‹ Mémoires du duc de Luynes sur la cour de Louis XV (1735-1758) (volume 3)Chapitre 14 sur 94 · MÉMOIRKS lïU 1)11 C DE LllY^ES · texte numérisé non relu

MÉMOIRKS lïU 1)11 C DE LllY^ES

cùtédu [\oi pendant ses repas, que c'éloit une tolérance que l'on avoit eue pour le maréchal rlc Villeroy à cause 4e son âge et de ce qu'ayant été obligé de servir le Roi dès l(;s ju'emiers temps de sou enfance il avoit conservé riiahilude de s'asseoir h cMé du Roi à un hgeoù le Roi éloit fort en état de se servir lui-aiéme. M. le duc de Charost répondit à M. le duc d'Orléans que son intention Ji'éloit pas de s'asseoir auprès du Roi pendant ses repas, et en effet il ne s'y est jamais assis. J'ai déjà marqué cidessus^ que quant au service de donner des assiettes ou à hoire. M, le duc de Chàtillon remplissoit ces fonctions. non comme gouverneur, mais comme premier gentilhomme de la chambre de M. le Dauphin. Ce titre, ainsi que celui de maître de la çarde-robe, étant compris dans celui de gouverneur, feu M. le duc de Beanvilliers remplissoit les mêmes fonctions auprès de M. le duc de Bourgogne ; mais il avoit une des quatre charges de premier genti Illumine de la chambre du Hoi.

Avant-hier, premier dimanche de l'Avent, il y eut sermon suivant l'usage ; le Roi devoit y aller, lefroid l'en empocha , mais son fauteuil resta toujours à sa place. La Reine y fui seule, et se mit dans son fauteuil à gauche de celui du Roij. ayant Mesdames à sa gauche, M. le Dauphin, M. le duc dePenthièvre à droite du fauteuil du Roi. M. le chevalier de CréquVj sous-gouverneur de semaine, éloit derrière M. le Dauphin, à côte du chef de brigade, à la môme place qu'occupoit M. de Châtillon.

Les nouvelles de M'"^ de Châtcauroux de cette nuit ne sont pas si bonnes; il y a eu un redoublement, de l'assoupissement et une cinquième saignée du pied. Le Roi étoit fort sérieux ce matin à son lever et n'a parlé presque à personne.

M, de (irimberghen est venu ce matin i^ire ses révérences, lln'avoit pas vu le Roi depuis la mort de M™*" deGrimberghen; M. de Saiuctot a demandé pour lui la permission de ne point paroltre en manteau.

DECEMBRE IT-î^,

M'"^ la princesse de Rolian, comme veuve du fils aiiKi do M. le maréchal de Chaulnes , et M'"^ la duclicsse de Picquigny, qu'on appelle présentement M"' la duchesse de Chaulnes, firent leurs révérences il y a sept ou huit jours; elles étoient en mantes, c'est la règle: il faut une permission pour n'y être pas, et quoiqu'elle ne se refuse jamais, elles n'avoient pas vouhi la demander; elles ^ivoient demandé à M™'" de Luynes qu'elles pussent aller avec elle. HP" de l.uynes n'avoit point de niante : il n'y a que les fdles ou petites-filles qui doivent en avoir (1), à moins que ce ne soit pour Talné de la maison ; elles firent leurs révérences dans le calûnet, M""" de Luynes passant toujours la première.

Aujourd'hui le Roi, ne chassant point avec son étjuipage, à cause de la gelée et du mauvais temps, a été tirer.

On eut nouvelles hier d'une action assez vive en Bavière. La ville de Burghausen, située surla Salza, laquelle se jette tlansilnn, étoitgar Jée par quinze cents hommes de lareine de HongTJe; elle a été emportée par un détacliement des troupes de TEmpereiir, l'épée àla main ; unepartie decette garnison a été tuée, et le reste fait prisonnier de guerre.

M. le Dauphin doit venir loger cette semaine dans son nouvel appartement ; ou travaille sans cesse à le tinir et à le meubler; on y a môme travaillé dimanche et hier jour de Saint-André, li est nécessaire qu'il quitte son ancien appartement, pour qu'on puisse l'accommoder pour Mesdames et iinir les arrangements nécessaires dans celui que Mesdames occupent aujourd'hui.

Le Roi, comme je l'ai marqué, avoit donné cet ajipartement de Mesdames à M. et M'"" de Chàtillon; il l'a donné il y a quelques jours à M. et M"*" de Braucas ;

((} Les veii VPN ne parûisscntoiiJinairamenl qu'au biml île leur année de Je»iil. Il y a cepetKlant quelques exemplijs rie veuves qui sont revenues pins tiH, lorsqu'elles ont fle.s i-.liHr}{e5 à ta Cour; mais l'usape des mantes n'est ordinairement nue pour ks lillfîs et [jetites-lilles. (.Yo^e du duc de Lwjnes,)

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feliii qii'avdipiit M. et M"" de Brancas, qui est fort pelit et qui est ici dans l'aile des Princes, fut donné il y a quelques jours à M"' de Bellefonds, dame de M""* la Danphtne. M. le chevalier de Créquy, premier maître d'hôtel, a celui de M. et de ftP° de Croissy, et est en bas dans ce qu'on appelle l'aile du (louvernement, qui est entre la cour du Roi et la cour de la Chapelle, Le Roi a donné à M. de Croissy l'appartement de feu M. de PolastroUj qu on avoit laissé à sa veuve et qui est ici dans l'aile des: Princes^ et à M°" de Polastron l'appartement du chevalier de Créquy. C'est celui que l'on fît il y a quelques années pour i'eu te marquis d'Antin, au-dessus de la salle du Conseil, entre la cour des Princes et celle du Roi. M"" deFaudoas et de Pons sont logées, en attendant seulement, dans les appartements de M. l'évèque de Rennes et de M. le maréchal de Broglie : ces deux appartements sont dans la cour des Ministres, à gauche en arrivant de Paris du côté de M. de Maurepas. Dans cette même cour, de l'autre cùté et vis-à-vis, M. d'x^nvitle avoit un appartement en haut; le Roi l'a donné à M""* la duchesse de Beauvilliers, qui est attachée à Mesdames. Cet appartement est de convenance, étant auprès de celui de M. le duc de Saint-Aiynan. M. et M"" de Rubempré ont un appartement neuf dans l'aile neuve ; c'est celui qui est •^fis-à-^^s l'appartement qu'occupoit M"* de Mailly. Le Roi lui avoit donné aussi cet appartement, et lorsque le Roi voulut le faire accommoder pour elle, le mur.se trouva si mauvais, qu'il fallut le refaire du haut en bas.

Du vendredi 4, Versailles. — U y a eu encore quelques logements do donnés depuis ce que j'ai marqué. M"" la comtesse de Lorges, dame de M"" la Dauphine , a eu le logement dans l'aile des Princes qu'avoit iM. de Bissy le lils; et M. de Bissy a eu celui qu'avoit M. son père auprès du log-ement du secrétaire d'État des affaires étrangères. M""" la duchesse de Ventadour a l'ancien logement de M. de la Rochefoucauld; c'est celui qu'oecupoit M. le duc

i>5-:cf;\!bhk 1744.

de CbàlilloD. Ou avoit coiiiplé qu'il seroit rendu à M. de la Rochefoucauld; le Roi fera apparemment un autre arrangement pour lui , mais il a été bien aise que M™*" de Venlatlour, qui est logée dans des entre-sols, soit logée plus commodément el à la portée de iMesdames , d'autant plus que Madame continue d^aller tous les soirs chez M"'*' de Venfadour, et que c'est une grande satisfaction pour l'une et pour l'autre.

M""" de Chàteauroux a ^lé saignée trois fois du pied cette nuit et une fois de la jugulaire ; il y a plusieurs jours qu'elle est prévenue qu'elle mourra samedi ; il y a deux ou trois jours qu'elle est sans connoissance. Elle a vu lundi ou mardi M™" de Flavacourt, sa sœur, avec qui elle étoit brouillée ou au moins fort froidement ; elle l'a reçue fort bien, el liiiu marqué beaucoup d'auiilié. C'est le P. Ségaud qui l'a confessée. On vient de me dire dans le moment qu'elle uvoit eu une évacuation cette aprèsmidi et qu'acné éioil mieux.

Du samedi 5, Versailles. — Hier le Roi devoit aller à la chasse, et il fit fort beau ; maisl'état de M""' de Chàteauroux le détermina à ne point sortir ; il ne soupa point au grand couvert, et ne parut point de toute lu journée, hors le moment d^aller à la messe. 11 étoit d'un changeruent el d'un abattement extrêmes.

L'on aeu ce matin des nouvelles de M'"' de Chàteauroux. Le mieux d'hiers'est soutenu^ ell'on commence à espérer, quoique la tête ne soit libre que par inlervalles. Ce changement en bien est aisé à remarquer sur le visage du Roi ; il parle aujourd'hui, et est presque rentré dans son étal uaturel; il est venu ce matin voir le nouvel appartement de iVI. le Dauphin. M. le Dauphin doit y venir loger lundi.

J'ai marqué ci-dessus que le Roi avoit donné à M'"" du Roure l'appartement de M. delà Rochefoucauld, vis-à-vis celui de M""'" de Luynes, au-dessus de M. le duc de Gramonl; c'est celui qu avoit feu M. le ducd'Antin. J'ai appris que cetarrangemuiil est changé j le Roi laisse à M. de

IT4 MK'iiîUlHES DV DUC DE LUYNES.

!fi Rochefoucauld son appartement, et donne à M°" du Hoiire les enife-sols qu'avoit M"*" de Ventadoiir. Le Roi avuit donné à M'"' la duchesse d'Antin, darae du palais de lîi Reine, et h M. d'Antin, son mari, un lop-ement double it:i dans la galerie des Princes. Celui de M. d'Antin éloit celui de leu M. le maréchal d'Asfeld ; le Roi vient de donner cet appartement à M""" Dufour, nourrice de M. Ii.î Dauphin et première femme de chambre de M"* la Dauphine.

Jo viens d'apprendre dans le moment, par une lettre dVlrlêans, que M'"' la duchesse de Brancas avoit demandé à Ork'ans les honneurs et les présents de la ville, qui lui ont été refusés , et l'on a dit qu'on rendroit cet hommage i\ M'"* hi Dauphine à son passage.

Une remarque ditj^nc d'élre écrite est ce que j'appris il y a quelques jours par rapport à la généalogie du Roi- J'ai marqué ailleurs (1) une chose singulière sur cette généalogie, c'est que ie Roi descend de Henri IV, non-seulement par Louis XIII, mais encore parles trois filles de Henri IV et môme par sou bftlard César de Vendôme, et qu'il est au cinquième degré de chacune desdites branches. Dans cette branche de M. de Vendôme , on a remarqué, en remontant à l'origine, qu'elle n'est pas fori honorable. Gabrielle d'Estrces, comme Ton sait, étoit mère de César de Vendôme ; elle étoit fille du seigneur d'Estrées , lequel eut plusieurs filles, toutes fort belles ; il y eut une de ces filles , sœur de Gabrielle d'Estrées, qui fut mariée dans la famille de Hrancas; c'est ce qui lait la parenté entre M-M. d'Estrées etde Brancas. (tn trouvera ci-de.ssus que, lorsque M"^" de Brancas a été faire son remerciement au Roi. M""^ la maréchale d'Estrées étoit avec elle. Le seigneur d'Estrées, père de la ï>eJle Gabrielle, avoit épousé une héritière fort belle, mais fille de Babou

I) Toincr', page7î.

<!<• lu Bourdaisière, notaire A Tours, vers l'an 1560. Celle héritiAre avoit ét<'' nnlreleuue [lar lo sci^ neiir de Ccinlllac, et mourut tragiquement i\ Issoire.

La Reine soiipa jeudi dernier avec des dames ; elle comptoit même en avoir plusieurs, inaiscorntne il y a peu de monde ici elle n'eut que ses dames du palais. Je lui proposai de me faire l'honneur de venir chez moi apr^s souper, comme elle a fait quelquefois; mais elle me dit avec une sagesse qui mérite d'être remarquée qu'elle respectoit trop la douleur et Tinquiélude du Roi pour vouloir faire quelque chose de différent de ce qu'elle faifsoit tous les jours et qui put avoir l'air d'une partie de plaisir.

J'ai appris ce matin par quelqu'un digne de foi, et qui s'en est informé, que le Roi a envoyé à la chapelle et à la paroisse demander que l'on dit des messes pour demander à. Dieu la guérison de M'"* de Chàteauroux. Le Hoi n'envoie point directement savoir de ses nouvelles; mais MM. d'Ayen, de Luxembourg et le marquis de Gontaut se sont relayés tous ces jours-ci pour en apporter des nouvelles àS. M. deuxfois par jour ; outre cela, il y a des courriers de M. de Montmartol qui viennent chez M. Lebel quatre fois dans la journée; il y a aussi des gens de Lebel qui vont !\ Paris, alin que le Roi soit instruit i^ tout moment. Depuis cet article écrit j'ai parlé moi-même à M. le curé de Saint-lx»uis , qui m'a dit que .M. le comte de Noailles lui avoit envoyé dire de la part du Roi que Tin- IcntiondeS. M. étoit que l'on priât Dieu dans cette paroisse pour la conservation des jours de M""" de Chàteaurouv.

M. de Vaudreuil, major des gardes françoises et qui a fait les fonctions de major général de l'armée , est arrivé ce matin apportant au Roi soixante-deux drapeaux fie la garnison de Fribourg.

Du mardi 8, VcnaiUes. — M°"^ la duchesse de Cliùteaurouji est morte ce matin, à dix ou onze heures ; elle avoit encore été saignée du pied avant-hier malin pour la neuvième fois, indépendamment delà première saignée.

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qui éloit du bras et d'une saignée, de la gorge faite il y a quelques jours, i'ni marqué qu'elle tomba malade le 25 novembre le jour même que M. de Maurepas lui porta les ordresdu Roi ; on a prétendu que l'arrivée de M. de Maurepas lui avoit l'ait une révolution ù cause d'un temps où elle étoit alors qui donne lieu souvent à de pareils accidents. Mais premièrement le fait est faux ; d'ailleurs^ on peut bien juger que le Roi ayant résolu de rendre les charges, les deux sœurs en étoient prévenues avant l'arrivée de M. de Maurepas. Elle ne tomba pas malade précisément ce même joui" mercredi ; il est vrai quelle étoit dans son lit à six heures du soir, mais elle se leva et sortit pour aller chez M""^ de Lesdiguières , sa tante, et chez M'"'' de Brancas. Le jeudi malin elle devoit signer le bail d'une maison qu'elle avoit louée dans le quartier de la maison de feue M""" la Duchesse ; elle tomba raaladcj ef fut saignée ce même jeudi 2G novembre, H parolt que tous les remèdes qu'on lui a donnés ont fait leur effet ; il n'y a que la tête qui n'a jamais pu être soulagée; et il y a plu,sieurs jours qu'elle est sans connoissaneeet dans un délire violent et accompagné de mouvements convulsifs, Vernage avoit appelé Dumoulin en consultation dès le troisième jour de la maladie, jugeant qu'elle seroit trèsconsidérable ; et dans la crainte d'effrayer la malade par la proposition do voir Dumoidin , il fallut lui dire que c'étoitle Roi qui le lui envoyoit. Depuis plusieurs jours le Roi est dans une afiliction et un abattement qui parolt bien sur son visage; il n'est sorti que pour aller à la messe ; il n'a paru que pour le conseil et pour donner l'ordre, le reste du temps il a resté dans ses cabinets. M. de Meuse y a toujours été avec lui , et l'auti^e jour il comptoit qu'il avoit été seize heures avec le Roi. Iti n'ctoil pas trop bien avec M"' de Chàteauroux, et dans les premiers jours le Fioi ne lui en parloit point; mais depuis (jualre ou cinq jours il lui on a beaucoup parlé. Avant-hier dimauche, il u'y eutpoiiitde sermon, parce

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que l'usage est de le remettre pour le jour de la Vierge, mais il devoity avoir grand couvert, et il n'y en eul point;

le Roi se renferma après avoir donné Tordre, et ne parut qu'au moment de son coucher-

Hier, nous apprîmes tout d'un coup ici à sept heures et demie du soir que le Roi venoit départir pourlaMeutte. 11 y avoit trois ou quatre jours que l'ordre étoit douni^ aux écuries du Uoi de tenir un attelage tout harnaché. Le Roi prit donc son parti sur-le-champ, et s'en alla si promptementj que M. de Meuse même, qui n'étoit pas avec lui dans cet instant , ne put jamais arriver assez à temps pour lesuivre. Le Roi partit seulement avec M. le Premier et M. d'Harcourt , capitaine des g-ardes en quartier^ et sans aucun garde du corps j, seulement deux paieironiers portant des tlamheaux. M. de Meuse partit dans sa chaise après lui pour aller le retrouver. Le Roi, avant de partir, manda seulement à M. d'Argenson le cadet de dire à son frère de donner audience aujourd'hui mardi aux ambassadeurs et ministres comme àTordinaire, et que d'ailleurs on lui vint rendre compte à laMeuttc seulement dans le cas d'affaires très-pressées. Nous ne savons encore rien de la Meulte, sinon que le Roi se porte bien. Il est vraisemblable que MM. d'Ayen. de Luxembourg et de Gontaut auront la permission d'y venir. Cette grande liaison de M. de Luxembourg avec M"""' de Chàteauroux u'est pas de fort ancienne date : M. de Luxembourg étoit intime ami de M""" de Mailly ; M"* de Boufflers, fort amie de SL de Luxembourg, a trouvé moyen de faire cette nouvelle liaison avec M""" de Chàteauroux.

J'ai marqué que M'"* de Flavaeourt avoit vu M'"" de CliAteaurouxj cette enlrcvue sa passa avec beaucoup d'attendrissement de part et d'autre. M'"'^ de Mailly, qui avoit bien plus sujet de se plaindre de M'"* de Cbâteauroux, mais qui est dans la grande piété, a fait ce qu'elle a pu pour la voir; elle s'est adressée à Vernage, qu'elle connoltf mais qui n'a pas voulu se charger de la propo- X. vt, 15

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