Métnoire de MM. les ducs. Mars
Les pairs de Fraore, itislruits des mouvements que se donnent les princes légitimés pour obtenir en faveur des enfants à naitrc de M. le due de Peiilhtpvreuu rat»;; distingué de celui de toute la noblesse de votre royaume et tiiteniiiédj;iire entre les |triru'es de votre sang et eu\, ue [if'UVLMit se dispenser de représenter au Roi les raisons qu'ils ont d être alarmés de ces bruits, et c'est avec d'autant plus de confiance, qu'il leur suffira de tut rappeler ses propres décisions , le droit public et ancien de ce royaume rétabli et conlirme par les edits et déclaratrous des mois de juillet 1717, août 1718 delà même année, et 36 avril
.Snrvant ces lois, conformes aux plus anciennes consdttitions de l'ttat, il n'y a en France que deu\ source* d'oii dérive la distinction des rangs et des honneurs : ce sont la naissance et les dignités.
Les priu«*es du sang royal placés près du trône et qui peuvent y monter participent à son éclat. Us forment un ordre trop supérieur aux autres hommes pour t|ue leur ranp puisse être ré^lé par leurs difinîtes et pour en avoir besoin; leur naissance seule est le principe das honneurs qui leur sont déférés; mais c'est une oaissance légitime, telle qu'elle est nécessaire pour succéder à la couronne. Ces honneurs singuliers , cette préférence indepiMidaiito des dignités et déférée a la naissance n'apjtartient qu'à ceux f{ui, étant issus deji rois par une filiation ié(jilime, peuvent eux-mi'mes devenir rois. Ces prérogatives ne jteuo^ntHre communiquées à ceux qui, par (a constitution de cette monarchie., se trouvent excfus de cette succession.
Tous les autres nobles, quelqu'elevce que soit leur origine, si k'ur naissance ne les destine qua demeurer sujets, forment le second ofilre ; ils ne sont distingués entre eux que par les dignités qu'il plaît au ftûi de leur conférer, dont la première est la pairie. Les pairs n'oHt devant eux que les princes du sang roijal, après lequel ils ont le rang immédiat. Tous les pairs sont égaux, tt le rang n'est réglé enii-e eux que par celui de l'érection dt leur pairie.
Tels sont les principes anciens du droit public de France, dont la conservation a paru au Roi si importante, que c'est pour entretenir entre tous les corps de son Lifat l'harmonie et (union qui doivent
A L'ANNEE t744.
tttxu^'er Ht trunqnUUé du gouoernemeut et h honheur de se». sujet s y jour pcéoanir fes conséquenres dangereuses que des grâces contraires a ces principes pourraient entraîner, (fu'il les ii (lonfirinés [)arsou édirdii mois d'aoïU 1718.
Il iTi résulta qu'entre ces deux ordres aiusi distiugués il u'esL pns fpossibk' de placer un raiifi qui soit vérilabieiiieiU intermédiaire ; il u'v 'a poiut de milieu eutre la naissaïu-e qui nppelie au Irôtie el celle qui en l'xflul, ni par couséqucnl, t'Utre les hotiupurs dus à l'ui»^ eloeux , qui peuvent compatir avec l'autxe. C'est le profond respect des sujjets pour kurs maîtres, et pour ceuv qui peuveul le devenir, qui ne leur permet pas d'imaginer qu'aucun de ceu\ qui en sont incapables puisst; participer à cettu espéci' singulière d'iionueur qui est indérpendaatedes dijcnités et qui suit In naissance^. Le rang des (irijices légir tiiiiés est pris sur le partage ih>s princes du san^, et en multipti<int le nombre des maisons du premier ordre il déprime le second ; aussi le Roi a-t-il jugé, daussa décoration de 1723, que ce rang in ternie dia ire était plutôt wte confusion de rang et des honneurs , source d'une idivision inévitable.
I (Cependant en rétablissant ces prlncipeSt pour d'un côté mettre en sûreté l'intérêt et la loi de l'Sitat, et de l'autre réiabUr l'ordre ancien du rang des pairies-, là lloi a eu égard à la possession dans laquelle SBtrouvoientMftI, le duc du Maine, lu comte de Toulouse , ie prince de I Donibes et le fiomte d'Ku, nés du vivant du jfeu Roy, et qui pendant [son règne avoieJtt joui dys lionueurs et du titre mllme de princes du isaug-Jln'a pas voulu qu'ils tonxbassent précipitamment d'nnsi haut Pdegré jvjsqn'au rang qui leur apparlenoit entre les princes ; sa bonté les ,11 soutemtsdans un milieu difliciieà délinir et contredit par les principes que dans le même tfinps sa justice remeltoit. eu vigueur. C'est donc une exc(>|ition , une pure gnice , ii laquelle le Roi ne s'est porlé jque parce que la loi ne devoit en souffrir qu'une éclipse passagère et I reprendre après leur décès toute sa force et son étendue.
C'est ainsi en effet que le Roi s'ëq est expliqué , et c'est sous cette condition qu'il a l'ait la {^râce : « Nous crogons aussi pouvoir donner une atiention Javorable a ia possession de nos très-chers el irés-amés oncle* le due du Maine et le comte de Touiouse, dont ilnotifia jmru qu'on devoit leur envier d'autant moins la continuation pendant \leur vicy que la grâce que nous leur accordons est fondée sur un motif quiieur est si propre et si singulier que dans ki siiile dea temps il ne pourra ^tre tiré à conséquente ; » ce sont les termes de l'edit de ■ 1717. La déclaration de 1718 en faveur de M. le comte de Toulouse a ! Us mêmes motifs et les mêmes conditions, La grâce lui est accordée sa vie durant, sans tirera conséquence, ei sous quelque prétexte que ce soit pareiUe prérogative puisse Hre accordée ni à ses deny
îre APPENDICE
cendants ni a aucun autre , quel qu'il puisse Hre. La déclaratio" I72;j pour MM. le ]>ri{ic(* ào Uoriibre et le comte d'Kii est aussi pour leur vie ditmnf sfitkinenf. Son motif est égaleraeiit la possession doul ils avûttut joui ptrsonnellement sous I* règne du feu Roi.
Ce motif de possession ne pouvoit s'appliquer à M. le duc de Penthiovre, qui avoit même contre leii nue. disposition expresse de la déelar.itinu de 1718 à son égard. CVst l'everaple diî ÎVIM. le prince do Dombes et comte d'Kii, tt la raison d'é^alitK entre les deux branches, qui a déterminé la bonté du Roi à lui accorder à sa cour les mêmes dis- (iiietions dont ils jouissent.
Le Uoi sentira aisëmenl jusqu'où ce domier motif d'égalité pou rroit fonduire en faveur des descendonls de MM. le prince, de Dombes et le eomte d'Iùi, et allernativemeut en faveur de la postérité de chaque branabe, si B[. le duc de Penthièvre obtenoit aujourd'hui pour ses enfants à naitre la nouvelle extension qu'il demande.
Oependaut riulcutiou du Roi, marquée si clairement par ses lois et même par les exceptions qu'il a bien voulu y faire, n'est pas que ces exceptions à la loi se perpétuent à toujours de génération eu génération, il doit y avoir une borne, puisque ta loi ne peut être illusoire, et cette borne est lixée par la condition opposée à rexceptiou.
Les princes légitimés ne s'offenseront pas rii l'on compare Ici distinclion qui, par grdceet par une exception à la loi, leur a été accordée au- «iessus des pairs, à celle qui appartient de droit aux enfants de France au-dessus des princes du saiig. Les honneurs dont jouissent les enfants de Trance dimiiment a chaque génération qui les éloigne de leur illustre origine. Le titre et W& prérogatives de fils de France n'ont point encore passé au delà du petît-fils. M. le duc d'Orléans, qui dans son ordre est au mfme degré que le seront dans le leur les enfants de .\L le duc de l'entliiévre , n perdu sans murmurer les liouueurs d'enfant de France et est retombé dans le raii!: de prinn; du sang. L'extensic que demande M. k- dite de Peuthièvre est donc sans exemple ; elle i même combattue par un exemple éclatant de modération et dejustic et dans un ordre infimment supérieur.
Les pairs de France sont sensiblement affligés d'être contrainttt;^ d'exposer au Roi des vérités désagréables à M. le duc de PeuthièvreJ Si le mérite personnel, la valeur, les services dans un dge si peu avancé^ décidoient de la préséance, bien loin de s'opposer à ses désirs, ils se feroient un devoir de les seconder; mais le mérite, qui gagne les sentiments et Festime , n'a point de r^ng , et ne donne point de droits oti la naissance manque ; le rang n'est réglé, suivant les anciennes lois du royaunw et suivant wlles du Roi, que par celui de l'érection des pairies.
Ils espèrent que dons un temps où la noblesse de son royaume ré-
pand son sang et prodigue ses biens pour le service du Roi , il voudra bien la maintenir dans ses prérogatives, en luicffuservanl seshountiurs, le plus fort aiguillon d'un cœur francois.
. Traité entre Louis XI^, roi de France, et Chartes II!, due de Lorraine, q»i cède ses États après sa mort à S. M. Trêx-Chré' tienne, du 6 février 16G2 (1).
Article 7«.
r Moyi'nnant quoi al en cousidcratiou de la présente cession , truusport et union desdits duchés de Lorraine et de Bar à la couronne de
j Frauee,Sa Majesté a déclaré et déclare dè-s â présent tous les princes de la uaaisou de Lorraine habiles et capablesde succéder à sa couronne, les agrégeant à sa famille royaJe,et!es ado]>laot à cet effet, veut qu'ils
• y soient appelés selon leur rang, de mille en mule, après Taugusle maison de Bourbon, qu'ils niarclient devant tous les autres princes issus de maisons souveraines étrangères, ou enfants mtl tirets des rois et teurs ttescendanls , et jouissent des privilèges et prérogatives des princes du sang, à condition néanmoins que dans les lieux où les pairs du royaume ont rang et séance en qualité de pairs, les princes de ladite maison de Lorraine ne s'y pourront trouver eu plus grand «ombre que (|uatre , selon l'ordre et le rang de leur aînesse, pour y prendre leurs places comme lesdits princes du sang. Pour sdreté de quoi Sa Majesté promet faire expédier incessamment toutes lettres et déclaralious nécessaires, icellcs faire véirîDer et lioiuologuer daus tous les parlements, cours et chambres des cot«ptes de France , les délivrer auxdils princes dans le temps de..., ensemble tous autres actes que besoin
I sera, en sorte qulls ue puissent être troublés à Taveair eu ladite possession, jouissance et rang, en quelque sorte et manière et par quelque personue que ce soit , sans quoi le présent traité n'eût été fait (2).
Registre au parlement de PariSj le 27 février 1 662, le Roi tenant sou lit de justice.
(!) Extrait du t|uatrièine vol. iii fol. «les traJ(é« de paix impritnèi k Amsierdain tn 170O, iwec 32. ( Ao^e du duc de /jtynes. )
(2) Ce IrailtS n'a p»» e« lien ; mais c'est [larce «|ue Messittirs <le Lorraine ne Tunt paa voulu signer ; et ju«>i|u^à ce qu'ils ^e fussent déterruinéfi, ils ont joui lies iionncurs marqués ci-Jessus. {i\o{e du duc dt Ltttjiies. )
APPKNDICE
6. Extraie d'une lettre de fuijent d'/ispayne^ à Lyon, datée du 3 mars 1744.
Hier, il arriva tin courrier eMraardinaire dépêche par l'infaut don IM)iiip[Ht au duc d'Albe, qui est resté ici à caus« d'uoe petite iodisposi» tioii; il mande h ce seigneur qu'il vient d« recevoir uu courrier expédie de Barcelone par don Olivarès, qui commande le vaisseau Le .\epltittc. de Hi} pièces de canon, par lequel il a appris qu'il avoit été extrêmement maltraite dans le combat naval avec les Anglois:que son vaisseau éloit tout criblé, et qu'il avoit perdu 80 hommes de son équipage , parmi lesquels étoient trois ofïiciers; que le combat avoi* été irès-vif et avoit recommencé à plusieurs reprises ; que les Aoglois avoieut eu sept de leurs vaisseaux brûlés ou coules à foud et un |!rnnd nombre de démâtés, du nombre desquels etoit celui de l'amirai Matthews. le pavillon amiral ayant changé de bord; en sorteque l'on presuntoit que cet amiral avoit été tue; que la flotte angloise avoit pris la fuite en grjnd desordre; que M. de Court la poursuivoit; qu'elle avoit passé devant Port-Maiion sans y entrer parce que les VMGWanx n'y peuvent entrer que l'un après l'autre; qu'elle faisoitrout« V«R Gibralt'ir, mais que la flotte combinée la joiudroit avant qu'elle y arrive; que l'on disoit que les Vu^lois maDq^oMDt de poudre et de boulets; qu'ils ont coidé à fond ceux de leurs vaisseaux qui ne pouvoieut suivre le corps de la flotte, après eJi avoir retiré les équipages pour renforcer les autres.
F.nlut l'on presum^^ une victoire complète, et d'autant mieux que jusqu'à présent il u'est revenu aucun vaisseau de la flotte eecttbioéo que celui de don Dlivnres
7. HelaTioH de V. de Court jt envoyée par M. de Reniais, arrivée à Versailles le 9 mars 1 744.
Les escadres combinées de Fronce el d'tspagne sortireut do la rade ée Toulon le t9 février; elles etoieot composées, savoir celle de Francv . de quinze Taàseauii de ligne , quatre freptes , et trois brûlots; et celle d'Espagne dk douxe vaisseaux . quatre autres etaut restés tbus le port dr Towlna, tUtt d'équipages. Le vent fut très-Cavorable le 30 pour aller aux Aogitois, dont l'escad» etoit de quarantecinq woKkts, trente de lu;» et onze a trots poMs. On profila dn
A I/AINIVÉK 1744.
veni, et rendant on ne put ii|>|>roc-her Iks Anp;l<)is avant la nuit; ils se mirent au large; le vent tomba <n le calnje dura la journée du 21, qui
^ks(? passa eu priune b la vue leï> uns des autres
Le 22. te veut devint favoriibii^ aux Anglois, r|in se mirent en ordre do batsiill^ pour venir attaquer les deux t-scadres; ils avoient lenrs plus pros vûiss^'iiuv daus leur eorps dy hataillo et à leur avant u;arde, I/escadre es^apuole, qtii dmoit faim li'avant-fîarde, devint rarriéro-garde par lo ehangeoient de veut. Les Angltùs n'arrivèrent pas sur toute notrt' ligne, ou pour niic>.i\ dire comuieiieènnit a «Utaquer entre midi et uu* heure l'escadrs espagnole t>t le corps de bataille des François , Itiissnnt l'arrièro-gardf libre. Matthews, avec cinq do ses plus grands vaisseaux de trois ponts, attaqua le Real ()) et ses matelots; t>t Uowlet attaqua Le Terrible {'1) et ses in;itelols avec (rois navires aussi à trois ponts d« sa division; mais le feu des François l'obligra a se retirer. Pendant le combat, qui dura plus de trois lieures, M. de Court fit signal il son avant-f^ardc de revirer de bord pour secourir les Kspaj^uols; comme elle étoit un peu éluifiiiée et que la fuuiée pouvoit ne lui pas permettre de voir le sipiial , Le Terrible \ int avec sa division au secours «lu Ueal. Ce mouvement Ht ralentir le combat ; et obligea les Anglois à abandonner le vaisseau le Foder, qui avoit été obligé de se rendre, étant entièrement démâté. Les Anglois s'éloignèrent le plus qu'ils purent sans oser poursuivre le Jieai et îcs autres vaisseaux espagnols, quoiqu'il y en etlt plusieurs nsallrailés dans leur nidture, et surtout le lietrt, dont le eoniuiandanl général avoit reçu deu\ légères blessures et le e;ipiUiine de pavillon se trou voit blessé à mort. Le combat dura jusqu'à cinq lieures et demie; et le reste du jour et pendant la nuit suivante l'escadre de France couvrit celle d'Espagne, et envoya des charpentiers et ealfals au Hcai pour le répartT. Le 2a, à la pointe du jour, M. de Court vint au bruit du canon qu'il entendit, et délivra le vaisseau espagnol L" Hercule de trois vaisseaux anglois, parmi lesquels it s'étoit niâlé durant la imit, les croyant de son escadre. Les François employèrent le reste de la matinée à retirer du Por/er trois à quatre cents Espagnols; il y avoit aussi aiis ce vaisseau dix ou dou^e AngloiSj qui y avoient passé pour marer(3;.C>n y mit le feu, et sur le soir il sauta en l'air et coula à . Vers le milieu du jour les Anglois, parurent eu ordre de bataille, mais fort éloignés; on les attendit, et c'est tout ce que l'on put faire parce ([u'ils étoient auvent. Lesofliciers espagnols rendront un compte plus circonstancié des vaisseaux de leur escadri' qui ont combattu.
(I) Le Real on Haïf al- Philippe était monté par l'amiral espagnol, (î) Mon(ii par M rlç Court.
(.1) Après l'avuir (Mis.
riO APPF.NDICK
M. âi'- Court couvril toujûiirs iVscadre espagnoU% Ilc«l-sc^uk•lnelll. la unit du 23 nti 2-1, mais tout le jour |wncluiil lequel ils'élovaun veultresford du ii(ird-esl, ijui lit jjonire de vue fos Auglois et obligea les escadres combinées n si- relircr vers les cotes de (latalogoe; elles naviguèrent ensemble tout ce jour-là , et sur le soir le géo^ral mit à la wipe n|)rès on avoir fait lu signa! par les canons et fanaux. l/cs vaisseaux franeois l'aperçurent, mais les Espagnols siiivireall leur route, La Sainte- Elisabeth renionpiant le Heat, et on les vil le jour suivant au-dessous de Barcelone , et depuis on n'en a eu ,iucuiies nouvelles, (luoiijiip plusieurs frégates aient été euvoyées à la découverte. On est cependant lrès-|>ersuadê que les AngJois ne les ont pas poursuivis et qu'ils ne leur ont pris aucun v,iisse;iu, a re\eeptioji du Poder, qu'ils abc'uidonnèreiit,
M. de Court ajoute des {particularités à la louange des I^pagnols, et finit par s'en remettre à la relation qui sera envoyée par le chef d'escadre don Juau .losepli Navarro, dout il loue cxlrêmenieut la graade valeur etle courage ainsi que de tous tes capilaiaes de sou escadre.
On a eu avis que I^e Neptune éloit arrivé à Barcelone, Le Constant, L' Hercule et L'Orient h Cartliagène; et l'on s'aJteiidoit d'apprendre a tous moments l'arrivée du lical , de La Sainte- Ell&abeth et des autres vaisseaux, avec la relation de tout ee qui s'est passédans le combat, dans lequel, comme dit >I. de Court, i\I. de Navarro et tous les commandants des vaisseaux du roi d'Espagne OQl donné de grandes preuves de leur valeur, eliucun ayant été attaqué par deux, trois, quatre etcia({ angtois (I}.
8. Copie de ia lettre écrite par M. de Court, iieulenant généial commandant tes escadres coinbinéex de France et d'Espagne, a Mo''. l'éri'fjue de Hennés, ambassadeur de Frnnve a Madrid, sur le combat du lijéorier 1744, près tes iles d^Hyères.
Monseigneur,
Lorsque je dressai la relation pour notre cour ,(|upj'eus l'houneur d'.i dresser à Votre Excellence, je l'écrivis daus nu esprit de simplicité tel tjue je pense que doit l'avoir un général tjui n'a rien à se reprocher, et qui ne se méUant d'aucun blâme n'a pas besoin d'entrer dans des dé-
(I) Il [Kiralt bien probablt! que si M. île Court avait miteux inaiiiciivn- et eût secondé tVmn\ manière plus énergique, rintn^jiiile iloii Niivain> , la Hntle anj^laise eïit«()ruuvé une véiitable déluite. L'amiral MalLbew-t fut uiis en jugement et (Icclanâ incapable tic servir. M. de Court fut exilé dan.t s«s terres à Gournay.
A i;an.nF:i-: 1744.
tails qui ne poiirroipnt servir qu'à enilkirrasser quelques particuliers d'une nation doirt naus fstiiiions tous on péminl l'élévaiion et le courage. C'est dans rc même esprit que dans la lettre que j'eus Thonneur d'écrire ensuite à Sa Mnjesté Clatlioliquc, en relevant la glorieuse défense qu'avoient faite lo Poder et le ^ro/, je me rapportai à IVE. de Navarro sur le compte de sa conduite et des différentes manneuvres dos autres , bien que je siii^si' que ce généra I , qui avoit été blessé nue heure ou deax a[irès h\ eonmiencemeut de l'action, ne pou voit piiére en être informé que sur te rapport d'aulnii. Mais (Kiisque par tout ce ([«e j'apprends par vos lettres, Monseigneur, et par telles qui nous viennent des autres provine<'s d'Kspaijne, je erois que cette affaire est devt'iiue uJie affaire de nalion , et (pie d'auxiliaires pleins de zète et de lionne volouté que nous croyions être , quelques ofliciers de la nf^arîne d'Espagne, pour couvrir je ne dirai pas leurfoiblesse personnelle mais du moins In mauvaise manœuvre et eondnite qu'ils ont tenues en cette oeeasion, noiisont donné à tout le royaume pour des traîtres qui avions voulu les sacrifier et les livrer auv An<;lois , je pense que des imputations que je mépriserois autant que leurs auteurs si elles ne regardoient que moi exijïent que je sacrifie ma délicatesse à ce que je dois à ma nation, aij corps à !a l^te dmjiiel je me trouve, et surtout à l'honneur du Roi riioit maître, sans l'aveu duquel on ne présumeroit peiit-^lre pas que j'eusse été capable d'ordonner et de conduire un pareil complot, surtout après la preuve que je donnai en 1741 de ma bonne volonté pour le service de LL. IV! M. Catholiques, en sauvant par ma soignetjsc attention cette même escadre espagnole, dont quelques |îarticuliers nous peignent aujourd'hui avec des couleurs si noires, de la poursuite du contre-amiral Haddock. Je dis soif^netise attention , présentement qtie je suis forcé de tout dire, parce qu'il ne tint pas à ]\l. de tNavarro, ou à ccu:^qui le conseillèrent, que par affectatfon à ^Icnir éloifné de la côte -l'Espaguc où ils me savoient, ils ue pasont hors de ma vue. Je m'étois bien aperçu dès lors des dispostlîons peu favorables delà marine d'Kspagnc à notre égard; mais je ni'étois flatté que le temps et nos lionnes manœuvres détruiroient ces fatales prévent ionj».
Après ce préambule que j'ai cru nécessaire, Monseigneur, sans m'arrSter à différentes manoeuvres qui précédèrent le combat, je vais passer à l'explication principale qui faille fondement des imputations de nos calomniateurs. Elle consiste, comme le remarque très-bien Votre Excellence, â savoir la raison pourquoije n'ai pas plus tôt reviré de bord pour aller au secours des Espagnols.
Pour bien entendre ce point, il faut que vous me permetlie?: d'expliquer, en faveur de ceux qui n'ont aucune idée de ce que c'est qu'une armée tiavaleen ordre de bataille, que cet ordre consiste en une ligne
222 APPKNDICK
continue de t<ws les vnis90fli»\ qui composent cette armée , les<|uels <loivr'iil sf suivre en se tenaul fort serrés. Celte ligne se divise en trois cscfldres, dont l'une s'appelle l'avant-garde , l'autre le corps de bataille en oc qu'elle est au centre, el la troisièoie rarrière-jçardc. 1^ gëuérnl est toujours, on un jour d'i>ccasion, au centre du corps de bataille ; mais il f;inl remarquer qu'il n'y a aucun intervalle entre ces trois escadres et quelles ne sont distiuiiuées que par le pavillon des commaudauts et des griieranx qui les conduisent et par les flammes qui distinguent aussi les vaisseauv qui les composent. De là , je crois que l'on eonijirend tiisém^nlque ta ftledes vaisseaux qui marchent à la tète s'appelle lavant-parde. et que celle qui suit le corps de bataille s'appelle l'arrièregftrde, et que c'est a celle-ci par conséquent à avoir attention de serrer la ligne.
Voilà, Jlouseinneur, l'ordre dans lequel notre petite armée auroit dil être. Notre avant-parde et notre corps de bataille y éloitint, mais ii s'en falloit qu'il en Itlt aiusi de l'arrière-garde. ÎVous ne vîmes dans le comlueuceuit'iit du coinbal que /.'f >/•(>«/ qui suivoiU.p5f?v>M.r et L'.Imérique qui suivoit l'ijrkiil qui furent exactement à leur poste. Il y avoil un très-grand irilcrvalle du dtrnier des vaisseaux à ceux qui étoient de l'avautdu /?ra/, cl im plus grand encore entre ceuvqui lesuivoient et les quatre ou cinq qui étoient le plus de l'arrière. C'est ce désordre, à ce que nous avons appris par M. Veriiou, officier au^lois pris sur le Ptiffej\ qiiideitrmiiia ^I. Mattlu'ws, qui étoil déjà à portée de venir eoninieiu-er le combat avec moi . use replier tout d'un'coup avec son corps de bataille, compose de la plus grande partie de ses plus gros vaisseaux, sur le petit (>elotou que coruposjoit le Jieal avec quatre autres ; et une preuve bien certaine de ce désordre et de la confusion qui doit entre ces quatre ou cinq navires, c'est que le Poder, ailaut au secours daAeplune qu'il voyoil engagé, essuya de la part de ce dernier quelques coups de canon , de l'aveu d'un officier de ce dernier vaisseau , avant qu'il l'eût reconnu pour un des leurs.
Passons maintenant à ce qui regarde l'escadre françoise. Il y avoît quelques vaisseaux du corps de bataille auglois et toute leur avantgarde qui sétendoieiTt sur nous, lorsque le reste tomba sur les Espagnols. Im* combat commeuça uiiqiiart dlieure après, depuis /.'.Amérique, L'Orient^ Ije Sérieux^ Le Saint-Esprit , Le /'e/r/ôfe, jus<iu'au f-enue, mon matelot, inclusivement. Il faut bien remarquer cette circonstance pour comprendre qu'il ne fut pas possible , contenu comme je rétois pour ce combat, de faire rcvirer de bord mon escadre |)Our aller au secours des Kspaguois; il est vrai que .^I. de Cabaret, qui cotuinandoil mou avant-garde, sembîeroit avoir préféré celte ma - Dœuvre; mais il n'y a («s un liommc du métier qui ne convienne qu'il lie pouvoit hasarder un pareil mouvemenl sans s'exposer à ^tre enve-
A L'ANNKF. 1744.
l>;ir la \è\c dp ravaiU-gjirdt' des An^lois (|iii rtniisii vmuis ii
Itii. Mais cetle avaiU-gaRlc se U'nanl cvlmiK^nicnl. ;m vent, cHn
îi« dfniiiii lie» de juger que je poiivois li;is,irdcr de faire relîror
la mi^iuio, f]uo>([i)(> je seutissc fort le péril qu'il y avoit à faire un
mouvemoiil tj'ij nlloit exposiT le |irt'mier da mes vaisseaux qui nu-
roit reviru n essuyer tout le feu de la ltp;ue des Auglois, feu sons le-
l^uel il fulloil nécessairomeut passer pmir aller jusqu'au /ieal , et qui
luruit sdrenient mis tous les vaisseuux hors de combat «iviuit qu'ils
jssenl arrivés jusqu'à lui. Mais le signal que yen fis ne fut point
iperçu, ù cause de la fumée qui me couvroit. Dès que les .\ii^lois
Riireut cessé de nous combattre , je pris le parti téméraire de faire re-
l^rer tous mes vaisseaux pour aller ausecotirs du lienf. Heureuseuu'nt
lue les ..VQglois ne protitcreut pas d'une manccuvre faite eoutre toutes
[les règles du métier, et nie laissèrent tranquillement aller remplir mon
objet.
Voilà en bref, Mouseigneur, le détail de la manœuvre qui vousern- ^liarrasse. Fermetlez-moi préseiiteuierit de\ousdeuianderuuuiouK'yt de [votre atteution pour examiner la raisou pourquoi quelques Espaguola [nous font un crime d'avoir laissé éeraserlfl liea/,, lorsipie j'étois re- Itenu par un combat et que le reste de mes vais.se.'uix ne pouvoit le I faire qu'au moyen d'une manœuvre très-hasardeuse, tandis qu'on garde ^silence sur ciuq vaisseaux de Tarrière-^arde de ce général, qui n'nynnt I qu'uti pas a faire pour le souteuir hl- l'ont pas fait et restèrent dans l'in- I action. Comme je tie fais poiut Toffia» ici de délateur, je ne nomimerai ui les vaisseaux ui ceux qui les commuudoieut , non plus que ice»\ qui sans ordre ni sans jirétexte légiiimc ont abandonne leur général pendant le cooiibat; c'est l'affaire de M. de INavarro. Mais je me fais un devoir de vous répéter que rien u'e«t compa- Irable à la fermeté de don Rodrigo Roulio, commandant le Poder, à celle de M. de I>a^e, à qui Sa Majesté C«itliolique doit le saUit du iHeal (l). Je dois de plus vous faire observer que Z,e CoiixiaiU et Le AV/i- <un^, tant que leurs e^pitaiuesoot vécu, u'out jamais abandonne ienr [général, .(e pourrois, MonseigUL'ur, faire le détait par ce raisonnement; ' mais pour que ceux qui pourroient te dire pussent voir d'un coup
HJ Lk iîcal était menacti par wii bii'ilut; il nVlait qu'à quiti/.c pas du fienl lor.si|iii' i]iieli\ui^s (iKicitTS ("Sfingiiols jiaritrent d'amener iiavillon. Le clieviiliiu de Laj;e, Fiaiiram, <|ul eoaniiaoïlLiit le lîml tie\\n'K la l>les.sure de r.iiiifrfli i-l du catMloitie tlii piivillutv, crin a (ii»\ qui voulaient st; rtiridn; . " Vous a ver. donc oiiblii' (pi«je suis kil » cl (tt tirer sur le hnlîot à couler ha<!. Le tupitaine.iiiglais, se voyant pcTilii. iimi-ïsa au Pienl el mil le feu aux inrclu's, \mi\- «aiitqiie iVvjilosiotnlu brùlul dulrulr.iit te vaisseau es| a;* itol. Il n'en lui rieji. Le brûiotsaula, Mins endumuiager Ve lieal.
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d'œil h reste de tna conduite, je vous rappellerai ici que dès qii# j'eus joint M. dOiSavarro,(|uc les Anglois quittèrent dès qu'ils virent ma manœuvre, je mis en ligne et en sauve entre les Augtois et les Espagnols pour les couvrir et leur donner moyen de se réparer ; j'en' voyai au fieai cent cinquante hommes , tant cliarpentiers calfat5 que matelots, enlin, ma position fut telle qu'elle obligea les Anglois de nous aiiandonner le l'ofier, sur lequel ils avoient un offieier et des matelots. T<e lendemam au point du jour, étant toujours dans la même position, j'apernus un vaisseau espagnol qui pendant, ia mn't avoit pris le feu des Anglois pour les nôtres et s'étoit engagé parmi eux; it ("ut attaqué par un vaisseau qui étoit àsai portée dans le temps qu'il fuyoit pour venir nous joindre. Dès que je m'en aperçus , je fis sigual à toute mon escadre de forcer de voiles pour aller à son secours; 'es Anglois aperçurent ma mana: livre, le quittèrent et lui laissèrent la lilKTléde venir nous joindre tranquillement; c'éSoit L'Hercule.
Cel.T fait, je me rapprochai du Real et du Foder ; je Ils avancer ce dernier vnisseiui, 4)ui n'êtoit pas en état d't!tre sauvé, et j'y fis naettre le feu , qui n'éclata qtie vers les neuf heures du soir.
Toutes les inanrpuvresse faisoient tranquillement en présence deTes.cadre angloise, malgré les mouvements qu'elle affeeloit de faire pour venir sur moi ; je dis affectoit , parce que l'événement, auquel je ne m'attcndois pas, a heureusement justilié que c'étoit une affectation, car s'ils étoient venus m'atlaquer avec des forces aussi supérieures , il in'auroitété impossible de sauver h/ieat, qui n'étoit plus accompagné que de si\ Kspagnols. Ayaut ainsi pourvu pendant le 23 à tout ce que je pouvois fair»? à l'égard du fleat et du Poder, et les vents contraires pour regagner les côtes de Provence ayant extrêmement renforcé la nuit, et ne voyant jtlus les Anglois le malin du 24, je lis route pour la (latabigne à la suite du lien!, qui faisoit cette route et dont je ne voulois point me séparer. Cepeudaut, comme j'avois toujours pour objet de regagner les côtes de Provence si les vents venoient à changer, et que d'ailleurs toute mon escadre à sec faisoit plus de chemin que le fteal avec son peu de voile, Je fis à l'entrée de la nuit signal de mettre à la cape, mana'uvre à laquelle iVI. de Navarro ne jugea pas à propos de se conformer et continua sa route, ce qui fit que je ne le vis plus le lendemain matin. Cela m'engagea à faire forcer de voiles a tonte mou escadre, avec des frégates tur les ailes, pour tâcher de me joindre a eus, ce qui ne fut fait, à cause des événements de la mer, que le 7 de mars sur !e cap de Palos. Nous fîmes route pour Carlltagène, où nous enlnlmes le 10 de mars.
A L'ANIfÉE 1744.
9. Ordonnance du Roi. portant déclaration de guerre contre le roi d'Angleterre, du 15 mars 1744.