ^i■iiti v<nituieiit i^viler le désagréaieiit d'&tre sans cai-ieiiiiK , ils n'avoienl qu'û se jneltre ilcViiiil M. io Duupliin. {Psole du duc deluynes,)

JUILLET 17/*4. in

de Chàtillon prit l'autre de son côté; et dès qu'ils furout entrés dans Paris ils jetèrent de l'argent à droite et à gauche, et les cris de joie ne cessèrent presque point jusqa*à l'hôtel de ville. Cette distribution étoit composée de pièces de 12 sols, de 24 sols et de demi>louis.

H. le duc de Gesvres et M. de Marville se trouvèrent à la descente du carrosse de ^ le Dauphin, et M. le prévôt des marchands à la tête de toute la Ville en roi» rouge. M. le prévôt des marchands fit une espèce de petite harangue à laquelle M. le Dauphin répondit. Il monta ensuite dans la grande salle de l'hôtel de ville, où il se trouva un grand nombre de dames en grand habit. M. le Dauphin ne fit que traverser la salle, et passa dans un appartement qu'on lui avoit préparé. J'oubliois de marquer que les gardes de M. le duc de Gesvres étoient à la tête des gardes de la Ville, bordant la haie, et après eux les gardes françoises et suisses à la place d'honneur, battant au champ. M. le Dauphin, après avoir été un moment dans sa garde-robe, rentra dans la salle dans laquelle on avoit élevé une très-grande estrade garnie de tapis; M. le Dauphin se mita la fenêtre, et jeta encore de l'argent au peuple. M. le prévôt des marchands auparavant cela lui avoit présenté tous Messieurs de la Ville l'un après l'autre. On apporta ensuite des glaces, que M. le prévôt des marchands présenta à M. le Dauphin; immédiatement après, de grandes corbeilles remplies de paquets de confitures, que M.le Dauphin donnaluir-même l'un après l'autre à toutes les dames. M"' de Sens étoit la seule princesse qui y fût; M. le comte de la Marche y étoit aussi. M**" les ambassadrices d'Espagne et de Naples s'y trouvèrent et tous les étrangers; M. le contrôleur général et M. de Saint-Florentin. On compta dans la salle soixantedix dames en grand habit. Ou avoit mis des fils de fer (1) devant les fenêtres de l'hôtel de ville. M. le Dau-

(1) Pour l'illumination en verres de couleur.

MtMOlUKS lu OVC »K I.IYNES.

pbiii se remit dans son fauteuil, M"' Je Seus d'un côté, M. de la Marche de l'aulre; et derrière M. le Dauphin, M. de Châtillon et M. du Frétoy. M. le prévôt des marchands vint recevoir ses ordres pour faire commencer le feu; on tira d'abord une centaine de boites, qui furent suivies de trente ou quarante coups de canon (1), de la Grève même; les fusées recommencèrent ensuite, qui furent en grand nombre; elles furent suivies du reste du feu d'artifice, qui dura une petite demi-heure; le feu fut fort beau, tiré seulement trop vile et languissant un peu sur la fin, comme il arrive presque toujours; d'ailleurs, quoiqu'on Teùt un peu éloigné , à ce que l'on dit, toujours beaucoup trop près de 1 hôtel de ville. Immédiatement après le feu, .M. le Dauphin demeura encore avec les dames un moment, puis il alla se mettre à table, dans une assez grande salle, vis-à-vis celle d'où il avoit vu le feu. J'ouljliois de marquer qu'avant le feu M. le Dauphin avoit été dans plusieurs chimbres de l'hôtel de ville pour y voir les dames qui n'éloient point en grand habit, et que dans la distribution des paquets il en donna un à M'"^ de Marville, femme du lieutenant de police. Le premier qu'il donna fut h M"" de Sens, ensuite aux ambassadrices, puis aux dames indifféremment- M. de Châtillon n'avoit pas jugé à propos que M. le Daupliiti .soupiU avec des dames, jugeant que le souper dureroit trop longtemps, ce qui auroit fait coucher M. le DdupLiri bien lard. M. le Dauphin mangea donc seul; il fut servi par M. le prévôt des marchands, qui étoit en robe rouge, vis-à-vis de lui debout; il y avoit cinq ou six dames assises, qui y restèrent, suivant l'usage, pendant tout îe souper; les dames deitout vinrent toutes successivement faire leur cour. M, de Clititillon éloit à côté de M. le Dauphin et assis, quoiqu'il ne le servit poinl; Jl

(J) Penilâitt \ttTe Deum ûa tira leciinan de la UH.stille. (A'oia du duc de Luyues.)

JUILLET 1744. 2t

s'étoit fondé vraisemblablement sur l'exemple de M. le maréchal de Villeroy, lequel en deux occasions différentes s'étoit trouvé en pareille cérémonie. A la première, le Roi étant encore fort enfant, ce fut M. le maréchal de Villeroy qui le servit, et non le prévôt des marchands. A la seconde, le Roi étant plus âgé fut servi par le prévôt des marchands, et cependant M. le maréchal de Villeroy resta assis. On pourroit faire une observation , c'est que l'âge étoit bien différent.

Assurément aucun homme, hors les cardinaux, n'a droit de s'asseoir devant la Reine. Il y a quelques jours, comme je l'ad marqué, que la Reine me fit l'honneur de souper ici chez moi; M. le duc de Charost s'y trouva, et voulut faire sa cour à la Reine un moment* pendant son souper; la Reine voulut absolument qu'il fût assis, par égard pour son grand âge.

Le Roi avoit été instruit pour l'arrangement de la cérémonie du Je Deum; M. de Châtillon lui en avoit envoyé le projet sur lequel il avoit mis ses ordres à la marge. Cet article d'un tabouret n'étoit pas dans le projet,, n'étant pas apparemment susceptible de difficulté. Il y avoit entre autres questions dans ce projet, savoir si les billets d'invitation seroient au nom de M. le Dauphin ou au nom de la Ville, et le Roi avoit décidé que ce seroit de la part de M. le Dauphin. Lorsque c'est la Ville qui prie, il y a un plus grand nombre de dames invitées, c'est l'usage; par exemple les femmes des présidents à mortier , celle du procureur général, etc. Il y en a ordinairement peu qui y viennent; mais lorsqu'elles veulent s'y trouver, elles se mettent en grand habit. Autrefois même ces dames (1) venoient chez le Roi et faisoient leur cour ; elles étoient présentées et non saluées. Mais toutes les dames du temps du feu Roi étoient présentées dans la chambre, et dans les

(1) Par exemple M"" de Harlay, son mari n'étant que procureur général ; M*** Ut présidente de Nesmond. ( Pfote du duc de Luynes. )

5î MEMOIRES OU DUC DE LUTNES.

dernières années de sa vie il n'en saluoit plus aucû"nê7 disant qu'il avoit un trop vieux visage pour byiiser des femmes. Depuis que le Roi est sur le trône, il y a eu quelques exemples de femmes présentées et non saluées; Paris, les présentations ne se faisoient point dans lu et hinet ni dans la chaml>re, mais dans la pièce où le Ro^ mangeoit. A Versailles, M"'^ de Gambis a été présentée dans le cabinet, son mari élant encore exempt des gardes du corps, et point saluée.

Le souper de M. le Dauphin dura environ trois quarts d'heure. Pendant ce temps-là l'on servit dans différentes chambres plusieurs tables. L'une étoit censée la table de M. le duc de Gesvres, l'autre de M- le prévôtdes marchands. M""* la comtesse de Tresmes en tenoit une autre. Comme Ton vouloit que les soupers nr durassent pas plus longtemps (pje celui de M. le Flaiiphin, on ne servit qu'un ambigu A toutes ces tables, des plateaux de fruits et de sucfti duiis le milieu j d'ailleurs des jamltons» des pâtés, dos langues, ele. Il y avoit devant la cheminée de la grande salle de t'hiVtel de ville un très-grand buffet. M"" de Sens (4. plusieurs tlamcs s'en ûloicnt allées avant le souper; cc- [)f?nclanl aux ditXéreules tnî>les il y avoit quarante-deux iluiuiis , six assises uu souper de M, le Dauphin et sept qui nu .soupoient point ou qui attendoienl les autres pour suiqiL'r ïivec elles. I*endaril le souper de M. le Dauphin il y I u( nu concert dijus une autre pièce proche la salle.

Après le souper, M. le Dauphin revint dans la grande salle, où il resta encore un peu avec les dames; ensuite il descendit dans la cour de Ihûtel de ville. La cour étoit illuuiinée et faisoit uu très-bel elfet; d'un côté les armes du Roi éclairées par derrièrCj de l'autre un vaisseau qui sont Tes armes de la ville. Cette partie de l'illumination n'étoit pas si bien que les autres. Beaucoup de monde dans la cour, mais beaucoup d'ordre. J'oubliois de marquer que M. le comte de la Marche demeura dans la grande salle pendant tout le souper de M. le Dauphin ; il mangea sur

l'estrade )dai)s une fenêtre, sur ses genoux, avec son gouverneur. M: le Dauphin parut très-content de l'illumination et de la réception qu'on lui avoit faite, et après avoir resté un nioment dansla cour, il remonta dans sescarrossesdans le mèmeordre, avec la différence que, comme il étoit nuit, on ne jeta point d'argent au peuple. M. le Daupiiin ne reprit pas le même chemin; après avoir monté le quai, il prit par la rue des Arcis, la rue des Lombards et la rue Saint-Honoré. Toutes les rues de Paris étoient illuminées par ordre de la police; il y avoit des illuminations plus grandes devant quelques maisons, par exemple l'Opéra, la maison de HT. de Marville, l'hôtel de Noailles. M.. le Dauphin entra dans la place Vendôme, et en fit le tour. L'illumination de cette place, quoique simple, faisoit le plus bel effet du monde par sa régularité et«a symétrie; il reprit ensuite la rue Saint-Honoré; Il avoit été au pas jusqu'à ce moment; la pluie survenue, M. de Chàtillon fit aller plus vite. M. le Dauphin vint regagner la porte de la Conférence, ne changea point de carrosse, suivit le pavé du Cours, relaya de chevaux à Sèvres, et arriva ici à une heure.

Du mercredi 15, Yersailles. — M""* de Coronini vint ici avant-hier, et fit hier sa révérence à la Reine; elle baisa la robe de la Reine comme pour une présentation. Cependant, comme elle n'a point été présentée, et qu'elle n'étoit pas en grand habit, quoique ce fût dans la chambre de la Reine, c'étôit en particulier. Ce fut dans le moment que la Reine sortit de table, après que tout le monde fut sorti de la chambre. M""* de Coronini est ici depuis quelques mois; elle étoit gouvernante des enfants de l'empepereuil Charles Vil ; elle vint ici l'année passée, à ce qu'elle disoit, pour sa santé; mais tout le monde étoit persuadé qu'elle étoit chargée de traiter du mariage de M. le duc de Chartres avec la dernière fille de l'Empereur, qui est mortede lapetite vérole; elle retourna dans ce temps-là à FraDcfort, et apprit même en chemin la mort de cette prin-

MKMOini-K nu DUC l>K Li;\.>K:

cesse. DcpaiselIcapi-isIepartidevenirs'établirenFranc*', ei a f»ri» uir* maison près du couvent de la Conception.

J'ai appris aujourd'hui que M"" la duchesse de Brissac aentin rf^nduson brevet. M. de Brissacest toujours à Paris depuis plus dequin/e jours; il a insisté si fortement qu'il a obti'.nii ce qu'il dt-siroil. C'est M. de Saint-Florentin à qui 1«! brevet a été remis. M. de Brissac demande avec instance des lettres d'État pour que son affaire ne puisse /'Ire jiij^i'-e qu'rtpr»'s la campnpne. J'ai vu la lettre que M. d'Ai'^eiison hiiaûcrite de lu part du Hoi, qui est estréiiieiiMint obligeante; il lui mande de s'adresser à M. le fluiiiciîlier \»iuf les lettres cpill désire. J'ai lu aussi la ti'llri-. t|uu M. <lc Brissac a écrite au Hoi; elle est rerapUe des termes les plus forts pour marquer au Roi son respect, son /("^le ot sa reconnoissanco.

On .ipjtri t lI(^s dj manche dernier que Fumes avoit arboré 11! drapcvm hlfuic; il n'a pas tenu plus de deux jours de tr/uicliée ouverte. Le gouverneur avoit laissé entrer un (>ni(tirr irlandois, îitliicbéau service du Roi, qui est de sa c'oiuioissiiuce; il lui avoit donné à dtner, s'étoit un peu enivré et ensuite lui avoit fait voir toutes lesfortiiicalions et les ouvrages de la place, en lui disant qu'on ne devoit p.iH (''In' étonné sll ne faisoitpas une belle défense, ayant Mtnî place en aussi mauvais état. Le jour que les otages l'nr-ent donnés, on vit tirer des fusées de la ville, ce qui lit juger (jue c'étoil un signal. Les otages dirent qu'effeclivL'inent c'étoit le signal dont le commandant de Fumes (Hoit convenu avec celui de Nieuport, afin que celui-ci làchAt les écluses aussitôt que Furnes capituleroit. On avoit déjà commencé à ouvrir les écluses, il y a plusieurs jours, mais elles avoient été refermées à la prière des habitants du pays, piirce que l'inondation étant extrêmement grande et faite avec de Teau de la mer, le pays auroit non-seulement perdu la récolte de cette année, mais auroit été ruiné pour douze ou quinze ans. Ces considératiorisdéterminèrcnni. le nuivéchal deNoaillos, sur la non-

velle du signal, de faire dire au gouverneur de Fumes de prier celui de Nieuport de ne point lâcher les écluses, ajoutant que l'intention du Roi n'étoit pas de faire le siège de cette place. Le Pioi doit avoir fait avant-hier son entrée dans Furnes.

L'arrivée de M. de Croissy, dont j'ai parlé ci-dessus, avoit répandu beaucoup de joie dans l'armée de Flandre et rassuré les esprits, effrayés du passage du prince Charles. On attendoit à chaque instant le détail de l'affaire des lignes et de Weissembourg que M. deCoigny avoit promis d'envoyer. Mais les nouvelles arrivées depuis donnent beaucoup d'inquiétude. M. de Coigny n'a pu garder les lignes ni Weissembourg, Lauterbourg ayant été rendu aux ennemis par M. de Gensac, sans presque aucune défense, quoiqu'il y eût plus de 1 ,800 hommes , et toute l'armée du 'prince Charles, que l'on dit de plus de 70,000 hommes, étant rassemblée sous cette place. M. de Coigny a donc pris le parti dese retirer derrière la Loutre, où il a son quartier général à Bischweiller (1), sa droite à Drusenheim, sa gauche à Haguenau. Les Impériaux (2) ont leur droite à Haguenau, et font la gauche de notre armée. L'on voit de notre camp celui des Autrichiens. M. deCoigny a envoyé 11 bataillons sous les ordres de M. Philippes pour renforcer la garnison de Landau et 2,000 hommes au fort Louis (3). Gens instruits mandent que l'armée de M. deCoigny estde plus de 60,000 hommes, fort unie, fort tranquille et remplie de grande volonté et de confiance dans le général. On est persuadé que le prince Charles a dessein de nous attaquer. M. le duc d'Harcourt (4) a eu ordre de s'avancer sur la Sarre avec un corps de troupes (5).

(1) Petite Tille sur la Moder.

(2) C'est-à-dire les Bavarois de Seckendorr.

(3) Sur le Rhin.

(4) Il était à la tète d'un corps placé d'abord sur la Meuse.

(5) Il fut chargé d'occuper les gorges de Plialsboui^, on défilé de Saverne;

MtMOIftKS OU DUC DE LUÏNES.

Le roi do Pologne a fait conduire A Metz son trésor, et on a appris du 11 qu'il étoit îirrivô dans cette ville; la reine de Pologne est toujours en chemin depuis plusieurs jours; elle vient eni>osle, mais k très-petite journée ; elle n'arrivera que samedi ; elle n'a point voulu consentir A la proposition que la Heine lui avoit faite de venir loger A Saint-^Cyp, disant que l'air y éloii contraire à sa santé. La Reine lui avoit arrangé un logement ici, qui est celui de M. le comte de Clermont (l), et avoit en conséquence donné les ordres pour les meubles et pour les logements de la suite de la reine de Polog-ne ; mais elle a appris ce matin que ce projet ne conveiioit point à la reine sa mère, qui veut absolument venir loger à Meudon. La Reine a écrit au Roi pour Tinstruire de toutes ces différentes circonstances, et en attendant a donné les ordres les plus pressés,

•ii Du samedi 18, Versailles. — La reine de Pologne est arrivée aujourd'hui à Meudon ; elle a amené avec elle M'"" de Linange et M""" de CLoiseul. (lomme on ne pouvoit pas lui donner de j^ardes du corps, à cause du petit nombre qui est ici, on lui a seulement envoyé pour sa g-arde six vétérans des Cent-Suisses , avec un officier de cette compairnie, qui' est aussi dans les gardes suisses, etqui est actuellement de grarde chez la Heine. La Reine lui a permis de quitter la garde; il a pris le bâton, et est actuellement chez la reine de Pologne.

On sait il y n trois ou quatre jours que l'on envoie 9(i bataillons de l'armée de Flandre et 33 escadrons en Alsace. Comme la maison du Roi à pied et à cheval est comprise dans ce détachement , on se doutoitdéjà que le dessein du Roi étoit de marcher aussi en Alsace; deux

c'est le passade le plus important des Vosges, entre la basse XUmx et la Lorraine ; riiaUlxiiirg »'«( sur l.i tohIc rie Slrasbnirrftà Metz.

(I) C'i'tail l'aiifk'n apparUMuent de M'"" de Mainlenoii, et il est à remarquer qu'à Sai[it-(;yr ou h Versntlles la nii^re de la Reine durait habité les métiies pièces i|ue M'""" île Mainleniin .

jours après effectivement, nous apprîmes le projet du Roi décidé et même sa route ; il devoit d'abord partir le 18 de Dunkerque , venir jusqu'à Soissons , voyageant à journée et wiriver le 5 à Metz ; nous avons appris aujourd'hui qu'il ne part que le 19, et qu'au lieu de Soissons il passe à'La Fèrc et sera le i à Metz. Les deux princes du sang suivent le Roi ainsi que M. de Penthièvre ; il emmène aussi avec lui M. le maréchal de Noailles. On dit que ce n'est pas comme général, mais comme ministre.

Du dimanche 19, Versailles. — On ne sait point encore dans ce moment si les dames suivront. Il reste une armée considérable en Flandre sous les ordres de M. le maréchal de Saxe.

Jusqu'à présent la position de notre armée en Alsace paroli excellente. M. le maréchal de Coigny a envoyé une garnison suffisante , des vivres et des munitions dans le fort Louis; il a fait aussi un détachement considérable pour renforcer la garnison de Landau ; il a devant lui la rivière de Moder ou la Montre, sa droite du côté de Drusenheim , sa gauche à Haguenau; la droite et la gauche de son camp sont fortifiées par des retranchements, des abbatis de bois et des marais. M. de Belle-Isle (1) de son côté n'a rien oublié de tous les moyens possibles et imaginables pour remédier au mal présent ; il a fait fortifier et retrancher différents postes et à fait un usage incroyable du peu de troupes qu'il a. Sa contenance assurée, les pr-opos qu'il tient, la confiance des peuples et des troupes, la liaison et la correspondance qu'il entretient continuellement avec M. le maréchal de Coigny, oubliant tous démêlés particuliers lorsqu'il s'agit du bien de l'État ; d'un autre côté la tranquillité, la gaieté qui régnent dans l'armée de M. de Coigny, la confiance dans ce général, semblent annoncer que le prince Charles aura peine à faire quel-

(1) Belle-Isle commandait alors un corps d'armée sur la Moselle, destiné à oonnfr fat Lorraine.

MEMOIRKS DU Dl<: DE LUYNES.

que entreprise avecsuccès. Si cela étoit, comme on l'espère fort, uon-seulemenl son passitgedii Ubin lui seroit inutile, mais les eaux du Rhin grossissant toujours dans cette saison, il ne Irouveroit peut-être pas les mêmes facilités pour se retirer, qu'il a eues en passant de ce côlé-ci.

Oq a chanté aujourd'hui à la chapelle un Te Dewn pour la prise de Fumes. On en chantera un dans la semaine à Notre-Dame. M. Desgranges, qui étoit arrivé le 15 à Dunkerque,en repartit le même jour, le soir, pour cette cëré- •anonie. Le Te Deum pour Fûmes n*a été ordonné qu'après avoir consulté les registres, où l'on a trouvé qu'après que le feu Roi se fut rendu maître de Furues l'on chanta un Te Deum.

Du mardi 21. — Les nouvelles que l'on a de l'armée de M. de Coigny annoncent toujours la même tranquillité dans les esprits. On m'a dit aujourd'hui que lorsque le Roi seroit arrivé à cette armée, tout éteint dès ce moment sous les ordres de S. M., MM. les maréchaux de Noailles, de Coigny et de Belle-lsle prendroienl chacun leur jour suivant le rang de leur ancienneté, comme s'ils n'éloient que lieutenants généraux. Jusqu'à présent l'applaudissement est général sur la conduite de .M. le maréchal de Belle-lsle dans ces circonstances-ci, ayant trouvé des ressources dont nul autre que lui n'étoil capable.

On m'a dit aussi que M. le maréchal de Save avoit ex- IrèniL-meut la couliance des troupes, mais que ses sculiments éloient fort différents par rapport à M. le maréchal de Noailles. X la Cour môme, les esprits ne sont pas bien disposés en laveur de M. de Noailles ; sa conduite est souvent désapprouvée et même quelquefois par son fils, M. le duc d'Aven. M, d'Argenson et M. de Noailles sont aussi médiocrement bien ensemble. M. de Saint-Séverin, qui a déjà été en Suède et qui en est revenu malade, homme d'esprit, très-sage et Irès-estimé, n'étoit point employé depuis longtemps, à cause de sa mauvaise santé; il éloit ailé à Plombières , d'où il revint à Paris le 2 de

JUILI.KT 1744. 29

mois. U y reçut une lettre de M. le maréchal de Noailles qui lui mandoit de se rendre auprès du Roi; il partit de Paris le 9. Étant arrivé, il fut trois jours sans paroltre, et le quatrième ce fut M. de Noailles qui le présenta au Roi sans avoir vu M. d'Argenson, quoique ce fût lui qui fût chargé dans ce moment des affaires étrangères. Après avoir vu le Roi, il alla chez M. d'Argenson, qui le reçut bien et le pria même à dîner chez lui, quoique dans le fond il fût fort peiné de ce qui s'étoit passé. M. de Saint-Séverin donna la fatigue et sa mauvaise santé pour excuses de ce qu'il n'avoit point paru ; mais ce qui est certain, c'est qu'il resta peu auprès du Roi et que l'on ne sait point ce qu'il est devenu; les uns disent qu'il est allé à Berlin, d'autres à Francfort.

Les ambassadeurs et ministres étrangers ont eu permission du Roi de ne le point suivre dans sa route ; ils reviennent faire un tour à Paris, et dans quelque temps ils se rendront à Metz. Les ambassadeurs n'ont eu de logements marqués à la craie avec le pour qu'à Arras seulement. Dans tous les lieux où le Roi se trouve, le grandmaréchal des logis prétend ne devoir point leur donner le pour. Ils prétendent de leur côté l'avoir eu à Reims, au sacre du Roi. Les deux ambassadeurs de famille ont toujours logé au quartier du Roi ; mais ce n'étoit point par l'ordre du grand-maréchal des logis ; ils étoient toujours oubliés dans le logement; ils avoient recours à l'introducteur, qui avoit recours au lieutenant de Roi ou au commandant qui leur faisoit donner des logements.

M"' la duchesse de Chartres et M"" la princesse de Conty n'ont point du tout mangé avec le Roi; elles ne voyoient point non plus M""* de Chàteauroux.

M. le duc de Chartres donnoità diner tous les jours à quelques officiers, mais en petit nombre. M""* la duchesse de Chartres dlnoit aussi avec les officiers. U parolt par ce que j'ai appris que M. de Chartres est là à peu près comme ici avec la môme passion réciproque pour M"* la duchesse

(le Chartres ; d'ailleurs fort distrait, parlant trop peu aux officiers et ne faisant pas une assez grande dépense. Au contraire^ tous les éloges sont réunis unanimement sur M. de Penthièvre ; on loue en lui une grande volonté, beaucoup d'application ; d'attention ) de politesse jointes (V une très-grande dépense.

Toutes les dames suivent le Roi ; elles ne marchent pds les mêmes jours, mais elles se trouvent à tous les séjours.

M. de Wassenaôr est revenu trouver le Roi. On dit qu'il est chargé de la dernière résolution des États-Généraux; mais on croit en même temps que ses propositions ne seront i>oint acceptées.

M. le duc de Penthièvre a été un peu malade. La Rieine sNUant informée avec bonté de ses nouvelles, M. de Pen- (hij^vro a écrit à S. M. pour la remercier. La Reine nous moulra hiercette lettre. La formule de la lettre est comme cello do toutes les lettres que Ton écrit an Roi et à la Reine: Vo(rt> tr^s-humble et trè$-obéissant serviteur et sujet. La suiieriptiou ou adresse de la lettre est la seule chose qui m'ait |>aru mériter d^ètre remarquée ; il est écrit : A la iWîne. ma sou^'eraine dame. J'ai appris à cette occasion que cV^toit IVtiquette des princes du sang, et par conséquent de ceux qui en ont le rang.

W* R«tM «t V» l>im{M«i )i UMMfiffnL — Itart ie M. nHwr de b Hoson. - M. ik |ji«iiMiii«VM\ «I ««m 61$ avntfi^ — S«wciK.te fVaee d'Abace.

— li«4l)tv4^UK«iii«iUdiwii«$»ed»L«tW!$ WMt dtJiV^d» Forts.—

)\v«M^ «Mkxidt* d^ 1* WMdMlw Aa Km à Une». — Lr m dr Fraise «■«aUt te IM>^>tw, — Oowitatd» IhU-W, IV««KdrUwft»«eda K«L— n'^de CMiMNHvoKX.d» |jMfr«^m*$<t M. dr lOciMiim. >- Le «mto dt ClenHit.

— \A ry>^«v«à(> — R<«xv« df$ <M«\ j«NK^ — AmwN- de te Biàae. — C«i- «jdr^x^MMvdia MinI.'-> JMede lte«$. «t de te fkwMiti. — T^Mraide Tcr- «MiiMsà te «Mivtlte de te «Mteàie dit fi». — DesiibflBr tevn^ir de te Dm». — IMwvaedk UiMflNK «t ^ IM. — Le dar de UGpws à Meta.

— Dmtoir de HiuImmu- -^rviaede D—a éH. — ttttadfe <»r te wm-

lescencedu Roi. — Nouvelles de l'année du Rliin. — Dévastation du chftteau de Saverne. — . Frescati, maison de campagne de l'évéquede Metz.

Du vendredi 7 août, Dampierre. — Je n'ai point écrit depuis que je suis ici, y ayant eu toujours beaucoup de monde et par conséquent peu de temps de libre. J'y arrivai le jeudi 23. La Reine et M. le Dauphin me firent l'honneur d'y venir le mercredi 29. On trouvera ci-après le détail de ce qui se passa dans cette journée. Tout ce que l'on pourroit y ajouter, c'est qu'il y eut ce jour dixhuit on vingt tables dans la maison, et que ce même jour 29 l'on compta cent trente-six personnes logées dans la maison , non compris les domestiques de Dampierre qui y logent toute l'année.

Le lundi 27, nous apprîmes ici que M. Bosnier de là Mosson étoit mort à Paris; il étoit trésorier des États de Languedoc, emploi très-considérable, maisquin'estqu'une commission, et par conséquent une pure grâce que le Koi fera à celui à qui elle sera donnée. Ce sont les Etats qui nomment à cette place, et c'est pour cela que jusqu'à ce quUls soient assemblés on ne sait précisément qui est-ce qui l'aura. Beaucoup de gens ont déjà fait des démarches pour l'obtenir, mais le choix du Roi est toujours la règle de la décision des États. M. Bosnier avolt sous lui un caissier nommé Latnouroux, dont le frère demeure ici dans le voisinage, au bout de nion parc. 11 y a acheté depuis quelques années un fief nommé Mauvières , possédé anciennement par le nommé Manceau, attaché à M°" de Maintenon, et plus anciennement encore par un Bergerac, parent du fameux Cyrano de Bergerac, connu par ses rêveries. Le sieur de Lamouroux, caissier des États deLan- .guedoc, est protégé par M. de Richelieu et par M. l'archevêque de Narbonne; aussitôt après la mort de M. Bosnier il alla trouver le Roi sur sa route pour demander la place de trésorier ; il parolt certain qu'il aura cette place, mais on en fait mystère jusqu'à l'assemblée des États. Ce

MKMOIRKS or DVC DK I.l'Y^KS.

Lamouronx, quMsit marié en secondes noces depuis deux ou trois ans, a eu de son premier mariage un fils qui est devenu aveugle à Vhse de deux ou trois ans et qui en a actuellement vingt-qualre ou vingt-cinq ; ce fils, qu'il a fait élever avec tout le soin possible, aappris la musique, qu^il sait fort bien ; il joue des instruments^ il compose, il joue aux échecs, au trictrac; il a même appris le dessin, et son oncle ayant voulu faire à Mauvières un bâtiment nouveau, c'est cet aveugle quia conduit ce bâtiment, qui est assez joli et bien exécuté. Il donnoit lui-même aux différents ouvriers les mesures des longueurs, largeurs et formes dont ils étoient chargés.

Depuis que je suis ici il n'y a eu de nouvelles importantes que ce qui s'est passé à l'armée de M. le prince de Conty. On en trouvera le détail ci-après.

L'on sait que le Roi doit être arrivé à SIetz le i; on n'en a point encore de nouvelles, mais l'on a appris que l'armée des ennemis ayant fait un mouvement, M. le maréchal de Coigny, qui jusque là avoit tenu derrière la Montre, avoit pris le parti de venir se mettre sous Stras- Ixiurg pour obéir au» ordres exprès que le Roi lui avoit envoyés; ce mouvement a donné occasion au prince Charles de se poster de manière que la jonction de l'armée que le Roi amène et celle de M. d'Harcourt avec celle de M. le maréchal de Coigny devient assez difficile ; ce qui a obligé M. le maréchal de Coigny à faire encore un mouvementen arrière, et il est actuellement à quatre lieues en deçà de Strasbourg. Le prince Charles a envoyé un détachement sous les ordres du général Nadasty s'emparer du poste de Saverne. M. du Chàtelet, qui y commaudoit, a été obligé de se retirer. M. d'Harcourt et M. le chevalier de Belle-Isle s'y sont portés à propos, et auroient même étéen état, à ce que Ton dit, de reprendre ce poste, mais ils avoient ordre de ne rien hasarder. Le Roi veut que toutes ses troupes soient réunies. 11 paroît certain que le passage du RLin lui a fait une grande impression et

qu'il en est aigri et piqué, au point qu'il est résolu, à quelque prix que ce soit, de faire repasser le prince Charles. On dit même qu'après en être venu à bout il veut passer le Rhin et le suivre.

La disposition des esprits parolt fort changée par rapport à M. de Seckendorf. Dans les premiers moments c'étoit un traître : j'en ai parlé en détail; au moins sa négligence paroissoit impardonnable; mais aujourd'hui il est pleinement justifié, au moins dans l'esprit du Roi, et il neparoit pas que Ton pense aussi avantageusement sur M. de Coigny que l'on pensoit d'abord. On m'a assuré même que M. de Croissy, lorsqu'il vint apporter la nouvelle du combat de Weissembourg fut médiocrement bien reçu. Ce qui est certain, c'est qu'il n'a obtenu aucune grâce, au lieu que mylord Tyrconnel, qui a apporté au Roi la nouvelle de ce qui s'est passé dans l'armée de M. le prince de Conty, a été fait brigadier.

L'affaire de M. de Gensac, qui a capitulé dans Lauterbourg, se traite tout au plus sérieusement ; le Roi veut qu'if soit mis au conseil de guerre, et cela doit être fait avant l'arrivée de S. M.

Hier (1), la Reine nous fit l'honneur à M""' de Luynes et à moi de venir àDampierre ; elle y arriva vers les trois heures et demie avec deux carrosses et celui des écuyers. Les dames qui la suivirent étoient M"" d'Antin, de Montauban, deFlavacourt et de Périgord, toutes les quatre de semaine; outre cela M""" de Talmond, de Boufflers, de Roquépine , de Tessé , de Châtillon , de Luxembourg et de MaiUebois.

Dans le carrosse des écuyers étoientl'écuy er cavalcadour , M. le bailly de Saint-Simon, M. de Vaulgrenant, M. de Sade, et le porte-manteau. M. de Tessé est allé par ordre de la Reine savoir des nouvelles du Roi à Reims.

(1) Ce récit est daté du jeudi 30 juillet, à Dampierre, bien que placé h la suite du 7 août.

« NtU«.»IRK:> m DVH r* LITRES.

tL a'y ivt.tit pas ua qiurt d^beur*' *|a** S. >. «HiMt des^ •.'«udxw à^ •nuTOiiiîe qoe jf . W teaphin airiva : il bonva la B^eLie (iaos soa appiurteaiieat. dont imm» arons &ît ac- •.'v,<aiait:«li;c Le «."AciiKt noa^^UeiByeat ec d'une façcMi qui a piifTt dÛK plaisir i la Beia«. V. le Pai^hÎB a^mt asec ihi >ia3s :îoa oarroisse X. de C&ÂtilIoa. KL de Ciéqay et de Biacûpi. M. de Saint-^iiTear étoit daa» le carrase des ^jctxyers i^ec r«icayer de quartier. Le porte-nxantean de TL Iti DBaçhm ^a % cfberal.

JLpc^< '^m M. li Dauphin, eut w l& «:îtapeïb. où il se aiit i .£eaoax itiL nii:?in.entL •;! tnn* partie ans ^ipportemeots, kWat i. pacuc coaiseat. il moa^ dans iLoe caLêche et alla vriirr Le :iaix. P^adaat oe temps. !a Aeine sEa à F de. dans la ^jaiiule -iienêe par ies runeurs du (SinaL de Versailles; 'ilLu se 3ufc i y jutrec i c^Tnarwle. et M. îe Eteapltia TÎnl Hiiuife >. M. -ic ;ocia i^w <i[le ^usini~i*pthfiiires;roiise r^'-ui3ar»jiia acur ?r;"iair iu. .'Oàreua. L':)a «e aii* i Sable un :3e«x l'^rinc iait aeurrîs L . 3L je Oaopàin. «ètoÊk <k droite ^tti Lu QU^me. "Sir :me petite .*itais« : ■insaiw F* de ChèlUoa lu. ."jui. l."* ie T-iîise. M"" ie BjiçelnionditladoBM- :^et^. W"- ie '.'jxujis» ï."' ie !«aAJit-glior>înttn. V^ de î*':r*-^-'jr'i. .H'*'' ie 8.o»iat:piiie. IT" ie Bouâieps. ■""de Lxteuijiuarîc. îl'*' ie riiiaouc. ST* a-Vcswnsoa. ï" de ^liiiiieo«}e> -il ?P* ie Lay'-ics.

\i •■■■ 1^ jkt jue ?4i:i:'.uùe .iibie iaos Jia ^haaùuK. poor les iauie-s 4Ui ue ^orr^uc 'ja&> '.euir a :eiie ie la Bliûne et f«mt t.-> KiUiuies. Ctf>viuiUeSï:*oit:urH** ie<Ihevr^ase. r*»FAi»lii. '4"" ùt b''.ii>' :ta.v>ar». ^'•' it I* luùuii^ S"' L? AunfiisiMiftet

f»t 'iv -.niî^ "'t;iiùv> i^t;*; a cicme. .tuàear ,UT*vees- -.{tteJ^wej voi-N ivi^>«*iH.«^..iav. HT* i" ^i:ùt't>5 i uittne-î^irtr jrcivèie la

• uU Citiuubii .. >vu^t j1 .t«»-.l«iuitc :mir;. .ViMC tu iUC'it

veilïe de la Reine; M. d'Ardore y étoit aussi; lu fièvre qui lui survint l'obligea de rester dans son lit.

Après le souper, nous priâmes la Reine de vouloir bien venir du côté d'Astrée (1). M. le Dauphin l'y suivit ; on avoit décoré le mieux qu'il avoil été possible la salle de ce vieux bâtiment, qui sert d'orangerie, et on avoit imaginé d'y représenter une petite pièce pastorale comique, que l'on noiume Ragbnde (2), que la Reine ni M. le Dauphin n'avoient jamais vue. Il étoit difficile de trouver un amusement, principalement pour M. le Dauphin, qui n'aime ni le jeu ni les véritables spectacles. Des musiciens et musiciennes de la musique de la Reine s'étoient prêtés à notre arrangement, et exécutèrent assez bien, quoiqu'ils n'eussent jamais monté sur le théâtre.

L'arrivée de M. le Dauphin ici pour la première fois nous détermina à cette espèce de petite fête. M. l'archevêque de Rouen, notre clergé d'ici, des sœurs grises ou

l'étiquette que les ambassadriees n'aient jamais cet honneur. Nous fûmes par cette raison un peu embarrassés de l'arrivée de M'»e d'Ardore. M°»e de Luynes lui confia notre embarras ; elle s'y prêta avec toutes sortes de politesses. L'incommodité de M. d'Ardore fnt un prétexte ; elle joua avec la Reine à l'Ile, et remonta pendant le souper tenir compa^ie à son mari, et redescendit immédiatement aj[H-ès, et fut à tout le reste des amusements de la Beine. (i\'ote du duc de Luynes.)

(i) Le bâtiment de l'Astrée est aujourd'hui le laboratoire de chimie et de physique do château deDampierre. L'Astrée tirait son nom de ce que l'on y avait peint plusieurs histoires du roman de l'Astrée, ainsi que nous l'apprend l'abbé Lebeuf (Hist. du Diocèse de Paris, 1757, t. VIII, p. 59). En 17fi4, le duc de Chevrensc, (ils de l'auteur de ces mémoires, transforma la salle de PAstrée en « an laboratoire pour . le tour et les autres ouvrages de main , et m laltoratoire pour la distillation. > (Manuscrit des archives de D{ITn|)ierrc, intitulé : Projets arrêtés pour Dampierre depuis la mort de mon père). Le laboratoire actuel a été établi par M. le dac<le Luyiies, il y a quelques années.

(2) « Les Amours de Ragonde , comédie burlesque de Néricault-Destoucbes, donnée sur le théâtre de l'Opéra, le 31 janvier 1742, avec quelques diangonents,' que l'auteur désavoua. Ce divertissement est composé de .trois intenaèdes, et fut fait en 1714 pour être représenté à Sceaux sous le titre de Mariage de Ragonde et de Colin ^ ou la Veillée de village. La musique est du gracieux Mouret. >> (^Dictionnaire des Théâtres fit àe Léris; 1763.)

Mf:womi:s du udc di: luykks.

•tabli

sal^oliùres que je viens d'y établir, et M"" de Saint-Floicntiii, <[ui ne va jamais aux spectacles, y assistèrent. La pièce dura environ trois quarts d'heure. Au sortir de rAslrée, la Reine trouva le parterre et le fer à cheval éclairés par 12 ou 1500 lampions ou terrines qui faisoient un assez bel effet ; elle parut en être contente, et M. le Dauphin, qui est assez froid, marqua en être touché; il lavoit paru aussi du coup d'œil de lile. La Reine se remit au cavagn oie jusqu'à une heure après minuit. M. le Dauphin, après avoir joué une demie-heure à cavagnole, remonta dans ses carrosses, ayant paru en tout content de Dampierre. I^a Reine partit à une heure. J'eus l'honneur de servir la Reine et même M. le Dauphin autant qu'il me fut possible; mais Randel, mon écuyer, le servit presque toujours. La Reine rae renvoya souper, et Randel pendant ce temps servit la Reine et M. le Dauphin.

Lorsque la Reine se mit à table, je présentai la serviette de S. M. à ^L le Dauphin ; la Reine paroissoit ne pas désirer qu'il l'acceptât; cependant il la prit. Je dis qu'on présentit à M. de Chàtillon celle pour M, le Dauphin ; M. de €hatillon n'en voulut point.

Au sortir du souper, immédiatement avant que de sortir de table, la Reine parla tout bas à M. le Dauphin ; et lorsqu'elle se leva de table, M, le Dauphin ne voulut point recevoir la serviette de la Reine, que j'eus aussi l'honneur de lui présenter.

On ne peut qu'approuver les attentions elles marques de bonté les plus flatteuses que nous donna la Reine; elle parut sensible à tout ce qu'on faisoil pour elle, et nous dit à tous, M""^ de Luynes, W"^ de Chevreuse, et moi, les choses da monde les plus capables de marquer sa satisfaction.

Aujourd'hui elle a écrit à M'"* de Luynes une lettre dont je joins ici la copie; elle nous avoit vu occupés de l'aiTairc d'itidie, elle nous en envoya la relation.

Lettre de la Heine à M"^ la duchesse de Luynes.

A. ma consine la duchesse de Luynes.

Je vous envoie la relation, que j'ai trouvée en arrivant ici (1), de nos heureux succès en Italie (2) ; j'ai cru que vous seriez bien aise de la voir. Je le suis beaucoup de vous assurer encore combien je suis contente de mon voyage et touchée des marques de votre attachement et de celui de M. de Luynes. Faites-moi le plaisir de le lui dire et d'être bien persuadés tous deux que j'y réponds par mon amitié pour vous.

Ce jeudi 30 juillet 1744.

Du mardiiii Versailles. — Nous apprîmes hier au soir, par une lettre du 8, que le Roi avoit la fièvre ; elle lui a pris sans frisson^ à cinq heures du matin, avec mal à la tète, dans les bras et dans les jambes. On lui a donné deux re- . mèdes, et il a été saigné à deux heures après midi, ce qui l'a soulagé. On croit que cette incommodité n'aura pas de suite et qu'elle ne vient que de fatigue , de chaleur ou de quelques repas un peu longs.

On a reçu ce matin plusieurs lettres de Metz, du 7, par lesquelles on a su que M. de Schmettau avoit apporté au Roi l'agréable nouvelle que le roi de Prusse marchoit droit à Prague à la tète de 80,000 hommes, et qu'il en avoit envoyé 25,000 à Olmutz en Moravie et 20,000 à Magdebourg pour contenir les HoUandois. Ces lettres disent aussi la communication bien établie entre M. de Coigny et le corps que commande M. le duc d'Harcourt, lequel est dans une position très-avantageuse (3).

On assure que le roi de Prusse amande au Roi que l'aventure de M. delaChétardie avoit différé sa marche, voulant préalablement savoir les dispositions de la Czarine.

(1) A Versailles, à son retour de Dampierre..

(2) Le passage des Alpes par le prince de Conty et la prise de Ch&teau- Dauphin par M. de Givry.

(3) Dans les gorges de Plialsboui^;.

On a appris aussi ce matin que M. de Bombelles venoit d'être fait lieutenant général ; c'est à l'occasion de la,défaite entière d'un gros corps de hussards que le prince Charles avoit envoyé autour de Bitche. M. de Bombelles commande dans cette place; il a laissé approcher cex?orps de hussards assez près de son poste, et les ayant ensuite canonnés vivement il les a obligés de se retirer dans des bois voisins, dans lesquels il avoit envoyé de rinfa^njterie qui les atoqs défaits, à la réserve d'un seul.

M. de Louvigny est de l'autre côté du Rhin avec 3,000 hommes bien retranchés, occupés à la garde d'un pont qui doit faciliter la jonction de 6,000 Hessois et de 5,000 des troupes palatines qui seront aux ordres àe M; déSfcckendorf, lequel on dit pleinement justifié.

M. le maréchal de Saxe avoit eu dessein d'attaquer l'armée des alliés en ï^landre et die séparer les Ahglois qui faisoient l'arrièrè-gardè; mais ils ont marché toutela nuit et si diligemment, qu'ils étbient hors de pbrtée de pouvoir être atteints. " ' ''

On parle beaucoup d'une réponse dé M. le priAîèé de Conty à l'Infant; Lorsque M; le priiiëé dé'Cdnty apprit que M. de Givi-y avoit forcé le cÉâtéau-DaupMn et la perte que nous y avions faite ( il venoit lui-méttië de pénétrer de son côté) , cette nouvelle le fit fondre en larmes; l'Infant lui dit : « Si vous aviez été défeit^ que feriez-vous donc? » Il répondit : « Je serois honteux dé ma défaite; mais je ne puis l'être de pleurer mes amis et la perte de tant de braves gens. » •'

Du jeudi IS, Versailles. — Lundi ddrhier, 10 de ce riiois, nous apprîmes ici la mort de M"*' des FôrtS; éîle étoit sœur de M. de Courson et veuve de M. des Forts qui avoit été contrôleur général ; ils avoient en un fils unique, appelé M. de Saint-Fargeau, qui mourut ily u quelques années. Il a laissé deux enfants, un garçon et une fille. M"" des Fort» avoit environ cinquante-cinq ans ; elle étoit fort aimable et avoit beaucoup d'amis.

Depuis que je suis revenu de Dampierre, la Reinea continué d'aller à Meudon presque tous les jours, quelquefois dîner, et leplussouvçnt.l'après-dinée. Il n'y a presque point de jour qu'elle ne joue avant souper; elle soupe avec des dames, et JQue jusqu'à une heure après minuit.

Nota, Il se trouvera dans ces mémoires un intervalle de temps assez considérable pendant lequel je n'ai point ^rit; la maladie du Roi etmpn départ pour Metz en sont la cause. La première nouvelle 4e la maladie du Roi arriva à Versailles le lundi 10 août. La Reine en eut des nouvelles tous les jours jusqu'au moment de son départ. Je n'ai recommencé à écrire que lorsque je suis arrivé à Metz. . \ .

Du mercmdi 26, Metz. — Je n'ai point encore parlé en détail de la maladie du Roi. > c

Le, samedi 8 de ce,B[ioia, ,1e Roi tomba malade; il se réveilla àcinq heures du matin avec la fièvre et ûnpeu mal à la tête; il prit plusieurs lq,vements, qiii produisirent de grandes évacuations j le mal de tête, sans que la fièvre eût augpmenté, détermina à une saignée du bras vers les deux heures après midi. Cette fièvre n'avoit point été précédée par aucun frisson. Le Roi avoit monté à cheval le vendredi pour aller voir les fortifications; il avoit mauvais visage, et paroissoit triste; cependant il avoit compté aller 1» lendemain au Te Deum chanté pour les avantages remportés au passage des Alpes par M. le prince de Conty. M. Févêque de Metz, qu^i comptoitque le Roi n'iroitpoint à ce Te Deutn, avoit pris son arrangement pour ne le faire chanter qu'après le départ du Roi ; le Roi fit apparemment réflexion qu'il étoit mieux qu'il s'y trouvât, et 4eiîianda à M. de Metz si tout pourroit être prêt pour le lendemain, ajoutant qu'il vouloit s'y trouver. Les ordres furent donnés en conséquence; mais le samedi matin (c* étoit àcinq heures après midi qu'on devoit le chanter) le Roi dit à M. de Metz qu'il étoit hors d'état

!\ir-MOIIU';S DU DUC DE LUYNr.S.

d'y aller, et qiieronchanli^i toujours le Te Deum:ce qui fut exécuté. M™" la duchesse de Chartres et M"" la princesse deConty y assistèrent; elles étoient arrivées ici plusieurs jours avant le Roi.

Le dimanche 0, le Roi avoit assez mal dormi ; on lui donna un lavement, qui fil beaucoup d'effet; il dormit deux heures, aprèsl'avoir rendu. A son réveil on trouva la fit^vre assez diminuée, et on lui donna réniétique, qui produisit de grandes évacuations (c'est sa purgalion ordinaire). r>a fièvre se soutint, mais sans augmentation; le Roi sentit de la douleur dans le côté droit de la tète.

La nuit du dimanche au lundi 10, la fièvre et le mal de tête étant augmentés, le Roi fut saigné du pied vers une heure après minuit ; il s'en trouva soulagé, et passa lerestede lanuit asscztranquillement, mais sansdormir. A six heures du niafinj il prit un remède, après lequel il y eut un peu de sommeil et de diminution de la fièvre et du mal de tète.

Le mardi il, le Roi prit plusieurs sortes de remèdes, qui le purgèrent beaucoup; cependant le mal de tète augmetita, elle Roi l'ulencore saigné du pied à huit heures du soir.

Le mercredi 12, le Roi avoit assez bien passé la nuit, et la journée fut tranquille; la fièvre elle mal de tète avoienl diminué considérablement; cependant on appela ,\ lu corisulUition deux médecins de Metz, Castera et Mangin, iV trois heures, après midi. S. M. avoit dormi en tout huit heures et étoit beaucoup mieux.

Depuis le commencement de la maladie du Roi jusqu'à ce jour 12, les deux sœurs, M. de Richelieu (qui assistoit même seul aux cousuHationsdes médecins) et les domestiques inférieurs étoient les seuls qui entroient dans la chambre du Roi. Les princes du sang (1) et les grands-

(J) Il n'y avoit ici une M. le dut deCliartres et M. Ik comte de Cleniiont. M. leiluc du Pe«tliièvre a eu la peliie vérole à Sillery en venant icf. Depuis

officiers eii murmuroîent. Les aides de camp du Roi formoient un autre parti; ils étoient pour M. de Richelieu, et de ce nombre étoit M. le duc d'Aumont. Les grands -officiers étoient M. de Bouillon, M. le Premier, M delà Rochefoucauld, M. de Villeroy et quelques autres, qui croyoient avoir sujet de se plaindre, d'autant plus que c'étoit les mettre hors déportée de jouir du droit de leurs charges. Les deux partis se voyoient dans la pièce qui est avant la chambre du Roi, sans se parler. Enfin, on en parla à M"* de Châteauroux, et on lui représenta la convenance et la règle ordinaire; elle répondit que si on suivoit ces deuxprincipes, elle-même n'avoit pas droit de rester dans la chambre du Roi. Dans ces circonstances, M. le comte de Clermontprit sur lui d'entrer dans la chambre du Roi; il dit à S. M. qu'il ne pouvoit croire que son intention fût que les princes de son sang, qui étoient dans Metz occupés sans cesse de savoir de ses nouvelles, et ses grandsofficiers fussent privés de la satisfaction d'en savoir par euxmêmes; qu'ils ne vouloient pas que leur présence pût lui être importune, mais seulement avoir la liberté d'entrer des moments, et que pour prouver que pour lui il n'avoit d'autre but, il seretiroit sur-le-champ. Le Roi ne parut point blessé de ce discours; au contraire, il dit à M. le comte deClermont de rester, et l'ordre accoutumé fut rétabli.

Dès le mardi 11 LaPeyronie avoit parlé à M. de Soissons (1) sur le danger où étoit le Roi. Le mercredi avant la messe, M. de Soissons parla au Roi en conséquence, et très-fortement; le Roi ne lui fit d'autre réponse, sinon qu'il étoit bien foible, qu'il avoit un grand mal de tête et

il a été à Sary, cliez M. l'évèque de Cliàlçns, et sur la nouvelle de la maladie dn Roi, il est venu s'établir à Metz avec M"* la comtesse de Toulouse; mais ils ne voient personne jusqu'à présent. ( Note du duc de Luynes. )

(I) De Fitz-James. Il est premier aiimdnier. M. le cardinal de Rolian, grandaumdaier, est à Strasbourg. {Note du duc de Luynes.)

qu'il auroit beaucoup de choses à dire. H. de Soissonslm répondit qu'il pourroit toujours commencer et qu'il acheveroitlelendemain. Depuis cette conversation, et le même jour 12, M"" de Châteauroux étant auprès du lit du Roi, il lui prit la main et la baisa, puis la repoussant lui dit: « Ah ! princesse, je crois que je fais mal. » Elle voulut l'embrasser ; il la refusa en lui disant : « Il faudra peutêtre nous séparer. » A quoi l'on dit qu'elle répondit. fort bien et d'une manière très-convenable. Il passa le reste de la journée dans de grandes inquiétudes et beaucoup de troubles d'esprit. La nuit fut mauvaise depuis trois heures, et le jeudi matin le Roi fut saigné à sept heures. Il eut de grandes agitations, qui augmentèrent pendant la messe. Il fit demander le P. Pérusseau par M. de Bouillon. Dans cet intervalle le Roi eut un mouvement de vapeurs très-fort, de manière que M. de Bouillon sortit dans l'antichambre pour demander un ilacon avec précipitation. Lorsque ce mouvement fut passé, M. de Bouillon sortit de la chambre, et dit : « Cela est passé. » Des gens qui l'entendirent, et qui ne savoient pas de quoi il s'agissoit, crurent que le Roi étoit mort. Cependant il se confessa, et l'ordre fut donné pour renvoyer M"" de Châteauroux et sa sœur M""" de Lauraguais. Il fut résolu que le Roi recevroitle viatique le soir de ce môme jour. M. de Soissons, qui a toujours agi de concert avec M. l'évêque de Metz, lui parla pour qu'il donniVt les ordres nécessaires, et ayant ensuite été informé que M"" de Châteauroux n'étoit pas encore partie, il pria M. de Metz de faire dire à la paroisse que l'on attendit pour apporter Notre-Seigneur; il rentra chez le Roi, et lui dit que toutes les lois de l'Église et les canons défendoient précisément d'apporter le viatique lorsque la concubine est encore dans la viUe, qu'il prioitle Roi de donner de nouveaux ordres. Le Roi n'hésita p:is un moment, et fit dire qu'elle sortit sur-le-champ. Outre cela. M. de Soissonsav.>it pris la précaution défaire eu sorte que M*' de ChîXteauroux fi\t avertie que si elle

ce sortait pas,. Un'apporteroit pas Notre-SeigneurauRoi. Le décbalneinent du peuple étoit si violent, que M. de Belle-Isle (1)^ craignant que les deux sœurs ne fussent insultées, ,et,pour qu';elles partissent dans i'mstaAt|. leigif; prêta de ses carrosses à deux chevaux, qui étoient tout prêts (2), dans lesquels elles sortirent de ]a ville les stores baissés. Elles attendirent leurs carrosses à quelque distance de la ville, et emmenèrent avec elles M""": de Bellefonds, du Roure et de Rubeœpré. Ces dames n'étoiçpt venues joindre l'armée que pour être avec M""', de Châteauroux; on les mena dans une maison de campagne àiquel-* ques lieues de Metz, que l'on eut beaucoup de peine même à trouver.

Aussitôt après la nouvelle du départ, on apporta le via/tique; M. l'évêque de Metz étoït présent, mais M. de Soissons communia le Roi suivant le droit de sa charge. Le Roi ordonna que l'on fit entrer tout le monde , et dit qu'il demandoit pardon du scandale et du mauvais exemple qu'il avoit donné, ajoutant que çon intention étoit de le réparer autant qu'il lui seroil possible (3).

Ce même jour jeudi, le Rot futsaigné deux foisdupied, le matin et l'après-dinée; il le fut encore le vendredi entre huit et neuf heures du soir pour la cinquième fois.

Le vendredi 14, il dit à M. de Soissons et à M. de Metz que son intention étoit que M"* de Chàteauroux ne restât point surintendante de M"^ la Dauphine, et les chargea de le dire à la Reine et à M. le Dauphin. M. de Soissons demanda à S. M. si elle vouloit que sa volonté fût rendue publique ; le Roi lui dit qu'il le vouloit.

(1) Le iiiaréclial de Belle-Isle était gouverneur de Metz et du pays Messin.

(2) Depuis que le Roi est arrivé à Metz, M. de Beile-Isle a toujours eu plusieurs carrosses prêts pour ceux qui en auroient besoin. M. de Metz et M. de Belle-Isie en prêtent continuellement. (Nof.edu duc de Luynes.)

(3) M. de Soissons m'a dit que le Roi avoit simplement répondu aux questions ordinaires en pareil cas et qui sont contenues dans le rituel. [Note du duc de Luynes.)

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vaise, et le samedi matin l'on attendoit à tout moment d'apprendre que le Roi étoit mort. Dans le cabinet de M. le maréchal de Belle-Isle qui est au-dessous de la chambre du Roi, l'on n'entendoit pas remuer que l'on ne crût que c'étoit le dernier moment de S. M, Non-seulement toute la Cour, mais la Faculté même, quoiqu'elle n'en veuille pas trop convenir présentement, étoient si consternés, qu'ils ne savoient pas trop quel parti prendre. Ce fut dans ce temps qu'un ancien chirurgien major du régiment d'Alsace, nommé Moncerveau, qui est retiré à Metz, demanda la permission d'entrer et d'examiner l'état où étoit le Roi. On avoit donné de l'émétique à S. M. sans qu'il en parût aucun effet ; le chirurgien d'Alsace trouva que le ventre n'étoit point tendu et qu'il n'y avait encore aucun signe de mort ; il en parla avec une confiancecapable de rassurer un peu, et proposa de saigner le Roi de la jugulaire, après quoi il lui donneroit un remède dont il espéroit un heureux succès. On lui dit alors que le Roi avoit pris de l'émétique ; il répondit sagement qu'il falloit avant toutes choses en attendre l'effet; cet effet arriva peu de temps après, et de ce moment il y eut un mieux considérable, qui subsista encore le dimanche. Ce fut ce jour, dimanche, que Dumoulin arriva ; le Roi le désiroit beaucoup (1).

Lanuitdu dimanche au lundi fut encore terrible ; et Dumoulin, qui n'avoit pas vu celle du vendredi au samedi, convient que celle-ci fut des plus effrayantes et qu'il craignit que ce ne fût la dernière. Le chapelain, qui dit la messe tous les jours pour le Roi dans le cabinet avant la chambre de S. M. et qui avant la messe lui porte de l'eau bénite, et après la messe le corporal à baiser, dit que ce

(1) On s'étoit déterminé un p«u tard à envoyer quérir Dumoulin, d'autant pins que le Roi a marqué avoir grande confiance en lui ; il en parloit sans cesse, et paroissoit attendre avec impatience le moment de son arrivée. (Note du duc de Luynes.)

■U\ !\Ff;MOIRKS nu DUC DK LUYNES.

joiip-là il î;r\il bien le Roi sans aucune ressource, n'ayant n;iiiiir(|niî lîn lui aucun mouvement lorsqu'il lui présenta l(! corporal, au lieu qu'il s'avance ordinairement pour le l>ais«îp. Kn elTct Dumoulin convient que cette guérison est au-(lossus dos règles de leur art et qu'elle tient du miracle.

Il y a di^jàtrois jours (1) que Dumoulin a prononcé que lo Uoi étoit hoi-s de danger, et qu'il étoit sans fièvre,

Pour première marque de la convalescence du Roi, on lui a l'ail la barbe aujourd'hui 26 août ; on lui a donné du pain dans du bouillon, et il a commencé avoir un peu plus do monde.

J'ai voulu savoir de La Peyroniece qu'il pensoit de l'espèt'o dt' ot'Iti' maladie. Il m'a dit que le Roi, dansl'état ordinaire do bonne santé, étoit dans l'usage d'aller deux fi^ls par jour ;\ la gaiH.le-robe et al)ondamment; que plusieurs joui*s avant s;i maladie, continuant à manger lonjtuus de même, il u'alloil plus que rarement et peu à la l\»is. ee qui avoit tornié un amas considérable de matières qui s>\ oient vetluè dans lesiuic: qu'outre cela il croyoit \lu'U \ uxoil eu un ooup de soleil, ce qui paroissoit dénxvMUiv par une douleur fixe dans uu côté de la tète, et UvN \î\e. que le Kei a eue pendant toute sa maladie, ce qiu dvMiuvntaNee v.ûsv^ii les plus grands sujets d'inquiétuvU- la IVyivuie îu\i .ijoutè qu à crs deuï accidents il viVNvnt qu'il sVtoitjo;:\l un ivudetiè^Te maligne, qui vv^vvv.liuî v.\'îo;t^\;s ,uvo*-uivVj::'é^' de touS le* symptômes vn\î;u.u\VN ,\ Ov-îU- tuH-.-e

Vi-, '.v^te. ov. ',\' ;v".î oul'lier •.%.•. t-s s*?atiiuenls de rési- ;!i '>,'.'••. ,U> i^tvU' V- ,v >.v..v.I.tc ^•„;' U" R.-; a rj.-.irquês dans

jv.'.'. x^.v- IV,.;; ■„;; vv;".„,': 1>A xi:".',,'. s«.c.ii:-^::i: plutôt, si c o.y- ; vi ^>'.x> •.••.;.'. ,-^;;'. ..,■ vev.r,^. -l; .V :v..'r:d'e p>.>ur que v..> jv,v\vv.x '...>^v^^^ \;;..:,;v .;vC',rc.v.>.

V «,'..*., iiv.v.vt. . » ., .1, j,»4 il. ^3.,,-,iî,

'"Dés qu'il vit là- Reine le lundi ail soir (1), verà minuit, il l'entbrassa et lui demanda pardon du scandale et des peines qu'il lui avoit données (2). Le lendemain il adressa la parole à M"" de Luynes ; et après lui avoir demandé pardon du scandale, il lui fitdes excuses des peines qu'elle avoit eues et dont il avoit été cause (3) .

Lorsque l'ofi sut que le Roi venoit à Metz, on fut occupé, suivant les ordres qu'il avoit donnés, du logement de M"'' de Châteauroux ; il falloit que ce logement communiquât à celui de S. M. Cela ne se pouvoit pratiquer apparemment dans le corps du Gouvernement, où le Roi fut loger ; on établit donc M"* de Châteauroux dans la maison du premier Président, qui est séparée du Gouvernement psir une rue assez large pour y passer deux carosses de front. Cette maison, qui est celle qu'occupe aujourd'hui M. le Dauphin, est dans l'abbaye de Saint- Arnould (ce sont des religieux bénédictins, dont le feu premier ft*ésident étcfit abbé ) ; cette abbaye appartient à M. l'évêque de Marseille, qui loue cette maison abbatiale à M. le premier Président d'aujourd'hui. Pour faire cette communication, il fallut construire une galerie de planches couverte, derrière la principale porte du Gouverne- ,ment; une autre, qui sépare la porte du Gouvernement d'avec la basse-cour ; ces deux galeries subsistent encore, et peuvent être regardéescoinme nécessaires pour lacom-

(1) Lundi 24 août.

(2) Le roiétoi| si occu|)é de- cette idée, qu'il envoya le lendemain, dès quatre heures et demie du matin^ réveiller Min^ de Villars, en qui il sait que la Reine a beaucoup de confiance, pour lu! demander si la Reine lui avoit pardonné. (Note du due de Lti^^es. )

(3) On remarquera que le duc de Luynes n'a pas insisté dans ses Mémoires sur les peines que le Roi avait causées à la duchesse de Luynes, et qui durent évidemment avoir leur source dans les rapports forcés de la dame d'honneur de la Reine avec les maîtresses du Roi , dames du palais. Le duc de Lnynes a cependant raconté, tome iv, page 270, l'invitation inconvenante que te Roi avait adressée à Mme de Lnynes au moment de l'installation de Mme de Châteauroux à Clfoisy.

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SUiltâs.

.^ xuuuuviiftr * lu ^iT. .' Jtt AUPRÏ X ^«Maaiile» la mon-

AOUT t7A^i.

letindeLaPeyroniej car, ([uoique M. Cliicoyaeau soitpre-

lier médecin^ les bulletins n'ont jamais été signés de lui. L'on peut juger de l'agilatioa et de rinquiétiide que donnoienl ces différentes nouvelles; dans des moments l'on étoit plus tranquille, mais aucune n'étoit capable de rassurer. Celles que Ton reçut le jeudi 13sembloientdevoir faire attendre une conlinualion de mieux. La Reine dès le lendemain qu'elle eut appris la maladie du Roi envoya M. de Saint-Cloud, son écuyer ordinaire, voir le Roi, lui marquer l'inquiétude où elle éloit de son état et s'inrformer de ses nouvelles. Lesdeu.v jours suivants la Reine [envoya deux courriers différents pour avoir de.s nouvelles le plus promptenient qu'il seroit possible. La Reine vouloit partir pour s'approcher du Roi dès qu'elle vit que la raaladie paroissoit devenir sérieuse ; M. l'archevêque de Rouen, qui est homme de très-bon conseil, lui dit qu'elle ne pouvoit mieu.ï faire que d'écrire à M. d'Argenson pour qu'il parlât au Roi du désir qu'elle avoit de l'aller trouver. .M. de Saint-Cloud revint à Versailles le vendredi 14 à midi, et dit qu'il avoit trouvé le Roi assez bien ; il apporta cependant une lettre de M. de Bouillon à SI'"' de |LuyneSj qui ne paroissoit pas aussi propre à rassurer.

I. de Saint-Cloud dit aussi à M""" de Luynes que M. de Bouillon lui avoit parléen particulier ;qu'iiravoit trouvé effrayé de l'état du Roi , mais que les autres personnes qu'il avoit vues ne regardoient pas aussi en noir cette

laladie.

Ce même jour, à neuf heures du soir, il arriva un courrier de M. de Bouillon avec une lettre pour la Reine; il prit un tremblement à la Reine à l'ouverture de cette lettre ; les larmes lui vinrent aux yeux, et elle entra dans son cabinet. M'"' de Luynes l'y suivit un moment après. M. leDaupbinetM.de Chàtillon y arrivèrent. Personne

ie savoit le contenu de cette lettre, et tout le monde éloit tonsterné. Au bout d'une demi-lieure, la Reine sortit de son cabinet et s'en alla A la cliapeUe av^^(' M. le D,

ÎU-

(tu MI^MOIIIKS 1)11 UUCDi-'. LITYNES.

|>)ilH^ l'Un y v<iiitftiM>viron un «niarUriieure; elle Ae se

niM |inliit (Ihiik Nn nfoUe, ellcdeniourn sur la balustrade

ilo la /jriiiKl" InlMUH' miiis Upis. Coniuu? lu ïWui*f sortoit

ilii In i'liii|M*lli>, Mc'sdumcs y arrivèrent; elles foudoient

rtii Urini*«. Im Urino revint chez ello dans le trouble et

{'NHlIniion ;on n*ouvruit |)oint la porte de sa chambre

•(Il '•<! Il' \\v cnM «luo tViHoit un ci»urrier ; elle nous lut la lettre

lie M lie IImmiIUmu qui on «flot ûtoit lrès-el£rayante; il

inniH|Uoit A Ia R«*in« que son respect et son attachement

piMx lit) i^hchârcene lui perraettoieQt()as

ilo l>.i .. ..r IV.tat où se trouvait le Rch ; que

lii mmU (Acbctkjtc» ia iMlînée peu congolaote

ilMC 4m li i>Mi*>» qfoe le ftoi avoiteu des

cm/^m f/mâmui ik messe i" ' -' i!e-

•-1^, MnBMBK. ifm'H s^'éko^ ■ - . ce

l^vaH^v^^ ^r^lilHMliMi tl ^M étiwâ reatfmt le viatique

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v^ «rkà 4le A. d'JtfanM. T««lef ksiel-

«aaaiABrclat ; aMKK frèeipi-

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dé poste, mais il demanda' qae la Reine ne' paHlt que I^ lendemain à six heures du maim. La fleine décida (^ dé toutes les dames de- cette S«ftïaiiié» (l),ïi*y ayàfit'i^ W' de Boufflers en état de voyagô^y il n'y «uroit qu'elle qui la suivroit. L'espèce de voiture étoit d'ailleurs un embarras; il ^t-donc réglé qiië la Rèine^ ne pouvani se servir des siennes pour courir la poëté, j^réndroit déni î)érliaes ordinaires qui i^nt à elle^ niais dont M. dé lèésé fait usage. Elle résoliit de metief avec elle îrf"'* dé Layrtes, M»pe.de Villars et M""! de Soufflets ; dàtis liai secoiide berline M""" de Fleury, M""* de Saint-Florentin, M"" de Môntauban et M""" d'Antin. Ces deux dernières entroient naturellement de^emaine le léndemaindimancbté. M""* dePérigord, qui est de cette semaine, ne pouvoit aller sans M""* de Cbalais, sa mère, qui relève de maladie. La quatrième de cette semaine est M""* de Flavacourt ; elle étoit préci~ sèment à Paris dans eemoment; elle' arriva à:eibq heures du matin à Versailles, entrachezlaReine, et lui demanda avec empressement de la suivre. La Reine, qui avoit fait attention à la circonstance du renvoi de M"" dte Châteauroux et de Lauraguais, ses sœurs, ne jugea pas à propos ■de la mener avec elle dans ce moment ; d'ailleurs toutes les places de Ses voitures étoient retnplies ; elle lui dit qu'elle viendroit après elle, et qu'elle la feroît avertir du jour. Elle dit la même chose à M""* d'ÀUcenis et à M"* de Rupelmonde (2). Outre les deux berlines pour la Reine et ses dames, il y en eut une troisième pour M. de Téâsé, M. l'arehevêque de Rotien,M. deChaltoazeletM. de Saint- Cloud (3); il y avoit encore des berlines de suite piour les

(t) M<>>e de Bouzols a une très-mauvaise santé, M"": de Fitz-James et Ma>« de Talleyrand sont grosses. (Note du duc de Luynes,)

(2) Ce même samedi au soir, la Reine fit dire à ces t^oiis dames qu'elles pou- Toient venir quand elles voudroient, ce qui les détermina à-ftartir le lendemain. ( Note du duc de- Luyjies. )

(3) M. de LJzard , écuyer ca?alcadour , courut à cheval presque toute la route; il n'y eut que les dernières postes où, se trouvant Âitigué, il prit la

iî MÉMOIRES DV DUC DK LUyNKS.

femmes de la Reine et celles des dames. On avoit espéré que le tout n'iroit qu'à Irenle-six chevaux, ou vit bien quUl en faudroit au moins cinquante : on alla ensuite jusqu^à soixante, et il en a fallu le long de la route plu$ de quatre- vingts par poste. ^i

Le samedi, la Reine alla à la messe à la chapelle, ^H cinq heures du matin ; elle partit k sept. Elle fit mettre M"" de Luynesà côté d'elle dans le fond; elle éloit môme à la droite de la Reine. La Reine alla jusqu'à Soissons sans s'arrêter ; elle y coucha ; le lendemain dimanche elle passa par Braine, où elle avoit compté descendre et rester quelques moments chez M"*^ d'Egmont; mais les nouvelles qu'elle reçut en chemin étoieni si mauvaises, qu'elle ne voulut pas descendre de sa voiture. J oubliois de marquer qu'avant Soissons elle s'arrêta à Nanleuil. chez M"' la maréchale d'Estrées. De Braine elle alla tout de suite à Reiras, elle ne fit que passer, et delà à Chàlons; elle, trouva ei core de si mauvaises nouvelles à Chàlons (1], qu'elle passî outre et alla coucher à Vitry. Elle trouva le roi de Pologne, à quelques lieues par de là Vitry, dans la plus grande affliction et croyant qu'il n'y avoit plus nulle ressource; il cacha cependant une partie de son état à 1^^ Reine. EnlreChàlons et le lieu où le Roi de Pologne joign^J la Reine, S. M. avoit reçu une lettre de M. d'Argenson qui avoit un peu calmé ses inquiétudes. M""" de Luynes en avoit aussi reçu une de M. le maréchal de Belle-lsle, de sorle que ce fut la Reine qui apprit au Roi de Pologne qu'ily avoit de meilleures nouvelles. M. d'Argenson mandoit aussi à la Reine que le Roi trouvait bon quelle vint à Melz, même qu'il dësiroit qu'elle yarrivât promptement.

1 cl-

(ilacc <]e M. de Saiet^Cloud et M. de Saint-Cloud monta k cheval. ( .\ote du duc de Lut/nes.)

(ij !W. le Premier avoit envoyé des carrosses du Roi «u-deïant de la Heine jusqu^à Venliin , mais la Reine allant â Lunévjlle atoit pria la route de Toul. NoU (tu duc de Lut/net. )

! di'oit (le la dame d'honneur est sans contredit de coucher dans la chambre de la Reine ; cependant M"" de Luynes jugeant que la Reine seroit plus à son aise avec M""deVilIars et M'»'' de Boufflers, qui s'offraient à y' coucher, elle demanda permission à la Reine de s'aller reposer dans une autre chambre. La Reine partit de Vitry le lundi inatin^ et, passant parToul, arriva à Metz à onze heures ou onsse heures et demie du soir. C'étoit le jour mèraequelamatinéeavoitété si effrayante, et on craignoit [encore le redoublement de cette nuit. La Reine alla descendre chez le Roi, quidormoit; il se réveilla un instant après, et il la fit entrer. La Reine entra seule; le Roi l'embrassa, et lui demanda pardon du scandale qu'il lui avoit donné et des chagrins et peines dont il avoit été la cause. Ce fut le lendemain qu'il dit à M™° de Luyues ce que j'ai marqué.

M. le Dauphin et Mesdames n'avoient point d'autres ordres que des'avancerjusquà Verdun; mais M. de Châtillon, qui avoit résolu dès Versailles de mener M. le Dauphin droit à Metz, crut qu'il pouvoit suivre son dessein sans aucun inconvénient. En effet, M. le Dauphin arrivaàMetz le lundi à quatre heures et demie après raidi, mais on ne jugea pas à propos de le dire au Roi, qui avoit donné un ordre contraire. La lièvre subsistoit toujours, et ron craignoit qu'elle n'ait quelque caractère de malignité. Le Roiéloit extrêmement foible, et l'on appréhendoit que la révolution d'une nouvelle à laquelle il ne se seroit pas attendu et la commotion de l'attendrissement ne fissent trop d'effet sur lui. Ce ne fut donc que le mercredi ou même le jeudi que l'on demanda au Roi s'iltrouvoit bon que M. le Dauphin vint ici. M. d'Argenson eut ordre d'écrire à M. de Chàtillon. M. le Dauphin ne fut censé arriver que le lendemain vendredi, et vit le Roi ce jour-là. Le jeudi au soir M. le Dauphin se trouva incommodé, et eut un petit mouvement de lièvre, mais ce n'étoit que de fatigue, etcelanc l'empêcha pas d'aller le lendemain chez

54 MÉMOIIIES DU DUC DE LUYKES.

le Roi. Celte première entrevue ne fut pas aussi tendre^ qu'on se le seroit imaginé ; mais la foiblesse du Koi étoi extrême.

J'arrivai ici iicinrj lieuresdu matin, en passant la veille à Verdun; j'y avois appris que Mesdames étoient parties pour Metz. A deuslieues endeçAde Verdun, je les rencontrai dans des berlines du tioi qui revenoient fort vite ; je fus effrayé, comme on peut le penser. Elles eurent la bonté de faire arrêter et de me faire direque le Roi étoit mieux. Madame avoit marqué tant de désir de se rendre auprès du Roi que M'""^ de Tallard, sachant que M. le Daupliin éloil allé droit à Metz, crut pouvoir y mener aussi Mesdames (1) ;, mais la Reine, qui craignoit la faililesse du Roi et le mauvais air, avoit fait dire à Mesdames, à deux lieues de Metz, de s'en retourner au plus tôt; ellesne vinrent ici que le vendredi > et ne virent le Roi que ce Jour là.

J'ai oublié de marquer que la Reine étoit partie de VeC' sailles avec huit gardes du corps et deux officiers. M. le Dauphin partit le même jour à une heure après midi, M, deChàtillon à crtté de lui, M. l'évùque de Mirepoixsur ledevantjttM. le chevalier deCréqui. qui étoit desemaine. Ils étoient suivis par une chaise à deux, où étoient M. de Muyset M. de MontaigTi, et une autre pour Binet, premier valet de chambre de M. le Dauphin, il n'avoit qu'un garde et un of licier.

Mesdames partirent le même joarA trois heures (elles avoientdeus gardeset un officier), dans Aeax calèches de chasse (2). Dans la première^ Mesdames et M™*^ de

(l) M'i't' de Tiillciiit avuit [ma la précaution d'imvoyer un ctiurmi' à la Heine I'MbIi, (mtif lui rendre f'oniple liii «J^sir de MpiiI.iiiip*', <lii parti qu'elle prcllDft en conHé'iueiwe cL lui deraonder ftesoritre,*. ((\'o/i^ du duc de Ltnjncx.)

(5) lilles n'idliTeut iian$ ces voiliirt;s fjii'iine |uirtie «lu clieniin el prireitl des liedines qui les suivoieat et uii etuieut leurs feniines. (A'rtte du duc de Luynes.) '••••■■>"• ■-••'«■ "M .1. -^n. 1 o- j' -t

TàUard ; dans IS seconde M°" de la Lande sons-gouvernante,' M"" de Beauvilliers, d'Andlau et de l'Hôpital.

On' ne peut pas dépeindre l'état où fu^ntMesdames le vendredi, veille de leur départ. Madame aime passionnément le Roi; elle'se ronloitipax terre, faisoit des ccis affreux; M"' Adélaïde étoit dans une si grandeagitation que lîon'cwii qu'elle avbit la fièvre. Dans la douleur où étoit Madame, elle marqua une consolation et une satisfaction és^êmes d'apprendre que le Roi s'étoit confessé.

Bw'mmèdi %9, Metz.-'^ Les nouvelles sont toujours très-bonnes ici. Le Roi joue depuis quelques jours; il joua hier fort longtemps au momon et à un jeu qu'on «ppelle la loterie ;' il ne paroissoit point pressé de se coucher^ il' mangea lé soir un potage. Aujourd'hui, il a iéoqnmenoéà manger de la viande; on lui en a servi de plusieurs espèces , et il avoit désir de toutes, mais il a demandé à la Faculté son avis. Le sommeil ix'est pas eno^^'doBîtaîë oh le pouuroit désirer^

• Il tjnt; hier des nouvelles deRoine très-favorables, liiai^ indii^ectement'; quelques circonstances difficiles à bcflMxliép font attendre avec impatience un courrier (1). ! Ml le duc de Chartres partit hierpour joindre l'armée; îl.i te«omté deClermont part aujourd'hui;. M. le duc de Pentilîèvre doit par j;ir mardi, •

-•••Léf'Roif'de Pologne est ici d'avaat-hier, c'eat-à-dire à Frescati, et'^'en retourne demain.

M. le comte de Montmorency, qui a apporté il y a quelques jours la nouvelle de Démonte (2), est encore ici, et s'en

■ '(f )'La confirmation vient d'arriver à' M. de Gampo-Fiorido que M. de Gaiges: a remporté un avantage à VeUetrï. {Note du duc de Luynes, datée du 30août.)' <

- ' (%) Les fNénges des ftipes avaient été forcés sur plusieurs points à la fois ; ea IBftatc temps que le bailly de Givry et Chevert enlevaient Cliâteau-Daupiiin, uee autre colonne, française s^emparait de Démonte. Aussitôt après ces briUants faits d'armes, les Franco-Espagnols assiégèrent Coni, mais les lenteurs et le mauvais vouloir de M. de la Mina firent manquer le reste de la campégBe. ' '■ ■

m~ — MtvMomivs DU nue de luynes.

lelourne démuni joindreM. le prince de Conty. Le Kui lui dit hier (j'éluisprôsent) : « Je vous fais brigadier, m

Hier, MM. deSchmettau,deToiTing, fils de celui qui est feld-maréchal, et de Wagtîndonnel vinrent savoir des nouvelles du Roi de la part du roi de Prusse, de celle de l'Empereur el de 1 Électeur palatin.

M"'" Ferrand, de Lusl>ourg-, deCustine el de Laval fU' rcnl présentées ces jours passés à la Reine.

Il y a quelques jours que M. de Livry arriva ici; ce n'est point lui qui sert le Roi dans son Ut; c'est le premier gentilhomme de 'la chambre en année.

Du dimanche 30, Melz. — Le Roi ne dort pas bien encore^ mais il continue à manger de la viande et à jouer quatre ou cinq heures. H est couché sur une grande chaise, et se prom<>ne toujours un moment, soutenu par deux personnes; il est encore bien toible.

Il estcertJiin que toute notre armée a pa.ssé le Rhin (1). M. le chevalicrdeBene-IsleauncorpsdelO;\l-2,000 hommes de troupes légères pour suivre les ennemis qui ont deux journées d'avance sur nous, mais qui ont des défilés à passer. On dit aussi que M. le comte de Clerraont va taire le siège do Fribourg, apparemment avec M. le maréchal de Ooign y. On parle aussi d'un détachement au moins de !20,0t)0 hommes, je crois, qui va du côté des États de Hanovre pour obliger les Hanovriens de revenir de Flandre pour défendre leur propre pays (2).

(I) Le prince CUarles, à la uouvelle de l'invasion delà Boliéine par lu roi de l'rtisse, avait ëvaciiH l'Alsare et rppflsso le rtliin pour se porter contre les PrussiL'Dii, lie laissant qu'un torps au\ ordres de Berenklaii pour oh»Rrver le^s nidrMiaifx de Noaillr» et <le Coigny, qui lui ki.is^Tent iv^pa^ser IranquillemL'tit le Rhin, rcprendru la roule de Uoli^ineel tomber sur Frrdéric, qui devait avec raison te i:roice retenu en Alsace ou au moins trè.s-occu[)ê pendant sa inarclie. An lien de lela, on alla Taire le sit'ge de Frihonrg, et un envoya quelrjiies troiipes en finvièrc pour faire rentrer Clinrles VII à Municti. Le marétlial Tranri et le prince Ckarles prolilérent de tant »1e fautes, et obligèrent Fr('(lèri<' a évacuer la IloUfiine.

(■/,i L'arrn<"e einifinie en Flnndre, à itupielle l'tait npirnsê le mai-échal Je

AOUr 1744.

mer que le 2(

i oublié de marquer tendit la messe dans la chambre du Roi, Le samedi ^2 et le dimanche 23 elle l'entendit à Saint-Arnould. Ce fut lo prieur des Bénédictins qui lui dilla messe ces deux jours, M. de Metz deniandoit qu'un de ses aumôniers servit de chapelain à la Reine pour lui dire la messe, le prieur a demandé que ce fiU lui, et Ta obtenu. Le 24 S. M. fut entendre la messe aux Jacobins, le 25 aux Chanoinesses i'eligieusesdeSainte(ilossindeet alla aux Jésuitesenlendre le sermon de M. Tabbé Josset, chanoine de la cathédrale. Lesermon et le compliment étoîent fort beaux. La Reine entendit tout de suite le salut.

^ Du lundi 31 , Melz. — Le Roi a encore fort mal dormi cette nuit; comme on a été justement alarmé, la moindre chose effraye; etTondisoit hier et aujourd'hui que l'on s'étoit trop pressé de lui faire manger de la viande. J'ai parlé aujourd'hui à Dumoulin, qui étoit allé se promen er à Frescati , m aison de campagne de M . de Metz,

^où je l'ai vu ; il ma paru fort tranquille et très-content

Bde l'état du Roi. It m'a dit positivement qu'il étoit bien vieux, mais qu'il n'avoit jamais vu de convalescence aller aussi vite que celle-ci, que le Roi avoit le pouls dans sqii état naturel ; et eu conséquence on acontinué à lui donner de laviandeaujourd1iui.Il ajouéà quadrille cette aprèsdlnée. il n'y a point d'inquiétude à avoir ; il ne faut que de la patience.

H M. le maréchal de Noailles revient. Il sera ici demain au soir ou mercredi ; on ne dit point si c'est pour y demeurer ou s'il retournera à l'armée.

Quoique nous ne soyons qu'à trente lieues de Strasbourg, on n'en est pas mieuxinstruit de l'armée du Rhin, il parolt toujoïirs certain que M. le chevalier de Belle-Isle comraandeun corps pour suivre les ennemis; mais je crois

S«ie, se cumposail d'AngloHanovrienK, commandes par Wade, ut «l'Ailemaiids, aux urdre-^ du duc d'Aremberg.

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