NOVEMBRE
l«diir. d'Antin, son lils, M. t\c Lu\f;r7iboiirg', son IVère, elM. de Gramont, son cousin, eu lîrent dos rcmercionieuis Ha s. m., et le Roi qui, n'avoit point reçu en cheniin h\ ^^lêtlre de M. de Maurepas ni celle de M"'' d'Antin , n*' sa- I voit pas qu'elle eût rel'usé ; il en eut seulement un ■soupçon , à ce qu'il a dit depuis , lorsqu'il vit qu'à «on "arrivée dansln galerie à Paris elle nés' avança pas pour le ^remercier. 11 ne savoit point non plusle peu de disposition Bqui paroissoit dans M. de Villeneuve pour accepter lagriYce qu'il lui avoit faite. M""^ d'Antin ne veut pas convenir
■qu'elle ait été nommée, et fait mystère d'une chose publique ; elle dit que s'il avoit été question d'elle pour C€tte charge, les l'aisons qu'elle auroit eues pour ne point
I accepter étoient qu'elle aime la liberté, que d'aillcurB comme elle joue volontiers, cUo n'a pas voulu qu'on pût dire, au cas que M""" la Dauphine ne fût pas assez magnilique au goût du public, que c'étoit la faute de la dame d'atours, qui vouloit avoir des proiits plus considéraldes pour être plus en état déjouer.
I' J'ai encore oïdslié de marquer que pendant le séjour du Boi à Paris il y a eu une petite aventure de M. de Monchenu , l'un desécuyers de la grande écurie avec un {janlc 43 u corps ; ils disputèrent ensemble dans la salle des gardes assez vivement, et vraiscmlilablement dans tout autre lieu les épées auroient été tirées de part et d'autre; le garde du corps étant de service ne pouvoit écouter aucune proposition ; mais comme il est vraisemblable qu'il les auroit écoutées dans un autre temps, le Roi envoya ordre i\
• M. de Moncheuu de se rendre à la bastille. Le choix de «ette punition est une grâce en faveur de ce que M. de Moncheuu est homme de condition.
Je dois avoir marqué ci-dessus que le Roi, la Keinc,
M. le Uauphin , ni Mesdames n'ont point envoyé en p:ir-
H ticulier chez M. de Grimberghen sur la mort de M'"' la
\ princesse de Grimberghen, Ce n'est point Tutiage pour
, les ambassadeurs 3 c'est rinlroductenr des ambassadeurs
IfiO î\]KMOIRKS DU DLC DE LUYNtS.
i|ui va faire tous les eomplinienls. M. de Sninctot y a été (1).
Du /«nrft 23, Versailks. — Jeudi 19. M. d'Argenson fit ici son remerciement.
On sut ce nièoie jour que M. de Brou, intendant de Paris, avoit été nommé conseiller au conseil royal à la place deM. d'Art;enson,etron a su depuis que M. de Sauvigny, intendant de Daupbiné et iils d'une sœur deM. le contrôleur général, a été nommé intendani: de Paris à la place de M. de Brou, M. de Sauviguy étoit intendant de l'armée de M. le prince de Conty, et y a fort bien réussi.
Vendredi 20, M. le Pelletier, ci-devant premier président , vint faire sa révérence au Roi ; il arrivoit de ses terres en Bretagne; il n'est venu que pour voir le Roi «■( s'en retourne.
Dimanche 22, M""-' la duchesse de Brancas, suivie par M"" la maréchale d'Estrées, vint faire sa révérence au Roi dans le cabinet; elle s'approcha du Roi, et lui parla en particulier pendant quelques moments.
Du mercredi 25, Versailles. — Les comédies n'ont recnnimencé ici que le mardi 17 de ce mois (2). On avoit m.indé à la Heine huit ou quinze jours auparavant si elle souhaitoit que l'on fit veuir les comédiens ; mais S. M. a voulu attendre que le Roi fût de retour.
M. d'Argenson Taliié commença hier adonner audience aux ministres étrangers.
M. de Brou a assisté aujourd'hui pour la première fois au conseil royal des liuances.
J'ai appris depuis quelques jours que M. de Chauvelin, ci-devant garde des sceaux, qui est assez mal d'une hydropisie à Riom avoit fait demander la permission au Roi, par M. le président Chauvelin, son neveu, de .se rap-
(1) Voyez l'article du s jaavier I74â.
(2) C'est i'usage lîe l«s recommencer après la Toossainf . ( A'oife du duc de Lwjnes. )
NOVEMBRE i7M. tfil
procher de Paris pour être plus A portée de voir des médecins habiles. M. le président Chauvelin ÎDsisia sur la nécessité extrême où il étoit. de considter sur son mal. Le Roi répondit qu'il vouîoil bien qu'il vint à quarante lieues de l'aris. M. le président Gkauvelin eut beau représenter que cet éloignement étoit encore bien considérable par rapport à l'état dans lequel il se Irouvoit , k Roi répondit toujours quarante lieues , sans vouloir rien accorder de plus.
Du jeudi 26, Versailles. — La nouvelle d'aujourd'hui est que M""^ de Châteaiiroux et M"""" de Lauraguais rcviennentà la Cour et que le Roi leur rend leurs charges. M. de Maurepas fut hier chez elles leur porter les ordres du Roi.
M. le président de tiuébriant vend sa charge de président à un frère de M""^ de Sain t-Con test ( qui s'appelle, je crois, M. Desvieux) 230,000 livres. Quoi qu'il n'y ait que dix ans qu'il soit président et quïl en faille vingt pour être président honoraire, le Roi a bien voulu lui accorder ce titre.
Le fils de M. le comte de Tresmes, qui a été fortmal ces jours passés, a encore la lièvre.
Je viens d'apprendre dans le moment que M, de Lauraguais ira sur la frontière signer l'acte de réception de M"*"" la Dauphine (1). C'est une commission fort honorable; on prétend qu'elle l'est même plus que celle d'aller faire la demande ; nous avons vu M', le prince de Rohan et M. le duc deTallard dans différentes occasions chargés de cette même commission,
(1} Celui qui Cil cliargê de cette wirninission ne signe point l'acte; il n'est signé que |)ar un secrt'taire d'Ëlat de part et (l'autrs. C'est M. de Verncnil qui rail de la part du Roi l'office de secrétaire d'État, nma cVst M. le <iuc de Lauraguais qui reçoit la princesse. Il sira ilit dans IVtcte <jii'*)n la lui remet entre les mains. Celui qui reçoit !a itiiiuvsse piéttnd avoir droit «le coimnander la maison lîe t)r^f<irci!ce à tontaii!ri'j |iour «iler celte diflku lié on eiivoio tnuJDur.'i deux personneB unie^ par les liens dii sang et de l'amitié. (Mote dti duc lie lïiynes.)
T. \I. If
MKMOIRES DU DUC DE LHYNES.
Du vendredi 2*7 , Vn mille». — J'appris d<^8 mercredi au soir la nouvelle du retour de ces dames. M""' la duchesse de Modèiu; et M""' la duchesse de Bonfflers jouoient ehez moi ; nn vint appmMrr à M""" de Modène une lettre <|u"()n hii dit i'An'. venue par un courrier; ce courrier éloil un laquais de M'"" de ChAteauroux. M"^' de Modène lut la lettre avec empressement; elle se leva aussitôt , et donna son jeu à tenir; elle passa dans un cabinet où elle écrivit un mot, et alla ensuite dansTantichambre parler au courrier, îl qui elle donna huit louis. Le courrier montra cet argent à ceu\ de sa connoissance, en disant qu'il falloit qu'il eût apporté une bonne nouvelle puisiju'il étoit si bien payé. 11 apporta aussi en même temps une lettre à Jl""' la duchesse de Boufflers; M^"' de BouMers lut en particulier la lettre il quelques personnes de celles qui étoient dans la chambre ; elle contenoit ces termes : « Je compte trop sur votre amitié pour que vous ne soyez pas instruite dans le moment de ce qui me regarde. I^eRoi vienlde me mander par M. de Maurepas qu il étoit bien fâché de tout ce qui s'étoit passé à Metz et de l'indécence avec laquelle j'avois été Iraitécjqu'il nie prioitde Toulilier (1), et que poïir lui en donner une preuve il espéroit que nous voudrions bien revenir prendre nos appartements à Versaîles, qu'il nous donneroit eu toutes occasions des preuves de sa protection, de son estime et de son amitié, et qu'il nous rendoil nos charges (2 L »
(1) A cette piiitieilu iliscoiirs, elle répomlit qu'elle navoilbien que le Ro n'aroil point eii de part à ctî qui s'étoit passé. ( Piote du due de Luyttes, — Paiir tintellig«nce de cellfe note el de la suivante, il laiil (Ure ici i|ue la leUr (ic M"" deCliilMuroiis 4'tail, la lepimluitiuii du discotirs licril de M. <le Manrepas; c'i'sl le discours de M. de Maurepas que luilucdt.' Lvijiu's juinote.
(2; Il a voit «trit les termes dunl le Boi s'éloit 8er\i pour ne lien oublie de sa fomniisston. ( \rtlc du duc de Lzigfies.)
Depuis tettH nolo t'ciile j'ai su que M. de Mauropns Toulitl effectivement' écrire Uw paroles du lloi, luais le Roi lui dit -. n Les voilà tout l'cnle*, '■ et itii reiuil en luémo leuijis un billet. Lor^f|uc M. de Maure|ias fut Llit'/ ^I""* dé j CItâleauroiiK, après lui avoir réiiété le!} paroles du Roi, il Ini remit le liillet
^OYt:î^lBRl•: 1744.
J'ai su depnis comment s-'étoit passée la visîle de M. de Maurepus (1). M. de Mam-epas étoit au conseil d'État mercredi; le Roi après le conseil le fit entrer dans le cabinet des peiTuqueSj ei lui parla pendant quelque temps. M. de Mau repas partit pour Paris, et alla h six heures chez M"" de Chàleauroux ; il demanda si elle y étoit, on lui dit que non. Il nomma son nom, et on répondit toujours qu'il n'y avoit personne ; enfin, il dit qu'il vcnoit de la part du Roi, et les portes alors lui furent ouvertes. Il trouva M™" de Chàleauroux dans son lit; M. le ducd'Ayen étoit seul dans sa chambre, lequel s'éloig-na quand il entendit que c'étoit de la part du Roi. M. de Maurepas, un peu embaiTasséj comme on peut se l'imaginer, après s'être acquitté de sa commission, jt peu prùs dans les mômes termes de la lettre rapportée ci-dessus de M"" de Châteauronxà M™* de Boufflers, voulut dire quelque chose à M""" de ChMeauroux, par rapport aux préventions qu'on avoit pu lui donner contre lui , et de l'embarras où il se trouvoit de paroHre devant flic par cette raison, et lui demanda sa main îl baiser. Sur le mot d'embarras. M"* de Chàleauroux répondit qu'elle le croyoit bien ; elle lui donna sa maîu à baiser eu lui disant : « Cela n'est pas cher (2). »
M™*" de Modène a toujours conservé la plus grande liaison avec M"" de Chftteauroux (3), jusqu'à être en quel-
que s. M. lui avoit donné, cl lo si>ir mÈmeil y avoit un gTanil nombrt! «lt> oopies (le ce billel que l'un iiioiilroil <laiis Paris j te ([iii [tarait pioiivei' que Mi*"^ (k CliâlGauniiix avait déjà reçu uu {larinl billet avant l'arrircc Ji' !V{. dn Mûure|>as, et qu'elle avoit eu te triujt» de le l'aire w»(iter. ( Adtii/ion à la unie précédente, dafiîe du 18 décembre 1714. )
(I) Sans lioiite p:ir M. de Maiirepas, parent lîe M""' de Ltijiics et Irès-li^ avec le duc de Luynes.
(1) n'autrfs ()n;teiiileiit qu'elle répondit : " Cela est saasconsttîuencc? ». ( yole lia duc de Luynes. }
(3} Il pâi'oit iiiùitie. |>ar ce que nou» avons vu depuis quelques juurs et avant le raïqjél de M"^"^ de Clieùtamoin, que M™e tic Modène eouijiloit beaiicou[i sur ce r.ippel cl sur la nouvelle faveur de sou amie ; en effet, le luaria^ie de M"'' de Modijin* avec M. le Pur, de Penlhiévrt' est urrèté dejuns longtemps; il a «té (jél<^nniué qu'il se fcroit au retour de la eampagui; vl sans
MKMOIRtS UU DUt: DE LllYINKS.
que manière sa complaisante; ellfe n'a fait \e voyage de Flontlre que \nxv rAi>port ù M"'" de Chàteauroiix ; et dans le temps dos set^ncs ai-rivées à Metz, elle se crut comprise dans le nombre des dciraes venues avec M"'" de (IhiMeaurouxet do Luuraguais etqui les suivirent; ellefaisoit déjà ses paquets, et seroit partie si M. de Richelieu ne l'en avoit pas empêchée. Pouf M'""^ deBoufflers, elle a toujours conservé la plus grande liaison avec M"" deChàteauroux; et malgré cela, comme elle amuse la Reine et qu'elle est Tanile intime de M"'*" de Villars, la Reine la traite tout au mieux et pousse l'amitié jusqu'à la confidence.
M"' la duchesse de Brancas est venue ici aujourd'hui; elle a pria congé du Roi à cinq heures et demie, suivie des dames qui vont avec elle au voyage ; elle a été aussi chez la Reine, chez M. le Dauphin et chez Mesdames; elle part demain avec la maison. La route est de trente-huit jours, tant de marche que de séjours. M'"" la Dauphine (1) doit être remise entre ses mains le fi- janvier, La demande doit être faite le 8 décemhrcparM. l'évéque de Rennes (2), le baisemeut de main le 10 : c^est une cérémonie usitée en Espagne; le 14 la signature du contrat j le 18 le mariage (3)j et le 20 le départ. Le Roi a accordé àM"" de Bran-
micuiic l'iiiulitioii <k' laiig jioiir le» enfants. Le courrier est parti jwiii' raptjor- Ipr de KoiiiK J;i (lis])f'ii-'ït! nécessaire i on l'allend incessaimneiil, t'I M. de l'enlliiÈvre, qui ilÂsire e\trenieinQiiti|ue ictte a( faire se leiiiiiae liienti^l. est <ians. une grande jmiiattcnce. Dans celte silunlimi il paroissoil naturel île dem.-inlier à M™' rie Modènc qtiami elle coiii|)loit i|tiese ferait le mariage; mais elle rt'|K;ntlit avee iiti air tii's-iudilTéreiit quVlle ne le savuit pas, que eela [louvuit iiller jusqu'au mois de janvier; que rien ne pressoit. [Addidon du duc de Lutjnes, datée du ,io novembre i~M.)
(l)L'inliinte Maric-Tliérése-Anlojnette-Raphaelle, née le II juin 1726, morte le?.2 juillet 1741Î.
(:>.) Louis-t;uy Guérapiu de Vutiréal , srobaÈsadeui extraordinaire etpléai- (xjtenttaiie en Kspagne.
(J) M. lu ]>jupliiii si^na U y u deux nu trois jours une proeiiratioif pour le [)riticu des Asiurics pour l'jiouser M"" la Dauphine en son nom. Celte pro- <uiation est aussi adressiV au cardinal liilant pour renijjlir relie fonction au cas de malaiJie du prince des Asliiries. [Addition dn duc de Linjues, datCe du 30 novembre.
FQVKMBRK 174>i.
ÎCS
cas Un hrevet pour commander la maison <'n allant; en revenant , elle sera aux ordres de M"' la Daiiphinc. Le brevet pour commander la maison n'est point expédié par M. de Maurepus, mais par le secrétaire d'Étfjt des affaires étrangères. Ce n'est point un droit attaclié à la charge de dame d'honneur fl), c'est une grâce particulière, mais qui s'accorde toujours. M"" la duchesse du Lude avbitcc nn^'Uie hrevet en allant au-devant de M"'" la duchesse de Bourgogne, M"" de Ventadour en allant au-devant de l'Infante, etc.
Il marche cinquante gardes du corps aux ordres de M. le chevalier de Saint- André, chef de hrigade, deux exeniptSj deux brigadiers, quaJre sous-lirigadiers. Le Roi donne 4-0 livres par jour à M. de Saint-André, 20 livres à chaque exempt, 10 livres fi chaque hrigadier^ 5 livres à chacun des sous-hrigadiers et des fourrages, 50 sols à chaque garde, outre sa paye ordinaire et les chevaux nourris. Les cinquante gardes feront les mftmes journées que les carrosses; ils ne sont pas cependant chargés de les escorter; ilsiront devant ou après, suivant qu'il plaira à M. de Saint-André de l'arranger. Le Roi fait fournira chacune des dames de M""" laDauphine une charrette et un fourgon pour deux. C'est M. de Verncuil, Sigcrétaire du cabinet, qui y va pour signer l'acte de délivrance au nom .du Roi ; et comme il est en nH>me temps introducteur des ambassadeurs, le Koi a permis que son (ils en fasse les fonctions ici; il en avoit dé!)à la survivance, mais il ne devoit en commencer l'exercice que dans trois ans.
Du lundi 30 , Versailles. — M"'" de Brancas partit avant- hier samedi matin. M'"* deLauraguais , qui est accouchée depuis trois jours d'une fille, n'étant pas en état de faire ce voyage, c'est M"" de Rubempré que le Roi a
(l) Je crois miime que Icj lirevet df. M"" de Brancas ni aucun anlrc Je la maison ne sont expédiés ; ils ue doivent rètre qu'après l'arriviîe de M^e la Daiiiiliine et .lîgnés iiar elle. ( Note du duc de Lwjnes. )
chargée de faire les fonctions, pour le voyag-e seulement.
J'ai marqué ci-dessus que M""' de Cbàteauroux étoit dîins son lit lorsque M. de Ma n repas lui parla mercredi sur les six heures du soir; elle étoit dès lors incommodée et avoil un peu de lièvre : la lièvre augmenta la nuit ; elle fut encore plus forte dans celle de jeudi au vendredi; et depuis ce jour jusqu'au samedi à, midi M""" de Chà» teauroux fut saignée une fois du bras et trois fois du pied. Veruagc (1)^ ù qui j'ai parlé, dit que c'est une grande maladie, que la fièvre parolt avoir le caractère de malignité et qu'elle attaque également la tète et la poitrine; eu effet, le.H élaucemeuts dans la lète étoiont insupportables d:ms le temps des redoublements j elle en eut encore un très-violent le vendredi, à six heures du soir, mais depuis te moment il y a toujours eu du mieux; les remèdes ont fait leur effet, et cette dernière nuit ayant encore été assez bonne, il parolt que le danger est passé.
Ou ne peut point se représenter l'effet qu'a fait dans le public le rappel de M'"'" de Chàleauroux et la restitution des deux places, après ce qui s'est passé à Metz et ces mots prononcés par le Roi m*ine, et qu'on ne peut oublier, et sa sœur. Nou-seulement le peuple de Paris niais les étrangers ménies ont parlé sur ce prompt changement. La circonstance de la maladie dangereuse dans ce même moment a donné lieu i de nouvelles réflexions ; il n'y a personne dans aucun genre qui n'en ait été frappé. On en u parlé presque publiquement partout à Paris;, et Versailles, où ordinairement on purlc peu, n'a pas été absolument exempt de rpielques discours sur cette matière. Cependant comme de pareils propos ne sont utiles qu'à déplaire, et dailleurs ne peuvent servir de rien, les plus sages ont gardé le silence.
(r) Veniatse (Micliel- Louis), nék Paris, en 1607, mort en t773, fui un des ini'di'ciJis le* plus atcn''tli(és de Pai-is. Il élait grand partisan Je la saignée. — Voy. Eiofje hisfoi iqiie de Vernage, par Maloet; in-l2, 1776.
Il y a IroÎ!? ou ijuatre jours M. tie la Rochefoucauld el M. de Bouiîloa {!) sont allés daus hiurs lorres , l'un à la Roche-Guyon, l'autre à Navarre. Comme l'on avoil tenu beaucoup de discours sur l'un et sur l'autre, à cause de tout ce qui s'esl passé à Metz, ei des discours peut-être tenus depuis ou du moins supposés, M. de Bouillon dit en partant qu'il croyoit bien qu'on le diroit exilé, mais que pareils propos ne rempècheroient pas de faire son voyage. Pour M. de la Rochefoucauld, ii avoil résolu, dès le temps qu'il étoil avec le Roi i\ l'armée, d'aller à la Roche-Ouyoû immédiatement, après son retour. J'appris avant-hier qu'il a ordre d'y rester. Ce n'est pointée qu'on appelle une lettre de ctichct; mais cependant c'est une lettre du Roi. L'n homme de mes amis l'a lue et m'en a dit à peu près le contenu; on le trouvera ci à côté (2). La lettre est adressée à M. de Mam'epas. M. de Maurepas, parentetami de M. de la Rochefoucauld, voulant adoucie autant qu'il est possible le désagrément de cette nouvelle,
(I) M. «le Donîllon dit avant-iiier à M"" tUi Lnynes qu'il avoil vu et lu l'ordre expédié \nmr &un esiil, et que ce qui lui avoil fait le plus de iicine étuit qu'an lieu il'élre envoyi* à Navarre, coniini' M. d« lu Ilot-hcCLUiraiild à la Floche-r.iiyinv, i>n IVn\i>yiiit daiw le diiclié d'Atbrct, dniis un r.liàU'fiii qui n'est point habité depuis deux cenf-t ans ; que cet ordre lui aiiroit l'iéi^ignitiû sans M""' de Lesdiji!iiièp!f:, «|iii, étiiit wiuine l'on sriit dau;^ une (rès-^ramle lluistiii depuis grand noinlir*' d'années avec M. le comte il'Évreux et en même temps iivcc M"": «le Cliâleauioux, qu'elle avoit pour ainsi dire élevée, l'tnvoya prier de passer cliezelle. el lui dit qu'il étoit iionlenx pour la gloire iki Rui qu'il exilât un de se^ gian^ls-olliciers qui vein>il de iui luonUer autant d'.illaclieiueiit dans sa gninde maladie ; que C(niinje il ne déprattoil que d'elle de faire changer eut ordre, elle ne lut pardrmneroit jaiuai'ief ne la verroit de.-ia vie !ii tes cUose-i restnieid au méiue étui, M"'*^ de Cliiïleaiironv, (jni a toujours <(Kjservt> considération et ainiti'i pour î\t'"L' de Le.idiguiéres, ol>tiut du Roi que l'urdie ne screit point donné, i Addition duducdi: Luynes, da- U*t*du 10 mars 17-ia. )
(5) '< Vous niarniereî à ^1. de lu Rochefoucauld que je suis fort niéeonleul rie sn conrluile et ([n'il reste à la RndieGuyun jusqu'à nouvel ordre. Si ceprn • Jant il a quelques affaires qui demandent sa prréence à Paris , il m'en fera demander ia(iermissiijti ; il ne pourra aller que de la Roche-Guyon à Liancourl et de Liancourl ù la lîoctit-Goyon. Maiidez-liii au-Ssi qu'il se tient bien des propos dont je suis in-trnitj et que l'on ansnierite. "
Fl68 MÉMOIRES DU DUC DE LUYNES.
remis la lettre tlu Roi à M. l'archevêque de Bourges, qui [l'a portce lui inémccV laRoche-Guyon.
Avant-hier samedi matin, M. d'Argenson le iils (t) ar- ^riva ici de Fribourg, dépêché par M. le maréchal de Coiigoy pour apporter au Roi la nouvelle que les châteaux [de Fribourg ont capitulé; toute la garnison, qui est de ]h, 700 hommes, est prisonnière de guerre. Le Roi a écrit une lettre circulaire pour que l'on cliantât le Te Deum. Cette lettre est très-longue , très-détaillée et très-éloquente.
Jl y a aujourd'hui huit jours que le P. Pérusseau présenta au Roi le confesseur pour M""= la Dauphine , lequel est parti pour aller au-devant d'elle; il s'appelle le P. Koët; il étoit recteur du noviciat des Jésuites. C'est, à ce que l'on dit, un homme de beaucoup de mérite et de vertu. Le P. Pérusseau vouloit se retirer après cette présentation, le Roi lui dit de rester; il s'en va ordinairement à Paris les lundis et ne revient que le samedi. Le P. Pérusseau attendit ici jusqu'à sept heures sans que le Roi l'envoyât quérir. Il vint enfin consulter M. de Mirepoix sur ce qu'il avoit à faire, et sur son avis il alla chez le Roi lui faire demander ses ordres par le premier valet de chambre, ce qui fit croire à beaucoup de personnes qu'il avoit eu une audience du Roi. Le Roi lui fit dire qu'il pouvoits'en aller, que ce qu'il avoit <l lui dire ii'étoit point pressé, mais qu'il revint vendredi. Il revint effectivement le vendredi au lever du Roi; on m'a dit depuis qu'il avoit eu une audience assez longue; je n'en sais pas encore la vérité.
(I) M. li'Aigenson est fils du ii:crélaire d'ÉUtt delà gutirc. M. d'Argenson secrclaire <fe* aiïairt's étrangères a aussi un Iils , mais il est maître des re- Hueies. (,\ote du duc de. Uujnes.)
DÉCKMRRK 174^.
Itî'J
Service du Daupiiin depuis l'exil de M. deChâtillon. — Suite de la maladie de M'nc de Ciiàteauioux. — Hévércnccs de M"""' de Roimn et de Cliaulnes, — Pri^e de Biirgluusen, — Nouvel appaitemmt du Daupliin. — Abatlement du Roi. — Reiuarqwc sur la généalogie du Roi. — La Reine respecte la duuleiir du Rdi, qui fait diie des messes pour la Ruérison de .M'oe de Cliûteauniux. — Mort de M""" de Chàteauroux. — M. <le Meuse passe seize heures avec Je Roi. — Dénurt du Roi pour la Meulle. — M""^de Mailly ne |>eul voir sa sœur. — Date du commerce de M'"" de Mailly avec. le Bot. — Arrivée rie M. de lianraguais. — Places dans les carrosses de la Dainihine. — La doultiur du Roi l*empfiche do donner le mot d'ordre. — Eulerreincnï de M™^ de Qiâteauroux ; Icstanient; son peu de fortune. — \ie (îii Roi à la 'Vleiitle. — Mauvais iîtat de Trîanon. — Te Deum pour !a prise de Frilimusi. — Bi-nifir-es donnfe. — Le Roi à Trianon. — Mort de M"'i^ de Ventadour; soa caractère; confiance de Louis X!V pour elle; mntre- poison qu'elle lait prendre au Uaupliin ( Louis XV J; visite que Uii fait la Reine. — M'"" de la Molbe et de Vcnlarloiir ont élevé vingt-trois enfants de France. — Termes de l'érection An duché de Rotian- Roliaii. — l,e dut de Chartres demande à porter le deuil de Sl^'' de Cbà* leauroux, sapareale. — Aaiilicdi; Madame poui- M"" de Venladoiir, — Vie du Roi a Trîanon. • — Famille de H"*" de Ventadour. — .\rnv«ie du prince de Conty ; son logement àTiianon. — Ni la Reine ni Mesdamesnc vont à Trianon. — Mort de l'arcliidiidiesse (gouvernante ûea Pays-lias ; du eomte de Béthunc. — Le duc dePcntluëvrceJitre au conseil de finances. — Knterreinent de M^^^ de Ventadiuir. — Le Roi rovient de Trianon. — .11. de Richelieu. — Le maréchal de Saxe. — Le poète Roy et son opérl des Quatre pnrlies itu inonde. — Mort de la «iucliesse de Lorraine. — Présentation de M""' de Lovs'endal ; ltit;amie de M. et Je M™'' de Lovvendal. — Embarras du Dauphin avec le Roi. — Mariage du due de Penthièvre, — Étrennes du Roi à Mesdames. — Arrivée de siv vaisseaux des Indes.
Du mardi i*' décembre, VersaiUes. — J'ai su t|Uti le P. Pérusseau n'avoit point eu d'audience.
Depuis l'exil de M. de ChAtillon , \o. sous-gouveriifitir de semaine a toujours assisté au dîner de M. le Dauphiti ; les premiers jours il s'assoyoit sur un pliant à côté de M. le Dauphin, comme faisoit M. de ChiUillon; mais cela a élédésapprouvéj, et présentement ils se tiennent debout. M. le duc de Ciuirost, quia été, comme l'on sait, gouverneur du Roi après la disgrâce du maréchal de Villeroy, in'a dit que lorsqu'il fut nomuié gouverneur, M. le duc d'Orléans l'avertit qu'il ne convenoit pas qu'il fût assis à