‹ Mémoires du duc de Luynes sur la cour de Louis XV (1735-1758) (volume 3)Chapitre 2 sur 94 · S8 MEMOIRES DU DUC DE LUYINES · texte numérisé non relu

S8 MEMOIRES DU DUC DE LUYINES

qu'il n'est qae d'environ 8,000 hommes; d'aillourson parle toujours du siéj^e de Fri bourg- assezaffirmativenient. On parle aussi, mais plus sourdement, d'un détachement vefs l'électorat de Mnyence ou vers Hanoi* re.

Les avantagea remportés par M. de Gages (1) ont été confirmés aujourd'hui par une lettre qu'a reçue M. de Caniilo-Florido et que je viens de lire Les ennemis avoient dessein de surprendre M. de (Jajies, et pour cet efïet ils firent courre lo bruit qu'ils dévoient embarquer une partie de leurs troupes ; pendant ce tempj^là ils marchèrent à Velletri , où ils eurent d'abord quelque avantage ; mais M. de liaj^es s'y porta aussitôt, et repoussa vigoureusement les ennemis. Le Roi des Deux-Siciles marcha aussi ; on se battit de pari et d'autre longtemps dans Velletri ; les ennemis en lurent chassés jusque dans leur camp, où l'on croit même qu'ils ne pourront pas tenir longtemps, lis ont perdu plusieurs officiers pris et tués. Cette lettre t'a it monter leur perte A environ 4,000 hommes.

M. le contriMeur général est ici délier. M. le cardinal tle Rohan y arriva avant-hier au soîr ; je le vis hier; il a un peu de peine à marcher, mais il se porte bien, à cela prAs. U ditqiieSavernen'estpas àijcaucoupprès aussi dégradé qu'on l'avoit cru; son jardin n'est endoramagéen aucune manière; pour la maison, il y a deux appartements quel'onamisen fort mauvais état ; on a cassé ou emporté les glaces et meubles; il y a eu unbouletde canon qui est entré dans la maison par une fenêtre du grand escalier et -->]' f iji'. __^ '

(i; Il est (luestion de l'affaire fie Vellelri.

Le tirince ik LohkosvilT: était daiis la RomRgne avpc une armt'c de 34,000 lioiiime^; il se propusait d'attnqiierâ Kirnini les Espa$;nols et Iê-s Irouiirs du riiii: de Modi^e pour jnarclier ensuite sur Naple* et reconquérir ce n>)auiiie. !,«■ i'OuiIl' de Gages, coinmaiiiîanl l'arin^f espagnole, biiltit eirieiraite sur lafroii- Hère de Naples, parFano et le Silloral de rAdriaUi[ue, cl opvra ^lajoDCtion à Velletri avuc le roi ile Saples don Carlos, i|ui s'était enfin AMité à agir. Lol>kouilz ajant essajé de surprendre don Carlos à Velletri (il aorti) tut repi>n*sé 'iigonreiisenient par le comlo <•«? r.ages; il ne pul rien faire jusqu'au niuis d'octobre, et se décida alors ù hutlre en retraite. ' i <■ •»

qbi est même resté après avoir casrè quelques pierres, sans avoir fait un tort considérable. Les enitemià auroient biétti voulu emporter «ne figure duRm âcbevalén bronze, mais ne pouvant en venità bout ils otit emporté la bride du cheval*; d'ailleurs, ils ont bu tout 1« vin et fort maltraité les domestiques. ■ . -.

jWrive de-Frescati; c'est une jolie maison à l'évéque deMeIzj située aune lieae d'ici, ^ns la plaine, entourée de plusieurs villages.; le jardin est fort grand eft agréablement distribué* Le réz-deH;haussée de la maison estassiez beau ; tout le reste, qui est distribuéen deux corps delogis, n'est plus que chambres et garde-robes, mais il y a vingtcinq ou vingt-six appartements.

Nouveanx détails sur là maladie dn Roi ; contin'nation de sa convalescence. -^ Composition de l'armée de l'Empereur. — TeDeum pour le retour de la santé du Roi. — Retraite du prince Charles . — M. de. Scbmettau et le maréchal de Belle-lsle. — Déchaînement contre M. de Noailles dans l'armée'd'Alsace.'— Manque de direction pour les affaires étrangères. — Dé-

. Bonioadans le conseildes ministre. ~ Arrivée à Metz du maréchal de Noailles. — Logement de.M"!^ de Luynes. — Apparteinent du Roi. — Mme de Flavacourt entre chez, le Roi avec les dames dé la Reine. — Comî tés tenus pour les affaires. — Conversation du Roi avec M. de Noailles, -^ Noftvelles do comte dé Clermont et du roi de Prusse. » Siège de Fri bourg. — Départ da Dauphin et de Mesdames. — La duchesse de Char très et la princesse de Conty. — Monotonie de la vie de la Cour à Metz -^ Avantagé remi*orté par les Prussiens en Bohême. — Pension donnée à

' IH"": de Lauragnais. — Régiment reinsé au gendre de M. de Bouillon. — Capitulation de Prague. — Les chanoinesses de Sainte>Marie. — Ignorance de la Reine surJes projets 'du Roi. — Préparatifs de départ de' la 6(>ur. — Indifférence dn Roi pour la Reine. — Les sentiments religieux du Roi dimi-

■ lAient avec son retour à la santé. — Départ de la Reine; ««m passage à

Nancy. — Le Roi et la Rdne à Lunéville Chanbeux, maison, du roi de

Pologne près de Lunéville. — Dames présentées au Roi. — Mécontentement du Roi contre le parlement de Bourgogne.

Du mardi V^ septembrey Metz, —r Depuis que j'ai écrit hier, M. de Bouillon, que je vis, lequel n'a pas quitté le

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MEMOmiiS DU DUC DE LUYKES.

Roi d'un moment, me dit quelques circonstances qui méritent d'ôtry observées.

Le Roi se réveilla le samedi 8 aoill avec la fièvre. Depuis le vendredi 7 jusqu'aujeudi 13aprèsla messe, il n'y eut qu'à l'heure de la messe que les princes du sang et les grands-officiers eurent permission d'entrer dans la chambre du Roi, et aussitôtaprès la messe il ressortoient etilsn'yparoissoieniplus.LaPeyronie, qui conduit et gouverne absolument M. Cliicoyneau, premier médecin, faisoitavec lui seulement les consultations pour le Roi, sans même y appeler le S' Marcot, médecin ordinaire, homme fort sage, lequel n'a eu la liberté d'entrer que pour iâter le pouls du Roi un moment. Dès le dimanche 9 le Roi demanda Dumoulin, et cène futquele jeudi 13 août qu'on lui envoya un courrier pour le faire venir. M"""" de Châteauroux et sa sœur étoiont perpétuellement dans la chambre du Roi avec M. de Richelieu, qui assistoit seul aux consultations, quoique le grand-chambellan ait droit de se trouver à toutes et de savoir ce qui se passe sur la santé et pour le service du Roy.

Le mercredi 12 août, M, de Soissons avoit commencé de lui-môme de dire quelque chose au Roi de son état, quoique La Peyronie ne fût pas encore d'avis qu'il lui eti parlàt(l). M. de Richelieu demanda mômeàM. de Bouillon (c'étoit un moment avant la messe) ce que M. de Soissons pouvoit dire au Roi. M, de Bouillon lui répondit qu'il n'en savoitrien, que ce u'étoit pas son affaire ; mais que quand il lui parleroit de choses sérieuses, on ne pouvoit pas l'en blftmer. Ce même jour, sur les onze heures du soir, M. de Bouillon ainsi que les grands-officiers et les princes du sang mêmes étoient toujours dans le cabinetavantla chambre du Roi. M. dû Richelieu ouvrit

(I) Il est bien vrai, comme je fai marqin?, que La Peyronme avoil pirlé dèa le iMrdi h. M. de Soiasons ; mais le iiiercriidi il lut dit que riea ne pitis^ soit. (A"oj!e du duc de tu^nes. j

SEPTEMBRE (744. et

la porte de la chambre, appela M, de Bouillon et lui dit que le Roi nevouloit point donner l'ordre. M. de Bouillon, furieux d'un pareil propos, dit hautement devant tout le inonde qu'il n'y avoil donc q«M aller prendre l'ordre de iM, de Richelieu pour le service du Roi, que pour lui il restoit par devoir et par attachement pour la personne du Roij mais qu'il prenoit le parti de se retirer chez lui. Le lendemain malin, La Peyronie vint trouver U. de Bouillon, et lui dit qu'il ne croyoit pas que le Roi eût plus de deux jours à vivre, qu'il falloit avertir M. de Soissons. M. de Bouillon parla avec la dernière force à La I Peyronie, et en présence de M. de Fleury, sur ce qu'il avoit lasardé Jusqu'à ce moment de prendre sur lui toute la conduite de la maladie du Roi, sachant bien que la charge de g-rand-chambellan donne non-seulement le droit d'assister à toutes les consultations, maïs encore d'ûlre instruit à chaque instant de tout ce qui regarde la personne du Roi; il ajouta qu'il alloit envoyer quérir un valet de chambre du Roi pour lui dire d'aller parler au Roi trèsfortement. En effet, il envoya quérir Champcenetz le pèrCj qui venoit d'arriver, et lui dit que lorsqu'il entreroit ^chez le Roi, qu'il lui représentait le désespoir où il étoit le ne pouvoir savoir directement de ses nouvelles, et d'ajouter qu'il n'y avoit qu'un ordre exprès de S. M. qui pût Tempècher d'entrer dans sa chambre, et qu'à moins qu'il ne reçût cet ordre du Roi il entreroit certainement. Ce jour-là effectivement, quand on appela pour la messe, et avant qu'elle commençât, M. de Bouillon ^«ntraavec M. delà Rochefoucauld, M. de Fleury et lesdeux princes du sang qu'il avoit déjà prévenus et qui avoicnt commencé à parler au Roi, M. de Bouillon s'approcha du lit de S. M. et lui parla de la manière la plus forte et la plus touchante de la douleur inexprimable où il ctoit de ne pouvoir lui montrer son zèle et son attachement, de même que les autres principaux officiers de sa maison, en remplissant les droits de leurs charges. Le Rot répondit:

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