I&O M^.MOIRES DU DUC DE LIJYMS
chambre» où M. le ducdeGesvres et M. le prévôt des marchuDds présentèrent le corps de ville, tous en robes rouges.' M. de Cesvres présenta ensuite des vers composés par ie • S' Roy, poète f:uueux (1'^ ; ce sont les paroles d*un divertis-^ sèment (2) dont Hebel (3) et Fraticcuur {k) ont fait la mu», sique, et qui fut chanté par Benoît , basse-taille , et par M"^ Lalunde, tous deux de la musique du Roi. U y avoit une partie des exemplaires reliés et tout le reste en blanc ; il n'y en avoit que deux reliés en maroquin bleu, l'un pour le Roi, J'autre pour M. le Dauphin; plusieurs en maroquin rouge pour les Prince» du sang. Il y en avoit aussi en papier doré, qui furent donnés aux principaux seigneurs. Le Roi se mil à table sur les trois heures, et y resta jusqu'à cinq heures et demie (5). U fut servi par le
(I) Roy (l'ierift-Cliarlcs), né en l(i83, à Paris, et mort en I7fi4, eut en effet une (grande réjiutiitioii comnii* puélt- hrii|iie; il dut sa célébrité à l'ociéra 'lo Vniitrhné {Mi").) tt au balte! ife Eléments (17251. Tiès-salirique, Roy $'i)1l<ir|u<i à Voltaire. (]iii se moqua <l(* hilj et au cointe de Clermont, qui If lit a&suiiinier à cnups cl<* liilton. Od connaît les vers que Ut Voltaire à propos du pcH'me ()iiG coniposu Hoy sur la convaleAcence de Louis W :
• >'olfe moiuri|uc aprè'* sa uialadiu,
• Élait j Mel/, aUaiiué d'Insomnie,
■ Afiî iiuetlf peu» l'auraient giiKii il':ilH)rd! ' IVoy, le iioële . ."i Paris versilic.
■ La |jlti-e airive, on Eattl..... le Boi durl.., » Ve Saint-Sliebvl ta muse sait Mole.
<») Les AHiptstales, 1 vol. ia-i", U-ii.
(3) Rebel ( Krançois), né à Paris, en t"0l, mort en 1775, compositeur et directeur de l'Oj*éra, a eoni|ifl*é avec Frama-iir plusieurs o|iéni s.
{'i) Frnnc«'Mr (François}, né à Taris, en lfi9», mort tti I7S7, l'un àt* viuulHiuatre violons, |iuis compositsur de la clianibre du Koi et directeur <te t'0|iL'rn avec Hebel.
(.S) Pendant une partie du dlncr le Roi fut fort occupé de tout es qui pouvolt regarder le retour de M. de Richelieu. Il y a eu des ordres exptklii's à Pordinuire pour rassemblée des É(ats de Languc^loe; il élott question de i>avoi qnfiud pouvoient arriver ces ordres; le Roi i:ti parla à M. le prince (îe T>omlifïA <'t il M. ik- Heniase, qui b èlé inlendaut lU- Languedoc; et tes (iiu^stions sut le leiiifts de l'arrivée des courriers furent répétées plu'^ieius fois. Cr n'est pas seuleruenl dans te momeni qu'il fut octupé de M. de Hiclielieu , il eu avoit parlé dès le malin; et à l'iiôlel de ville it dit à M. deGesvres ; « Dans ijuatre ans je reviendrai dîner ici à l« naissaucu du premier garçon qu'aura
Î^OVKMBRE 1714.
prévrtt tlfts inarchaiuls , en robo i"oujM;-e; M. le Dauphin par le premier éuhevin. La musique, (jui étoit dans uu coin de la salie , vis-à-vis le Roi, commença en même temps que lo dîner ;c'étoit Uebel «[nibatloit lamesui*e(l). On Joua différents air» d'opéra hicu exécutés; eusuile on exécuta le divertissement du Roi. La musique en est fort bonne, aussi bien que les vers de Itoy; niais ou se plaint que les paroles ne Sont pas assez lyriques. Le Roi sortit de table à cinq beures et demie ou environ. La «îille étoit très-bien éclairée et extrêmement remplie. Le peuple pilla le fruit, c'est l'usage en pareil cas. J'ai appris à cette occasion ce que je n'avois pas remarqué, c'est qu'à Fontainebleau, le dernier grand couvert du Roi avant son départ, on laisse piller le fruit au peuple. On avoit essayé d'éclairer l'are de triompbe et les décorations di* la Grève ; mais le vent empêcha TelTet dos illuminations ; elles ne réussirtMit que dans la cour de l'hfttel de ville. Cette illuininalioii de la cour étoit composée do petites lanternes et laisoit un très-bel effet.
Sur les six heures, le Hoi remonta dans ses caiTosses, et toujours escorté par sa maison, qui avoit attendu dans la place de Grève, il alla au salut aux Grands- .lésui tes. La Reine, qui ne fut point à l'bôtel de ville , s'étoit rendue aux Grands-Jésuites, où l'on chanta le Te Deum, Après le salut, le Roi traversa tout Paris pour voir les illuminations jusqu'au bout de la rue Saint-Honoré, faisant le tour de la place Vendôme. La Heine, dans ses carrosses, suivit
M""^ la llutipliiii« , l'.iir l'Ik n'en aura que dansqualre ans; irici là pfiil-é(ro elle aura lUs rilii>. " Ci- ca\cuI v»\ aJr.é à euteiiiiic-, celte quatrième anuée devant Être cnetiru ceilu lie VL île llichrlleu qui entre de i^er^ice <iti )ireiiijer janvier procliaiii. {,\'o(e du duc de Lut/nes.)
(t) La bililiotliëque de la TÎIIe de VerRaillIes yosséde, dans sa précieuse (xillecliun musicale, l'eKetuplaire des Âuguslales, «lui a servi k Itubel |iuiir baU Ire la mesure, ou r.ornrne nous disons ;iHJounVliui pour rtirij;<;r l'i'xrëutioii du divertissement. Cet exemplaire gravé est cliargc de corrcclious; il (lortesur le titre : pour la meaure.
f52 MEMOIRKS DU OIIC DE LUYNES.
le Roi ; ils ne revinrent aux Tuileries qu'à huit heures et dcitiic.
Les illuminations les plus remarquables étoient celles de M. le cardinal Tencin, au bont de la rue Saint-Honoré, celle de TbAtel de Noailles, celles de la place Vendôme ; et de l'autre côté de la rivière sur le quai près le Pont- Royal, celle de l'hôtel d'Aumont, qui est l'hôtel de Nesle, faisoit un effet admirable; celui de M. le duc de Saint-Aignan. qui est aussi sur le quai vis-à-vis les galeries du Louvre, étoit aussi très- bien éclairé.
Lorsque la Heine fut rentrée. M""' de Luynes, qui Ta voit suivie, trouva en rentrant dans sa chambre M"" les ambassadrices d'Espagne et de Naples qui l'attendoient avec M™' la duchesse de Salas ( Montalègre ) ; elles Ta voient priée de la présenter au Roi, à la Reine, à M. le Dauphin et à Mesdames. M"" de Salas est femme du premier ministre de la cour de Naples ; nous ne le connoissons que sous le nom de duc de Monialègre, mais il porte aussi celui de Salas. Il a succédé à M. de San-Elslevan. Il n'est point grand d'Espagne; ainsi M"* de Salas n'eut point de tabouret dans le cabinet; elle fui saluée et baisée comme à l'ordinaire.
Le st'jour du Roi aux Tuileries a obligé de reprendre les logements que Ton avoit donnés à plusieurs personnes ; mais comme il ne s'agissoit que de quelques jours, on a trouvé bon que chacun laissât ses meubles. M"^ de Luynes étoit logée dans l'appartement d'un des abbés de Fleury ; M. le comte de Charolois avoit celui de l'autre abbé de Fleury. Ces deux appartements, ainsi que c«lui de La Peyroaie, qu occapoit M. de Bouillon et qui est celui du grand-chambellan, sont six ou sept marches plus haut que le plain-pied de îappartement de la Reine, touchant d'une part presque au l)out de la galerie et de l'autre fort près de la salle des gardes de la Reine.
La Reine soupa seule dans le même cabinet où elle avoit dlDé; le Roi, qui avoit dîné tard, ne soupa point.
Dumardi 1 7, Paris. — Le Roi fu t hier courre le daim au bois de Boulogne. Avant que trarriver de l'armée il avoit mandé à Mesdames qu'il vouloil les voir monter à cheval. Pendant l'absence du Roi , Mesdames avoient raonté à cheval plusieurs fois à cette chasse du daim. Cet équipage n'est point aux ordres du grand-veneur; c'est ce que l'on appelle les chiens verts, parce que les piqueurs sont habilitas de vert ; il est payé sur la casselte du Roi; c'est M. de Darapierre (1) qui est le commandant de cet équipage, et sous lui M. Lebel, ci-devant concierge de Versailles et premier valet de chambre du Roi. Le Boi pendant la chasse fut fort occupé de Madame; Il lui parla beaucoup et lui fit des amitiés dont elle fut très-toucbée ; elle aime le Roi, et le Roi a du goût et de ramilié pour elle.
Ce môme jour, la Reine sortit sur les trois heures, et fut aux Carmélites de la rue Chapon. Le peuple de Paris parolt très-sensihle aux marques de bonté et d'attention qoe la Reine donne toutes les fois qu'elle sort. Le Roi
Noupa au grand couvert, comme il avoit fait le vendredi et le samedi. Le Roi, un peu avant souper, vint dans la
[galerie, et après s'<^trc approché un moment de la table de cavagnole delà Reine, il joua au piquet faisant la chouette à M. de Luxembourg et à M, de la Vallière. Mesdames jouèrent aussi au cavagnole, au milieu de la galerie. Lorsque la Reine entre dans la galerie ou en sort, c'est H. de Fleury qui porte sa roi je, parce que, comme je Fat dit, cette galerie est de l'appartement du Roi. C'est par la même raison qu'il y présenta hier M. le duc de
'Fitz-James, qui arrivoit de l'armée et venoit faire sa révérence. M. de Fleury en fil une honnêteté à M""= de Luynes, qui étoit présente, et lui dit qu'il étoit persuadé qu'elle ne le Irouveroit pas mauvais, parce que c'est le droit du premier gentilhomme de la chambre.
(I) Gentfllioinnie des plaisirs; c'e»t le tilre de la cliarge qu'il a ciii» le Rof. (\o(e du duc de Ltiijnes.)
154 MEMOIRES DU DUC l)K LUYNES.
J'ai oubliû de marquer que le samedi le Hoi, après son travail, vint dans la galerie, et que non-seulement il s'approcha du Cciv{it;ru)le, mais il s'nssit auprès de la KeiaQ. et y demeura jusqu'à la fin du jeu, ce qui lit l'espace d'en*j viron une pe-lite demi-heure; c'est ee que l'on n'avoiil piMUl encore vu.
Du mercredi 18, Paris. — Hier le Koi alla à Saintetleneviève dans ses carrosses ; la Heine y alla aussi dan») le» siens. U y eut uu Te Denm en musique , après lequel LL. MM. reviurenl aux Tuileries, La Reine dina à soa petit couvert, comme les jours précédents. Ce jour-là lc|i Koi eut le maliu etFaprès-dlnée treize harangues, savoir ;^< deux de duique compa.£,'nie , le premier président et l'a-J vocatgénéral ; ainsi leHarleuieut, la chambre des comptes, la cour des aides, le graud conseil, la cour des monnoies, cela fait dix. M. de Maupeou , premier président du Par^J lement, parla très-bien. Il y eut ensuite celles de la Ville, de ri'Diversitéet de TAcadémie. C'est toujours le directeur de l'Académie qui porte la parole; on le change < tous les trois mois. C'étoit Crébillon, Après la harangue, Crébilion et La Chaussée lurent chacun une pièce de vers sur la convalescence et le r»jtour du lloi. On a remarqué qu'hier M. de la Rochefoucauld, ayant demandé au Roi ses ordres par rapport à M. le Dauphin, le Roi lui répondit qu il verroit cela dans quelques joure. Il étoil question de faire faire un habit pour quitter le deuil, qui (initie 23. C'étoit M. de Chàiillon qui, en qualité de maître de la garde-robe de M. le Dauphin, éloit chargé de sou habillement; présentement les choses sont rentrées dans l'étal ordinaire, et c'est la garde-robe du Roi qui lait faire les babils pour M le Dauphin.
U y Hvoil eu ordre à Paris, avant Tarrivéedu Roi, d'iiluDiiner pendant trois jours; le Roi en a demeuré qu^itre en comptant celui de son arrivée ; on a ilhnuiné tous les dits quatrejours; mais les grandes et belles illuminations n'ont été que le dimanche et le mardi. Le mardi le temps
NOVEMBRE «744, là.î
très-fttvorable, e( les illiiminLilions firent uq beaucoup plus bel effet que le dimanche. Sur le quai , vis-àvis le Louvre, les plus belles i-'loient colles de 51. le maréchal de Suxe et de M. le duc de Fleury, l'hôtel de bouillon, qui éioitmagnilique, et Thôlelde M. le duc de Saint- Aiguan, qui réussit encore beiiucoiip mieux ce jour là que le dimanche, b'dlumination derh»>t(!l des Invalides fut lîi plus belle de toutes. M. le Hhuphin alla dans le Cours exprès pour la voir; on fit tout ce qu'on put pour enga^^er le Koi à y aller ; on ne put jamais l'obtenir.
Du jeudi W), Versailles. — Le refus de M. de Villeneuve a jeté dans de nouveaux embarras, et le Koi revint ici iiier sans qu'il y eût rien de déclaré ; ce ne fut qu'après son arrivée que Ton sut qu'il avoit déclaré M. d'Argenson 1 aine pour secrétaire d'État des affaires étrangères ç, et M"* la duchesse de Hrancas pour dame d'honneur de M"" la Dauphin e.
Les postes sont données à M. d'Argenson le cadet; on ditque c'estun objet de 20,000 livres de rente seulement; il a fait assez de dépense pendant cette campagne pour mériter cette grâce.
Lîv place de conseiller d'Étal qu'avoit M. d'Argenson l'ahié a été donnée à M. Rouillé; il y a encore à nommer â celle de conseiller au conseil royal qu'avoit mon dit S' d'Argenson. Beaucoup de gens croient qu'elle sera donnée à M, Méliand, qui est conseiller d'État et beau-père de M. d'^Vrgenson i'alné.
Le Roi trouva ici, en arrivant hier, unarc de triomphe admirable dans l'avenue, entre les deux écuries, sans compter beaucoup d'illuminations à Chaillot, à Passy, à Sèvres. Il y avoit environ quinze cents honunes de labourgeoisie de Versailles sous les armes dans l'avenue, dont quelques-uns formoient une troupe de dragons, d'autres uae troupe de cavalerie, et d'autres d'infanterie, vêtus eu uniformes. L'arc de triomphe étoit éclairé du côté de Paris, etducùtc du château il n'y avoit que des terrines
iMt MOIRES Dr DUC DE LUT>ES.
eu htts pour voir mieux le dessin qui réellement est beau el de Irès-bon i:oûf. M. le comte de Nodilles m'a assuré aujourd'hui quti, la dépense faite par les bourgeois de Versailles , laut pour les habits uniformes que pour les drapeaux, étendards, timbales, pour l'arc de triomphe elles illuminations, montoit à 287,000 livres. Le château étoit aussi fort éclairé , c'est-à-dire la cour du Roi et les deux ailes des ministres. Immédiatement avant le souper du Roi, on tira de l'arc de triomphe une espèce de feu d'artifice, mais qui nerépondoit nullement à la beauté de la décoration.
M. le cardinal de Gesvresa été enterré ce soir. M. l'abbé Couturier et M. le Pelletier, ancien premier président, sont ses exécuteurs testamentaires.
Le Roi partit hier de Paris sur les ciuq heures ; il ne vouloit arriver ici qu'à la Huit pour voir les illuniinntiuiis. Ou a eonstruit ici, comme je (lois déjà l'avoir marqué, un arc de triomphe eûlre les dcu\ écuries. La décoration en est parFailemeut belle ; coranne on doil le graver, on eulroiivera l'estampe jointe à ces .llémoires (1). Cet arc de triomptie étoit édairé par des terrines et taïupioos du côté de Paris, et du coté du diâteau il y avoit seiilenietit des terrines eu bas arrangées par terre pour que l'on piltvoir le dessin de la décoration. Les deux écuries fl'etoient point du tout éclairées, mais le château et la cour des ministres l'étoieot parfaitement bien et faisoient un fort bel effet. Le Roi trouva dans l'avenue i\l. le comte de Noailks à cheval à la tête de quatorze ou quinze cents hoiumes de la bourgeoisie de Versailles, distribués eu diffcreutes troupes dont il y en avoit une de dragons à cheval. M. le comte de Noailles, l'épée à la main, sahia le Roi. H m'a dit que la dépense de l'arc de triomphe seul alloit a 25,000 livres, et qu'en joignant à cette somme les frais que chaque particulier a faits,
0) Celle cslampcest en deux feuilles; l'une représente la vue de l'arc de IrbiJiptie du côlé du tliâteau, l'autn: ilu ctWé de Paris. Llle a pour lilr« : \rc df Irifirnplie lait |)iiiit- l'iinureuse arrivée du Roy à Versailles ; au\ Jtpens tkf, bciurgeois et lialiilarils de la dille ville. Se vend en i.i ditle ville de Versailles, ehe/. l'. le l-'fhure, libraire, rue Dauplune, priïche la Paroisse; et il Paris clieï îa veuve Ftâsard, passage Saint-Geriiinin r.Aii\errois. Avec privilège du noy. — Inventé et dessiné par />orm/, architecte du Ruy. — Gravé |)ar Saint-Antoine.
\OVKainHK 17^4.
Wi
'pour les uniformes, dra|i(-aiix, laiiiboiirs, étcndartis et limbalirs, il en roiUoit ;i la ville dt^ Vi'i-siiillcs 2H7,()00 livn-s, qu'il en avoit vu \c compte. [Addition du duc de Littjnes.)
* La Reine partit sur les deux licures après midi des Tuileries ; elle fit un tour dans Paris par les quais ; elle vintrejasserdanslarue Saint-Dominique ;delàeileallaaux filles jainte-Marie de la rue du Bac, où elle resta quelque temps; îlle alla ensuite aux Carmélites de la rue de Grenelle, et l'arriYa ici qu'une heure après le Roi. Dès qu'elle fut ar- [rivée, elle vit M, de Hlaurepas, qui luiparlacn particulier [dans le salon où elle joue ordinairement; il lui dit que le Roi venoit de nommer M""^ la duchesse de Branciis dame d'honneur de M™" la Dauphirie , et M. d'Argenson l'alné secrétaire d'Étal des alTaires étrangères. Ces deux grâces ne furent prtint publiques dans ce moment ; elles Be l'ont été qu'aujourd'hui. Heaucoup de gens cependant .savoient M"^ la duchesse de Brancus dos hier au soir. IM"" de Brancas est M"' de Moras: elle a soixanle-huit ans ; elle aune très-mauvaise santé elde-grandes incommodités habituelles, beaucoup d'esprit, mais du romanesque et une façon de s'exprimer toujours ampoulée. M. le duc de Brancas, son mari, est moins vieux qu'elle, extrêmement sourd et très- incommodé. M™*^ de Brancas est l'intime amie de M. de Richelieu do tous les temps, et elle est bellemère de M""' de Laurayuais.
■ Pour M. d'Argenson l'alné, on ne s'y attendoit nullement; et son frère cîidct dit qu'il n'a aucune part à ce choix. Il est certain que le refus de M. de Villeneuve avoit embarrassé le Roi ; et Ton croit que n'ayant personne en
ITue, c'est Dutheil qui lui a proposé M. d'Argenson. Du- Iheil est un des principaux coninii.s des affaires étrangères. Depuis la disgrâce de M. Ainelot il a toujours travaillé avec le Roi. M. d'Argenson l'alné a de l'esprit, mais pas tant fi beaucou[j prèscpie son frère, ni delà même espèce ; il nest pas noji plus d'iuic ligure aussi agréable et il est
bpaucoup moins grand. Il a ^lïoast* il y a longtemps la fille de M. M«iliand, conseiller d'Étal, dont il a un fils, qui est maître des requêtes ; il est séparé d'avec sa femme il y .1 lonirtemps, et n'est pfiint cependant lirouillé avec son beau-père ; il l'a été longtemps avec son frère cadet ; mais présentement ils sont raccommodés.
I^e Roi et la Reine soupèrent hier au grand couvert avec M. le Dauphin et Mesdames. Immédiatement avant le souper^ la Reine, M. le Dauphin et Mesdames entrèrent dans le cabinet du Roi pour voir tirer un feu d'artilice dessus l'arc de trioniphc. Ce feu, qui ne fut pas fort niag-nifiqne, commença par un assez grand nombre de boites, ensuite plusieurs fusées assez belles et une fort belle girandole.
Du vendredi 20, VenaUle.^. — Le Roi alla courre le cerf hier pour la première fois depuis son départ pour l'armée ; c'étoit à Fausse-Repose. Au retour, il travailla avec M. d'Arjrenson le cadet, et soupa dans ses cabinets avec sept ou huit hommes seulement; il dit en soupant qu'il iroit jusqu'à Étarapes au-devant de M"* la Dauphine, qu'il la ramèneroit à Sceaux, où elle coucheroit, et que le lendemain elle viendrotl tout droit de Sceaux ici se marier à la chapelle.
J'ai oublié de parler de deux présentations qui ont été faites pendant le séjour du Roi à Paris ; l'une est M'"' de Chalut, qne M "'deModène a prise poui'dame d'honneur et qu'elle a présentée dans la galerie ; l'autre est M™" de Saluées, qni est destinée pour être dame d'honneur de M'"" de Penlhièvre ; elle fut présentée par .M™^ de Luynes; elle estiiile deM. le comte de Tarnau, qui étoit premier gentilhomme de la chambre de M. le comte de Toulouse et de M. de Penlhiôvre, qui avoit élé inspecteur de cavalerie et qui est mort lieutenant général.
J'ai su depuis l'arrivée du Roi que M""'^d'Antin avoit été publiquement déclarée par le Roi dame d'atours de M'^'la Dauphine pendant qu'il étoit au siège de Kribouri