‹ Mémoires du duc de Luynes sur la cour de Louis XV (1735-1758) (volume 3)Chapitre 22 sur 94 · DE PAR LE BOI · texte numérisé non relu

DE PAR LE BOI

l">ès le commencement des troubles qui se sont élevés après la mort de l'empereur Charles VI, le Roi n'a rieu omis pour faire eoniinîtri' que Sa Majesté ne désiroit rien avec plus d'nrdeur que de les voir pronipU'ment apaiser par i\\\ arcommodcment ëquitaWi* entre les parties belligérantes. I,u conduite qu'elle a tenue depuis a suflisamment montré qu'elle pei*sistoit<'onstanmientd.ins les mf!nies dispositions; etSaiMajesté, voulant bien ne former pour ellf-rnfime aucune prétention qui pdt mettre le moindre obstacîe au réiablisscmeut de la tranquillité de l'Europe, ne enjiiptoit pas <l'{!tre obligée de prendre part ;i la guerre, autrement qu'eti fournissant à ses allies les secours qu'elle se irouvoit engagée à leur donner. Dt'.s vues aussi désintéressées auroient bientôt ramené la pix si la cour de Londres avoit pensé avec autant d'équité et de modération, et si elle n'eilt consulté que le Lien et l'avantage de la nation angloisc; mais le roi d'Angleterre électeur de Hanovre avoit des intentions liien opposées, et on no fut pas longtetnps a s'apercevoir I qu'elles i»e lendoient qu'il allumer uuc guerre générale. iSoii coûtent de [ détourner la cour de Vienne de toute idée de eoiirilialiou et di' nourrir [«on nnirnosite par les conseils les pins violents , il n'a eiierché qu'à [provoquer la Franee, en faisant troubler partout son conmierce mairitime , au mépris du droit des gens et des traités les plus solennels. iLa convention de Hanovre, du mois d'octobre 1741, sembla cependant 'devoir rassurer Sa Majesté sur In continuation de pareils excès-, le roi d'Angleterre, peadanlleséjourqu'illit dans ses litats d'Allemagne, parut f écouter les plaintes qui lui en furent portées, et en sentit la justice : 1 il donna sa parole royale de les faire cesser, et tl s'engagea formellement à ne point troubler les alliés du Roi dans la poursuite de leurs droits; mais a peine fut-il retourné à Londres qu'il oublia toutes ses promesses, et aussitôt qu'il fut certain que rarmée du Roi quilloil entiereniftût la Westpbalif, il lit déclarer par ses ministres que la convention ne subsistoil plus, et qu'd s'en tenoit dégagé. Alors il se crut dispensé de tout ménagement; ennemi personnel de la France, il n'eut pins d'antres vues que de lui eu susciter partout; cet objet devint le point ])riiicipal des inslrutttious de ses ministres dans toutes les cours de l'Europe: les pirateries des vaisseaux de guerre anglois se multi[)lièrent avec cruauté et barbarie; les ports du royaume ne furent plus même un asile contre leurs instiltos -, enlin, les escadres angloiscs ont osé entreprendre devenir bloquer le port de'l'oulon, arrêtant tous les bâtiments,

APPENDICE

s'pmiiarant de toutes (1*9 nnarclinndises qu'ils portoienl, enlevant même les reenipa et les mnnitions qtie Sa Mnjest*' euvoyoit dans ses placi^. Taut d'injures et d'outrages répétés ont enlin lassé la patienœ di; Sa Majesté. Elle ne pourrott les supporter plus longtemps sans manquer a la protection qtrelle doit à ses sujets, à ce quelle doit à ses alliés , â ce qu'elle se doit ;i elle-tnéme, à son honneur et à sa gloire- Tels sont les justes motifs qui ne permettent plus à Sa Majesté de rester dans les bornes de la modération qu'elle s'éioit prescrite et qui la forcent de déclarer la guerre, comme elle la déelare par la présente, par mer et par terre , au roi d'Angletwre i-leeteur de Hanovre. Ordonne et enjoint Sa Majesté ii lous ses sujets, vassaux et serviteurs de courr»; sus aux sujets du roi d'Angleterre électeur de Hiinovre : leur fuit très -ex presses inhibitions et défenses d'avoir ci-après avec eux aucune conmiunieatiou, commerce ni intelligence, à peine de la vie ; et en conséquence Sa Majesté a dès a présent révoqué et révoque toutes permissions, passeports, sauvegardes et sauf-conduits qui pourroient avoir été accordés par elle, ou par ses lieutenants généraux et autres ses officiers, contraires à la présente, et les a déclarés et déclare nuls, et de nul effet et valeur, défendant à qui que ce soit d'y avoir aucun égard. Mande et ordonne Sa Majesté a M. le due de Peuthièvre, amiral de France, aux maréchaux de France, gouverneurs et lieutenanîsgénéraux pour sa Majesté en ses provinces et armées, maréchaux ijecanip, colonels, mestres de camp, capitaines, chefs et conducteurs do ses gens de guerre, tant de cheval que de pied, frauçois et étrangers, et tous autres ses ofCciers qu'il appartiendra, que le coiitemi en [a présente ils fassent exécuter chacun à son égard dans l'étendue de leurs pouvoirs et juridictions; car telle est la volonté de Sa Majesté, laquelle veut et entend que la présente soit puhliéo et afiiehee eu toutes ses villes, tant maritimes qu'autres, et en tous ses ports, liavres et autres lieux de son royaume et terres de son obéissance que besoin sera, à ce qu'aucun n'en prétende cause d'ignorance. Faitâ Versailles, le 15 mars 174 1. Signé I.ouis, ei plus bas, Phelippeaux.

10. Ordonnance du Rm porta»! tirriarnfwn de guerre contre la reine de Hongrie, du ZGnvril 1744.

HE PAH l,F ROI.

Lorsque Sa Majesté s'est frouvéo dans l'obligation, nprè.s que lontM les voies de cnueili.ilion ont été épuisées. d";ica>rdi'r à la njaisnii de Bavière les secours qu'elle etoît engagée àluifuuniir powr l'aider .i soutenir ses droits sur quelques-uns des États de la succession du feu empereur Charles VI, ellen'avoit aucun dessein de se rendre partie prin-

tfl

A L'ANINRK 17^4.

vÀpnle dans la guerre. Si le Roi ertl voulu profiter ùi's f irconstaiiros lyonr étendrp les frontières de son roynuine, personne n'ignore combien fl lui eiH été facile d'y parvenir, soit par la voie des armes, qui n'auroient alors éprouvé qu'im(? foi ble résistance, soit en acceptant les offres avantageuses el réitérées tjui lui ont été faites par la reine de Ilnugrie pour ledétaelier de ses alliés. Mais bien loin que la modération de Sa (Majesté ait produit les effets qti'ou devoils'eu promettre, les procédés de la cour de Vienne envers la France ont été portés à un tel [)oiut d'ai|;reur et de violence que Sa Majesté ne ppiit différer plus longtemps d'en faire éclater son juste ressentinieiit. Les écrits scandaleux dont celte cour et ses ministres ont inondé l'Rurope, l'infraction de toutes les capitulations , la dureté des traitements qu'elle a exercés envers les prisonniers françois, qu'elle retient contre les stipulations expresses du Mrtel, enfin ses efforts pour pénétrer en Alsace, précédés des déclarations , aussi téméraires qu'indécentes, qu'elle a fait répandre sur les frontières pour exciter les peuples à la révolte, tant d'eitcès redoubles forcent aujourd'hui Sa Majesté, pour la vengeance de sa propre injure, la défense de ses États el le soutien des droits de ses alli^, de déclarer la guerre, comme elle la déclare par la présente h la reine de Hongrie, tant par terre que par mer, et d'attaquer indistinctement toutes ses possessions. Ordouneet enjoint Sa Hlajesté à tous ses sujets, vassaux el serviteurs, de courre sus aux sujets de la reine de Hongrie; leur fait trés-cxprcsses inhibitions et défenses d'avoir ci-après aveceiix aucune communication, commerce ni intelligence, à peine de la vie; et en conséquence, Sa Majesté a dès à présent révo»iné et révoque toutes permissions, passe-ports, sauvegardes et sauf-conduils, qui poiirroient avoir été accordés par elle ou par ses lieutenants généraux et autres officiers, coiitrairi's à la présente, et les a déclarés et déclare nuls et de nul effet et valeur, défeudantà qui que ce soit d'y avoir aucun égard. Mande et ordonne Sa Majesté à M. le duc de Pentliièvre amiral de France, aux maréciiaiiv de France , gouverneurs et lieutenants généraux pour Sa Majesté en ses provinces et armées, maréchaux de camp, colonels, mestres de camp, capilaiues, chefs et conducteurs de ses gens de guerre, tant de clieval que de pied, frîinçois et étrangers, et tous autres ses ofliciers qu'il appartiendra, que le contenu en la présente ils fassent exécuter, chacun à son égard, dans l'étendue de k'urs pouvoirs et juridictions; car telle est la volonté de Sa Majesté, laquelle veut et entend (]ue la présente soit publiée et africliée en totrles ses villes, tant maritimes ifu'aiitres, et en tons ses ports, bavres et autres lieux de son royaume et terres de son obéissance que besoin sera, à ce qu'aucun n'en prétende cause d'ignorance. Fait à Versailles, le 5Jfi avril 17-11. Signé T-ni;is, et plus bas Phe-

LXPPZKVX.

APPE!«DIŒ

11. JH$C0itri prononcé dans une audienee pwbHqme^ te 33 atrS 17-11, par S. Ex. M. le marquis de Féndon, OÊ^ttadeitr de Se .VajeiU rrét-C/irélienue auprès de Leurs ffaatn Pmuamets tes Étals Généraux des ProcMces-Lnies.

Hauts H Puissants Seigneurs,

Ccst par les ordres du Roi mou maître que je reviens auprès de Vi Hautes Piiissanct-s pour leur déclarer en son nom que quelque pûrtiqne Sn M.ijestf- soit obligée de prendre elle consenera jusqu'au dernier moment les principes qui vous ont attiré tant do marques de l'affeclioD qu'elle a toujours eue pour voire république. Vos Hautes Puissances pourront se rapiieler qu'ayant été choisi par le Roi pour me rendre auprès d'elles, j'y arrivai il y a dix-neuf ans dans les circonstances où la cour de Vienne venoit de former l'établissement d'une corapaguie à Ostendi', dont le commerce auroit détruit celui de vos sujets. Celle cour, peu touchée de la foi des traités, et oubliant les obligations eucore récentes qu'elle vous avoit, se conduisit envers vous suivant son principe invanable de rapporter tout à ses intérêts particuliers, et de croire que quand on s'est sacrifié pour elle on est suffisamment réconipeusé par le mérite d'avoir travaillé pour sa grandeur, tnflée du degré de puissance auquel elle étoit montée par vos efforts pendant une guerre de douze années , elle liroit avantage de l'affoiblisseraent de vos forces , triste fruit de tout ce que vous aviez fait en sa faveur, pour fouler aux pieds les stipulations sous lesquelles vous lui aviez çcuiis les Pays-Bas. Elle fomioit daus votre voisinage l'établissement d'un commerce dans les Indes qui devoit anéantir le vôtre ; elle nerépoudoit a vos plaintes et a vos représentations que par des hauteurs et , d'injustes refus. En vaiu la cour britannique, animée par le niante intérêt de commerce que Vos Hautes Puissances , joigooit ses instances aux vôtres. Sou appui vous étoit inutile. La cour de Vienne n'eut, pour ne rien diredi' plus, que de l'indifférence à vous faire éprouver du su part, jusiju'au moineut oii elle vit la France prendre en main votre causL'. Je fus cliargé parle Roi mon maitrede vous présenter une main secourable; ce furent les premières fonctions de mon ministère auprès de vous, et les illustres membres devant qui J'ai riionueur de parler savent portait eiiieul que l'intervention de la France fut le principe et In source de tout ce qui vous a été par la suite suecessivcnient accordé.

L'empressement de Vos Hautes Puissauces,quoi(juejuste en lui-même, pour l'abolition enlifre du commerce qui s'étoit élevé ati préjudice de vos sujets , servit nnv vues de ceux qui ne pouvotoit souffrir de vous

wf mettw vôIre priiicipAto confiance dans le suutien de [a l'ouroniie Il Uoi mon inaitre. Vous fûtes entraînas dans des engagements ne Tapimi de Sa Hlajwté vous aiu-oit épargnés; ce fut à rcçin-t qu'ellt" vous lea vit contracter, mais néanmoins sons que ses sentiments à votre égard en aient ét& altérés. Elle se reposa sur ce qno l€S prévoyants d'entre vos sages républicains sentoieut dès lors toutes les c(>usé(iuciices qui eu pouvoieut résulter et le hos^in de se tenir brlcmeat unis contre l'abus qu'on «ni voudroit faire an préjudice de ce ne vous devez à i'amitiô du plus ancien de vos allies. # L.1 cour de Vienne n'a point demi'iiii , dans l'exécution du traité ui fut fait alors, Tosprit d'injustice et de hauteur qui avoiont dirige sa conduite à votre é^ard Kilt" s'est montrée iiussi Ifnte que peu sincère dans racconipltssenicnt de ce qtii y étoil stipulé en votre faveur. Kn effet, avec quelle lenteur a-l-elle [irocéde pour déraciner dans le priueipc le commerce dont on vous avoil promis l'abolition eu vous la Élisant acheter a un si b.iut jvrix, et combien de fois vous êtes- vous plaints, et toujours inutiicmcut, de lïne\éculion des promesses qui [.furent faites à votre ré|>iiWiquc sar tm autre objet intéressant; proniesscs qui nou-sfulement sont dt'Uieurees sans exécution, mais qu'il n'est même plus au pouvoir de la cour de Vienne de remplir. C'est cependant sur ce même traité, si peu religieusemeut observe dans ce qui vous interessoit, que la cour de Vienne a fonde ses espcriinces pour vous précipiter dans toutes les mesures qui seroieiit cou formes à ses vues.

Jamais la guerre que ta vinlonce faite à la l'ologno rendit neces- «airo ne si! seroit allumée si la cour de Vienne ne s'éloit tait l'illusion lie croire qu'elle pouvoit tout oser et tout entreprendre, et que vous n« pourriez vous dispcusrr de prodif^uer de nouveau le sang de vos peuples et d'épiii.wr vos riclît'.";ses pour la soutenir et la seconder dans tous les projets que lui su!;f;érnieiit sou injustice et son ambition.

Hauts et l'uiss;>uts Seigneurs, vous fîtes alors une épreuve bien seu- Bîblu des sentiments du Roi mon maître pour votre république. I>a cour de A'ienne, par t'abandon presque total ou ello laissoit les Pays-lias, contre la lettre cl l'esprit des traités particuliers que vousavitv- avec file, n'avoiten vue que d'exciter Sa M.ij<'sle â les attaquer, afin de vous entraîner dans la giu'rre, et de faire f-nsuitc rctombt?r uniquement .sur vous les frais et les risques de leur conservation; mais Sa IVfajesté, conduite par les égards qu'elle voulut \-ous marquer, iiréfer.i de porter SOS armes dans d'-s pays éloignés de ses frontières, malgré les iirctinvénients et les délVjises immenses qui sont inséparables de tonte guerre que Ton fait loin de clicz soi , et vous ne pourrez jamais effacer de votre souvenir la facilité avec laquelle elle se prêta à votre désir pour assurer la neutralité des Pavs-Bas.

28t« APPKNDICE

La niodérntioii du Roi., à liiqut'lle j'ai eu la satisfaction voir n^iiriri' touU- la justiw 4|ui lui étoil dVk\ mit des bornes au succès d** ses arnips et rendit le calme- a l'Europe. Vous savez, Hauts et Puissants Seigneurs , que Sa Miijesté désira de vous eu voir devenir les paeilicateurs, et qu il iie tint pas a elle que votre république ne recueil- Ut en iMitier le fruit d'avoir su vous maintenir dans un sage milieu eiilrt- les puissances belligérantes.

T.a guerre s'étaut rallumée après la mort de l'empereur, le Roi mon ina.îlro'a persévéré dans les miimes sentiments à l'égard de votre républiquL' ; et si la tranquillité des Pays-Bas n'est pas assurée comme elle le lut eu 1733, ce n'est pas que Sa Alajesté n'ait lait counoître a diverses reprises la disposition oii elle étoit d'eu user de même qu'aors, et de continuer de poser pour liase de tous ses plans la conservatifpn du repos dans Ses provinces aussi voisines de vos frontières. Messie.urs les députés qui composent votre assemblée savent tout ce que le Roi m'a fait tenter auprès de vous, en rendant vos principaux ministres les dépositaires de ses plus secrètes pensées, soit pour rétablir la trauquillité de l'Europe, soit pour assurer la votre en particulier.

Sa Majesté, dans le soutien qu'elle a donne à ses alliés, n'a eu en vue que de ne les pas laisser traiter moins favorablement que Tout été les princes à qui la reine de Hongrie, dirigée par les conseils de la cour britanuique, s'est crue obligée défaire des (.-e^stons importantes, »l.ms lesquelles cette princesse n"a rien trouvé d'incompatible avec son droit de succédiT seule au\ lltats du feu empereur ctavet: l'indivisibilité de la prafîmatique sanction. Kn effet, la cour de Vienne avoil autorisé le Roi n)on maître à croire que la négociation dans laquelle elle a'avoit pas refusé d'cutrer avec Sa ïlajesté depuis la si|^uature du traité de J733, pour examiner le fondement des prétenlions et des droits antérieurement acquis de la maison de Bavière, étoit. une négociation sérieuse. Elle fut suivie de part et d'anti'e jusqu'à la mort du feu empereur, et peut-être en seroit-ou venu à une conciliation si ce prince avoit vécu plus longtemps; mais sa mort fît évanouir toutes ces espérances.

Si Sa Majesté en venant au secours de ses alliés eut été capable de se laisser séduire par l'arabition d'agrandir ses États, la reine de tlougrie lui en a offert des moyens aussi peu cojnpalibles avec l'étendue qu'elli donne aux prérogatives de sa pragmatique qu'avec ce qu'elle professe auprès de vous sur Icsujet des Pays-Bas. Mais Sa Majesté n'avoit d'autre désir que de procurer la satisfaction de ses allés juar uae conciliation juste et équitable. Elle ne douta point que le moment n'eu fiit veuu, lorsqu'en dernier lieu remjjereur eut accepté la médiation que Tempiffl offroit, et dont Vos Hautes Puissances ainsi que le roi de ta Graudo- Bretagne furent invités à partager l'iiottoeur. Ou auroit Au croire que

A rAWNÉE 1741.

cette ci^nswncc détermiucroit la reiue de Hongrie .» accepter une entremise, qui lui st-roit devenue si lavoriibk* par les bons olïiocs des deux puiss.inc'es auxquelles l'Empire s'adrcssoit. Kn même temps, {|ue doii-ou piiuser de son éloigtiement pour une tiit-thadc si conforme Il ce que prescrivent eu pareille eotijoHCtiin! les lois et les constitutions du corps permanique? et quelle puissaucc doit-on regarder comme ennemie des libertés de l'Europe (uom si respcclable , mais si souvent profané), ou celle qui souhaite réxectitiou do ces lois, ou celle qui s'y ^irptuse et s'y oppose? Vos Hautes Puissauces clles-raèaics auroient- ^klies laissé saus réponse cette invitation de TKiupire, si vous n'aviez ^noiutété retenus par l'embarras d'avoir à faire connoître le peu de dis- Hipositiou que vous trouviez dans les cours de Vienne et de Londres a poilter eu qui étoit si propre a arrêter le progrès du trou])le et à l'éteindre, mais en même temps si contraire à leurs vues pour rendre riucendie général ?

^■' T^e Eui iHou maître, en rappclaut d'Allemagne ses armées dès que ^■j'KmiHre eut offert cette médiation et que l'empereur l'eut acceptée ^ka sut^sammeut montré combien il souhattoit la lin de la guerre ; mais ^T'^uel fruit Sa Majesté a-t-elle retire de sou désir de donner coinmcucemeut au rétablissement du calme dans l'Empire ? L'on s'eu est prévalu

I^pour qualifier de fotblesse toutes ses démarebes, venir insulter les irontières de la France et essayer de pénétrer dans le cœur du royaume. (Quel gré a t- on su au Roi de la marque deconûance qu'il vous a donnée rfin offrant de remettre à votre garde la ville de DunKerque? Sa Majesié Fauroit exécuté tiès-volonliers, dans le principe oîi elle étoit de n'en ^ yenir qu'à l'extrcmité au parti des fortifications capables de garantir ^kettc ville et ses habitants contre tes projets, que la cour de Tendres ^■^unonçoit lia u le meut. Son ambassadeur n'avoit-il pas articulé lui-même Blin termes formels, Jusque dans uu mémoire public à Vos Hantes Puissances, le dessein de réduire llunkerquc en un hatneau de pêcheurs. ■ Sa Majesté n'a rien oublié enlm pour ramener l'esprit de ])aix; mais lies démarebes pour y parvenir et toutes tes marques qu'elle a données de retenue et de modération n'ont fait qu'enorgueillir les cours de Vienne et de Londres et de les rendre plus audacieuses à former les plus sinistres projets contre sa couronue et ii enfreindre toutes les règles et les bieuséauces même les plus communes: violation de territoire, saisies arbitraires de vaisseaux, non restitués, infraction d'une neutra-

Ilité mendiée et pre-sque aussitôt oubliée , langage injurieux de leurs i^ifférenls ministres , expressions ofi'ensantes dans tout ce qui sort de Jeurs plumes, duretés de la cour de Vienne envers les prisonniers 'firançois exercées contre loute^s les lois de la; guerre et les stipulations expresses du eartd, etïorts publics et connus de cette même cour et de celle de Londres pour susciter toutes les puissances contre la traucc,

APPENDICE

leurs vastes projelsannonci'S contre elle avec éclat dans toute l'Europe, leurs tentatives à la fin de la dernière campagne pour attaquer l'Alsace, les déclarations aussi téméraires que dénuées de pudeur qu'on a fait répandre sur les frontières du royaume ; tant de pernicieux dcfsseim contre la couronne du Roi mon maître et tant d'offenses réitérées n'ont pas permis à Sa Majesté de différer plus longtemps à déotarer la guerre à ces deux ]>uissancos.

Sa Mnjesié veut agir a découvert et ne prend point de résolution qu'elle ne puisse avouer; mais on ne doit pas s'attendre qu'elle né^ige aucun des moyens que la guerre autorise. Par (juelle prérogative singulicre sernit-il permis au roi de la Grande-Brelagnc de s'avancer jusque sur les frontières de la France pour les attaquer, sans que le Roi mon mailrc piH en user de m^'me à son égard? Les auxiliaires de la reine de Hongrie sont-ils donc en droit de faire des entreprises contre ceux de renipcreur que ceux-ci ne puissent pas également former contre ceux de la reine de Hongrie ? et qui doit être taxé de violer les lois qui assurent la paix et la tranquillité des nations, ou celui qui a commence gratuitement des tiostilitcs contre un Etat qui n'étoit en guerre déclarée avec aucune puissance, ou celui qui ne fait qu user de représailles?

T^s titres fastueux que s'arroge la cour de Londres sont démentis par toute sa conduite; elle s'annonce partout comme protégeant la iîberté de la navigation , et rien ue siéroit mieux à un roi assis sur le trône d'Angleterre. ]\Iais que resu!lé4-il au contraire de l'exécution des ordres qui émanent de la cour de Londres et de son ministère, sinon ranéaniissemcnt de cette même liberté et une violation ouverte de tous les trailés où la natiori britannique est intervenue pour l'assurer? Vos Hautes Puissances savent par leur propre expérience qu'il n'y a point de navire qui soit à l'abri des violences que le niitiistère de Londres favorise. Cette cour, sous prétexte de la balance cl de l'équilibre du pouvoir, voudroit s'attribuer un despotisme universel. Pour exercer ce qu'elle appelle la défense des libertés do rEurope, elle trabit ccHede l'Empire, qu'elle a toujours saorillépaux' iiiléréts de la maison d'Autriebc ; conduite moins excusable encore aujoiird'bui, puisque le roi de la Grande-Bretagne, comme membre de l'pjn|)irc, est soumis à st's lois et à ses constitutions, qu'il ne peut enfreindre sans compromettre ses dignités et ses États en Allemagne. Elle opprime une république d'Italie dont les forces ne lui laissent point apprébendcr le ressenti ment. Elle en usa de même envers la Suède, quand elle ta vit aecabléf par trop de puissants euneniis pour pouvoir leur résister. Son înicrét particulier devient toujours la cause commune; c'est un nom que Ton fait retentir en toute occasion. Cette cause prétendue commune u'intéressti cependant que les seules cours de Londres et de Vienne , encore celle-ci

A L'ANNÉE IIM. il%

TSb seroit-e!le exclue si HIe ccssoit de se moutrcr (tocile à toutes ks volontés de [a première. Ce graud zôle pour l'indé[)eûdamîe des autres puissances se borne uniquement ;i celles qui veulent bien se dévouer aveuglément à ce qu'exige de leur fiart. celle de Londres et s'assujettir à seconder tous ses projets. Hiiuemie de toutes les cours où elle j)\i pas In première et la principale influence, file met tout en œuvre pour se la procurer. La coAstiluliou actuelle de votre république n'est peutêtre pas ce qui se concilie le mieux avec les vues et les desseins secrets du roide la Grande-Bretagne. Vous savez. Hauts et Puissants Seigneurs, combien l'on a fait d'efforts pour tâcher d'inspirer à Vos Hautes Puissances toute l'animosité du gouvernement de Londres et de Hanovre contre la France, et que ne pouvant vous y déterminer, oh s'est réduit au système de vous engager pas à pas d;ins des mesures qui pussent vous conduire successivement à adopter, comme malgré vous, des projets qu'on n tâché avec art de ne vous point laisser envisager trop tôt, dans la certitude où l'on étoit que votre sagesse et votre prudence vous les auroient fait rejeter, l'eut-^tre en est-il d'autres plus cachés dont la haine contre la France est le voile qui* sert à en couvrir les motifs, et qui pourront tendre de plus d'une manière au boule versement de la constitution intérieure de votre l'état ; mais je ne m'ingérerai paint d'approfondir cette matière , sur laquelle vous devez counoitre et mieux sentir que moi ce que vous avez à appréhender. Les annales de votre république indiquent fiuflisammcnt ce qu'il ne m'appartient pas do vous rappeler.

Dans les partis que le Roi mon maître jjrend, et qu'il ne prend qu'à regret, il auroit voulu |)ouvoir conUnucr à pousser ses égards poin" Vos Hautes Puissances et pour leur voisinage, jusqu'à se dispenser d'attaquer la rcînc de Hongrie dans ses possessions des Pays-Has; mais quel moyen a-t-on laisséà Sa Majesté de s'en abstenir ? Comment peut-elle autrement qu'en prévenant ses ennemis se garantir de l'usage qu'on ne tiirderoit pas de faire pour envahir sa propre frontière de ces mêmes Pays-Bas qu'elle auroit respectés ? Les puissantes forces qu'on y a ramenées de dessus le lUii» ne sont-elles pas les mêmes qui composoient rarmée combinée qui désoleroit aujourd'hui l'Alsace et la Lorraine, conjcinleraent avec lu soldatesque hongroise , si on avoil pu effectuer ie projet d'y pénétrer ? Le Roi peut-il voir cette armée répandue tout le long de ses frontières des Pays-Bas, sans se servir de tous les moyens que Dieu lui a mis eu maîn poiu'les tenir à l'abri d'être envahies, en se mettant le premier en campagne? Vos Hautes Puissances pourroientclles attendre avec quelque lueur de justice que Sa Majesté s'abstînt d'attaquer ses ennemis d'un coté où elle-même n'a aucune stketé qu'elle ne sera point attaquée. La persuasion même de l'inclination déterminée que VosHautesPuissances conserveroient pour le maintien du repos

APPEKOILL

dans leur voisinage pourroit-t-elle rassurer coiilre des vues toutes coih traires de la part de ceiiv qui ont si publiqucmeot et si coostamment montré qu'elles n'aspiroient qu'à rendre le trouble géuéral ? Vos Hautes Puisssaaccs ne furent-elles |)as les premières à prendre Talarmc du transport des troupes d'Angleterre dans les Pays-Bas ? Ne marquèrentelles- pas la juste déGance qu'elles en concevoient, en témoignant, dans leur réponse du 19 mai 1743, au comte de Stair et à M. Trevor leur surprise et leur peine qu'on allât aclvellement procéder au transporl de ces troupes mus qu'on leur en eùi donné aucune connoisxaiue. Cependant u'est-ce pas le passage de ces mêmes troupes qui, par progrès successifs, a conduit Vos Hautes Puissances jusqu'à joiudre enfin uu détachemeut des leurs a celles-là, dans le temps qu'elles étoient en mouvement pour agir lioslilemeut contre Sa Majesté et favoriser rinvasion d'Alsace.

Il faudroitque Sa Majesté se fit violence pour se résoudre à soupçon» uerdcrartificedans la résolutiondul9 novembre 1741, que Vos Hautes Puissances lui firent communiquer par leur ambassadeur en France | en nifiinc temps (ju'elle me fut remise ii T^a Dayc. Vos Hautes Puissances y déclaroieut qu'à la rérité depuis quelque temps elles avaient augmenté leurs troupes; mais que cette augmentation et celles qu'elles pourraient encore faire ne pouvaient donner aucun ombrage à personne, et beaucoup moins encore à la France, parce qu'elles rCavoient d'autre objet que leur sûreté et t/e'i fense, etc.

Cette déclaration si formelle n'a pas empêché que les augmeutalîmis i faites dans vos troupes n'aient servi ensuite à faciliter le sucA;ès de^] iusiauces que l'on vous faisoit d'accorder uu secours de viugt mille^ auxiliaires à la reine de Hongrie, et que ceux à la disposition de qui il < passoît ne destiuoîeat à rien moins qu'à lui faire partager l'iuvasioi^j de l'Alsace et de la Lorraine.

Dans ces circonstances, le Roi peut-il faire dépendre sa sûreté dft^ votre persévérance contre ce que la constitution de votre gouverne- j ment ne vous laisse pas toujours libres de détourner à voire gré? Mais en même temps que Sa Majesté se détermine à ne se laisser pas prévenir dans les Pays Bas et à y aller chercher le premier son ennemie, elle a vouhi user d'une franchise envers Vos Hautes Puissances J qui leur sera une nouvelle preuve de sa candeur : elle m'a ordonné dû , me rendre auprès d'elles pour leur faire part. do la résolution qu'elle a prise et qu'elle est sur le point d'c\écuttT.

.l'ai ordre en même temps. Hauts et Puissants Seigucurs, de voiii déclarer que dans tous les partis auxquels lu Roi ne se détermine que parce qu'on l'y a forcé , il n'a en vue que de surmonter par la vigiicut de ses armes finllcxibilité que les deuv cours euuemies de la pais

ne cessent d'opposer à tout ce qui |)ourroii coiidiiire au rétablissement de la iranquillite publique.

La salisfaetiou de Sa Majesté sera grande si dans le eoml^te que j'aurai à lui rendre à mou retour d'auprès de Vos Hautes l'uissanees elle voit autant de disposition de votre part qu'il y eu aura toujours de la sienne à tendre au m(?me but, de faire tout servir :i vaincre tes obstacles â la pacificaiiougéuêrale et a eu avancer le grand ouvrage sur un pied solide et équitable pour tous. C'e,st l'unique objet que Sa Majesté se propose daus ce qu'elle va entrepreudrc.

Hauts et Puissants (seigneurs , en recevant les ordres du Roi mou luaitre que je \ïensd'execulcr, j"ai ressenti vivement mou bonheur d'avoir â reparnître devant Vos Haut<'S Puissances, mais il sera pour moi (le bien courte durée, l'honneur que j'ai d'être nommé un des lieutenants généraux de rarméc; de Sa Alajeslé qui doit agir dans les Pays- Bas ne me permettant pas de différer d'en aller remplir les fonctions (1).

12. Copie de la lettre écrite de la main du Roi à tV"* ta duc/iesse de f entadour.

A Versailles, le 3 mai 1744.

Ma chère maman , j'ai rerais à mon départ , pour vous l'adoucir de mon mieux, a vous apprendre que c'est avec grand plaisir que je vous accorde ce que vous me demander pour votre petitc-lillc la ducbesse de Mazi'^rin. Priez Dieu, inaman, pour la prospérité de mes aimes et pour ma gloire persoiuîclle. J'enijinrle ii l'arjuée toute la volonté possible que le Dieu des armées m'éclaire, me soutienne et bénisseines bannes intentions. Adieu, maman, j'espère vous retrouver en aussi bonne santé que je vous Jaisse, que je vous embrasse du fond dit cœur,

Louis.

(t) Toute la réponse du prû&klcnl a été : « Monsieur ratiibassadciir, iiuuk ilcIibcrcroa& ioeCÂsamintuU sur votre harati^ue, et nuu^i; vona duiiiiei'un.^ uuc rt'ponse le plus (ût qu'il stra |j<issilile. »

L'attiliaHsadffur ajan! remis, comum de routunie, s:i Immiigue [lar l'cril, un deii membres de r.issombM*'. la lut rfmIil<Mnlisaul «piVlie ji'ëluil |iuiiit signée; sur quoi l'a ml)a5sri (leur la jireunnldp >.i main lui n'pimdit : ■' Je Iri si;jui'ral de Imii co'ur ; et pour prouver ma candeur et ma l'raucliise, Je la signerois uiÈme volmititrs <ie mua sang. « On Itii répondit ces piiToies : ■> Il «uflil de In sif-aer nvei' île IVncre. u ( iVWf </k dm fie Lxojnes.)

APPEr<DICK

1 3 , Becenm de ta charge de eapitaine-lieiitenant des mousquetaires.

Les appointements flxes et pensions sont par an de. . 16,800 liv.

Les soiibrcvcstes ii[)i)ai'tienncnt tous l*s cinq ans au capitaine-lieutenant, et w vendent Kià 17,000 livres. Cet arlicleest estimé année commune au moins 3,000 liv.

Lesdix chevaux de tambours servent au capitaine-lieutenant (rattelaRf, et sont nourris sur la retenue de 10 sols parjoiir que l'on fait à chaque tambour et les quatre au cent des fourrages , ce qui est estimé par an 2,000 lîv.

Total 21,800 liv.

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